DE L’ANCIENNE ÉGLISE SAINT-ANDRÉ DE CHARTRES
Il ne reste que peu de chose des manuscrits et documents ayant appartenu à TancienAe église Saint-André ; la plupart n’ont pas survécu à l’époque révolutionnaire. Les archives de la collégiale n’ont fourni à celles d’Eure-'^ et-Loir qu’une quarantaine de numéros, ne comprenant guère que des documents relativement récents, puisqu’on n’y trouve qu’une seule pièce originale antérieure à l’an 1500. Quant à la bibliothèque de la ville de Chartres, elle n’a hérité que d’un seul manuscrit, un recueil contenant diverses pièces transcrites au XVII® siècle.
Cette rareté^ dans les dépôts publics, de livres et de documents provenant de Saint-André donne un intérêt d’autant plus grand à ceux qui peuvent exister ailleurs. Aussi j’ai cru intéressant pour l’histoire locale de faire connaître deux épaves échappées au pillage révolutionnaire : un fragment important d’un Liber anniversariorum du XIV® siècle, et un livre liturgique, à peu près complet, de la même époque.
Il y a quelques mois, parcourant du regard les rayons d’une bibliothèque particulière, j’y remarquai une série de volumes reliés, dont la couverture était faite d’anciens parchemins. C’était une collection du Bulletin des Lois de Pièces détachées, iu. î6
MANUSCRITS PROVENANT DE l’anCIENNE ÉGLÏSE
l’époque révolutionnaire. Plusieurs volumes avaient été couverts avec les débris d’un même manuscrit ; en les examinant avec attention, il me fut facile de reconnaître que ce manuscrit était un livre d’anniversaires, et qu’il avait appartenu au chapitre de Saint-André. Bientôt, j’étais aimablement autorisé à emporter les volumes, à en décoller les couvertures et... à garder le tout.
J’ai pu ainsi dégager sept feuillets du manuscrit en question. Ils mesurent trente-six centimètres sur vingtcinq, et semblent bien n’avoir été mutilés que dans les angles ; l’écriture est entièrement conservée et presque partout lisible. Chaque feuillet est soigneusement réglé, au recto et au verso, à quarante-deux lignes par page. La disposition est celle de certains de nos agendas ; chaque page comprend deux jours (1). Le copiste a indiqué le quantième du mois, la lettre dominicale, et, à certains jours, la fête du saint. Puis, à la suite, il a mentionné les anniversaires établis de son temps, ainsi que les sommes affectées à leur célébration. Lorsqu’aucune fondation n’existait, il a laissé la place en blanc. D’autres mains ont tenu le registre à jour, et ont inscrit dans les espaces restés inoccupés les fondations postérieures à sa rédaction.
Voici les jours contenus dans les sept fragments, dont les cinq derniers se suivent sans interruption :
— 1. — Mars : 19, 20, 21,^ 22, 23 en partie.
— 2. — Juillet: 7, 8, 9, 10, 11, 12.
(1) Le second feuillet, par exception, contient trois jours tant au recto qu’au verso. Le feuillet suivant, perdu, devait contenir deux jours sur l’une de ces pag-es, trois sur l’autre.
SAINT- ANDRÉ DE CHARTRES
J1 est probable que notre manuscrit n’est autre que le Liber anniversariorum de Saint-André, dressé en 1365, au dire de Brillon qui le consulta en 1717. L’écriture des parties les plus anciennes est bien celle du milieu du XIV® siècle ; les quelques personnages connus par ailleurs qui y sont mentionnés sont tous antérieurs à cette époque. Les additions sont en cur^iv^e du XV® siècle. Enfin, au premier août, nous trouvons indiqué l’anniversaire de Jean de Garlande, évêque de Chartres ; or, Brillon rapporte que le manuscrit consulté par lui marquait ce même anniversaire au premier jour de chaque mois (1).
Il ne reste plus qu’à donner la transcription complète, sauf quelques lacunes motivées par le mauvais état du parchemin, de nos quatorze pages. Les parties primitives du manuscrit ont été transcrites en caractères italiques, les différentes additions en caractères ordinaires et entre crochets.
(1) Cf. Docaments sur les origines de l'église collégiale de Saint-André de Chartres, par M. R. Merlet. (Société archéologique d’Eure-et-Loir, volume du cinquantenaire, p. 480 et suivantes).
