‹ Pièces détachéesChapitre 21 sur 48 · I.,a ditte Coutelet ayant esté congédiée et la s(eur · texte numérisé non relu

I.,a ditte Coutelet ayant esté congédiée et la s(eur

André Dauly mise par le seigneur d’Armenonville à son échoie de Hanches, on a favorisé les paroissiens qui demandoient un maison d’échole pour leurs garçons, auxquels les filles ne pouvoienf apprendre ny à lire ny à escrire comme il faut. Quoy donc cj^ue nos écholes soient pour des maîtresses, à faute de quoy les revenus appartienne à la fabriqué, le seigneur de plein droit a nommé Huillaume Grnmrt, natif d’Orléans, avec sa femme ; lesquels 7i’y ayant esté que six mois, parce qu'une meilleure condition s’est présentée, après six mois d'interval, ledit seigneur a nommé Jacques Routers , ancien maitre d’échole d’Ymeray, qui y est à présent. Dieu veuille c[ue tout réussisse à sa plus grande gloire ; nonobstant les irrégularités tant dans l’exclusion des filles, C(ue dans l’installation des maîtres ; achevé ces mémoires le\lix‘' mars 1712.

Seigneurs usufruitiers d’Armenonville.

En cette année 1712, M. de Guignonville était seigneur

usufruitier d’Armenonville ; il y a été sept ou huit ans. après cj^uoy luy a succédé M. Doré, aussy seigneur usufruitier vers 1719.

Départ de M. Bailleul, Curé.

M. Bailleul, curé d'Armenon ville ayant eu une cure dans le diocèze d’Amiens, son pavs, v allat en 4719 ou 1718 ; il 3' eut à Armenonville des desservans jusqu’au mois de septembre 1722'.

Nomination de M. Thuault, curé

(Attc année mil sept cent \'ingt-deux, maitre Jean Thuault, prêtre du diocèze de Chartres, après un an ou

' Un de ces desservants fut M. Garnier Matiiurin, mort en 1721, âgé de .'!7 ans.

l’tKCKS DItTAClIKES l)U

environ de desserte, fnl nommé curé d’Armenon ville, par AT. d’Armenon ville, alors garde des sceaux de France. Ledit .Jean Thuault prit possession le premier septembre lie ladite année 1722. après la démission du sieur Bailleul.

La nouvelle école

L'année 1730, on détruisit les deuz maisons ejui appartiennent à l’école, avec toutes leurs dépendances, pour 3" bastir sur le fond la maison cju’on voit présentement. On a eu intention d’en faire un hôpital, mais cela s’est mal exécuté, à cause de la mort de monsieur le gcirde des sceaux, qui arriva c[uelque tems avant C|u’on y mis de nouvelles sœurs, c[ui sont de la communauté de Sainville, près Dourdan. 11 ne faut point oid'»lier ce C|ui est marqué c\" dessus, touchant les deux maisons appartenantes à l école, c[uoic[ue le seigneur du lieu ne le pense pas. On a voullu faire recevoir sur l’LIotel-dc- ville de Paris les deux cent cinquante livres qu’on pa}^ aux sieurs pour leurs gages, mais les habitans n’ont pas voullu ; ils ont jugé que soixante livres que M. Fleuriau faisoit par an aux sœurs, comme on pourra voir aussy cy' dessus, cinquante livres auss3' par an affectées pour la dite école sur le moulin de M. d’Armenonville, ac^ant reçu pour cela la somine de mille livres de AL de Loucelles, premier curé de cette paroisse, et encore dix neuf livres que tiroient les sœurs des fermages des terres appartenantes à l’école (les dites terres ont été distraites de l'école, malgré monsieur le curé, ce ne sont plus les sœurs qui les loûent, c’est le seigneur), valoient mieux et étoient quelque chose de plus fixe pour leur école, quoicj[ue ces sommes ne fissent total que celle de cent vingt neuf livres. C’est AL Doré, seigneur usufruitier, cj[ui a donné occasion à tous ces changemens.

fin l'année 173!), AT. le marcpiis d’Armenonville, briga-

dier des armées de Sa Majesté, fils de monsieui' le comte de Morville, et joetit-fils de monseigneur le garde des sceaux, rentra dans la terre d'Armenonville, après qu elle eut été environ 30 ans possédée par des usufruitiers, ce monsieur Doré la lu\' a\'ant ceddée. 11 vint la visiter et comme en prendre possession, le 21 décembre 1730, et ledit sieui- Doré s’en alla en 1740 ])our n’v plus revenir.

(ici se termine la chronicjue de M. Thuault, curé d’Armenonville, 2'' historien de la paroisse. Les deux paragraphes qui suivent tloivent aussi lui être attribués. 11 mourut en elïet en 1740. Son successeur, AI. Le vacher, 1740 à 1792, n’a rien écrif).

Notes pour le maintien des écoles. “A

S’il arrivoit C|u’on voullust détruire la fondation des sœurs, il faut s y opposer, car il est nécessaire pour la jeunesse qu'il a" ait des instructions et que les malades soient sollicités et soullagés ; on peut forcer M'"*' de Alorville ou autres tenant lieu de seigneur en ce lieu, de payer au moins tous les ans cinquante liA’res d’une part, les dictes cinquantes liAœes sont la rente de cent pistolesp que AL de Loucelles, premier curé, a mis entre les mains de AI. d’ArmenonAÛlle qui les a gardées et a créé la dite rente de cinquante livres à prendre sur le moulin de ce lieu. Lacté de cette création et la donation j^euvent être chez M. Clovis, notaire, rue de la Pie, à Chartres, plusieurs habitans ont connaissance de ceia ; d’autre part on peut obliger encore la dite dame de Morville ou seigneurs de loger les dites sœurs, attendu que pour faire bâtir le logis où elles sont à présent on a détruit leur maison qu’elles avoient, et on a loué à Claude Troulleau pour dix-sept francs de terres qu’on leur a otés et leur appartenoient. Si on refusoit de leur donner leurs gages ordinaires, il feudroit toujours qu’on leur rendist

leui'b terres, qu on l.eiir ])cqva,st eiiujuantes livres,- et qu'on leur donnast une niaison, un jardin à peu près comme celu v qu eJ les avoient aLqxiravant, et d'autres logis. On leur laisoit quarante Irancs de loyer avant le changement C(ui s est fait, le dit lover ]:>our les dites terres, et pour une maison à côté de la leur cjui leur appartenoit ; avec les .)() livres, ces 'lO li^u'es l'eroieid toujours 9d livres de gages'.

Bénédiction des cloches de cette paroisse.

