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bien suffisamment indiquée par l’indication de son épouse, Catherine Lemercier, dame de Noviant.
L’official note avec précision sa qualité d’écuyer et de gouverneur de Blois. Nous trouvons ces mêmes indications dans le testament de Catherine, fille de Jean de Couttes, passé à Châteaudun en 1429 le jeudi XV® septembre, qui parle ainsi : « Noble damoiselle Katherine de Couttes, fille de feu Jehan de Couttes, dit Minguet, jadis escuier, en son vivant gouverneur et bailli des contes de Blois et de Dunois, etc. »
Elle lègue également « à l’église cathédrale de N.- Dame de Chartres la somme de 8 livres tournois de rente pour avoir un anniversaire fondé, et faire ledit service selon la condition de la clause et ordonnance du testament de feu Minguet de Couttes, jadis son père ». Et enfin lègue « à damoiselle Anne sa sœur, sa coste de scarlet (écarlate), ainsi qu’elle est » et nomme son exécuteur testamentaire « messire Fleurentin, seigneur d’illiers, son frère (1) ».
Ces détails sont précieux pour distinguer l’un de l’autre le père et l’aïeul du page de la Pucelle.
Jean de Couttes mourut donc à Blois, après le 22 février 1428 et avant le 4 novembre de la même année, il avait été nommé gouverneur de Blois et de Dunois avant le 17 juillet 1427. Sa femme Catherine Lemercier lui survécut longtemps, elle était toutefois décédée avant le 14 octobre 1447 (2).
De Catherine Lemercier Jean eût six enfants : Jeanne
(1) Archives départ. d’Eure-et-Loir, G. 1167.
(2) Don Villevieille, Trésor généalogique, tome 31, f. 72. v° donne un extrait du partage fait par Louis, Jean et Raoul de Couttes, écuyer, Guillaume de Harville, et demoiselle Anne de Couttes, sa femme, Jeanne de Couttes, femme de Florent d’illiers, enfants et héritiers de feue Catherine de Noviant leur mère, jadis femme de Jean de Couttes dit Minguet, 18 octobre 1447. » Elle était donc morte avant cette date. Nous verrons plus loin qu’elle décéda le 8 mai 1445.
LOUIS DK GOUTTES
de Gouttes, qui le 13 février 1422, épousa Florent d’illiers ; née vers 1407, elle était âgée d’environ 15 ans à son mariage. Elle mourut le 3 juillet 1460. Elle fut bienfaitrice de Sainte-Foj de Chartres et était représentée en un vitrail avec son époux.
2^ Anne de Gouttes, qui épousa le 6 août 1436 Guillaume de Harville, seigneur de Palaiseau, à qui elle apporta en partage la seigneurie de Fresnay le Gilmert et de Gouttes (1). Bienfaitrice de la Cathédrale, elle y était représentée dans un vitrail de la crypte avec ses sept filles. Elle mourut le 25 novembre 1483.
O"" Loys de Gouttes, né vers 1414, page de Jeanne d’Arc en 1439, dont nous parlerons plus loin.
4^^ Catherine de Gouttes, qui le 15 septembre 1429, gisant en son lit en enfermité de maladie, « légua à Notre-Dame de Chartres 8 livres de rente ».
5® Raoul ou Raoulin, panetier du duc d’Orléans, qui fut seigneur en partie de Fontenay, de Néelle la Gilleberde, de Saint-Germain de Lacit lez Melun, 1441.
6® Jean, dit aussi Minguet, panetier du duc d’Orléans, seigneur en partie de Fontenay en Brie, à cause de la Tour de Néelle la Gilleberde, 1443.
La coexistence du père et du fils, sous les mêmes noms de Jean et de Minguet, leur succession dans les mêmes dignités et fonctions furent la cause d’une confusion trop facile et de nombreuses erreurs. Nous croyons a voir prou vé j usq u’à l’évidence leur distinction.
L’acte du 16 août 1382 par lequel hommage est fait • à l’évêque de Chartres pour les seigneuries de Neufville et du Plessis par Jean de Goûtes l’aîné, écnyer, et, Jean de Goûtes le jeune, son fils, ne laisse subsister aucun doute.
Le premier était nommé capitaine de Châteaudun dès 1399, 1 autre après 1415. — Le premier en septembre
(1) Souchet, III, p. 441, affirme en effet que Jean, le père d’Anne, était bien seigneur de Gouttes, Poupery et Fi esnay le Gilmert.