(2) Les parchemins des autres reliures n’offrent rien de très curieux et sont moins bien conservés. A noter cependant un fragment d’un livre de comptes, du XV® ou XVI® siècle, où l’on reconnaît un souvenir de l’osage liturgique de Lablution après la communion des fidèles : «... pintes de vin pour ceulx qui ont receu corpus Dni à Noël... »
Premier feuillet.
19 mars.
xix. — A. (1).
20 mars.
XX. — b. — [Die, armiversarium sollempne delïuncti ma^istri Johannis Mignoti quondam huius ecclesie decani, quod valet xx s. per Ludovicum Millet (2) et eius uxoris super omnibus bonis suis].
21 mars.
xxi. — c. — Benedicti ahhatis (3).
22 mars.
xxii. — d. ~ [Die, anniversarium sollempne deffuncte Perrine quondam uxoris Johannis Dit, quod valet xx s. super quibusdam vineis sitis in parochia de sancto Piato] (4).
Second feuillet.
7 juillet.
vii. — f. ~ [Die, anniversarium sollempne deffuncti domini Johannis de Chassenoy quondam huius ecclesie canonici, quod valet xx s. super redditibus per ipsum huic ecclesie legatis] (5).
(1) Aucune notice n’a été inscrite à ce jour.
(2) Ce même personnage est également mentionné au 19 et au 21 juillet.
Il faut lire uxorem, comme au 21 juillet.
(3) Ici encore, aucun anniversaire n’a été inscrit.
(4) A la suite se placent six lignes d’une autre main, devenues à peu près illisibles. Elles commencent par : xxiiP die... ce qui semble indiquer que l’espace réservé au 23 mars étant déjà complètement occupé, on a dû inscrire la notice en question sur la place restée en blanc consacrée au jour précédent.
(5) Ce personnage est également mentionné au 5 août. S’agit-il de Jean de Chassenay, dpyen de Saint-André dès 1392, à qui
SAINT-ANDRÉ DE CHARTRES
8 juillet.
(viii. — — |Die Julii, Galerani quondam in ecclesia
carnotensi episcopi (1), quod valet xii d. super domibus scolarum sancti Andî*ee (2) carnotensis. Et cum eo anniversarium Johannis de Magnieres, quod valet v. s. super domibus deffuncti ; Johannis Largi dicti Rualon, quod valet xii d. super fabrica ; Dyonisii Ysembert, quod valet XV d. super pensione terrarum de Mondon villa ; Johannis de Vovis, quod valet xxi d. super pensione terrarum sancti Germani de Gastina ; Hueti Germani, quod valere solet x s., nunc solum vj s. iii d., per relictam et heredes Johannis Pagani, quondam per Johannem Gervasii].
9 juillet.
ix. — A. — [Die, anniversarium Theobaldi de Romaco, quod valet xii s. ii d. super censibus vicebelini ; Bernardi prioris, quod valet ii s. iii d. super domo que fuit Colini
Patin sita in m mureti per magistrum de Thona; et
Pétri Morini pro presenti in requirendis].
‘ on oppose en 1412 un compétiteur, et qui meurt au plus tard en 1414? L’identité des noms et la concordance des dates semblerait l’indiquer. Cependant il est peu vraisemblable que son titre de doyen n’ait pas été mentionné ; il pourrait s’agir d'un autre membre* de la même famille. (Cf. Molinier-Loiignon, p. 348.)
(1) Les écoles de Saint- André sont mentionnées de 1348, (Cf. L. Merlet, De Vinstruclion primaire en E et-L. avant i7S9; A. Clerval, Les Écoles de Chartres, p. 358.)
(2] Il n’y a pas d’évêque de Chartres de ce nom, le mot episcopi est dû sans aucun doute à une distraction.
C’est peut-être prepositi qu’il faut lire ; il pourrait s’agir de Galeran, prévôt de l’église de Chartres et abbé de Saint- André dès 1119. Son obit était inscrit au 4 juillet dans le nécrologe de Saint-André vu par Brillon. (Cf. !.. Merlet, Documents sur les origines de l'Eglise collégiale Saint- Andfé de Chartres').
