LE SIEGE DE DREVX
Et les hranes exploicls de guerre cjui s'y firent soabz la condiiicte de monsieur Fallondres gouuerneur de la ville, l'an mil cinq cens nonante.
Deuant que venir au siège de Dreux , il n’est hors de propos vous faire entendre que ceste ville est petite , mais très ancienne, & bastie des lors que les Druides regnoient en Gaule, long temps deuant la descente des François en ce pays, voire deuant la naissance de nostre Sauueur & rédempteur Jésus Christ. Ces Druides estoient parmy eux en grande réputation, comme dit Jules César au sixiesme liure de ses commentaires. Ils assistaient au seruice diuin, auoient la charge des sacrifices tant publics que particuliers, expliquoient les points & articles de la religion. Parquoy grand nombre de jeunes gens se ren-
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geoient autour d'eux pour apprendre, & les respectoient fort : car ils cognoissoient presque de tous differents, soient publics ou particuliers. S’il y avoit quelque forfaict commis, s'il se faisoit vn homicide, s’il y auoit procès pour raison d’vne succession, ou des bournes & affins d’heritage, ils en jugeoient, & ordonnoient pareillement des recompenses & punitions. Qve si quelcju’vn, ou personne priuée ou publique ne se tenoit à leur jugement, ils l’interdissoient des sacrifices, c|ui estaient enuers eux la plus dure peine de toutes autres. Car ceux qui estaient ainsi excommuniez, estaient ainsi excommuniez* , estoient au reng des détestables & meschans : tout le monde se detournoit d’eux, fuyoit & abhorroit leur rencontre & leur deuis, de peur que cpielque malheur ne leur aduint de ceste communication : non pas seule-
ment leur faisoit on droict, si d’auanture ils ententoient quelque procès ; ne charge &: dignité quelconc[ue ne leur
estoit départie. De tous ces Druides il y en auoit tousjours vn qui présidait aux autres, lequel auoit parmy eux la souue-
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raine auctorité. Cestuy-cy décédé, s’il y en avoit quelqu’un c|ui en dignité excellas! tout le reste, il lui succédoit, ou s'il y avoit plusieurs concurrens et esgaux, l’vn d'iceux estoit esleu par la voix de tout le collège : et quelque fois venoient ils bien aux armes pour ceste précidence. Certaine saison de l’année, ils alloient tenir leur Parlement en un lieu sainct & beny sur les confins de Chartres, qu’on estime estre le milieu de toute la Gaule ; la s’assembloient de costé & d’autre tous ceux qui avoient quelques procès, lesquels acquiessoient à leurs jugemens & arrests. Les Druides n’auoient pas accoustumé d’aller à la guerre, & si ne payaient point de subsides comme les autres ; mais estoient excusez de porter les armes, & exempts de toutes charges & impositions C{uelconques. Ce qui estoient cause que plusieurs, à l'apetit de si beaux priuileges, meuz aussi de leur propre volonté, s'en alloient à leur escolle, & y estoient enuoyez de leurs peres <& proches parens. Là ils apprenaient grand nombre de carmes par cœur, & pourtant quelques vns demeuroient bien vingt
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ans entiers en ceste estude, car ils ne pensoient pas estre licite de les mettre par estat, encores qu'en tous leurs autres & publics & priuez affaires ils vsassent de lettres Grecc(ues. Ce qui semble auoir esté institué pour deux raisons : l’vne
qu’ils ne veuloient point que leurs secrets fussent diuulgez au commun peuple :
l’autre de peur que ceux qui apprenaient s'attendans à l’escriture fussent moins soigneux d'exercer leur mémoire , comme il aduient à plusieurs, qui soubs l'attente les liures relaschent beaucoup de la diligence d'apprendre et retenir par cœur. La première chose qu’ils s’efforçoient de persuader, est que les âmes ne meurent point, mais qu’après le trespas des vns elles passent aux autres : & estimoient que cela deuoit grandement exciter les hommes à vertu, quand on mesprisoit la mort. Ils traictoient en outre beaucoup d’autres poincts concernans les estoilles &: leurs mouvemens,
la grandeur du ciel et de la terre, la nature de l’vniuers, la vertus & puissance des Dieux immortels & les enseignoient aux jeunes gens. Voilà quant aux Drui-
des, dont a pris son nom la ville de Dreux dont briefuement nous prétendons escrire le siégé.