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et octobre 1408 commande à Paris une compagnie au service de la duchesse d’Orléans, est chambellan de Charles d’Orléans en 1409, le second séjourne paisiblement dans son château de Fresnay le Gilmert le 27 mars
Le premier a épousé une femme de la famille de Courville, ce qui motive sa désignation à la tutelle des enfants d’Yves de Vieuxpont ; le second épouse Catherine Le Mercier, dame de Noviant.
Le P' en 1415 et 1416 était capitaine de Châteaudun, le 2® jusqu’au 10 mars 1416 était encore capitaine pour le roi du château du Vivier.
Le P'' est gouverneur de Blois et de Dunois dès avant le 31 juillet 1416; cette dignité est incompatible a^^ec celle de simple capitaine, et si nous trouvons encore le 12 août 1417 un Jean de Couttes qualifié de capitaine de Châteaudun, ce ne peut être le premier mais seulement, le second, son fils (1).
4*^ Lieu de la naissance de ÎAjys de Couttes.
Louis de Couttes, fils aîné de Jean IV dit Minguet, serait né vers le mois d’août 1414. En effet d’après son propre témoignage, il avait 14 ou 15 ans quand il rejoignit Jeanne d"Arc à Chinon. Il était depuis l’année 1425 page de Raoul de Gaucourt, gouverneur de Chinon, e1 plus tard d’Orléans, il fut attaché au service de la Pucelle depuis l’arrivée de celle-ci à Chinon le 6 mars 1429 (2) jusqu’à son arrivée déviant Paris, après le
(1) Lainé, prieur de Mondoiiville, semble un instant avoir soupçonné cette distinction ; a. de Villaret les confond souvent ou parfois les considère comme frères. M. Oscar de Poli, après les avoir confondus (A /manac/i ca//ioây«a), s’applique à les disting’uer sans savoir toujours leur attribuer leurs actes personnels é^aaaab e héraldique).
(2) « Le roy lui bailla pour l’accompagner et poui* page un bien gentil homme nommé Loys de Coûtes. » (Journal du sièqe d Orléans).
LOUIS DE GOUTTES
15 août de la même année. Le jeune Loys avait atteint Tâge d’être mis hors page, car il avait 15 ans. Le 3 avril 1456, jour de sa déposition dans le procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc, il avoue être âgé de 42 ans. Ces trois circonstance font bien remonter sa naissance à l’année 1414.
Or à cette époque son père n’était pas encore capitaine de Châteaudun, et nul document n’y mentionne sa présence. Tout au contraire en 1409 Jean IV et Catherine Le Mercier, père et mère du futur page, habitaient le manoir de Fresnay-le-Gilmert, où ils s’étaient ménagé une résidence agréable par l’érection d^une chapelle privée. Leur intention était donc d’y faire un séjour prolongé.
Sans doute, Jean Minguet savait quitter son doux manoir pour aller combattre l’ennemi de la France, comme il le fit en 1415 en prenant part à la défense de Harfleur. Mais pendant qu’il combattait courageusement sur le champ de bataille, sa femme demeurait seule en son castel, se livrant à l’éducation de ses six enfants.
Le château de Fresnay, berceau de Loys de Couttes, appartenait a sa famille au moins depuis l’année 1335, en la personne de Guillaume III de Couttes. En 1380, Jehan de Couttes fit hommage à l’évêque de Chartres pour la mairie de Fresnay qu’il avait rachetée au prélat pour 75 francs d’or. Guillaume de Couttes et J ehanne des Guets en étaient seigneurs avant 1396. — Jehan de Couttes et Catherine de Noviant y installaient une chapelle privée en 1409 ; celle-ci y mourut avant le 14 octobre 1447.
