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A LYON

Par Loys Tantillon

Avec permission i5go

DEFAITTE VE- HITABLE SUR LES

ii‘()U])es (lu Roy de Nnuarre le Lundy f) Mars

Messievos

ÏA puissance & sagesse de nostre Dieu est si grande ^ & admirable, en l’exercice & distribution de sa iustice & miséricorde sur les hommes, qu’il ny a iour, ny presque vne seule heure, qu’il n’en face paroistre diuers effectz : esclatant sur les vns les foudres de sa vengeance, et répandant gratieusement sur les au-

1res (les douceurs de ses béné-

dictions. Et en la considération particulière de chascun de ses effectz , les sapjes chrestiens & ca-

tholicques trouuent argument &

matière suffisante de le louer, et magnifier, et le remercier de ses grâces, selon que nous y sommes obligez, sur peine d’estre reputez ingrats, «Se chastiez comme contempteurs de ses bénéfices.

Nostre foy nous attire en reste contemolation, laquelle nous

tient en la cognoissance &: a-

mour de Dieu : & et à rec(3gnoistre (ju’il nest ])as sédentaire, ny jamais oisif (tel c|ue la voulu faulsement dépeindre cest Atheiste d’Epicu-

re, et les Politicc[ues de nostre temps, vrais escolliers d’vn tel mai-

stre

stre) nous faisant cognoistre par ses efïectz qu’il a vne perpétuelle prouidence, & vn seing continuel ; (mais sans peine ny trauail) au gouuernement de son Eglise, & des vrais et fidelles Catholicques. C’est ce qu’il nous a faict veoir à l’œil, & toucher au doigt de pere en filz, depuis la création du monde, & dont les Hj^stoires (tant Sacrées que Prophanes) nous font assez de foy, par des accidens estranges aduenuz en ce Royaume, quelcjue fois miraculeusement & sans l’aide et ministère des hommes : autres par des moyens très-

petis et infirmes : & le tout tellement plein de merueille : c|ue l’es-

prit humain s’est arresté court, & a

rebouché, comme hébété en la considération d’œuures si admirables, conduites par les iugemens supernaturels de Dieu : lesquels il

ne nous est pas permis de rechercher dauantage, de peur (comme dit le Sage) C|u’en perscrutant vn tel abysme, nous soyons opprimez de sa gloire. Estant très-certain (suyuant la parole) c[ue d’autant plus grande est la différence des iugemens de Dieu, et de ses voyes d’avec celles des hommes, c|u’il 3^ a de distance entre le ciel et la terre.

Il n'y a celuy de nous cjui despuis trente ans n’ait \'eu des choses estranges & prodigieuses, et autant plus admirables c^u’aucunes autres c[ui soyent iamais aduenues sur la terre. T-es \dcissitudes &: varietez

ont

ont esté grandes & soudaines. On a veu des pilleries & ravages fréquents par tqut ce Royaume, le panure peuple pillé et rançonné despuis ce temps & sur tout le régné du dernier des Valois, vra^^ fléau de Dieu pour punir noz pechez ; beaucouj) se sont enrichis de la guerre, & ont durant nos malheurs plus piaffé que durant la paix : telles occasions ayans amené & introduit vne licence desbordée de mal faire : la vertu a esté mise sous le pieds durant le régné de ce malheureux, les Sorciers, les Paillardz, les ignorans, les Atheistes, les Heretiques & autres vermines ont esté seulz aduancez & les gens de bien, vrais Catholicques, reboutez & priués des charges qui leur appartenoyent

Dieu a espandu sui' nous sa Miséricorde, fauorisant le party de l’Vnion en tant de laçons que noz aduersaires s’alToil^lissent peu à peu , comme l’on peut veoir en tant d’exploicts cjui se sont veus despuis peu de iours, & sur tout en la dell'aicte des Hérétiques aduenues à Dreux, le cinquiesme du présent moys de Mars. Car Monseigneur le Duc de Mayenne estant allé ioindre les Espagnols près de Beauuais, le Roy de Nauarre se campa auec ses trouppes près la vdlle de Dreux. Ce c[u’entendu par les Catholiques du lieu envoyarent leurs femmes et enfants à Chartres , &

après s’estre confessez & communiez fort déuotement, vnanimement se résolurent de combattre , & au

premier

premier assaut tuerent plus de cinq cens Ijommes des ennemys, & en blessèrent autant & plus, entre lesc^uelz est le Maréschal de Byron, blessé à mort d’vng coup de mousquet, à l’espaule ; son fils d’vn coup d’harquebuze en vne code ; Bellegarde de mesme coup en vn bras à demy mort ; D’auerly , mignon de feu Monsieur, tué, & plusieurs autres seigneurs & gentilz hommes blessez et prisonniers, & ce qui encouraga les Catholic|ues fust cjue Monsieur de Mayenne estoit à trois lieues près. Geste perte est signalée pour le Roy de Nauarre, qui peu de iours au parauant feit perte à Poyssy de 500 hommes, entre lesquelz demeurarent vn de ses mignons , & le prétendu Prince de

de Genenoys l’vn des mesclians Hereliques de la terre.

Voyla 'en peu de motz la faneur que Dieu a faicte aux Catholicques en' ce rencontre, qui ' e-^^f autant aduàntageux c[u’admirable en ce cjue vn bien petit nombre de Citoyens Catholiques ont osé attaquer vne armée Heretique de dix mille hommes. Mais le Dieu des batailles encouragea à leur saincte résolution. Par là l’on peut veoir les effects admirables du Sainct ' Sacrement de l’Autel que ce Biarnois & les Heretiques nous veulent rauir. Armez vous donc, Messieurs^ pour conseruer à la postérité ceste precieuse perle, et faisons en sorte que nostre chandelier nous de-

meure

meure, cest à dire la religion catholique, sans laquelle nul ne peut estre sauué. Efforçons nous donc de résister aux trahisons et aux embusches que Sathan nous dresse iournellenient par ses suppostz les hereticques, lesquels (quelque chose qu’ils facent) succomberont soubz leurs meschantes entreprinses, & expérimenteront à leur ruyne la toute puissante main de Dieu qui défendra iusques à la fin son Eglise catholicque, sa légifime espouse, & ne permettra point t[ue la Paillarde Heresie nous oste la foy cjui nous a este laissée, il y a tantost seize cens ans. De Paris, le 10 mars 1590.

El N.

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