LE PRINCE, LA PRINCESSE
( En ce moment lu princesse attirée par le bruit parait à la porte du boudoir à gauche. Le prince , avec un flambeau à la main , revient en scène et se trouve face à face avec la princesse. La rapidité de ses mouvements a fait tomber son manteau, et il parait costumé en zéphyr du temps, avec de petites ailes.)
LA. PP.ISCESSE, à pan.
Mon mari !...
LE PRINCE, à part.
Le suborneur a disparu! (Ils s'arrêtent tous deux et se regardent un moment en silence.) Eh bien ! tetnme parjure et trop coupable! vous ne vous attendiez pas à la figure qui se montre à vos yeux? c'est la tète de Méduse qui vous apparaît sous ce travesti.ssement frivole.
LA PP.INCESSE , à part.
Que faire?
LE PRINCE
Voyons, madame, parlez, que me direzvous pour volie justification ?
LA PRINCESSE, avec assurance.
Pour ma justification! la plaisanterie est d'une audace qne j'admire.
LE PRINCE
Hein?
LA PRINCESSE
Monstre! inlidéle! vous osez me regarder en face!
LE PRINCE
Comment, si j'ose vous rejjarder en face?
LA PRINCESSE
Les renseignements les pins précis m'ont appris que vous me trompiez : instruite de vos projets, je vous ai suivi jusque dans cette maison; je vous y surprends, et c'est vous qui m'interrogez, qui me demandez une justification! (Avec dignité.) Essayez donc la votre, monsieur. Voyons! je vous écoute... mais non, vous vous taisez, vous êtes confondu.
LE PRINCE
Je suis abruti... Ah çà, madame, me prenez-vous pour un prince en démence?
LA PRINCESSE
Non , monsieur, non ! vous n'êtes qu'un criminel endurci... et moi , la plus malheureuse des femmes!
( Elle pleure.) LE PRINCE , à part.
Celle-ci, je l'avoue, est de trois cents coudées au-dessus de mon intelligence. (Flaut. ) Voyons, ne pleurez pas, vous me feriez pleurer aussi, et ça jetterait de la confusion dans mes idées ; je suis excessivement bête quand je sanglote. (Se remettant en colère. ) Comment, madame, vous
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me soutiendrez que, tout-à-l'heure , ici, M. de Lauraguais ne vous a pas fait la déclaration la plus saugrenue?...
LA PRINCESSE
A moi!... le comte?...
LE PRINCE
A qui donc?
Monsieur, étes-vous bien sûr de ce que vous me dites là?
LE PRINCE
Je voudrais bien ne pas en être sur.
LA PRINCESSE, à elle-même.
Ah! c'est impossible:
LE PRINCE
Impossible!... Il ne s'est peut-être pas précipité à vos pieds, en vous demandant?...
LA PRISCESSE.
Quoi?
LE PRINCE
Eh parbleu! madame, vous le s.ivez mieux (|ue moi.
LA PRINCESSE, à part.
Plus de doute, le comte était avec une autre femme, tandis que moi... (Marchant à grands pas et avec agitation. ) Ah! c'est odieuX !
LE PRINCE , suivant tous ses mouvements,
Qu'est-ce que je dirai donc, moi?
LA PRINCESSE, de même.
Je suis furieuse! indignée!
LE PRINCE
Et moi, moi... qu'est-ce que je suis?
Air du Philtre.
.■^h ! j'étouffe de colcre I
Mais quel est donc ce mystère ?
C'est affreux !
En ces lieux Quel rendez-vous scandaleux!
Pour tout savoir comment faire?
Ah ! la mallieureuse affaire !
Tout de bon, (bis.) Oui, j'en perdrai la raison.
LA PRINCESSE
Ah ! j'étouffe de colère !
Quel est donc ce mystère ?
C'est affreux!
En ces lieux 11 me trompait sous mes yeux.
Pour tout savoir comment faire ?
Ah ! j'étouffe de colère !
Tout de bon , ( bis.) Oui , j'en perdrai la raison !...
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