Fresnay-le-Gilmert devint l’apanage d’Anne de Couttes et de Guillaume de Harville son époux, seigneur de Palaiseau. Elle était veuve en 1470 et mourut elle-même après 1483. Fiacre de Harville, seigneur de Palaiseau, mort en 1530, transmit Fresnay à son fils
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Esprit de Harville, seigneur de Palaiseau, qui mourut en 1569 et légua son domaine à Claude de Harville, seigneur de Palaiseau, Fresnay le Gilmert et la Salle de Poisvilliers, mort en 1579. Le fils de ce dernier, Antoine de Harville, marquis de Palaiseau, père de François Jouvenel de Harville des Ursins, lui succéda dans cette seigneurie. Le 5 octobre 1709, dame Anne de Harville, veuve de François de Béthune duc d'Orval, vendit Fresnay à Messire Florent Boutet de Guignonville, conseiller du Roi en sa cour de Parlement,
Par son mariage avec Marie- Anne-Catherine Boutet de Guignonville, Henri de Briqueville, chevalier, marquis de la Luzerne, maître de camp de cavalerie devient seigneur de Fresnay, 1731. '
Le 2 janvier 1790, Jacques-Gabriel- Alexandre Bazin, marquis de Bezons et de Maisons, principal héritier de Anne-Marie de Briqueville de la Luzerne, sa mère, et Jean David de Faulcon, marquis de Falconnier, tuteur de Armande-Jeanne-Suzanne de Faulcon et Amable-Jean-David-Gabriel de Faulcon, héritiers de la dame marquise de Faulconier, leur mère, elle-même héritière pour moitié de ladite dame de Bezons, sa mère, vendirent la terre de Fresnay-le-Gilmert, savoir... les terres et bâtiments des Fermes et en plus la métairie d’Alençon et la ferme des Joncs dépendant de ladite terre de Fresnay (1) à M. Nicolas Perrée de la Villestreux pour 682.000 livres, et à Marie-Catherine Perissel. Au décès de M. de la Villestreux, arrivé le 28 août 1807, le domaine de Fresnay, sous le nom des Fermes, comme
(1) Le domaine de Fresnay comprenait encore lelieu seigneurial de Freslay, proche l’église, le jardin appelé l’Hôtellerie ou les clos Thibault, le jardin des Minières proche l’église, la pièce de terre dite la Pierre aux ChevalierS;, tenant au chemin de Fresnay à Senarmont, la fosse Saint Just (patron de l’église), la pierre des Givès, l’Epine Millon. Le tout était tenu en fief, foy et hommage, rachat et cheval de service avec le marc d’argent toutes fois et quantes le cas y écheoit, du Roy et de M. Desmarets, seigneur
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LOUIS DE GOUTTES
ci-dessus, fut partagé en deux parts : l’une par suite de ventes successives est devenue la propriété de M. Edouard Chapet, propriétaire à Chartres ; l’autre passa E à Henriette-Julie Ferrée de la Villestreux,
qui épousa M. Auguste-Louis-Salomon de la Tullaye ; 2® puis à Marie-Henriette de la Tullaye, épouse de M. Charles-René-Denis de Luigné, puis 3® par Henriette-Louise de Luigné, à M. Gustave Bayard Bou-
usufruitier engag-iste de la baronnie de Châteauneuf. Le domaine de Fresnay contenant 597 arpents 7 perches de terre, estimés 181.663 livres tournois.
(Les documents contenant tous les détails descriptifs sur Fresnay le Gilmert, et la liste des derniers seigneurs, nous ont été communiqués parM. Besnard, notaire rue du Cheval-Blanc, à Chartres. Nous lui adressons tous nos remerciements.
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chard de la Poterie, qui en 1894 la vendit à M. Dreux, propriétaire à Argenteuil.
D’après un acte du XVIIP siècle, sans date précise, la terre et seigneurie de Fresnay-le-Gilmert avait <( haute, moyenne et basse justice, avec auditoire, prisons pour malfaiteurs, poteau à carcans et fourches patibulaires à tel nombre de piliers qu’il appartient à haute justice » concédée par lettres patentes de l’année 1653, registrées au parlement en 1683 à M. le Marquis de Palaiseau a en considération de ses services et de ceux de ses pères ». Avec la seigneurie de Challet, la Salle de Poisvilliers , Laiglehoux, fief Regnard, Huberville, Fourmagère et la Corme du Favril , elle était affermée 3210 ff. Ses principaux vassaux étaient : ^
La seigneurie d’Achères ;
Le fief de la Chaussée d’Emerville ;
Le fief et seigneurie des Essarts à Dangers ; la mairie de Dangers, consistant en « un château, aux deux encoignures duquel sont deux tours rondes, pont-levis au dessus de la porte duquel est une guérite », le tout environné de fossés remplis d’eau, vendue en 1709 à M. Boutet de Guignon ville par Gabriel de Beaulieu, sieur de Friaize, pour 42483 livres.
Les fiefiterre et seigneurie de Champigny, appartenant à M. Talon ;
Le fief du Coulombier et de Nouvet à Aunay-sous Couvé ;
Le fief de Coulans (à Lèves), le fief Huon, le fief de Roujeard ;
Les terres de M du Tronchin^ et du marquis de Vieuville ;
Les fief, terre et seigneurie de Couttes, et le fief de Murger à Challet.
Toutefois le vieux manoir, abandonné depuis longtemps par ses châtelains, avait perdu son caractère
féodal. La maison seigneuriale transformée en simple maison d’exploitation agricole, dès avant 1750 ne consistait plus (( qu’en doubles bâtiments pour loger deux fermiers », et ne s’appelait plus que les Fermes en 1790. Cette dénomination, confirmée par les événements de la Révolution, est seule connue aujourd’hui.
