‹ Pièces détachées (volume 2)Chapitre 8 sur 38 · PAGE DE JEANNE D ARC · texte numérisé non relu

PAGE DE JEANNE D ARC

duction. Sur leurs vêtements sont brodés leurs armoiries ; Florent d’Tlliers avec sës six annelets et Jeanne da Gouttes avec son lion de sable à la queue fourchée. Leur anniversaire était célébré le 16 mars en l’église cathédrale.

Inutile de redire ici les exploits du vaillant capitaine, protecteur et parent du noble page. On les relira avec intérêt dans V Histoire d'Illiers de M. le chanoine Marquis.

Anne de Gouttes, au]:re sœur de Loys, avait épousé le 6 avril 1436 Guillaume de Harville. seigneur de Palaiseau, à qui elle porta le manoir paternel de Fresnay, où ils habitèrent avec leurs nombreux enfants. Les deux époux avaient fondé leur anniversaire dans l’église cathédrale à laquelle ils avoient donné des rentes assises sur leur terres de Poisvilliers et de Fresnay-le- Gilmert. Get office était célébré solennellement le 25 février. Les donateurs avaient de plus donné deux verrières placées dans les fenêtres de la crypte où ils sont représentés. Guillaume de Harville, sous la protection de son saint patron, est suivi de ses cinq garçons, dont l’un est chanoine de Notre-Dame et deux autres habillés comme lui d’un vêtement armorié de la croix d'argent a cinq coquilles de sable. Guillaume se recommande à la Vierge : Virgo Maria, intercède pro nobis.

Anne de Gouttes, présentée par sa sainte patronne portant cà la main un vase de parfum, est accompagnée par ses sept filles, dont l’une est religieuse avec son vêtement de laine blanche recouvert par un manteau noir.

La donatrice et ses filles portent une coiffure d’une forme assez curieuse et sur leur vêtement les armoiries de leur père accolées de celles de Gouttes au lion rampant de sable.

Esprit de Harville, seigneur de Palaiseau, fils des précédents, chanoine, sous doyen et enfin chancelier de

LOUIS DE GOUTTES

Notre-Dame de Chartres, ne fut pas moins généreux que ses parents et donna lui-même une verrière des plus intéressante. Au milieu, la Vierge assise sur son trône, offre le sein au divin enfant ; à droite saint Jean bénissant le calice, et à gauche, une sainte martyre tenant en ses mains un livre et une palme. Au-dessous de la Vierge le double écusson, celui de Harville soutenu par un enfant armé d’une épée, et celui de Gouttes soutenu par un ange aux ailes éployées. Sur deux lignes l’inscription suivante : « L’an mil cinq cens, maître Esprit de Harville , chancelier de céans donna cette verrière. »

Tous suivaient l’exemple de pieuse générosité de leurs ancêtres : de Jean IV, père du page, leur aïeul, et de Catherine leur grande tante qui avaient si généreusement testé en faveur de leur église bien-aimée de Notre-Dame de Chartres.

La famille d’ailleurs resta chartraine : nous trouvons Régnault de Gouttes, seigneur de Houx en 1444 ; Florentin de Gouttes, fils de Louis, bailli de Chartres, après Florentin d’Illiers en 1448; Guillaume de Gouttes, écuyer, seigneur de Hanches en 1493 ; Jean de Gouttes, vassal d’Epernon en 1497 ; Henry et Jean, prêtres, 1497 ; Pierre de Gouttes , seigneur de Bretigny à Sours et Frainville à Prunay-le-Gillon en 1529 et 1530 ; Florentin de Gouttes tonsuré par l’évêque de Chartres en 1534; Pierre de Gouttes, écuyer, seigneur de Bretigny, vers 1539 ; un autre Florentin de Gouttes, écuyer et seigneur de Bretigny en 1540.

Nous ne pouvons suivre jusqu’à leur dernier anneau les nombreuses ramifications de cette famille chartraine.

Le surnom de Minguet lui-même est longtemps demeuré populaire dans notre région, aux environs de Fresnay-le-Gilmert :

En 1586, Denis le Jumentier dict Minguet, achetait une courtille, sise aux vallées de Longsault, à Lèves;

Gtjillaujië de IIaryille et ses cinq (IARÇOXS Estampes, Pe To, fo], 59

(Vitre derrière l’autel de l’église de Sous-Terre de N.-D. de Chartres).

U Vitre donnée par Esrnir de IIarville, cliancelier de cette Eglise. >> Estain])es, Pe Iii, f. 30.

« Ces vitres sont derrière l’autel de l’église de Sous-Terre de Notre-Dame de Chartres. »

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en 1669, Claude et Antoine Jumentier dits Minguet, vendaient à Pierre de Maissat, seigneur du château de Lcvéville, plusieurs terres sise à Poisvilliers (1). C’est l'écho de la popularité du page de Jeanne d’Arc dans notre population chartraine si fidèle à ses affections.

