‹ Pièces de théâtreChapitre 967 sur 1069 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les Mêmes , GALIMAFRÉ, ORTOLAN.

ORTOLAN , laissant tomber une assiette sur laquelle est un pâté.

Oh.'

GALIMAFRÉ.

.4Ji !

ill laisse tomber un dindon qu'il portait sur un plal.)

CHOEUR

AIR : O ma. heur I ô surprise :

otîp

Qu'ai-je vu ? sort contraire ?

.\ ses pieds l'insolent !

O surprise ! ô colère !

Vengeons-nous à l'instant.

bis.

CHRISTOPHE

Père Galimafré , ne vous faites pas de bile... Les apparences sont contre moi , je l'avoue ; mais vous le savez, les apparences sont trompeuses.

GALIMAFRÉ.

Ha ça , est-ce que tu me prends pour im père dindon, par ha.sard?

CHRISTOPHE

Loin de moi, loin de moi !.. Je ne chercherai pas à prouver mon alibi... j'étais aux pieds de votre nièce, c'est convenu... Je lui déclarais mon parfait amour... î)|)pro''vé !.. Je couvrais sa main de mes chauds baisers... oui, oui... Mais qu'c^t-co que cela prouve?

ORTOLAN

C'est trop fort !

G.ALIMAFRÉ.

Ah! qu'est-ce que ça prouve?

CHRISTOPHE

Ça prouve que je suis coilfé de Chinchilla... que je veux m'unira elle scion les formalités... et que je suis prêt à devenir sauteur, danseur, tout ce que vous voudrez.

GALIMAFRÉ.

Toi! l'époux de Chinchilla?., la reine des funambules !

Qu'importe !.. si je deviens l'empereur des acrobates ?

GALIMAFRÉ.

Tais-toi , vil barbouilleur, tais-toi ! Pour t' allier an sang des Galimafré , sais-tu seulement faire le saut de carpe ?

CHRISTOPHE

Le saut de carpe !.. Comment i'entendcz-vous?

GALIMAFRÉ.

L'animal ne sait seulement pas ce que c'est.

ORTOLAN

L'ignorant ne s'en doute pas.

CHRISTOPHE

M. Eperlan , je ne vous parle pas ! Père Galimafré, ne me plongez pas au désespoir; laissezvous amollir.

CHINCHILLA

Mon bon oncle , il peindra les décors du théâtre.

ORTOLAN* à part.

Elle intercède pour lui!.. Oh! que c'est donc mesquin !

CHRISTOPHE

Tenez , s'il le faut , je ravalerai ma dignité d'homme... Je deviendrai votre Jocrisse, votre paillasse... je ferai la parade, je me mettrai du blanc d'Espagne sur la, figure, je ferai des grimaces, je tirerai ma langue , et vous me donnerez des coups de pied partout.

ORTOLAN , tirant à part Galimafré.

Monsieur Galimafré , je vous déclare, foi d'Ortolan, que je ne vous livrerai point cette perm!.ssion, si vous ne chassez à l'instant cet insolent badigeonncur — qui a fait le sourd à mon égard, et s'est complètement moqué de moi... C'est à prendre ou à laisser.

GALIMAFRÉ, prenant la permission.

Je prends. (Fortement.) Christophe, tourne-moj les talons... rcnarque bien ces lieux pour n'y plus reparaître... Va, vole, et ne reviens pas.

ORTOLAN

A la bonne heure , donc !

CHRISTOPHE

Vous me remoyez !..

GALIMAFRÉ , Saisissant son rotin.

Dépêche-toi de déguerpir... ou gare aux os !

CHINCHILLA

Mon oncle . apaisez-vous.

BOBÈCHE ET GÂLIMAFRÉ.

(iALIMAFUE.

(iliincliilla , les iiorfs me démangent !

CHRISTOPHE

Ah ! vous me chassez!., hé bien! je me moque de vous , vieux banquiste ! Je me fiche de vous comme de Colin-Tampon ! Ah ! vous me chassez ! Une fois, deux fois, Iroisfo's?..

G.VLIMAFRÉ.

Va-t'en !.. tu n'es qu'un grand zéro ! un propre à rien... Tu n'es pas digne de marcher sous mes tréteaux. •

CHRISTOPHE

Ah! je suis un propre à rien! Hé bien! dès ce jour, je jette au vent mes pinceaux et mes toiles... je foule aux pieds ma palette... et, malgré toi , je monterai dessuî- les tréteaux... dessur, cntcnds-tu? Ah ! je suis un propre à rien !.. Nous verrons si je ne saurai pas aussi bien que toi débiter des bêtises devant la foule... A moi ! calembourgs et coqs-àl'àne... à moi! les grelots de \a Foltie !.. 0 bon public !.. je m'abandonne à toi !

GALIMAFUÉ.

Tu me fais pitié !.. va-t'en , te dis-je. .. va-l'en : lu ne seras jamais qu'un Bobèche !

CHRISTOPHE

Un Bobèche !.. Hé bien, ce nom là, je le garde... j'en accepte le baptême... il te sera fatal... Je ne m'appelle plus Christophe, je me nomme Bobèche. . . Merci du mot , vieux farceur... Avant peu,Galimafré , le premier paradiste de France, ne sera plus qu'un radoteur! Bobèche existe !.. Adieu , je veux être ton cauchemar éternel... je veux troubler

tes jours , tes nuits et tes parades!.. Adieu, arlisl(' manqué... adieu ! gros saltimbanque...

GALIMAFRÉ.

Saltimbanque! ! ! c'en est trop!.. A moi mon rotin. (Il liH'Psa canne.)

Arrêtez !

ORTOLAN

Non , tapez dessus !

CHRISTOPHE, empoignant Ortolan.

C'est toi qui a dit: Tapez dessus! loi un Ortolan... mais j'en mangerais dix comme toi ! ORTOLAN , criant.

Aie... aie... arrachez-inoi de ses mains. ( Mêlée générale. — Galimafré veut atteindre Christophe ; Chinchilla le retient toujours.' — On ne peut parvenir à arracher Ortolan des mains de-Christophe . — A la fin du chœur, Christophe enfonce Ortolan dans la grosse caisse, et disparaît.)

CHOEUR

.\iu des Huguenots : Final du premier acte de César.

Ah ! quel affront ! quelle insolence ! Traiter ainsi l'autorité !

Il faut , amis , tirer vengeance D'une aussi grande indignité !

CHRISTOPHE, à Ortolan.

Pour châtier ton insolence.

Je brave ici l'autorité...

De toi je veux tirer vengeance.

Et te rosser en liberté.

(Le rideau baisse.)

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