LE PRIEURÉ
SAINT-THOMAS D’ÉPERNüN
I. — Les moines. — La vie monastique prit une grande extension aux temps mérovingiens. Beaucoup préféraient la tranquillité du cloître à l’existence troublée de l’époqu^. Les seigneurs favorisèrent ce mouvement du reste en abandonnant aux religieux des terres incultes et des forêts considérables.
L’austérité religieuse était observée dans toute sa rigueur, les règles monastiques, qui reposent sur les vœux d’obéissance, de chasteté et de pauvreté, étaient regardées comme conduisant sûrement à la perfection chrétienne.
L’aisance résultant de l’accumulation des biens conventuels entraîna sans doute par la suite les moines à l’inobservation de règles sévères qui leur retranchaient la liberté et le bien-être ; mais on ne saurait cependant proclamer trop haut l’influence réelle et bienfaisante qu’ils exercèrent sur leurs contemporains.
Le monastère était l’école du pauvre, son refuge en temps de guerre et pendant ces nombreuses famines qui remplissent tout le moyen-âge.
Les moines défrichèrent une partie du sol de la France. Nous leur devons la plupart des chroniques du moyen-âge. C’est dans les couvents qu’on a transcrit et conservé les monuments littéraires de l’antiquité. Les communautés bénédictines portèrent par toute l’Europe le culte des lettres, des sciences et des arts.
IL — Le monastère de Seincourt. — A u XL siècle, sur les bords de la rivière de Guesle, qui portait alors le nom de Tahu, était assis le monastère de la Trinité de Seincourt, dans la paroisse de blanches. Amaury de Montfort, seigneur d’Epernon, avait trouvé ce monastère dans l’héritage de ses ancêtres, il le donna à son ami Albert, ancien chanoine de Chartres, abbé de Marmoutier, qui fonda à Seincourt un prieuré sous l’invocation de Saint-Thomas. Cette fondation fut solennellement approuvée vrècES mh'ACiiKES .3S
par le roi Henri 1'“' en 1U32 Mais le prieuré a pu être fondé dès le règne du roi Robert, la confirmation ne venant souvent que longtemps après, comme la construction de l’église définitive*.
L'abbaye de Marmoutier, de l’ordre des Bénédictins, possédait des biens si considérables, qu'on nommait son supérieur, Vabbé des abbés.
On a dit aussi :
De quelque côté que le vent vente Marmoutier reçoit cens et rentes.
Les Bénédictins étaient des moines laborieux, ils occupaient le premier rang parmi les ordres religieux. Le nom de bénédiclin est resté tellement attaché à l’idée de travail qu’aujourd’hui encore on dit de quelc|u'un qui est parvenu à force de persévérance à terminer une œuvre historique longue et difficile qu’il a fait un travail de bénédictin.
On nommait les bénédictins les moines noirs. Leur costume ne manquait pas de pittoresque, ils portaient sur leur robe blanche un manteau noir marqué d'une croix rouge.
111. — L.\ CH.vnrn de fondation du Prieuré Saint-Thomas. - A la prière d’Amaury, la charte de fondation du prieuré Saint-Thomas fut confirmée par le roi Henri 1"' dans une réunion des grands du royaume tenue à Etampes en 1052. Cet acte fut signé par le roi et les donateurs, puis par Eudes, frère du roi, par Les comtes de Blois et de Meulan, et par les principaux voisins et amis d'xLmaury ; Gaston de Dreux, seigneur de Chàteauneuf, Nivard de Montfort, seigneur de Septeuil, Hervé de Gallardon, xAvesgaud de Maintenon, Gautier de Villette et Raoul de Vacheresses'.
Voici la traduction de cette pièce curieuse à plus d’un titre. Le préambule, éloge de la charité, se retrouve mot à mot dans une charte accordée à Marmoutier par Guillaume le Conquérant.
« Confinnalion des donations faites par Aniaury, chevalier., la 21’’ année du rèijnedu roi Henri. »
' Les Vaux de Cernay, fondés en HIS, ne reçurent l’approbation royale qu'en 1142, et l’église ne fut construite qu’à la fin du siècle.