MANUSCRITS PROVENANT DE l’aNCIENNE EGLISE
10 juillet.
X. — b [Die, anniversarium sollempne cum commendationibus defïuocti doniini Joharmis de Sancto Arnulpho, quondam huius ecclesie rectofis, quod valet xxv s. super domibus in quibus moratur Guillelmus de Aurelianis iuxta portam |
11 juillet.
xi. — c. — Die mensis Julii, anniversarium venerabilis et discreti viri Johannis Sarnentis quondam civis carnotensis et Johanne euis uxoris, ad quod hahernus secundum quod residuum
(1), prout in fine istius martologii plenius continetur.
[Eodem die Morin de mureto clerici, ad quod habe-
mus X s. per Johannem Goneti juniorem super omnibus
bonis suis, prout in litteris continetur; Johanete Fer-
ginesse filie Dyonisii Havardi, quod valet viii s. per Guil-
leimumde , super duobus domibus sitis versus portam
drocensem ; domini Johannis de Gressibus (2) canonici lingonensis ac domini Pétri Barat quondam huius ecclesie rectoris, quod valet ij s. super pensione terrarum Sancti Germani de Gastina. Eodem die anniversarium sollempne Johannis Bermet et Johannete eius uxoris, quod valet xv s. super quadam domo sita in ripparia carnotensi iuxta Johannem Danjoan ex una parte et Jacobum N , ex altéra per Johannem Gaillart] .
12 juillet.
xii. — d. — [Die julii, anniversarium sollempne S., ac Johannete eius uxoris, Johannis Quartier et Jacqueline eius uxoris, ac omniüm parentum et benefactorum, Johannis Canet junioris et eius uxoris, quod valet xx s. super domibus Guillelmi Rosier sitis in.....].
(1) Plusieurs mots illisibles.
(2) Plusieurs membres de cette famille sout mentionnés dans les obituaires chartrains.
SAINT ANDRÉ DK CHARTRES
Troisième feuillet.
18 juillet.
xviii. — c. — Die Julii, anni versarium sollempne deffuncti Johaanis le Vigaeroa quondam huis ecclesie decani, quod valet viiis. iiii d. super medietate sua du Luat per heredes defïuncti Johannis Mellier ; ac parentum et amicorum defïuncti Guillelmi Cordani quod valet vii s. super quadam domo sita in burgo per Girardum de Montvert tonsorem. Eodem die anniversarium sollempne defîuncte Johannete quondam uxoris defïuncti Johannis de Chavernoy, quod valet xviii s. sitos et assignâtes super quamdam domum sitam in claustro Sancti Aniani carnotensis per Johannem Lesne juniorem].
19 juillet.
xix. — d. — [Die Julii, anniversarium defïuncti Pétri Picardi presbyteri, quod valet vii s. iii d. super quadam domo sita in vico novo quam tenet ad presens dominus Egidius Bonnet; Guillelmi de Vascellis c^uondam huius ecclesie decani, quod valet ii s. super pensione terrarum Sancti Germani de Gastina. Et cum eo anniversarium Johannete quondam uxoris Johannis Pagani Courtin(l), quondam ipsius mariti, quod valet x s. per Ludovicum Milet].
20 juillet
XX. — e. — Die men.sis Jalii, fecimus anniversarium Egidii de Dordano ad quod habernus xiii (2) s. super quamdam domum
(1) Il s’agit ici sans doute d’un membre de la famille Courtin dont la sépulture était dans le cimetière des Innocents, entre Saint- André et Saint-Nicolas. Une croix de fer, dite la Croix des Courlins, en marquait l’emplacement. — (Lépinois, I. p. 239.)
(2) Ce chiffre a remplacé celui de 16 qui avait été écrit d’abord.
348 MANUSCRITS PROVENANT DE l’aNCIENNE ÉGLISE
sitam in vico de monstonneria per Petrum de Gloz aquarium (1). Et cum eo anniversarium Nicolay Peteti et Jehanne Courtoise eius uxoris, ad quod hahemus anno quolibet iiii solid. turon. annui redditus. . . super quadam donio parva quam acquisivit a Johanne Peleti sita apud niurum mureti iuxta magnum celarium magne domus-dicti deffiincti Nicolay , ad presens spectantis Johannete dicte Comtesse filie sue iuxta domum domini Henrici de Murellis ex altéra jyarte [per Johannem de Buysseyo juniorem. Eodem die Marie quondam uxoris Pétri de Stampis, quod valere solet x s. super quibusdam terris sitis apud Serevillam per Maria la Droye et eiusfiliam, modo nichil; Dulcardi (2) Millonis de Castellione quod valet v s. super domibus deffuncti Johannis Largi sitis in claustro Sancti Andree Carnotensis].
