SCÈNE II
LE PRINCE, seul.
Je puis dire hardiment que je meurs d'inquiétude... Quelle aventure désagréable en tous points!... Je me rends, déguisé galamment, au bal masqué de l'ambassadeur de sa majesté ottomane, pour chercher de piquantes distractions... et je trouve, quoi?... un domino jaune... remarquez bien la couleur... un domino jaune, qui m'apprend que ma femme a des intrigues... que, cette nuit même, elle doit venir dans la petite maison de Lauraguais... C'est d'une invraisemblance choquante... Si j'étais bourgeois de Paris, conseiller au parlement, fermier-général , notaire... très bien ! je trouverais ça tout naturel... mais moi, prince d'Ornain... capitaine des gardes du comte d'Artois, cordon bleu, cordon rouge, décoré de l'ordre du Soleil, de l'Eperon , du Croissant... de... enfin... lie tous les ordres possibles !... je serais par-
SOPHIE ARNOULD
dessus le marché...? Si rela était, par exemple, ce petit Cazotte aurait bien raison, et la monarchie de saint Louis devrait s'attendre à des événements plus qu'extraordinaires... (Écoulant.) On monte l'escalier! Ah! j'éprouve une émotion... je crois que j'ai eu tort de renvoyer Almanzor...
(Il entre dans le cabinet a droite.)
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