Doncques ^ le Mercredy matin dernier jour de Feurier, le Roy de Nauarre & et ses gens commencèrent à inuestir les murailles de la ville, cuydans bien la surprendre, ayans desja entre leurs mains vne des fortes places, qu’ils auoient finement surprise, soubs faueur de laquelle ils commencèrent en grosse trouppe descendre du faux-bourg de Paris, autrement appelle de Sainct Jean. Se pressentent à la porte , barricadant ledict faux-bourg : puis se coulent peu à peu par un moulin à tan au fauxbourg de S. Denis, où ils furent courageusement receuz des soldats de dedans, & combattirent assez longuement & asprement presque bras à bras. Mais enfin monsieur de Fallandres, gouuerneur de la ville, fit faire la retraite au faux-bourg de sainct Martin ne voulant bazarder sans bonne occasion la vie de ses soldats. Dans ce fauxbourg s’ataqua l’escarmouche, où s’il fut bien assailly, je peuz véritablement dire qu’il fut bien défendu.
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D'autre part l’ennemy espérant enclore de tous costez & enuelopper les habitans, tascha de descendre au fauxbourg de sainct Thibaut. Mais les citoyens promptement se trouuerent prests & appareillez de les y recevoir, là sur vn pont de pierre fut vaillamment combatu. Monsieur de Viette qui commandoit en ce lieu fit faire retraite sans perte de soldats dedans le boulevart, où tut tiré d'une part & d’autre mains coups de harquebuzes.
Le iour se passa à telles escarmouches sans que les soldats s’ennuiassent & lassassent, tant ils estaient encouragez. Cependant monsieur le gouuerneur départoit à un chacun les charges selon leur mérite & hôneur : assignoit les quartiers pour combatre : & faisait remparer les endroicts les plus faibles par où il pensait c|ue l'ennemy les deuoit attaquer.
Le lendemain, c^ui èstoit le Jeudy premier du mois de mars, chacun se délibéra de trauailler aux rampars, sans que l’ennemy entreprist rien tout ce iour que se barricader, où il mit toute peine & diligence. Le
Le vendredy deuxiesme iour, sur les neuf ou dix heures, se monstra l’ennemy entre la ville & et le chasteau, au lieu près des meurges qp’on appelle la baste, sans qu'on appelle la baste, sans’ qu’autrement fit contenance de nous venir combatre ou assaillir. Sur le midy fit semblant d’vne couleurine vouloir battre en ruyne, tantost tirant d’vn costé, tantost de l’autre. Si bien que ce iour tira quinze volée de ceste couleurine, dont furent attaquées les courtines plus hautes de noz murailles ; mais de ceux de la ville en fut dressée vne autre, qui endommagea beaucoup ceux du dehors.
Le samedy matin, troisiesme dudict mois, on apperceut dans les vignes force gabions, assez proche du chasteau, joignant le donjon, l’artillerie commença à iouer, qui faisait vne merueilleuse tempeste. Cinc{ gros canons tiraient sans cesse, qui firent breche, & ceste couleurine battoit de bout en bout la courtine des murailles. Il n’estoit pas pas midy, quand chacun vient pour soustenir l’assaut. On fait vn retranchement par derrière sur lequel ceux de dedans empeschoient que
PIKCICS DÉTACHÉES Ifi
< (Sic).
l'ennemj ne passast outre, qui desja toutefois auoit battu les tours de la ville de trois cens coups de ses doubles canons & battoit incessament dedans la bresche sans aucune relasche, lac|uelle il ouuroit largement.