‘ .4. de Dion. Mém de la Soc. Arch. de lîambouillel, XI, 555.
<i Tout fidèle qui brûle d'ardeur d'accomplir le précepte évangélique par lequel ceux qui ont des richesses sont miséricordieusement pressés de se faire, avec ce qui sert à l'iniquité, des amis qui les reçoivent après cette vie dans les tabernacles éternels, s'applique à subvenir aux nécessités des indigents pour être reçu à sa sortie de ce monde par ces précieux amis dans les éternelles demeures ; il sait indubitablement cjue non seulement il ne sera pas frustré de son espérance, mais que le Dieu tout puissant l’établira dans sa gloire et lui donnera la céleste béatitude. »
« Sollicité par cette salutaire considération, moi Amaurjq chevalier, j’ai jugé nécessaire de prendre sur mes biens temporels et de donner à titre de biehfaisance aux pauvres dans le présent, une part que je puisse mériter de recouvrer au centuple, après cette vie, au jour de la rétribution éternelle '>
« Pour être plus sûr d’arriver à cette fin, j'ai voidu assister de préférence ceux qui sont pauvres de l’esprit, puisque selon la parole de la vérité, le ro3mume des deux est à eux et qui, pour vaquer plus librement et plus facilement au service du Christ, ont renoncé à ce qu'ils possédaient et embrassé la pauvreté volontaire. »
(( Ainsi donc aux frères qui servent selon leur pouvoir le Dieu tout-puissant sous l’abbé Albert, dans le couvent de Tours app3lé le grand Monastère, avec la volonté et le consentement de mon épouse Bertrade, et aussi de mes fils Simon et Mainier, je donne et j’accorde de mon plein gré, pour qu’ils en jouissent à perpétuité, un établissement qui m’est échu par succession de mes ancêtres, nommé Seincourt, situé dans le pays Chartrain, élevé en l’honneur de la Sainte Trinité, avec tout ce qui en dépend, ce que nous avons donné, et ce que désormais, par nous ou par d’autres, il plaira à la bonté divine de joindre à la possession du dit lieu, pour que nous puissions jouir des biens de ceux qui par leurs aumônes ont été agréables à la divine Majesté. »
« Mais pour qu’il n’y ait aucune ambigu’ité sur la quantité de ce que nous avons déjà donné au dit lieu, nous avons ordonné d’enjoindre les noms à cet écrit, c’est à savoir : l’église d’Ormo}^ avec tout ce qui lui appartient, l’église de Prouais aussi avec toutes ses dépendances, de même la maison de l’église d’Hermeray et la maison de l’église de Gazeran, celle de l’église de Rambouillet et tout ce qui entoure le village de Seincourt, en deçà de
la rivière de lahu, avec ses vignes, prés, moulins, terres cultivées et landes, serfs et serves qui y habitent et c|ui appartiennent au même lieu, en outre un étang et une aulnaie, de plus, la dîme de mes juments et la dîme des redevances de tout ce qui sortira d’Epernon. »
« Je donne aussi à perpétuité, mais après mon décès, avec le consentement de mes fils Simon et Mainier, et le droit d’autel de l’église de Gazeran, et celui de Rambouillet* avec la moitié du village de Prouais. Et je veux c[ue tout ce que je donne dans le susdit lieu soit exempt de toute exaction ou habituelle ou accidentelle et de tout impôt, en sorte qu’à partir de ce jour, aucun uge public, ni cjui que ce soit ayant pouvoir judiciaire, n’ose ni maintenant ni plus tard entrer dans le territoire de ce lieu pour faire desprocédures, exiger des amendes, y répartir des logements militaires, arrêter les habitants ou les prendre comme cautions, requérir des redevances arbitraires, et que sans aucune contradiction de ma part ou de la part de mes successeurs, il soit permis à la susdite congrégation de Saint-Martin de Marmoutier et aux abbés qui la gouverneront dans la suite, de posséder le dit lieu avec tout ce qui lui appartient et sous leur garde et responsabilité, qu’ils aient le pouvoir de faire tout ce qu'il leur plaira, et tout ce qu’ils jugeront à propos de disposer pour le mieux, tant pour le présent que pour l’avenir. »