Le plan cadastral de la commune ne connaît que le nom moderne, mais il a conservé d’autres caractères explicite d’une demeure seigneuriale. Le hameau des fermes, dans un seul et même enclos, avait sa grande porte cochère accolée à gauche d’une entrée plus modeste ou porte cavalière. En avant un étang à poissons, fermé d’une bonde, sis devant le lieu seigneurial, contenant 3 arpents, affirme encore le droit traditionnel du seigneur ; le cadastre donne l’emplacement de la fuye à pigeons (1), privilège exclusif du seigneur. Enfin à l’entrée même du castel s’élevait une grosse butte de terre, élevée en rond, nommée la Saillie, contenant une arpent sur laquelle était attaché un carcan de fer, avec les armes de madame de la Luzerne et de monsieur le marquis de la Luzerne, son mari ». Motte celtique, disent les uns ; purement féodale, disent les autres, formée par le dépôt des terres extraites de l’étang.
L’éloignement de ce manoir d’un bon kilom. de l’église justifie la demande à l’évêque de Chartres d’un Oratoire privé dans l’enceinte close.
fl) Ce colombier, d’après la description de l’acte cité plus haut, avait 1500 boulins, était bâti en cailloux ourdés de mortier, orné de deux ceintures et d'un entablement en briques. Il figure encore sur un plan du domaine, conservé dans les minutes de M. René Besnard. Une lettre du 2 janvier 1837 de l’agent d’affaires de M. de la Tullaye. M. Letartre, ancien notaire de Chartres, lui apprend, « qu’on ne peut conserver ledit colombier dans son état actuel... car, il est tout lésardé et disposé à se fendre en deux... il en est tombé un pan assez considérable » et il conclut à la u démolition du colombier ».
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Cette description^ et la mention des propriétaires successifs^démontre jusqu’à l’évidence l’identification (lu manoir de Fresnay avec le hameau actuel des Fermes. C’est bien là le lieu de la naissance du page.
L’église (1) d’ailleurs conserve aussi un monument précieux, c"est la pierre tombale d’une dame de Couttes, dont rinscription est malheureusement incomplète, mais ou le mot DE CVBITIS est parfaitement lisible.
(1) L’ég-lise a tous les caractères du XIF siècle. C’est un parallélog^ramme avec le sanctuaire un peu plus étroit que la nef. Les contreforts en pierres de roussard saillissent à peine, la porte d’entrée est à plein cintre, comme les fenêtres. A l’extérieur la muraille porte encore la litre seigneuriale. Le mobilier intérieur est très pauvre; on remarque cependant deux crédences à double piscine ménagées dans l’épaisseur des murailles latérales, l’une trilobée, l’autre carrée et dont les moulures élégantes révèlent le XVI® siècle.
LOUIS DE GOUTTES
Voici cette inscription : DE. CVBITIS. I. C. UNX. SOR... I. ITIS : M. SEMEE. CC. BIS. TER. TRINOS. QVINQVE. DOCEBTS. OBDORMISSE. DEO. M A DU. BIS.LVCE. QVATERNA.HANC. PRO. FOSSE. AD...
A droite de la gisante sont deux écussons gravés, l’inférieur brisé par la moitié, mais le premier absolument intact avec un lion rampant bien dessiné, on croit y apercevoir aussi une bande componée brochant sur le tout. Le lion constitue les armoiries bien certaines de la famille de Gouttes. L’écusson de gauche n’a pas été gravé ; il devait être parti de Gouttes et de Le Mercier qui portait alors 0 huiles posées en fasce et un franc quartier chargé de trois étoiles. Il était pour ainsi dire impossible de buriner toutes ces pièces dans un si petit espace ; et l’écusson sera resté en blanc.
La date est inscrite en forme de rebus, forme si recherchée au Moyen-Age : M. Semel, GG bis(l). ter trinos quinque : Mil une fois, deux cents 2 fois ( 1400) ; les mots
ter trinos quinquepowvo^nt se lire de deux façons : trois fois trois ans et cinq — 14 ; ou mieux, trinos quinque (annos) ; trois fois cinq ans= 15, répétés trois fois, ter, 15 X 3 — 45. Vous apprendrez qu’elle s'endormit dans le seigneur le jour 2 fois quatrième de mai, ou 8 mai (2).
Or nous avons vu plus haut que Gatherine Lemercier, mère du page, mourut avant le 14 octobre 1447 ; Si c’est elle qui reposait sous cette pierre, nous aurons la date précise de son décès : le 8 mai 1445. Gette dalle tumulaire serait une nouvelle preuve de la résidence préférée dans le castel de Eresnay le Gilmert des parents de Loys de Gouttes.