Dans le retranchement, au milieu du rampar y auoit vne tour c[ui portoit grand ennuy & dommage aux assiégez : d'autant c[ue ceste tour c[ui seruoit de montée pour aller au donjon, causa la mort à beaucoup de vaillans soldats qui estoient sur la bresche pour soustenir l'effort de l’ennemy. Car alors c{u'il se voulut préparer pour venir à l’assaut, la furie du canon commença à redoubler, qui sans repos ioua contre ceste tour, tant qu’il la renuersa de fonds en comble. Lors les démolitions & esclats des pierres tuèrent grand nombre des Capitaines & soldats c(ui se présentaient à la breche pour la defendre. Ce fut lors que se montra le courage des habitans, qui ne craignans la furie du canon, les esclats des pierres, ne aucun autre desauantage & incommodité, à demy enterrez des démolitions, montoient sur le rempar.
& n’auoient aucune appréhension de la mort.
Puis apres l’ennemy se prépara de venir recognostre la breche, laquelle estoit si barge que vingt hommes de front y eussent pu entrer. Mais par le derrière y auoit tel retranchement, & si bien remparé & brauement gardé, qu’ils ne fut iamais en la puissance de l’ennemy d’en approcher à son ayse. Car lors qu’il commença de venir à l’assaut, les habitans qu'il estoient dans le Donjon, tirèrent tant de coups de mousquets, & de coups de deux petites pièces de canon, iettèrent tant de grez & de feux artificiels, que plusieurs des ennemis y perdirent la vie. De sorte qu’enfin furent contrains se retirer, non sans laisser beaucoup de leurs gens enterrez dedans les fossez de la ville. Les chefs & capitaines ne peurent tant gaigner sur leurs soldats à grand coups de hallebardes, qu’ils leur pussent relever les cœurs. Car l’vn se sentoit frapé d'vn grez, l’autre d’vn coup de mousquet, brief il n’y auoit si hardy qui ne se reculast, s’il n’y vouloit perdre la vie.
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Ce iour l’ennemy tira bien six cens coups de son artillerie, tant il estoit diligent à recharger ses pièces. Il esperoit pour certain emporter la place, ayant faict telle breche, & rompu tours & murailles, toutes fois il fut enfin contraint de se retirer auec vergongne & beaucoup de perte.
La nuict estant proche, tout le commun fut employé à remparer la breche, & faire au derrière vn bon retrenchement.
Il seroit impossible d’escrire par le menu toutes les choses signalées, les actes genereux & bonnes volontez des soldats. Car lors que l’ennemy vint pour les assiéger, l'on voyoit les courages à chacun redoubler. Il sembloit de Lyons ou Tigres ravisans, qui ne craignoient, pour se maintenir & defendre, ny le fer, ny le canon, ny la ruyne des murailles, ny tout ce que l’ennemy pouuoit faire pour leur dômage. Mesmes les simples femmes d'vn curage viril faisoient carnage des ennemis, il faut confesser que le bon Dieu soustenoit sa querelle, & gardoit ses seruiteurs.
Or il ne fault obmettre que dedans la ville on a de coustume de sonner vne cloche lorsque quelque vehement tonnere est ouy par l’air, ou que la terre tremble. Les habitans ont fiance, qu’en l’honneur du bon Dieu & de monsieur sainct Blanchart, elle chasse de ce lieu les orages & tourbillons. Ils la sonnèrent sans intermission tout le iour de l’assault, & durant que le canon ioüoit. Ce qui rendoit l’ennemy douteux & mal assuré, ne sçachant l’occasion de ceste sonnerie.
La nuict estant venue on continué tousiours à remparer & fortifier. Mais la rage de l’ennemy ne se pouuant assouuir, tira à l’auanture, & sans sçauoir ny comment, tira deux vollees de canon, sans nul efîect, qui ne seruirent que d’espouuantement.
Le lendemain , Dimanche , l’ennemy se reposa, non sans vn extrême regret de demeurer sur son appétit. Car volontiers il eust pis faict, s’il eust peu, mais son amonition lui delfailloit, ou bien en avoit-il si peu qu’elle luy faisoit grand besoin. Donc ce iour ne fit autre entrepri-
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DEFAIGTE