.le soussigné, cuia' d’Armenoux ilh', av béni les deux (doches de cette paroisse, le (juatre du j^résent mois de novembre (1743), la grosse a été nommée Mar(iuerUe- ('Juirh)ie et a eu ]:>our parain monsieur le marquis de Surgères, seigneur de ce lieu, et pour maraine madame la marquise de Crussol : la petite a été nommée Jeanne- Tltérrse, et a eu pour ]:>arrain monsieur le marquis de Crussol et pour maraine madame la marquise de Surgères ; les dits parains et maraines ont eu pour procureurs Philippe-Louis Bénard, concierge du château de Alorville, et Louise-Françoise Sellier, de Malfosse, femme de Claude (fallais, valet de chambre de madame la comtesse de Morville, qui ont signé avec nous aussi liien que maître Jacques Faron . prêtre curé du Loreau, témoin avec plusieurs autres.

Signé : Louise-Françoise Scki.hkiî. — J. Farox. —

Xicoi.EJ^ rr. — l'\\i5RE. — L. GiRAursi. — Bernard. — J. riiOAur.r. Extrait dos roffistres do Cat/iolicito).

Reprise de la chronique paroissiale

(^uoicpie les auteurs et continuateurs des mémoires |>récédentsx se sovent ari'ètés à l'année mil sept cent c|ua-

' Ce paragraphe se trouve à la fin du registre, folio 251.

- Ici commence la rédaction de M. .Marais, curé de Bailleaus ous Gallardon. 1857 à 18/(8.

raille exclusivement, je ne prétends cependant pas mettre ici par écrit tout ce c^ui s'est passé de remarcjuable et intéressant pendant l’espace d’un siècle ; je jetterai seulement un coup d'œil sur ce qui s’est passé depuis bientôt cincpiante ans, non seulement dans la paroisse d’Arnienon ville, mais aussi dans toute la France, et vais le mettre par écrit afin d’en jierpétuer la mémoire juscpi'à nos derniers neveux.

Prise de la Bastille, 14 juillet 1789

Le quatorze j ui llet mil sept cent t|uatre-\ ingt-neul ; la Bastille, qui était un château fort à Paris, fut prise par le peuple de la capitale. Cet acte fut certainement le premier pas de la Révolution ; car on la vit ensuite marcher à pas de géant. Le peuple, dans les années suixantes, s'étant déclaré souverain, forma l’Assemblée appel lée Constituante, qui porta aussi le nom de Convention Nationale, fit une loi qui obligeait, sous peine de déportation, les membres du clergé à prêter un serment qu’ils jugèrent être contraire à leur conscience. Tl arriva de là que les prêtres sortirent de France par milliers, et allèrent cher- p cher l’hospitalité sur une terre étrangère, où ils furent accueillis avec bienveillance. Parmi ceux C|ui eurent le courage de rester en France, sans prêter le serment C[u’on exigeait d’eux, la plupart furent mis en prison, ou jetés dans d affreux cachots ; un grand nombre d’entre eux monta sur l’échafaud pour y recevoir une mort glorieuse pour eux, il est vrai, à lac|uelle ils étaient condamnés sans aucune l’cirme de procès. Les nobles, partisans du pouvoir monarchique, ennemis déclarés de la Révolution, furent aussi forcés de sortir de France sous peine de mort; aussi Dieu seul connaît le nombre des victimes qu’il y a eu en ce genre ; car la moindre dénonciation, faite par le plus mauveds sujet, ('duit suffisante pour faire monter sur

réchalciud les liommcs les plus recoin inaiidables jjar leurs vertus. (^)uelle était la cause de tant de meurtres. La cupidité la plus honteuse et la plus insatiable; car les biens des prêtres et des nobles émigrés, ou morts sur l’échafaud, étaient confisciués et vendus au profit de la nation.

Mort de Louis XVI, 21 janvier 1793.

Le A'ingt-et-un janvier mil sept cent quatre vingt treize, l’infortuné Louis seize, roi de France, monta sur l’échafaud pour y avoir la tête tranchée, en exécution du jugement de la Convention qui l’avait condamné à mort. Ce fut aussi vers cette épotjue, que la Convention Nationale porta une loi par lac|uelle le culte catholique fut aboli, et pour en faire disparaître les signes on se rua dans les églises, sur les autels C|u’on détruisit, les croix C|u’on loula aux pieds, les ornements dont on habilla des animaux. Grand Dieu ! C|uelle profanation ! quel crime ! Un grand nombre d'églises furent vendues, converties en salle de spectacle, granges, ou démolies entièrement, tant dans les villes que dans les campagnes. Les biens des cures et des fabriques furent aussi vendus au profit de la nation. En cette même année 1793, le seize octobre, Marie- Antoinette d’Autriche, épouse de LouisXVl, reine de France, alla le rejoindre en portant sa tête sur l’échafaud. Pendant c[ue les échafauds étaient ainsi dressés par toute la France, la nation française était en guerre avec toutes les puissances de l’Europe, conjurées contre elle à cause de sa ré\'olution et de l’assassinat juridique de la famille rovale.

Mort de Robespierre, 28 juillet 1797.

Au mois de mai de l’année 1797, Aladame Elisabetli sœur du roi Louis X VI porta aussi sa tête sur l’échafaud. Alais le temps où la nation devait reprendre haleine et

mettre un terme à tant de massacres était arrivé. Robespierre, chef de la Con\'ention, ciui avait fait périr tant de monde sur l’échafaud, et répandre le sang de plusieurs de ses rivaux, pour se méiintenir dans le poste qu’il occupait, Robespierre alla aussi, comme tant d’autres, porter sa tète sur l'échafaud, 28 juillet 1794. Aussitôt après sa mort, les prisons qui regorgeaient d’hommes, de femmes, d’enfants de tout âge et de toute condition qui attendaient la mort d’un jour à l'autre, furentouvertes, on commença à respirer.

Cependant la nation française était toujours en guerre avec les autres puissances ; la guerre civile même faisait des ravages dans le midi de la France; les Vendéens se battaient contre les soldats de la Con vention pour remettre sur le trône Louis XVTI, fils de l'infortuné Louis XVI ; mais Dieu ne permit pas qu'ils réussissent dans leur projet; avant tout il voulait châtier la Fi'ance. Aux horreurs de la guerre civile se joignit une famine épouvantable, qui en réduisit beaucoup à la misère la plus affreuse.

Napoléon

Dans la guerre que la nation française faisait aux autres puissances, un jeune soldat, qui se faisait remarc[uer par sa bravoure, parvint au grade de général, et comme on ne tarda pas à reconnaître en lui une habileté et un génie profond pour les armes, on lui confia bientôt le commandement d’une armée destinée pour l’Egypce. Vainqueur, il revint à Paris où il s’empara du pouvoir suprême et se fit déclarer chef de la nation.