« Et pour cjue ce témoignage de notre aumône obtienne avec le cours des siècles force et perpétuité, et qu’il soit accepté et conservé avec soin par tous, Henri, par la divine Providence, roi auguste des Erançais, à notre prière, l’a confirmé de son autorité et fait sceller du sceau de sa dignité royale, et l’a fait corroborer de la signature de ses féaux dont les noms sont ci-dessous écrits. Si, à Dieu ne plaise, quelqu’un de mes héritiers ou autre personne, à quelque ordre et puissance qu’elle appartienne, poussé par une suggestion diabolique, tente d’attaquer cette fondation, que, convaincu par la justice, il ne puisse obtenir l’effet de son mauvais vouloir et qu’il soit contraint de payer dix livres d’or au roi alors régnant. »
« Seings : Henri, roi. — Amaury. — Simon, son fils. — Mainier, son fils. — Thibault, comte. — Eudes, frère du roi. — Galeran,
* Le mot allare signifie quelquefois l’église, quelquefois les revenus de l’église par opposition au batiment. Voir Ducange.
comte. — HesceliO; évêque de Pax'is. — Gaston de Dreux. — Nivard de Montfort. — Hervé de Gallardon. — Avesgaud. — Gautier de Vilette. — Raoul de Vacheresses. — Robert, clerc. — Guiscelin, notaire. — Donnée la 21® année du roi Henri, indiction 6. Fait à Etampes. Rendons grâces à Dieu. »
Les actes de cette époque ne sont pas signés, on y inscrivait seulement le nom des témoins. L’original de la charte de fondation du Prieuré Saint-Thomas n’existe plus. En 1323, par suite de l’état de vétusté du sceau du roi Henri I®'', on en fit une copie, scellée en cire verte, du grand sceau de Charles le Bel. Cette pièce est aux Archives d’Eure-et-Loir*.
Une autre copie très soignée de cette charte se trouve à la Bibliothèque Nationale, au folio 86 du XXV® volume de la collection Moreau. Elle y est accompagnée des calques sur papier transparent, de la première ligne, du monogramme royal et de la souscription du notaire, et suivie d’une note ainsi conçue^ :
» Cette charte d’Amauri est sur une feuille de parchemin de deux pieds de haut sur seize pouces de large. Elle est percée et déchirée en plusieurs endroits et mangée de poussière et de malpropreté ; mais l’écriture n’a pas souffert de dommages notables ; quelques lettres rongées par-ci par-là sont tout l’échec qu’elle a reçu. L’encre est claire et brune, l’écriture fort régulière. Les lignes horizontales qui lui servent de règle et d’appui sont tracées avec la pointe de quelcj^u’instrument coupant. Toutes les signatures sont de la même main ; elles sont placées aux deux extrémités et sont rangées sur deux colonnes dont la première contient onze noms et la seconde quatre. L’espace intermédiaire est rempli par le signum et le monogramme d’Henri R". Immédiatement au-dessous est la vérification du notaire; ensuite vient la date qui occupe la dernière ligne. Elle est écrite en caractères allongés, mais moins hauts d’un demi-pouce que les précédents. Cette pièce était munie d’un sceau en placard, mais il n’en reste plus d’autre vestige que l’incision cruciale environnée d’une cou-
' Titres du Prieuré Saint-Thomas. \'idimus de la charte de fondation du prieuré Saint-Thomas d’Epernon, 2 décembre 1323, n“ 4 de la liasse.
** A. Moutié et A. de Dion. Carlulatre de Saint-Tliomns d’Epernon. Méni. de la Soc. Arch. de liamhouîllel, IV, 5.
leur brune ; il était placé entre la vérification et la souscription du notaire faite en forme de ruche. »
IV. — Les ÉGLISES et la m.vison abbatiale. — L’étude archéologic[ue du prieuré Saint-Thomas d’Epernon a été faite par M. le comte A. de Dion.