(1) On pourrait lire aussi TC : et centum bis, deux fois C = 200. Mais nous ne trouvons les de Gouttes à Fresnay qu’en 1335.
(2j Cette pierre vient heureusement d’être relevée et placée debout le long du mur, à droite de la porte d’entrée de l’église, grâce à une subvention de la Société Archéologique, par les soins de MM Decœur, maire de Fresnay, et Soreau, instituteur.
Nous pouvons donc conclure à bon droit, croyonsnous : 1® que Loys de Gouttes, page de Jeanne d’Arc, né en 1414, vit le jour, non à Châteaudun, où ses parents ne résidaient pas alors, mais à Fresnay-le-Gilmert où ils s’étaient aménagé une demeure agréable , et 2® qu’il est bien membre d’une famille purement chartraine, puisque les de Gouttes ont pris le nom de leur terre patrimoniale située à deux ou trois kilomètres de Ghartres seulement.
5“ Origine de da famille de Gouttes.
Gette origine chartraine peut même être accentuée davantage encore en recherchant la souche première des de Gouttes.
Le premier personnage qui porta le nom est un Guillaume en 1180. Il était, avons-nous dit, possesseur d^un fief situé près Saint-Martin-au-Val. 11 fut croisé avec le comte de Ghartres et prit part au siège de Saint- Jean d’Acre et son compagnon de combat, Gervais de Ghâteauneuf, lui donna la métairie de Laigle à Ardelle.
Sans doute aucune charte ne nous fait connaître sa filiation précise. Mais, premier point acquis, il était bien chartrain.
Nous connaissons de plus les armoiries de sa famille : (1) un lion rampant. Voyez comme preuve le
(1) En 1270, Simon de Gouttes, s’était croisé avec Saint-Louis. Ses armoiries furent plus tard gravées dans la salle des Croisades de Versailles : D'or au lion de sable armé et lampassé de gueules.
En 1356, Simon de Gouttes, chevalier, qui s’illustra à la bataille de Poitiers porte : un écu au lion à queue fourchée, chargé sur Üépaule d’un écu à un chef, qui est le blason du sire de Gallardon, son suzerain. En 1357, son sceau pend à une quittance de ses gagés : un lion à la queue fourchée (Demay, 2929).
La même année, Agnès de Gouttes, prieure de Notre-Dame de Variville porte ; un écu au lion, à la bande brochant.
En 1378, Enguerrand de Gouttes, écuyer, servant contre les Anglais donne une quittance de ses gages scellée : d'un écu au lion
PIÈCES UÉÏAGHÉES, 111
Fig. 1.
Sceau
de Simon de Gouttes,! 356
Sceau de Jean de Bruières, seigneur de Lèves, 1259.
Sceau d’Eustachie dame de Lèves.
Sceau de Simon de Gazeran.
LOUIS DE GOUTTES
dessin du sceau ci-contre de Simon de Gouttes, 1270, (Planche, fig.lUa pierre tombale reproduite ci-dessus, et les photographies des vitraux de Sainte-Foy et de la Cathédrale donnés par cette famille.
Or existait-il, à Chartres ou dans les environs, une famille portant ces mêmes armes ? — Oui.
(>ette famille, essentiellement chartraine, puissante d’ailleurs et nombreuse, est celle de Lèves. Les premiers membres connus portaient le nom de Riche : Dives ; mais ils prirent le surnom de Lèves, quand ils eurent reçu des comtes de Chartres la mission de garder la
rampant, la queue fourchée, à la fasce chargée de deux roses et accompagnée de 3 étoiles brochant sur le tout.
En 1383, Guillaume et Pierre de Gouttes ont : un écu chargé d'un lion à la queue fourchée, à la bande brochant.
En 1403, Hugues de Gouttes, escuier, eschanson de Monseigneur le duc d'Orléans, reçoit dudit seigneur, vingt francs d’or a pour aler en compagnie es partie de Lombardie et d’Ytalie ». Son sceau porte : un lion, brisé d'une étoile en chef à dextre.
En 1404. Le même et Jean de Goustes, son frère, scellent leur quittance d’un lion brisé d'une étoile en chej.
La même année, Jean de Gouttes, dit Minguet, écuyer, capitaine de Ghâteaudun, donne quittances scellées d’un « écu au lion à la queue passée en sautoir, cimé d'une ramure de cerf. » De même en 1408, 1409, 1410, 1411.