Cet homme remarc[uable par son intrépidité et la fermeté de son caractère et une ambition démesurée, s’appelait Napoléon Bonaparte. En continuant à faire la guerre aux souverains étrangers, il voulait les forcer à demander la paix à sa nation et à renoncer à leur entreprise de

mettre sur le troue tle France un des irères émigrés de Louis XVr ; car alors le fils de cet infortuné monarque, Louis XVII, était mort à Paris dans la tour du Temple, qui avait servi de prison à lui et à sa famille pendant plusi^mrs mois plusieurs années.

Dans ces temps de troubles et d'agitation politiques, on avait fait disparaître les noms des saints du calendrier grégorien, les noms des jours de la semaine et des mois étaient absolument changés et remplacés par d'autres Inventés par la République, qui, elle-même avait été décrétée au mois de septembre de l’année 1793.

Cependant Napoléon Bonaparte, a vant été déclaré premier consul, sentit la nécessité de faire rentrer tout dans l'ordre, et fit tous ses efforts pour y parvenir. 11 rendit les églises au culte catholique, en faisant disparaître tous les emblèmes de la République, il rappela les prêtres, replaça les curés dans leurs cures d'où la Révolution les avait chassés; il rappela aussi de l’étranger les nobles émigrés qui peu à peu revinrent dans leurs foyer, et rentrèrent en possession de leurs biens non vendus. En un mot tout sembla renaître avec le siècle qui commençait.

Le Concordai.

La Révolution avant tout renversé, il fallut tout rétablir. Le gouvernement français s'entendit alors avec le l’ape Pie Vil pour faire un conconlat, c[ui assurât par la suite le libre exercicede la religion catholique, apostolique et romaine, et ce qui était nécessaire à l'existence de ses ministres.

C'est d'après les articles organiques de ce concordat promulgué au mois d'avril 1802, que les fidèles ne furent plus obligés de chômer certaines fêtes, cjui sont célébrées de dévotion le jour où elles arrivent.

Armenonville est annexée à Bailleau Sous-Gallardon.

Par suite du même concordat, le nombre des cures fut considérablement diminué ; toutes celles, qui ne restèrent pas telles, devinrent succursales. Il y eût même un grand nombre de cures (|ui, en raison de leur faible population et de la proximité d'une paroisse, ne conservèrent pas môme le nom de succursale, elles restèrent communes comme les autres, et furent réunies à la paroisse la plus voisine ou la plus convenable, de sorte c[u’aujourd’hui elles ne sont plus c[ue des hameaux dépendants de la paroisse à laquelle elles sont réunies. C'est ainsi ciue cette paroisse a été supprimée comme tant d’autres et réunie à celle de Bailleau-sous-Gallardan, sa voisine. Tous les ornements et l’arorenterie de Téolise ont été enlevés ; les murs seuls et une cloche sont restés; aussi ceuxc|ui l'ont vue au temps de sa richesse ont peine à la reconnaître, tant elle est déchue de son ancienne splendeur. La seigneurie d' Armenonville, c[ui, comme il est dit au commencement de ces mémoires, a été érigée en paroisse, ne le futc[uo 130 ans, puisc|u’elle a été supprimée d’après le concordat de 1802. Les prêtres, placés par l’évôc[ue diocésain dansp les succursales, ne furent plus cj^ue de simples desservants, que l’évêque du lieu peut placer ailleurs à sa Amlonté et malgré toutes les raisons que le pauvre desservant peut alléguer pour être maintenu dans sa succursale.

Au temps de la Républic^ue, la France fut divisée en départements et presque chaque département avait les mêmes limites que le diocèse dans lequel il était établi, de sorte qu’il 3^ avait presc[ue autant de départements c[ue d'év'ôchés ou diocèses.

Par suite du même concordat, plusieurs fêtes furent remises au dimanche suivant ; et les lidèles ne sont plus tenus, le jour qu'elles arrivent, d'interrompre leurs travaux. Ces fêtes sont ; l'Fpiphanie. la hête-l lieu . la fête de l’tÉCKS DPMACIIÉKS 31

scii'jil Pierre et dc' saint Paul, et la lete du patron de chaccjLie paroisse. Les fêtes de la sainte Vierge, l’Assomption exceptée, ne turent et ne sont plus que de dévotion.

Napoléon, Empereur, 1804.

[tonaparte,touj()urs vainqueur des ennemis de la France, parvint en 1804 à se faire nommer Empereur des Français, et fut couronné comme tel le 2 décemlDre de la même année ; le 25 mai de l’année suivante il fut couronné à iVIilan, roi d'Italie.

Après bien des guerres et des victoires remportées par les Français, la paix fut faite et signée le 14 octobre 1809, entre la France et l’Autriche, et fut encore consolidée par le mariage de Napoléon avec l’archiduchesse d’Autriche Marie-Louise, célébré à Paris le 2 avril 1810. De ce mariage naquit le 20 mars suivant, à Paris, Napoléon François Charles-Joseph, prince impérial de France et roi de Rome.

A cette époque, la religion commençait à reprendre racine dans toute la France, les hdéles interrompaient leurs travaux les jours dé dimanche et de fêtes réservées, pour aller entendre la messe, et le nombre des assistants aux offices était considérable. Au temps de Pâques, les prêtres en exercice étaient occupés à entendre les confessions des fidèles cj^ui, môme dès le commencement du carême, se disposaient à remplii' leur devoir paschal. A voir la religion pratiquée généralement comme elle l'était alors, on pouvait croire qu’elle allait germer et croître dans tous les cœurs; mais, hélas ! cette espérance ne se réalisa point, comme je le dirai dans la suite de ces mémoires.

La campagne de Russie.

La guerre entre la France et la Russie se ralluma. Les hostilités recommencèrent en l’année 1812 et le 14 septeml')re de cette année, les Français entrèrent dans Mo.s-

cou, muisils firrenl obligés d'en sortir ijientùU car le général de l'armée russe fit mettre le feu à cette capitale ciui futréduite en cendres. Napoléon, ne voulant pas passer l’h3^ver dans ces pa}^s froids, re\dnt sur ses pas, mais l’hyver,arrivantp lutôt qu’à l’ordinaire, arrêtararmée française dans sa marche; pour comble de malheur, il fut des plus rigoureux et un ffrand nombre d’hommes et de chevaux périrent de froid ; d’autres eurent des membres gelés, de sorte que les éléments eux-mêmes faisaient la guerre à cette belle armée sortie de France au nombre de six cent mille hommes à la tète desquels s’était mis Napoléon lui-même.

Après tant de guerres, que Napoléon avait soutenues contre toutes les puissances de l’Europe, la France ne se trouvait pas heureuse, le blé était rare et le prix en^tait si élevé que le gouvernement fut obligé de le diminuer et lui prescrire des limites. D’un autre côté, les pères de famille vojmient avec une peine et une douleur indicibles leurs enfants arrachés de la maison paternelle pour aller se ranger sous les drapeaux de Napoléon et combattre contre les ennemis de la France.