En 1878, il publie, dans le IV“ volume des Mémoires de la Société Archéolofji(fue de Bamljouillel , en collaboration avec M. Moutié, le Cartulaire du Prieuré Saint-Thomas qui renferme le texte latin de la charte de fondation dont nous avons parlé, les autres chartes du monastère et différentes pièces intéressantes prises aux archives du domaine de Rambouillet ; dans le XI* volume des mêmes Mémoires paru en 1896 et dans la Revue des Archives Historiques du diocèse de Chartres, année 1897, N” d'avril, mai et juin, M. de Dion donne, avec de nombreux dessins à l'appui, la description de l’église de la Trinité de Seincourt et du chœur de l’église Saint-Thomas, construit par les moines au milieu du XE siècle à la suite de l’église primitive. Je ne puis mieux faire que de citer ici les passages suivants de son savant article.
«I la suite de la donation d’Amaury, confirmée par la charte royale de 1052, les moines de Marmoutier établirent, dans l’ancien monastère de la Trinité, un prieuré sous l’invocation de Saint-Thomas. Mais à une nouvelle fondation il fallait une nouvelle église. L’ancienne était petite, son chœur surtout était étroit et sombre ; mais elle était solide, bien construite, et on ne pouvait songer à l’abandonner. Ils résolurent donc d’y ajouter un chœur de grande dimension, d’une architecture plus élégante et d’une disposition plus heureuse. Il suffisait alors de renverser l’abside du milieu pour mettre l’ancien vaisseau en communication avec le nouveau. 11 est probable qu’ils se mirent à l’œuvre peu après 1052, la confirmation royale leur donnant toute sécurité. On ne peut en tout cas attribuer cette construction au XIP siècle, car, dès les premières années de Louis VI. la fondation du prieuré de Hautebruière, par la reine Bertrade de Montfort, vint enlever à l’église Saint-Thomas le privilège de servir à la sépulture des seigneurs de Montfort. On sait qu’à cette époque surtout le désir de s’assurer une pompeuse sépulture était le motif déterminant pour les familles puissantes de faire construire des églises et de fonder des prieurés. »
i< L’adjonction de ce nouveau chœur porta la longueur hors d’œuvre de l’église de 34 mètres à 66, la contenance intérieure fut plus que doublée à 960 mètres superficiels ; et la surface occupée par la construction fut de 1160 mètres carrés. C’était donc une grande église et nous pouvons ajouter une belle église. »
« Le plan de la nouvelle construction était une triple nef terminée par un rond-point de quatre colonnes, entouré d’un bas côté circulaire formant péribole ou déambulatoire , sur lequel s’ouvraient trois chapelles en abside séparées par des fenêtres. »
L’ancienne église de la Trinité de Seincourt devint en 1551 l’église de la paroisse Saint-JNiicolas. Elle se trouvait donc dans le même axe que l'église prieurale et à l'extrémité de celle-ci, vers la rue Saint-Thomas. Le cimetière du bourg occupait les terrains à côté et devant l’entrée de l’église jusqu’à la rue, le surplus vers le clocher formait le cimetière de la paroisse Saint-Pierre.
Voici ce que dit M. de Dion de l’église Saint-Nicolas :
« Au XVP siècle, lorsque les moines abandonnèrent aux habitants la partie antérieure de leur grande église qui leur était inutile, ils se réservèrent la partie centrale, que surmontait le clocher , en la fermant par un gros mur. La paroisse Saint- Nicolas ne comprenait que la nef d’une superficie très restreinte d’environ 280 mètres carrés. Le fait qu’elle fut dédiée à nouveau ferait croire que cette partie de l’église était alors abandonnée et en fort mauvais état. C’était un vaisseau pauvre et sombre. »
« La haute nef était couverte par une voûte de douves, les bas côtés par des charpentes apparentes. Le haut de la nef était éclairé de chaque côté par cinq ouvertures rondes, de 0"',66 à l’extérieur. »
« Les quatre premières travées de la nef s’ouvraient sur les bas côtés par des arcades portées sur des colonnes trapues, la cinquième était fermée d’un mur pour mieux soutenir la partie centrale. »
La maison prieurale était située vers le midi en face des églises auxquelles elle se reliait par diverses dépendances.
