ROBINEAU, MANETTE
ROBINEAU entre, tenant une louteille et des babas.
km de la Fiancée,
Ah !^ d'honneur, c'est c'oarmaul.
Je n'ai pas un moment.
Je conçois que l'on me porte envie :
Être de la beauté , Lorgne , che'ri , fête ,
C'est ainsi quç jp passe ma vie,
L£ MAGASIN ÏHEAÏilAL.
L'une HIC dit: Ce soir
JVspère bien vous voir;
L'autre me prend la main
En disant : A demain ;
Celle-ci d'un ton doux
Me donne un rendez-vous :
Ah ! jïrand Dieu ! que je fais de jaloux !
Moi, je suis amoureux
Des yeux noirs, des yeux bleus.
J'aime les blondes,' j'aime les brunes;
Par mon air, mon maintien.
Je trouve le moyen D'avoir partout des bonnes fortunes.
Bref, en tous lieux je plais,
Et du train dont je vais ,
Je ne s' rais pas surpiis
D'adorer tous Paris.
MANETTE.. Dieu! si je chantais comme ça! comme je quitterais le linge tin.
ROBÎNF AU, posant sa bouteille sur sa commode. Ah ! c'est vous, ma voisine. (// rit. ) Ah! ahî je ris encore en y songeant.
MANETTE. Mais qu'est-ce que vous avez donc à rire?
ROBïNEAU. Figurez- vous que tout-àl'heure sur mon chemin j'aperçois une femme charmante , tournure délicieuse ; elle donnait le bras àime espèce d'homme, de ces faces stupides qui ont des perruques bouclées et des cannes à pomme d'or . . . En passant, je lance un regard, on me remarque... je reste un peu en arrière, on se retourne; alorslhommeà la perruque s'en aperçoit... je gage que c'était un mari; il double le pas, et, dans son ardeur à me fuir, ne voit pas un magasin de porcelaine en plein vent ; il entraîne sa femme à travers les vases, les comptoirs, il casse, irise, le marchand crie, la garde arrive, et moi je ris aux larmes en songeant que c'est un de mes regards qui a fait tout cela.
MANETTE. Etes-vous mauvais sujet !
ROBINEAU, lalutinant. Que voulez-vous , c'est si gentil une johe femme!
MANETTE. Voulez-vous finir ; si mamzelle Fifine vous voyait.
ROBINEAU. Ah! diable, c'est vrai, elle ne plaisante pas, Fifine.
MANETTE. V'ià une lettre que j'ai reçue pour vous du facteur.
ROBINEAU. Infiniment obligé. (// la regarde. ) Ca me fait l'effet d'être de mon tailleur.
(Il la jette sur la table.)
MANETTE. C'est trois sous.
ROBINEAU. Ah! c'est trois sous... eh bien ! vous me compterez trois faux cols de plus sur mon inémoire de linge fin.
HlANETTE. Ah! connne vous voudrez.
En uile, mamzelle Fif-nc vous prie de ne pas toucher à vol' boiinet de guernadier qui est là sur vot' table.
ROBINEAU. Ah! par exemple!.., il y a donc du mystère là-dessous?
MANETTE. Dam? faut croire qu'il y a queuque chose; ensuite, écoutez ben...
ROBIREAU. Quoi donc encore?..
3IANETTE. Il est vcnu un petit nègre , un grome.
ROBINEAU. lin groom., vous voidezdire.
MANETTE. Eh ben oui, un gros-oume , de la part de sa maîtresse, qui a des choses intéressantes à vous dire, et qui reviendra.
ROBINEAU. Il est venu un nègre me demander de la part de sa maîtresse... et at-il dit le nom de cette dame?
MANETTE. Ah I v'ià tout c'que j'avais à vous dire ; à c't'heure , au revoir, mon voisin! j'vas r'passer... et mes fers qui sont au feu.
AïK : UOr est une chimère.
Ici, faut pas que j' m'atarde, Car l'ouvrage en souffrirait ; Et pendant que je bavarde Tout mon feu se passerait.
(Elle sort.)