Mais le moment de la chute de ce grand homme approchait de jour en jour, son temps était bientôt passé,'’ Dieu allait bientôt en délivrer la France et lui rendre la paix et le repos après lesquels elle soupirait depuis longtemps.

Chute de Napoléon.

En effet les puissances de l’Europe, et surtout l’Angleterre, la Russie et la Prusse, firent une alliance ensemble, et conjurèrent la déchéance de Napoléon. Elles réunirent donc leurs armées ; la fortune dès ce moment abandonna .Napoléon, ses généraux eux-mêmes, fatigués de tant de campagnes, le trahirent, et les armées étrangères vinrent assiéger la capitale au commencement de l’année 1814.

Piiris lU' lïil pas longtemps sans ouxrir ses portes aux puissances alliées; Napoléon abdique la couronne et renonce à rtimpire. pour lui et ses descendants. Par suite de cet acte, les Bourbons, que la Réx'olution avait chassés, revinrent en France; partout ils furent accueillis avec des cris de joie mille fois répétés par une population ivre de bonheur, et Louis XV^llI, frère de l’infortuné l.onis XA^l, monta sur le trône de ses ancêtres.

Les cent jours.

La paix que les puissances alliées avaient procurée à la France, ne fut pas de longue durée, car au mois de mars l’année suivante. Napoléon trouva le moyen de sortir de l’ile d’Elbe, où il axaiit été relégué après son abdication, et de revenir en France ]j()ur tenter de ressaisir rEm|:)ire et le thrùne c|u il avait ])erdus l’année précédente. 11 ne fut point trompé dans s(xn espérance, il réussit dans son entreprise; l’armée se mit à ses ordres, et les Bourlxons furent pour la seconde fois chassés et du thrône de leurs pères et de la France, et contraints de chercher l’hospitalité sur une terre étrangère. Mais le règne de Napcjléon fut de courte durée, car les puissances étrangères se coalisèrent encore une fois contre lui, et. en très peu de temps, elles le culbutèrent, le hjrcèrent d’abdiquer la couronne de France et le tirent conduire à l’île Sainte-Hélène, oci il mourut au mois de mai de l'année mil huit cent xdngtet-un. Après la chute de N^apoléon qui arriva au mois de juin de la même année, les Bourbons revinrent en France et Louis XVlll remonta sur le thrône de ses ancêtres.

L’Occupation Étrangère.

l.es armées étrangères ne se retirèrent pas de la France comme elles le firent l’année précédente, mais elles la parcoururent dans tous les sens. Les Prussiens surtout se firent remarquer par leurs vexations ; à voir la manière

dont ils se conduisaient eliez ceux qui étaient obligés de les loger et de les nourrir, on aurait dit qu'ils étaient venus en ennemis, au lieu d’alliés, ce c|u’ils avaient annoncé être ; car ils mettaient pour ainsi dire tout au pillage, de sorte c|ue leur séjour de trois mois suflit |)our faire un tort considérable à un grand nombre de familles.

La Pluie, 181b.

L'année mil huit ceiit seize fut remarquable par des pluies continuelles qui durèrent pendant plus de six mois, de sorte c[ue les l'écoltesen soulfraient beaucoup et qu’on eût grande peine à retirer les grains ; l’humidité extraordinaire de cette année empêcha les bleds de parvenir à leur maturité, et ils n'eurent ])oint de qualité. Nos seigneurs les évêques ordonnèrent dansleurs diocèses res- ])ectifs des prières publiques, demandées par le roi ; mais il paraît (|ue c’était déjà hi un des lléaux dont Dieu voulait punir la France, le mauvais teni])s continua et il ne se passait pas un seul jour sans qu’il plût.

Par suite de la mauvaise qualité des grains, le bled devint fort cher, et resta pendant tpiekiues années à un prix fort éle\'é.

Le duc de Berry

Fn cette même année, le duc de Berrv, neveu de S. M. Louis XVII 1 et fils de Monsieur, frère du Roi. fut marié

h Paris à Caroline-Ferdinande-Louise, princesse des deux Siciles. Ce mariage, qui semblait promettre un heureu.x avenir pour la France, ne fut ]:>as de longue <1 urée, le dimanche treize février mil-huit-cent-vingt, le duc de Berrv sortant du spectacle avec son é]:>ouse, sur les onze heures du soir, fut attaqué par un infâme nommé l.ouvel.qui lui porta, dans la région du cœur, un coup de poignard dont il mourut le lendemain matin, après avoir demandé au

Hoi « (Iràcc jxnir l homme », et avoir reçu les .secours de la religion. Ce régicide, c[ue l’on a cru poussé à un tel crime j:)ar l’esj^rit révol ulionnaire ou libéral a refusé de dire s'il avait ou non des complices, et après avoir déclaré de vant les j Liges cpie « /Jim n était (ju un mot », il porta sa tète sur l’échafaud.

Le duc de Bordeaux

Les auteurs cachés de l’assa.ssinat du duc de Berrv croyaient a voir fait [)érir avec lui la branche aînée, mais iis furent trompés dans leur funeste espérance, car le vingt neuf septembre de la même année, la veux'e du duc de Berrv mit au monde un fils cpii reçut le nom du duc de Bordeaux. La naissance de cet enfant fut regardé comme un jiresent du ciel : dès lors on espéra que la hd'ance, au mo^^en de la paix qui s’affermissait de plus en plus, allait recommencer une norn elleère de lionheur. et que la Lro\'idence allait être entièrement pour elle.

,1e ne sais si c’est réalité ou illusion, mais alors la religion sejiiblait renaître dans les \dlles comme dans les campagnes, généralement pai'tout ; si la religion n’avait pas des racines profondes dans les cœurs des fidèles, il v avait cependant beaucoup plus d'extérieur de religion qu’on en remarque aujourd’hui.

Rétablissement de l’évêché de Chartres.

Lu l’année mil huit cent vingt et un, le nombre des évêchés fut considérablement augmenté, c’est-à-dire que l’on rétablit presque tous ceux cpn avaient été supprimés par suite de la Révolution, et qui n’avaient pas été rétablis à l’époque du Concordat ; de ce nombre fut l'évêché de Chartres qui de suite eêit pour évêque IVL'’ de Latil. Ce prélat passa, en mil huit cent vdngt-quatre, à l’archevêché de Reims et eêit pour successeur M®'' Clausel de Montais, aujourd’hui vivant.

Cupés d’Armenonville et de Bailleau.

La paroisse de Bailleau sous Gaillardon à laquelle a été réunie cette commune d’Armenonville a eu pour curé desservant M. Massé mort en l'année mil huit cent vingt. M. Couturier c^ui n'a administré la paroisse tqie deux ans et demi, à ce dernier a succédé l.ouis-François-Etienne Marais, prêtre du diocèse de Chartres et natif d'illiers en Beauce, c’est lui qui a écrit aujourd’hui ces mémoires.