Ces constructions consistaient en deux corps de bâtiments formant équerre dont la principale façade regardait les jardins. La maison prieurale, à une épociue sans doute éloignée, n’avait c[u’un rez-de-chaussée et la disposition de deux fenêtres du
XIII' siècle qu’on a mis à découvert dans des travaux récents semble l’indiquer. La construction des murs du premier étage ne paraît pas ancienne, cependant au XVI® siècle ce premier étage devait exister, du moins sur une partie des bâtiments, car nous verrons plus loin que le curé de Saint-Nicolas avait son logis au-dessus du portail de la cour du prieuré. Or ce portail dont on voit encore l’emplacement, reliait la maison prieurale aux autres dépendances du monastère. La maison du prieur comprenait de grandes salles que j’ai vues autrefois, elle était séparée par une cour de la rue du bourg.
Un système de canalisation amenait au prieuré l’eau de la fontaine de la Motte, l’une des meilleures sources des environs. Des traces de ce canal souterrain ont été retrouvées dans plusieurs jardins de la rue de Cady.
Le Prieuré Saint-Thomas avait une contenance d’environ dix hectares en jardins, terres, parc, pièces d’eau, garenne et prés.
Les autres biens du monastère, situés dans les paroisses environnantes, consistaient en métairies, terres labourables, prés, bois, dîmes, champarts, cens, rentes et autres droits dont le revenu en 1791 valait au prieur 14,000 livres.
Au XVII® siècle , le prieuré Saint-Thomas tomba en commende. Le roi l’attribuait à quelque ecclésiastique influent qui n'y habitait presque jamais, mais qui jouissait de tous les droits honorifiques du titre et des revenus de la terre. Les biens étaient donnés à bail par le prieur qui imposait l’obligation de pourvoir aux charges ordinaires du prieuré, même celle de payer les pensions des trois religieux qui y résidaient encore à cette époque.
Ceux qui possédaient les bénéfices en commande ne se croyaient obligés à aucunes fonctions particulières. « Les abbés commendataires, dit Doyen', et tous les gros bénéficiers n’ont d’autres vues que de tirer le plus d’argent possible qu’ils consomment dans la capitale, nul entretien de bâtiments^, nul soin de la culture de leurs terres qu’ils ne transmettent point à leurs héritiers.»
Pierre Valle, dernier curé de Saint- Jean d’Epernon, constate
' Ilist. (le la Benuce, II, 356.
- Nous ven ons cependant plus loin que le prieur Riquet de Caraman contribua en 17()3 à la réparation de l'église de Rambouillet.
dans ses notes que l’église Saint-Thomas « était un vaisseau très régulier, mais mal tenu. »
L’abbé commendataire se qualifiait seigneur spirituel et temporel du prieuré royal Saint-Thomas d’Epernon. Son train de maison à Saint-Thomas était celui d’un véritable châtelain. Auss les habitants du bourg donnèrent-ils au prieuré la dénomination de château prieural qu’il a conservée de nos jours.
V. — Le Prieuré Saint-Thomas, lieu de sépulture des SEIGNEURS DE MoNTFORT. — Le fondateur du prieuré, Amaury de Montfort ou d’Epernon, car il prenait aussi bien l’un ou l’autre
nom, fut inhumé à Saint-Thomas.
Les seigneurs de Montfort résidaient habituellement à Eper-
non, et pendant plus de cinquante ans le prieuré fut le lieu de sépulture des membres de leur famille. La fondation par la reine Bertrade en 1115 du prieuré de Hautebruière lui fit perdre cette faveur.
Nous lisons dans Orderic Vital que Richard, seigneur de Montfort, ayant été tué d’un coup de trait à l’attaque du château de Couches, en 1090, son corps fut transporté par les siens dans son lieu natal et enterré à Saint-Thomas. « Cette église, dit-il, est desservie par les moines de Marmoutier, et le vieux Simon, fils d’Amaury, y est enterré avec ses fils'. »
A côté des membres de la puissante famille de Montfort furent inhumés au Prieuré un certain nombre de chevaliers des environs, les frères du monastère, les prêtres chapelains et quelquefois même les serviteurs des religieux.