En terminant cette étude, qu’il nous soit permis de transcrire le témoignage ému que notre Louis de Couttes rendit sous la foi du serment à la mémoire de l’héroïne qu’il avait servie trop peu de temps (2), mais avec la juvénile ardeur qui le rendit à tous si sympathique. Par sa voix, notre terre chartraine protestait de son admiration fidèle pour la libératrice de la France. En voici les principaux passages :

7® Témoignage de Louis de Gouttes pour la réhabilitation de Jeanne d'Arc.

(( Noble homme et prudent Louis de Couttes, écuyer, seigneur de Novyon et de Reugles, âgé de 42 ans ou environ », prêta son témoignage le 3 avril 1456, sous la foi du serment.

(( Le témoin dépose que l’année où Jeanne vint près du roi, dans la ville de Chinon, il était âgé de 14 ou 15 ans, il était alors au service du seigneur de Gaucourt, capitaine de Chinon. Deux hommes accompagnaient Jeanne à son arrivée à Chinon. Elle fut conduite au roi et il la vit souvent aller et venir vers lui. On lui assigna pour demeure la tour du Coudray, il y demeura près d’elle pendant tout le temps de son séjour, et se tenait à ses côtés tout le long du jour... »

« Pendant qu’il était avec Jeanne dans cette tour, il la vit souvent à genoux et en prières, à ce qu’il lui sem-

(1) Archives du château de Levéville.

(2) Louis de Couttes à deux reprises semble bien exprimer le vif regret qu71 eût d’être obligé de quitter Jeanne, quand il proclame qu’il ne la quitta jamais jusqu’à son arrivée devant Paris.

blait, sans savoir toutefois ce qu’elle disait. Parfois elle pleurait... »

« A Tours, elle reçut un cheval de la main du duc d’Alençon. C’est aussi dans cette ville que lui-même reçut du roi l’orde d’être le page de Jeanne avec un autre nommé Raymond. Et depuis cette heure, il se tint toujours auprès d’elle et la suivait partout en qualité de .page, à Blois, à Orléans, Jusque devant Paris.

« Pendant la marche (vers Orléans), Jeanne revêtue de son armure recommandait toujours aux hommes d’armes d’avoir grande confiance en Dieu, de se confesser de leurs péchés, et lui-même la vit recevoir le sacrement de l’Eucharistie pendant cette chevauchée... »

« A Orléans, Jeanne fut hospitalisée dans la maison du trésorier, devant la porte Bannier, et dans cette maison elle reçut le sacrement de l’Eucharistie... »

(( Jeanne alla sommer les Anglais de se retirer au nom de Dieu, sans quoi elle les y contraindrait... Le bâtard de Granville lui répondit par des injures...

« Rentrée dans sa demeure, elle se retira dans sa chambre, pour dormir, croyait-il, mais elle descendit peu après, et lui dit : « Ha ! sanglant garson, vous ne me disiez pas que le sanc de France est répandu », et elle lui commanda d’aller quérir son cheval. Pendant ce temps elle se fit revêtir de son armure par l’hôtesse et sa fille, et quand il revint avec le cheval harnaché, il la trouva armée. Elle lui ordonne alors de monter en haut chercher sa bannière, qu’il lui fit passer par la fenêtre. Sa bannière aussitôt reçue, Jeanne partit en hâte vers la porte de Bourgogne. L’hôtesse lui dit de la suivre, ce qu’il fit.

Après la prise de la Bastille de Saint-Loup « des ecclésiastiques revêtus des vêtements de leur ordre, venaient au devant d’elle. Jeanne les accueillit avec faveur et les conduisit dans son hôtel ».

« Et ce même soir, elle vint souper en son hôtel. Elle

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était très sol^re. Souventes fois elle passait la journée sans manger qu’un seul morceau de pain. C’était un sujet d’étonnement de la voir manger si peu. Dans sa maison, elle ne mangeoit que deux fois par jour. »

(( Jeanne était très compatissante et avait grande pitié de voir si grand massacre d’hommes. Même un jour^ qu’un français, conduisant certains captifs anglais, en eût frappé un sur la tête avec tant de AÛolence qu’il le tua presque, elle descendit de cheval, le fit se confesser, lui soutenait la tête et le consolait de son mieux. »

Le témoin fut présent au sacre (à Reims), car, ainsi qu’il a été dit, il était page de Jeanne et il ne la quittait jamais ; il la suivit jusqu’à son arrivée devant Paris. » « Et il ajouta que d’après la connaissance qu’il pou^ vait en avoir Jeanne était une femme bonne, vertueuse et catholique sincère ; elle entendait la messe avec empressement, et jamais elle n’y manquait quand cela lui était possible. Elle s’irritait fort quand elle entendait blasphémer le nom de Notre-Seigneur ou jurer en sa présence; et plusieurs fois il l’entendit faire de vifs reproches au duc d’Alençon quand il jurait ou prononçait des paroles blasphématoires En général , dans l’armée nul n’osait jurer ou blasphémer devant elle, car il était aussitôt réprimandé. »

Mesurée dans tous ses termes, cette déposition de Louis de Gouttes n’en est que plus éloquente et plus persuasive. Elle est bien conforme au tempérament calme, mais juste du peuple chartrain. Le témoin donne par ses paroles une nouvelle preuve de son origine, et Chartres doit l’honorer comme une de ses gloires les plus pures.

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