Dans le vitrail de Sainte-Foy, vers 1436, Jeanne de Gouttes, femme de Florent d'Illiers porte un vêtement armorié ; Ecartelé aux i et A d'Illiers : 3 annelets; et aux 2 et 3 de Gouttes : un lion rampant.
Anne de Gouttes, femme de Harville dans le vitrail de la crypte avait revêtu ses filles d’une robe portant les armoiries accolées à dextre d'une croix chargée de o coquilles qui est d' Harville, et à senestre d’un lion rampant qui est de Gouttes.
En 1456, Loys de Gouttes, le page de la Pucelle, avait scellé un acte d’hommage : d'un scel en cire rouge à Vécu chargé d'un lion rampant à la queue fourchée et passée en sautoir. « S. Loys de Goûtes. » De même en 1469.
En 1564 et 1567, 1574, Robert de Gouttes, vicomte de Pavant en Lorraine, porte toujours : un lion brochant sur une barre ou 2 cotices en barres.
Inutile d'observer que les bandes et les barres ne sont pas toujours des marques de bâtardise, mais seulement des branches secondaires.
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Florkm' d'Illiiuîs et Jeanmiî DK Gouttes sa ee.mme
Estampes, Pe 6.
(Vitre à la chapelle de la communion derrière le chœur de l’église de Sainte-Foix de Chartres).
Anne de Colties et ses sept filles Estampes, Pc In, Toi.
(Vitre dei’i'ière rauLel de l’c'glise de Sous-Terre deN.-D. de Chartres}.
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forteresse élevée sur le bord de l’Eure pour en défendre le passage.
Les premiers exemplaires des sceaux des de Lèves remontent à 1217. La charte 358 du Cartulaire de Josaphat donnée par Goslein VI, portait un sceau équestre dont le cavalier tenait un écu gravé d’un lion rampant, la queue fourchue (1). (Voir Planche, figure 2). Quand après leur départ de Lèves ils fixèrent leur séjour à Bruyères-le-Châtel , qu ils avaient acquis par mariage, ils conservèrent ces mêmes armes. C’est ainsi que Thomas de Bruyères, seigneur de Lèves, scellait la charte 457 de Josaphat en 1239 avec une barre sur son écusson (figure 3).
De même Jean de Lèves, qui portait aussi le nom de Jean de Bruières, scellait une charte de 1241 d’un sceau au lion rampant chargé d'un lambel à quatre pendants (G. 2900, figure 4) et en 1259 d’un autre sceau au lion rampant à la queue fourchue [Cartulaire de Notre-Dame de Chartres^ figure 5). Le sceau d’Eustachie, sa femme est aussi armorié d’un écu parti de Lèves et de ses armes personnelles (figure 6).
Est-il à croire que les chevaliers de Lèves, jaloux de leurs privilèges, auraient toléré, à côté d’eux, à 2 kilomètres à peine, les petits écuyers de Couttes porter absolument les mêmes armes, s’exposant ainsi à des confusions, dont tout les avantages auraient été pour leurs voisins, si ceux-ci n’avaient pas eu des droits imprescriptibles, par suite de liaisons familiales, ou mieux de parenté ?
D’où il faudrait conclure que les de Couttes n’étaient qu’une branche cadette de la famille de Lèves.
Cette conclusion est confirmée par un autre fait certain de même nature.
(1) Cependant Gaignières a dessiné au bas de la charte 333 du Cartulaire de Josaphat un sceau dont le cavalier porte un écusson à damier.
LOUIS DE GOUTTES
La charte 457 de Josaphat, datée de 1239, est un accord entre Thomas de Bruières, seigneur de Lèves, et Philippa sa belle-mère, pour la fixation du douaire de celle-ci. C’est un acte purement familial, où devaient figurer les principaux membres de la famille. Thomas donne à sa belle-mère des garants de son engagement, entr’autres Sjmon de Gaseran, Jean de Lèves et Gervais de Gouttes. Or Sjmon de Gaseran dans une autre charte de 1241 donnée précisément par Jean de Lèves, figure comme son neveu : « Symon de Guaseran, nepos dicti Johannis de Leugis Arch. départ., G. 2900].
Gaignères reproduit le sceau de Sjmon de Gaseran qui est aussi un lion rampant (fig. 7) ; comme celui de Lèves et celui de Gouttes. Sjmon pouvait le porter en sa qualité de neveu ; à pari^ les membres de la famille de Gouttes. La même parenté existait avec les seigneurs du Bois de Lèves, sans qu’aucun doute puisse s’élever sur ce dernier point.
Ce serait un fait contraire à tous les usages et à toutes les lois de la féodalité de voir ainsi des familles : Lèves, Gouttes, Gazeran, les Bois de Lèves, porter les mêmes armes dans la même région , sans être unies par un lien d’étroite parenté.