• Campagne d’Espagne 1823

En l’année mil huit cent vingt-trois, monseigneur le duc d’Angoulême à la tête de cent mille Erancais, a été en Espagne mettre fin à la Révolution, et délivra des mains de ses ennemis Ferdinand VU. roi de ce pays ; six mois ont suffi pour terminer cette noble et généreuse entreprise.

Martin de Gallardon.

Je ne dois pas passer sous silence un fait qui a eu lieu à Gallardon en l'année mil huit cent seize ; cette histoire, si on peut lui donner ce nom, a fait peu de bruit dans les pa3"s d'alentour mais elle a eu, généralement dans toute la Fréince, beaucoup de retentissement. Voici la substance du fait ;

Un particulier de Gallardon, nommé Thomas Martin, a déclaré que l’archange Raphaël lui avait apparu plusieurs fois et lui avait dit qu’il venait s'adressera lui de la part de Dieu, pour le charger d’aller trouver S. M. Louis XVIII, et c|ue lorsqu’il serait en sa présence il lui dirait ce c[ui lui serait inspiré de dire. Après plusieurs épreuves C|u’on fit subira Martin, les médecins à qui on l’avait confié, comme aliéné a\uint déclaré qu’ils ne trouvaient en lui aucun signe d’aliénation mentale, on le

conduisit chez le i'(^i à i(ui il |)arla en secret. Le roi se mit ;'i pleurer lorsc[ue Martin lui eut rappelle certaines promesses cpi'il n'avait pas accomplies; il lui dit le sujet de sa mission, se retira ensuite au milieu de sa famille et se livra à ses travéïux ordinaires. Les sentiments ont été bien partagés sur cette alfaire, mais ce qui est un fait inconstestablc, c'est c|ue Martin a parlé au roi. Que lui at-il dit? c'est c|ue on ne peut pas affirmer, car après la mort de Laïuis XVTll, arrivée le seize septembre mil huit cent vingt quatre, Martin n'étant plus obligé de garder le secret, que le roi lui avait fait promettre de garder jusc^uà sa mort. Martin a répété à c{uelques confidents une partie de son entretien avec le roi. Il lui a reproché, dit-on, de ne pas avoir fait tout ce qui dé]:>endait de lui pour faire relleurir la religion en f''rance, comme il en avait fait à Dieu le voeu, au temps de son exil, si jamais il montait sur le trône de ses ancêtres.

Charles X — Cherté de pain — Hiver rigoureux, 1829

A l.ouis XVllI succéda son frère Charles Philippe, comte d'Artois, l.e commencement de ce règne n'eut rien de très remar(|uable ; à l'approche de l’hvAmr de l’année mil huit cent vingt huit, le bled se vendit ]:>our un prix très élevé, il fut encore plus cher l’année suivante. puisc|ue l'on a vendu le pain de première qualité, deux francs les huit livres. La misère fut à son comble pendant cette même année, et l’hvver fut très rigoureux ; la gelée a commencé le cinq janvier et le dégel s’est opéré le vingt six du même mois; pendant ces trois semaines la terre s'est couverte de six à huit pouces de neige, et le vingtc[uatre de ce mois le thermomètre selon Réaumur est descendu à c[uinze degrés et demi au-dessous de glace.

La gelée a rej^ris le premier février et le douze le thermomètre a marqué cinq degrés de froid, dans le mois de mars il a marcpié trois degrés et demi de glace et le 2 avril

suivcmt un degré. Ün voit ijar là que l’hyver a été un peu long. L'été a été trè.s pluvu'euK et monseigneur l’év'èque de Chartres a ordonné des prières publiqLies pour obtenir la cessation de ces pluies ([ui désolaient une partie de la è' rance. Cependant la récolte fut abondante. Ii'aLd(jmne fut très agréable, plus agréable même cpi’on jie s’attendait. fi'cinnée a fini comme elle a commencé, car il commença à geler dès le mois de mjvembre ; cette gelée dura environ douze jours ; elle reprit le six décembre et ne Unit t[Lie le si.x janvier de l’année mil huit cent trente. Pendant ce temps le thermomètre a martjué deux fois douze degrés de froid, et du di.x-huit au vingt décembre, la terre s’est couverte de hiut à dix pouces de neige; dans plusieurs endroits il y en avait plus d’un pied; mais le vingt-six décembre il fit un vent froid et si grand que la neige fut amoncelée en certains endroits à la hauteur de six pieds et plus ; les chemins creux étaient remjîlis, de sorte qu’on passait aisément sur la neige pour aller d’un borda r^iutre : on peut donc dire qu’il y a eu deux hyvers en mil huit cent vingt neuf, l’un au commencement et l’autre à la fin de l’année.

Pie VIII

Ce qui mérite encore d’ètre observé, c’est la mort du souverain Pontife Léon X II, décédé le dix té\'rier ; son successeur, le cardinal Castiglioni, monta sur le saint siège le trente-et-un mars suivant, sous le nom de Pie V^llf.

Grandes Chaleurs, 1830.

L’année mil huit cent trente n'a été, en cojnmençant, que la continuation de l’année précédente, sous le rap- ])ort de la tem])ératu re, car le froitl continue juscpi au huit de février, jour ol’i le dégel s’est o|oéré ; le thermomètre est descendu à cpiatorze degrés £ui-dessous de glace,

l'IKCKS DICTACIllCKS d'i

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le trois du même mois ; le ])rinlemj)s n'a pas été agréable, il a été froid et pluvieux, mais l’été a été eliaud, ear à la lin du mois de juillet, le thermoniètre s'est élevé j ustju’à vingtsept degrés au-dessus du [)oint de eongélatiou.

Chute de Charles X.

Cette année fera époque dans les fastes <!(' l'histoire, ear que d’événements ne se sont-ils pas ]>assés en peu de temps? 'l'andis qu’une Hotte envovée par Charles X contre le Dey d’Alger, en Afrique, pom' lui demander raison des insultes qu’il avait faites à notre consul, eidrait victorieuse à Alger, nos libéraux français qui, depuis quinze ans, cherchaient tous les movens de renverser le trône tle Charles X, et d'exjîulser hors de France toute la branche aînée des Dourbons, tirent éclater une révolution au sujet et de la manière c|ue je \ ais dii'e.

Le vingt-cinq juillet, le roi lança des ordonnances par lescjuelles la chambre des députés, qin venait d’être nommée selon la charte, était dissoute ; la liberté de la presse était abolie et un nouveau mode d’élection des députés était établi. Le roi, vo\nmt que les libéraux travaillaient au renversement de son trône et à la ]:>roscription de sa famille, avait lancé ces ordonnances pour arrêter les libéraux, mais elles produisirent un effet tout contraire à l’attente du Iloi et de ses ministres. Ces ordonnances exaspérèrent les libéraux, et le e ingt-sept juillet le peuple de Paris se révolta contre Charles X, le renversèrejit de son trône en trois jours, et le ]:>roscrivirent avec toute sa famille.

