‹ Pièces de théâtreChapitre 994 sur 1069 · ROBINEAU, MANETTE · texte numérisé non relu

ROBINEAU, MANETTE

ROBINEAU entre, tenant une louteille et des babas.

km de la Fiancée,

Ah !^ d'honneur, c'est c'oarmaul.

Je n'ai pas un moment.

Je conçois que l'on me porte envie :

Être de la beauté , Lorgne , che'ri , fête ,

C'est ainsi quç jp passe ma vie,

L£ MAGASIN ÏHEAÏilAL.

L'une HIC dit: Ce soir

JVspère bien vous voir;

L'autre me prend la main

En disant : A demain ;

Celle-ci d'un ton doux

Me donne un rendez-vous :

Ah ! jïrand Dieu ! que je fais de jaloux !

Moi, je suis amoureux

Des yeux noirs, des yeux bleus.

J'aime les blondes,' j'aime les brunes;

Par mon air, mon maintien.

Je trouve le moyen D'avoir partout des bonnes fortunes.

Bref, en tous lieux je plais,

Et du train dont je vais ,

Je ne s' rais pas surpiis

D'adorer tous Paris.

MANETTE.. Dieu! si je chantais comme ça! comme je quitterais le linge tin.

ROBÎNF AU, posant sa bouteille sur sa commode. Ah ! c'est vous, ma voisine. (// rit. ) Ah! ahî je ris encore en y songeant.

MANETTE. Mais qu'est-ce que vous avez donc à rire?

ROBïNEAU. Figurez- vous que tout-àl'heure sur mon chemin j'aperçois une femme charmante , tournure délicieuse ; elle donnait le bras àime espèce d'homme, de ces faces stupides qui ont des perruques bouclées et des cannes à pomme d'or . . . En passant, je lance un regard, on me remarque... je reste un peu en arrière, on se retourne; alorslhommeà la perruque s'en aperçoit... je gage que c'était un mari; il double le pas, et, dans son ardeur à me fuir, ne voit pas un magasin de porcelaine en plein vent ; il entraîne sa femme à travers les vases, les comptoirs, il casse, irise, le marchand crie, la garde arrive, et moi je ris aux larmes en songeant que c'est un de mes regards qui a fait tout cela.

MANETTE. Etes-vous mauvais sujet !

ROBINEAU, lalutinant. Que voulez-vous , c'est si gentil une johe femme!

MANETTE. Voulez-vous finir ; si mamzelle Fifine vous voyait.

ROBINEAU. Ah! diable, c'est vrai, elle ne plaisante pas, Fifine.

MANETTE. V'ià une lettre que j'ai reçue pour vous du facteur.

ROBINEAU. Infiniment obligé. (// la regarde. ) Ca me fait l'effet d'être de mon tailleur.

(Il la jette sur la table.)

MANETTE. C'est trois sous.

ROBINEAU. Ah! c'est trois sous... eh bien ! vous me compterez trois faux cols de plus sur mon inémoire de linge fin.

HlANETTE. Ah! connne vous voudrez.

En uile, mamzelle Fif-nc vous prie de ne pas toucher à vol' boiinet de guernadier qui est là sur vot' table.

ROBINEAU. Ah! par exemple!.., il y a donc du mystère là-dessous?

MANETTE. Dam? faut croire qu'il y a queuque chose; ensuite, écoutez ben...

ROBIREAU. Quoi donc encore?..

3IANETTE. Il est vcnu un petit nègre , un grome.

ROBINEAU. lin groom., vous voidezdire.

MANETTE. Eh ben oui, un gros-oume , de la part de sa maîtresse, qui a des choses intéressantes à vous dire, et qui reviendra.

ROBINEAU. Il est venu un nègre me demander de la part de sa maîtresse... et at-il dit le nom de cette dame?

MANETTE. Ah I v'ià tout c'que j'avais à vous dire ; à c't'heure , au revoir, mon voisin! j'vas r'passer... et mes fers qui sont au feu.

AïK : UOr est une chimère.

Ici, faut pas que j' m'atarde, Car l'ouvrage en souffrirait ; Et pendant que je bavarde Tout mon feu se passerait.

(Elle sort.)

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