De cette parenté entre les seigneurs de Lèves et leurs voisins de Gouttes, nous crojons pouvoir indiquer le premier anneau.
Le premier personnage du nom de Gouttes connu est Guillaume, qui paraît en 1180. Précisément le fils cadet de Milon de Lèves et de Mabille du Tremblaj-le-Vi> comte, s’appelait Guillaume; il paraît dans la charte 260 du Carlulaire de Josaphat, donnée entre 1168 et 1175.
Guillaume de Gouttes avait fondé son anniversaire dans l’église abbatiale de Josaphat qui le célébrait le l^'^août. Mieux que tout autre motif, sa parenté avec les fondateurs de l’abbaje le portait à cet acte de pieuse générosité.
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D'autre part, le lieu seigneurial de Gouttes semble bien avoir appartenu à la famille de Lèves dès le commencement du XII® siècle.
Goslein, dit de Lèves ou de Musy, évêque de Chartres, était le neveu de Goslein, seigneur de Lèves et de Geoffroy de Lèves, son prédécesseur sur le siège épiscopal, fondateur de l'abbaye de Notre-Dame de Josaphat. Il aimait à se retirer dans une maison de campagne qu’il avait à Oysème. C’est de là qu’il a daté quelques-unes de ses chartes, les n®® 209 et 229 du Cartulaire de Josaphat^ la pr;emière de 1152 : « Actum apud Oissesmam » ; la deuxième de 1155, « Apud Oisesmam ». Le vénérable prélat mourut le février 1156.
Sans doude, l’abbaye de Tiron avait à Oysème un prieuré, mais où le prieur ne fit jamais résidence, -et qui par conséquent ne pouvait offrir à l’évêque une hospitalité convenable.
Pour ne pas s’éloigner de sa ville épiscopale ni du centre de sa famille, le prélat aura fait construire une habitation agréable, à laquelle le nom de Gouttes fut naturellement attribué, à cause des coudes prononcés qu’y fait la petite rivière.
A sa mort ce fief devint l’héritage d’un de ses neveux, de Guillaume, fils de Milon de Lèves, qui en 1175 portait encore le surnom de Lèves, et en 1180 avait pris celui de Gouttes, à cause de la terre devenue son apanage.
Rien de plus probable, on le voit, que cette filiation. Elle est encore corroborée par certains détails que nous devons mentionner.
Les cadets de la famille de Lèves recevaient de préférence aù baptême le nom de Jean : 1239, Jean, fils de Geoffroy de Lèves; 1248, Jean, fils de Thomas de Bruyères ; 1346, Jean, frère de Thomas de Bruyères ; de même dans la famille de Gouttes, où 4 générations se succèdent sous ce même vocable. Le page lui-même eut un fils nommé Jean.
LOUIS DE GOUTTES
Malgré la proximité des deux seigneuries, les deux familles de Lèves et de Gouttes n’ont jamais contracté entr’elles aucune alliance matrimoniale. Ce fait si contraire aux usages de 1 époque, s’explique précisément par la parenté très proche, et notoire qui les unissait et formait un empêchement public a tout mariage diaprés les lois formelles de l’Eglise.
La raison familiale en dernier lieu portait le chef du nom à grouper à proximité les différentes branches de son lignage.
Nous en avons la preuve indéniable pour la famille de Gaseran, dont la parenté est affirmée positivement par une charte, et pour celle du Bois de Lèves incontestée, toutes les probabilités indiquent le même fait pour la famille de Gouttes (1).
Nous pouvons donc conclure sans trop de témérité que la famille de Gouttes était une branche cadette de la famille de Lèves, et par suite d’une origine essentiellement chartraine.
6. Attachement séculaire de la famille de Gouttes pour sa patrie chartraine.
Quoi qu’il en soit d’ailleurs, de ce point particulier, il est évident que la banlieue de Chartres est bien le pays d’origine de la famille du page de Jeanne d’Arc.
Le fidèle compagnon de Jeanne garda toujours un
(1) ün fait semblable se produisit pour la famille de Saint-Prest, dont une branche porta le nom de Gasville. (Voir : de Mianville» Histoire de Saint-Prest.)
La famille de l’Etendart avait également un lion de sable à la queue fourchée^ armé et onglé de gueules, dans son écusson. Elle était seigneur de Beauchesne, Saint-Laurent, la Tour-Neuve, Bois des Fourches, Ermenonville près Epernon, Bois-Richeux près Nogentle-Roi, de Hanches, de Morville et de Raizeux, à proximité par conséquent de Chartres et de Lèves. En 1266, un Guillaume, homme de grande valeur, porta l’étendard royal en la bataille livrée par Charles d’Anjou, frère de saint Louis, contre Mainfroi, usurpateur de la Sicile. Mais ce n’est pas ici le lieu de rechercher cette filiation.