Avènement de Louis-Philippe.

Le Roi et le Dauphin abdiquèrent la couronne en faveur du duc de Bordeaux, leurs ]:>etit-lils et neveu, âgé de dix ans ; mais, malgré cette double abdication, le sept aoêit, deux cent neuf déjDutés, sur quatre cent trente-deux

reconnurent pour roi le duc d’Orléans qui prit le titre de Louis Philippe P' , roi des Prançais. Le seize aoCit Charles X et sa famille quittèrent la France pour aller en Angleterre. Au moment où la famille ro\^ale allait s’emloarquer à Cherbourg, M. Odillon Barrot, l’un des commissaires du gouvernement révolutionnaire, accompagnait ce malheureux prince, il lui dit en montrant le duc de Bordeaux; « Sire, conservez bien cet enfant précieux, sur lequel reposent les destinées de la France. » Ces paroles n’ont point été démenties par M. Odillon Barrot.

Quatre des ministres signataires des ordonnances furent arrêtés, mis en jugement et condamnés à la détention perpétuelle. Ce sont MiVl. le Prince de Polignac, le le comte de Peyronnet, Chantelauze et Guernon-Ranville ; le premier a été de plus condamné à la mort civile, parce qu’il était le président du conseil des derniers ministres de Charles X. Les autres ministres ont eu le bonheur d’éviter les poursuites (I U gouvernement et ont passé en pays étranger.

Grégoire XVI, Pape.

Au mois de novembre de cette même année, est mort le souverain Pontife Pie VIII, après avoir occupé le saint siège pendant vingt mois ; il eut pour successeur le cardinal Maur Capellari, qui fut élu Pape le deux février de l’année suivante, et prit le titre de Grégoire XVI.

Journées de Juillet.

Ce fut au ]uois de février que de nou veaux événements eurent lieu au sujet d'un service funèbre célébré en l’église de Saint-Germain l'Auxerrois, pour le repos de Fàmc de S. A. B. le duc de Berry. Les républicains qui n’avaient |)as réussi à établir, au mois de juillet précédent, IcLir système de ré);)idd icanisme, cherchaient tou-

jours l'occnsioii de l'aii'c une nouvelle révolution, dans res])éranee d’obtenir plus de succès ; aussi, voyant sur le catafalque une estampe représentant le duc de Bordeaux, ils se ruèrent sur cette objet et le foidèrent aux pieds.

Ils tirent j)lus; ils renversèrent l’autel , brisèrent la chaire, le banc déeuvre, et tout ce qu'ils rencontrèrent sous leurs mains. Après avoir ainsi mis tout en rinne. et découvert, une partie de l’église, ces forcenés se portèrent à rarchevéché, oii ils pillèrent ce rju’ils avaient épargné se[)t mois aii|)aravant, le palais fid saccagé, démoli de fond en comble, et le mo1)ilier jeté à la Seine ]:>ar un peuple furieux.

Des scènes à]:)eu près semblables à celles-ci curent Ijeu au mois de juin de l’année suivante; on demandait à grands cris la République dans les rues de Paris ; de là une nouvelle révolution qui fut apaisée en deux jours, et dans laquelle un grand nombre de personnes furent tuées ou blessées.

La duchesse de Berry.

Pendant que la capitale était encore en révolution, la Vendée et plusieurs provinces du Alidi de la France, excitées par la présence de son Altesse Royale Madame la Duchesse de Berry, s'insurgèrent dans le but de renverser le gouvernement de Louis Philippe, et de placer sur le trône le duc de Bordeaux ; mais cette insurrection, c|ui coûta la vie à ]:>lusieurs, fut bientôt comprimée. Les agents du gouvernement découvrirent le lieu oli Madame la Duchesse de Berry se retirait, ils la tirent prisonnière et la tirent conduire à la citadelle de Blave où elle passa c[uelques nrois ; elle fut ensuite conduite hors de Frunce.

Le cholépa-morbus, 1832.

il e.st une chose qui mérite iiien de trouver place dans ces mémoires, c’est la maladie à laquelle on a donné le nom de choléra-morbus. Depuis plusieurs années, cette maladie pestilentielle ravageait les pa ys orientaux, elle s’est déclarée en Angleterre, puis en France ; c’est à Paris cju’el le a commencé à faire des victimes, et c’est le vingt-six mars de l’année mil huit cent trente-deux quelle v a paru pour la première fois. Dans toute la France on a craint de devenir la victime de ce fléau destructeur, car il s’est répandu presc[ue partout, il a exercé ses ravages dans le plus petit hameau comme dans les cités les plus populeuses.

Malgré tous les soins que l'on a (q^portés aux ])estiférés, et toutes les précautions prises j^our arrêter les progrès de l’épidémie, cette maladie a fait des jjrogrès elfravants^ et de nombreuses victimes ; car pour ne parler que de Paris le nombre des personnes atteintes par le choléra a été porté à soixante mille, et le nombre des décès à vingt mille. Parmi les victimes de ce lléau, un très grand nombre mourait après vingt ou vingt-c|uatre heures de souffraiices, quelc[ues-uns jnouraient après avoir été malades cinc] ou six heu res et quelquefois moins longtemjos.

Dans les paroisses voisines et clans celle-ci, le choléra a fait ])lusieurs victimes. Le huit avril, par ordre de Monseigneur rEvêc|ue de ('hartres, nous avons commencé une neuvaine en l’honneur de Marie, contre l’invasion du choléra. A Chartres, une procession a été faite solennellement en l’honneur de la Sainte-Vierge, dans les rues de la ville, et, dès ce moment on n’a reconnu aucun nouveau cas de choléra', et presque tous ceux cjui en étaient at-

’ Cette procession eut lieu à Chartres par ordre de Mgr Clausel de Montais, le dimanche 2(> août. La sainte châsse fut portée dans les rues de la ville, et l'évèque présida lui-mème cette cérémonie, « Loin que cette agglomération produisit les tristes effets que la seule prudence humaine auiait

tac|Liésonl recouvré la santé. C'est là un fait dont toute la ville de ('hartres a été témoin. Enfin pendant huit ou dix mois t[ue le choléra a e.xercé ses ravages, personne n’est resté en arrière de son devoir: médecins, évêques, prêtres, sœurs hospitalières ont montré le zèle le plus ardent et le plus généreux ]iour secourir les cholériques. De la France, le choléra a passé en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Belgique, dans les autres parties de l’Europe, et ]iartout il a fait de nombreuses victimes.