21 juillet.
f. — I Die Julii, anniversarium sollempne cum commendationibus Agnetis la Besnière et Johannete la Plessarde quod valet... s. de et super quatuor libras annui redditus débitas per Ludovicum Milet et eius uxorem].
Quatrième feuLllet.
22 juillet.
xxii. — g. — Marie Magdalene^ ix lect.
[Die Julii. anniversarium sollempne cum commenda-
(1) Les éviers, qui avaient donné leur nom au tertre évier, plus connu sous le nom de tertre Saint-Nicolas, devaient demeurer aux environs de Saint-André, près de « la grande fontaine qui abbreve presque toute la ville ». (Souchetj.
(2) Il faut suppléer ici le mot patris. Il s'agit du père du chanoine Milon de Chàtillon (xiii® siècle). Ce personnage est ainsi mentionné dans Tobituaire de la cathédrale : « Tenemur celebrare anniversarium Raginaldi Dulcardi, patris magistri Milonis de Castellione, concanonici nostri. . » (Molinier-Longnpn. P 81).
SAINT-ANDRÉ DE CHARTRES
tionibus defîuncti magistri Stephani de Housse ya (1) in Bria, et, Johannete eius uxoris, domini Johannis huius ecclesie matricularii, Dyonisii et aliorum iiberorum et uxorum filiorum et filiorum ac omnium parentum et amicorum dicti Stephani, quod valet xx s. super domibus in quibus moratur dominas Georgius Symon presbyter thesaurarius Reverendi etc. episcopi carnotensis].
23 juillet.
xxiii. — A. — Die mensis Julii^ fecimus anniversarium Boberti Midy, ad quod habemus ii s. de denariis capituli per manum procuratoris. Et cum eo anniversarium Eramburgis la Guastelliere (2), ad quod habemus v s. super Villarcellis. Et cum eo anniversarium Hervei Apivent, ad quod habemus iii s. super tonnellariam Et cum eo anniversarium Juliane filie Hoelli (3), ad quod habemus xviii d. super domum de Boyzard (4) per dominum Johannem Rochart (5) rectorem pro parte ecclesie Sancti Andree. — Summa : xi s. vi d.
24 juillet
xxiii. — b. — Die mensis Julii, fecimus anniversarium Gilete
(1) Mentionné au lO des calendes de janvier dans l’Obituaire de Josaphat : « ... qui dédit nobis LX solidos annui et perpetui redditus, situatosjuxta domum nostram Carnotensem in censiva nostra ». La maison de Josaphat était située rue Muret (Cart de Josaphat, par M. Métais, tom. Il, n® 2 DCXLV).
(2) Cette personne est aussi mentionnée au 26 juillet. Elle est également citée dans le nécrologe au 11 des calendes d’août (22 juillet) : « Ob. Eremburgis la Gastellière que dédit c. s. qui positi fuerunt in emptione décimé de Villarcellis. » (Molinier- Longnon, p. 346 )
(3) Voir aussi plus bas. 26 juillet
(4) Mentionné au 24 et au 29 juillet,
(5) Probablement auprès du pont Saint-Thomas, appelé a lit refol pont Boysard.
Pièces détachées, iii.
manuscrits provenant de l'ancienne EGLISE
dicte la Batellie (] ad quod habemus ix s.vii d... super quamdam domum sitam in monstonneria per Lucam... Et cum eo anniversarium Marie matri Gervasii presbyteri Sancti Aniani, ad quod habemus ii s. super domum Boyzard per dominum Johannern Rochart.
[Eodem die, anniversarium domini Gaufridi du Chancheiz presbyteri, ad quod habemus xii s. vi d. super quibusdam domibus et virgulto sitis in vico Sancti Andree per Morellum dictum le ].
25 juillet.