PAGE DE JEANNE d'ARC
souvenir de prédilection pour sa patrie, à Tinstar de tous les autres membres de la famille.
Le patriotisme local en ces temps reculés était bien plus développé qu’à notre époque cosmopolite, et nous sommes heureux de constater cette noble vertu dans notre jeune héros.
Après la mort de son père, survenue en 1428, devenu majeur en 1433, et revêtu du titre d’écuyer « armiger », il vient en personne, après avoir recouvré ses biens de famille, après l’expulsion des Anglais, faire hommage au Chapitre de Notre-Dame à cause de sa terre du Bois de Lèves (1). Cet acte corrobore puissamment l’opinion émise dans le paragraphe précédent. Le Bois de Lèves était un fief fortifié entre Lèves et Fresnay-le-Gilmert qui avait toujours été l’apanage d’une branche cadette des seigneurs de Lèves, depuis 1150 jusqu’à la fin du XlIP siècle.
En 1436, Louis de Couttes, panetier du roy Charles Vil , lui fait hommage pour la terre de Rugles qui lui venait du côté de sa mère.
Il vient de nouveau dans la bonne ville de Chartres en 1442, pour passer un aveu féodal dont le prieur de Mondonville ne précise pas la nature (2).
Il guerroie toujours pour son roi contre les « Godons » et certains historiens pensent qu’il fut aussi leur prisonnier, comme otage de son capitaine Raoul de Gaucourt, dont il était l’écuyer, et comme tel fut mis à grande et « excessive rançon » jusqu’à se voir obligé de mettre en
(1) « Die sabbati, 18 juillet (1433) Ludovicus de Couttes, armiger, fecit fidem et homagium in capitule... ratione terræ suæ de Bosco Leugarum (Prieur de Mondonville, vol. XI, 81) » En 1484 un acte de même nature, fut passé par son beau-frère, Fiacre de Harville, seigneur de Palaiseau, qui se reconnaît vassal du Bois de Lèves, à cause de Jean de Couttes, dit Minguet (fils du page), escuyer, pour son hébergement scis au Bois de Lèves (Arch. d’Eure-et-Loir, G. 1146).
(2) Bibl. Nationale, mss. fr. 21132 (t. 9) p. 708.
gage et céder Tusufruit de sa terre et chaste! de Fontenay en Brye à Monseigneur Denys du Moulin, patriarche d’Antioche, évêque de Paris, vers 1446. Il les vendit définitivement en octobre 1451.
Son mariage avec Guillemette de Wadetot, d’une famille de Normandie, eut lieu en 1459, et semble dès lors l’avoir fixé dans la ville de Compiègne. (( Il est demeurant en 1469 dans cette ville « qu’aimait tant Jeanne d’Arc et qui avait été sa suprême étape de guerre. » Mais il n’oublie pas sa famille restée chartraine et il dote le 27 mai 1481, damoiselle Louise de Harville, sa nièce, fille de sa sœur Anne de Gouttes et Guillaume de Harville, seigneur de Palaiseau, de même qu’en 1466 il dotait son autre nièce Marguerite de Harville, religieuse novice au monastère de Poissy en l'Isle de France (1).
Louis mourut avant le 26 novembre 1483 et fut inhumé dans l’église de la Chartreuse de N.-D. de Mont-Renaud, près Noyon; aussi Jacques Le Vasseur, doyen et chanoine de Noyon pouvait écrire que « la Chartreuse de Mont Sainct-Louys les Noyon ne manque non plus de ses tombeaux... entr’autres y ont leurs places... dans la chapelle deNostre-Dame, noble homme Louys de Gouttes et damoiselle Guillemette de Watelot, sa veuve (2). »
Cette noble fidélité au pays natal fut pieusement imitée par les autres membres de la famille.
Jeanne de Gouttes avait épousé le 13 février 1412 Florent d’Illiers. Les deux époux, bienfaiteurs de l’église Sainte-Foy de Chartres, y étaient représentés dans un vitrail dont Gaignières nous a conservé une repro-
(1) Le couvent des Dominicaines de Poissy avait alors pour abbesse Marie Jouvenel des ürsins, sa parente. La sœur aînée de Marguerite était abbesse de l’abbaye de Saint-Avit, près Châteaudun.
{2) Annales et Antiquitez de l'Eglise de Noyon, p. 975.