Sécheresse, 183d.

r/année mil huit cent trente-trois a été remarquable par une très grande sécheresse. La sécheresse a encore eu lieu l’année suivante, et elle a été telle que plusieurs puits dans certains pays ont été plusieurs mois sans fournir d'eau.

pu en eittendre, le choléra cessa aussitôt et tous ceux qui en avaient déjà reçu les pernicieuses atteintes, entrèrent en convalescence. »

Le choléra a\’ait fait peu de AÎctimes aux mois d'avril et de mai ; mais il redoubla de violence au mois de juillet et d’août. Du 2 au 9 août, le CLineiir, journal de Chartres, constatait d’après les relevés officiels, 8 cas et 4 décès dans notre ville ; du 9 au IÇ, 14 cas et 9 décès; du 10 au 23, 12.3 cas, 48 décès ; du 23 au 30, 110 cas, 07 décès, et il écrivait à cette dernière date « que le choléra perdait de son intensité dans la ville ; avant-hier le 28, on ne comptait que sept nouveaux cas, et hier, le 29, trois, le jour où le lléau a frappé le plus ont été vendredi et samedi dernier (24 et 25 août.) » Cela était inséré dans le n» du jeudi 30 août. Du 30 août au 6 septembre il y eut 14 cas nouveaux et 11 décès, et le journaliste ajoute: « Depuis quatre jours, il n’y a eu à t hartres que quatre nouveaux cas. Dans le département l’état sanitaire s’améliore considérablement ; il y a lieu d’espérer (|ue les ravages cesseront bientôt entièrement ».

Du 0 au 13, la statistique relève 5 cas et 4 décès ; du 13 au 20 septembre I cas et 1 décès. Ce fut le dernier, l.e 4 octobre on » annonçait avec plaisir que le choléra avait cessé entièrement d’exercer ses ravages dans le département. »

Il y avait eu à Chartres 291 cas de choléra et loO décès, dans le département IGOl cas et 854 décès.

Ce relevé, que le Glaneur ne lit point certes pour les besoins de la cause religieuse qu’il combattait à outrance, corrobore d’une manière frappante la tradition chartraine qui s’établit bientôt, attribuant à une intervention surnaturelle la cessation du lléau. On fit frapper une médaille, grand module, en cuivre, où Marie est représentée implorant le Dieu des miséricordes pour

Insurrections, 1834.

En celte ciiinée 1834, il 3" a encore eu plusieurs événements politiques. Le neuf avril, une révolte éclata à L^'on, et dura j usqu’au quatorze ; lorsc|ue la nouvelle de cette révolte fut arrivée à Paris, une insurrection s’éleva dans la capitale , mais cette insurrection fut comprimée le lendemain. Plusieurs personnes tant à Evon qu'à Paris furent tuées ; c’était encore la républitpie que demandaient les insurgés de 1^3^11 et de Paris,

Grandes chaleurs, 1834.

L’hiver n’a pas été froid, l’été a été chaud; le ^hermomètre est monté à quatorze dégrés au-dessus de zéro le quinze janvier, le vingt-et-un juin il a marqué vingt-sept degrés de chaleur, et ce qui est très rare, c’est que le treize septembre il a marqué vingt-cinq dégrés, et le dix-sept, vint-deu.x dégrés au-dessus de zéro.

Grande sécheresse , 1835.

En l’année mil huit cent trente-ci ii({, la sécheresse à été très grande dans plusieurs parties de Ici Erance ; voici ce que j’ai lu dans le journal des maires du vingtsept juillet : « La sécheresse est si grande en Normandie, qu’un grand nombre d’établissements industriels, mus

sa ville de Chartres. Au bas on lit l’inscription suivante : « Voté à Notre- Dame de Chartres par les habitan.s en reconnaissance de la cessation du choléra-morbus qui eut lieu à la suite de la procession solennelle célébrée pour obtenir sa puissante intercession, le 20 août 1832. » En outre Mgr Clausel ordonna que chaque année, le dimanche le plus rapproché du 23 août, on ferait une procession en l’honneur de la Très Sainte \herge pour rendre grâce à Dieu de la cessation de la terrible maladie.

Les localités les plus éprouvées par le lléau après Chartres furent le Gault Saint-Denis, le hameau de Talvoisin à Imeray, Dreux., libers, Courvillc, Gallardon.

par tles cours d'eau, ont clé ol)ligés de ralentir leurs trax aux. ou même de les suspendre tout-à-l'ait j^ar suite de la mise à sec des rix'ières cpii faisaient tourner leurs r()ues. »

La machine infernale, 1835.

Cette année est très remarquable par un événement tragique qui a coûté la vie à plusieurs personnes à Paris. Le vingt^huit juillet, après a voir ]:>assé dans toute la longueur des boulex’ards, sur le front de la garde nationale, I ,ouis-Philippe est à peine arrivé à la hauteur du boule- \ ard du Temple, qu'une terrible explosion, semblal)le à un feu de peloton bien nourri, s'est fait entendre. Une machine infernale composée de vingt-cinq canons de fusil de munition, était dressée dans une chambre de la maison numéro ÔO du boulevard du d’emple. Fieschi, inventeur de cette machine, 3^ mit le feu au juoment oli le cortège passait; plusieurs personnes sont tombées mortes ; de ce nombre était le duc de Trévise (maréchal Mortier), le lieutenant-colonel de la huitième légion de la garde nationale, plusieurs officiers, généraux et autres. Louis- Philippe était à cheval aA'ant quek|ues-uns de ses enfants à ses cotés, aucun d’eux n’a été l)lessé. Fieschi et deux de ses complices Pépin et Morev), ont été condamnés, par la cour des Pairs, à la peine de mort et exécutés le dixneuf février de l'année suivante mil-h uit-cent-trente-six.

En cette même année mil huit cent trente-six, on a attenté deux fois à la vie de Louis-Philippe; le vingtcinq juin, au moment où ce prince sortait des Tuileries, un jeune homme âgé de vingt-six ans, nommé Alibaud, a tiré sur lui avec une arme à feu en forme de canne. La balle a ])énétré dans la voiture où était le Uoi ; mais aucun de ceux qui y étaient n'a été blessé. Ce régicide a été condamné à la peine de mort par la coLir des Pairs et exéi'uté le onze juillet suixant.

Le second attentat à la vie de Louis-Philii)pe a eu lieu le mardi vingt-sept décembre ; un Jeune homme âgé de vingt-trois à vingt-quatre ans, nommé Meunier, a tiré un pistolet sur le jirince au moment où il se rendait à la Chambre des Députés; les glaces de la voiture ont été brisées, personne n’a été atteint par la balle, mais les ducs d'Orléans et de Nemours, qui accompagnaient leur j)ère, ont eu la figure ensanglantée par les éclats du verre. L’assassin a été arrêté sur-le-champ et livré à la justice.

1836. — Incendie de la cathédrale de Chartres.

Je ne j^uis passer sous silence l'accident malheureux arrivé à la cathédrale de Chartres en cette année. Le sahiedi quatre juin, vers six heures du soir, le feu prit à la charpente par la maladresse des ouvriers plombiers qui laissèrent tomber quelques charbons. Un sceau d’eau eût suffi pour prévenir un grand malheur, mais les ouvriers ayant ouvert une porte, le vent souilla si violemment de cette porte, et donna une telle activité au feu, que les deux malheureux ouvriers virent troj) tard qu’ils ne pourraient suffire pour arrêter l'incendie commencé. 11 n’était plus temps, le feu s’était déjà communicjué à plusieurs poutres, et bientôt la fumée annonçci aux habitants de Chartres que leur belle cathédrale était peut-être arrivée à son dernier jour. Une heure et demie a suffi pour cjue la charpente de l’église fut entièrement consumée par les llammes ; la voûte a tenu bon j usqu’à la fin, elle n’a point été endommagée. Les trois cloches ont été fondues ; et les deux clochers, malgré les ravages intérieurs, que leur a causés l’incendie, peuvent encore durer des siècles, d’a])rès la visite et le rapport des architectes.

l-IKCKS DliXACIIKES

Imi l'année mil luiil c'en! irenle-sept, au mois de mai l'église Sainl-Gej'main-rAuxerrois, à Paris, qui était restée fermée depuis sa dévastation du mois de février de l'année mil huit cent trente-et-un , est rendue an culte catholique. Le trente du même mois, le lils aîné de Louis- Philim^e (descendant de saint Lcjuis' est marié à une princesse luthérienne. lOeux jours ajorès il y eêit à Paris des lètes à roccasion de ce mariage. Au Chanq)-de-Mars la foule était si grande que plusieurs personnes ont été écrasées sous les pieds; le nombre des morts a été d'environ une trentai ne, mais cekn des blessés a été plus considérable; ])lusieurs se sont trouvés asph yxiés par la chaleur.

f.e lecteur doit s’être aj^erçu (jue je me suis un ]:>eu écarté du plan tracé pcir ceux qui, les premiers, ont commencé à écrire ces mémoires ; mius il ne doit ])as en être sLir|)ris puisque je l’ai averti dès le eoinmencement. De plus, depuis que cette commune a perdu son titre de cure, depuis même qu’elle a jjerdu ses seigneurs, et qu’elle est restée sans pasteur, il ne s'v est passé rien de remar- (luable, d'après les informaticms que j’ai prises avant de mettre la main à la plume. Mais si j’ai écrit ce c[ue l’on vient de lire, c'est parce c[ue j Ai pensé que la pkqoartdes événements, je dirai même des catastrophes que j'ai rapportées, méritent d’être mis ]3ar écrit atin d'en conserver la mémoire à nos descendants.

Le Jubilé, 182b.

(Jue le lecteur trouve bon que je dise ici que l’année mil liLÛt cent vingt-six a été l’année du Jubilé qui a été oLtvertdans ce diocèse le lundi trois avril. Interrompu depuis le premier j uillet jusqu'au vingt-neul septembre par ordre de monseigneur l’E\ êque, à cause des travaux

qui ont ordinairement lieu à cette époque, il a recommencé le trente sejitembre et a fini le trente-et-un décembre suivant, ce c[ui lui donne une durée de six mois. C’est là un oubli que j'ai commis, car j'au rnis d ù pnrier du .lid:)ilé, dans l'année (pi'il a eu lieu.

ISdS.

Cette année n'olTre rien de remarquable ])our cette commune, mais en revanche notre marine militaire s'illustra de gloire dans les Indes Occidentales.

T, a prise du tort de Saint-.lean d'Ulloa , au Mexic[ue, réputé un des mieux combinés tie l'Américpie et imprenable, montra que notre marine n'avait jjas dégénéré. 'J'oute la gloire de l'e.xpédition revient au contre-amiral llausiin qui, après ioi l)om bnrdement iletpielques heures, parvint à se remire maître d'une des principales places fortes du Nouveau-Monde ^28 novembre).

Mentionnons aussi la naissance du comte de Paris, (ils du duc d’Orléans, prince rov;d 2i août .

Les républicains déchus de leurs esjDérances et voyant le gouvernement s’écarter de plus en jolus du programme de J uillet 1830, et des promesses qu' i l avait faites prennent les armes dans les journées des 12 et 13 mai. Une émeute sanglante eut lieu dans les rues de Paris , mais force resta au gouvernement.

L, 'année 18à0 commence par un fait digne des temps héroïques de la Grèce. Les 2-0 février, cent vingt-trois Prançais, commandés par le brave capitaine Lel iè\'re, et formant la garnison de Masagran en Algérie, résistent

viclorieusemenl ])endanl quatre jours à toutes les attaciues d une nombreuse armée arabe. Une récomjiense nationale est décernée à leur héroïque résistance.

r>e 7 août, le prince l.ouis-Naj^oléon. neveu de l'Kmpereur. débarcjue à Boulogne avec une troiq>e armée , dans l'intention de s'emparer du trône ; mais cette tentative échoue, et le prince fait prisonnier est condainné par la Cour des Pairs (7 octobre) à une détention perpétuelle au fort de Ham.

La h'rance menacée d'une coalition étrangère fait des armements considérables. Des fortifications sont commencées autour de Paris.

Le 15 octobre, l'armée renouvelle les tentatives....

Los foiiillo/s siiir;iii/s ont âiô onloi'os, et nous n'nvons pu frouvor In /in de coHo o/ironi(fue que raufeui- a dû poursulr?-e jusffiden /(S* /(S’, (‘jjO(fue de s;i mort.

J^osl-Scriplurn. — Au moment de mettre cette feuille sous presse, M'' Durand a bien voulu nous communiquer la note suivante qui complète les renseig^nements qu'il nous avait donnés sur les Tranchelion, page 218.

«15 juin 1.5,55, noble homme Robert de Tranchelion, écuyer, seigneur de Gobienne et de Remenonville en partie, et damoiselle Marguerite de Buscat (et non de Bastardi son épouse, considerans qu’ils ont vescu par trente ans et plus en estât de mariage et y ont acquis quelques temporelz, .. ne leur est demouré que ung seul filz, Charles de Tranchelion, lequel encore est détenu captif et prisonnier entre les mains des ennemys de ce roiaulme.en la ville de Monette en Mainaultl*), et qu'ilz ont fait plusieurs diligences et sollicitations pour le rachapter et mectre en liberté, à quoy n'ont encore pu parvenir ; pour ces causes, etc. donnent par don mutuel irrévocable entre vifs ung à Taulre tous et chacun les meubles, etc., pour en jouyr par le survivant par usulïruit si ledit Charles, leur hlz est encore vivant, sinon pour en Jouir lesdits survivants en toute propriété, etc. » (Minutes Basquier Huhn;.

I .\lonav, tour en ruines, entre Namur cl Dinand, pr< .s l’oilvncbe. i iCnir par les l■'ranç■nis en l.â.âî.

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