VI. — Le Prieuré Saint-Thomas au XIV* siècle. — Les documents historiques sur le Prieuré Saint-Thomas sont peu nombreux. Pendant une période de huit siècles, remplie par tant d’événements, aucune relation n’a été laissée par les moines. Nous n’avons sur la vie intérieure du monastère que les comptes rendus de quelques visites de l’abbé de Marmoutier. C’est une page de l’histoire du prieuré. Ils nous font connaître le nombre des religieux qui l’habitaient, leur existence, leurs cultures, la richesse de leur église. Le Cartulaire de Saint-Thomas en donne le texte latin précédé de la note suivante de M. de Dion ;
* Aug. Le Prévost. Orderici Vitnlis, IH, 347.
l^es Archives d’Indre-et-Loire conservent un registre incomplet sur parchemin qui contient une partie des visites faites par Jean de Mauléon, vingt-huitième abhé de Marmoutier, aux prieurés de son monastère, pendant son gouvernement de 1312 à 1330. Ce c^ui reste du manuscrit commence au folio 43, par la visite du prieuré de Villepreux, le lundi 21 septembre 1321. Le mardi il visite le prieuré de Mantes, le mercredi celui de Crot, le jeudi et le vendredi celui de Basainville, et arrive le samedi à Saint-Thomas d’Epernon où il reste le dimanche et le lundi aux frais du prieur Michel d’Ambillou. Le mardi il était à Maintenon, pour retourner à son abbaje par Chartres et Fréteval. Voici ce qu’il fit écrire sur son registre à l’occasion de cette visite :
<( L’an du Seigneur 1321, le samedi d’après la fête de saint Mathieu, apôtre, et le dimanche suivant nous avons visité notre maison d’Epernon. Elle avait pour prieur le frère Michel d’Ambillou, les frères du cloître étaient ; Guillaume de Séez, Aubry de Ventelaj, Jehan d’Espouilles, Robert de Bois-Maugier, Jehan de Montbazon, Simon de Bretenay, Nicolas Lelarge, Léger Potier, Jehan d’Ambillou, Michel d’Ambillou, Pierre des Prés et Jacques Martin. Nous les avons trouvés de bonne vie et de conduite honorable, célébrant l’office divin nuit et jour selon l’usage de notre ordre. Les vêtements et autres ornements sacrés étaient en bon état ainsi que les livres destinés à l’office divin. Les bâtiments étaient en bon état, les terres et les vignes étaient en la main du prieur et bien cultivées. Les religieux avaient des provisions suffisantes. Le dit prieur devait deux cents livres et il lui en était dù autant et plus. Le lundi suivant, nous avons continué notre séjour aux dépens du prieur. »
L’année suivante, l'abbé se met en route dès le 1*'' mars II se dirige par Mantes et Gisors sur les prieurés de Picardie, et se trouve pour la fête de l’Ascension au prieuré de Notre-Dame-des- Champs, à Paris. Le vendredi il est à Villepreux, visite Basainville le samedi, et arrive le dimanche à Epernon où il reste le lundi suivant. Cette visite n’oft’re rien de particulier et le personnel du prieuré est le même que l'année précédente.
En 1324, l’abbé commence sa visite le 10 février. De Chartres, il arrive le mardi 26 février à Epernon où il trouve tout en bon état, Michel d’Ambillou était toujours prieur, mais le prieur
claustral était Amaurj de la Hébergerie. Le lendemain il se rendit à Prouais où le prieur le traita dans le manoir que le prieuré y possédait.
Au retour de son voyage à Abbeville et dans l’Artois, l’abbé Jean de Mauléon passe le 10 et le 11 mai à Gazeran dans la compagnie du prieur d’Epernon.
En 1325, l’abbé de Marmoutier dirigea ses pas vers la Bretagne, mais en 1320 nous le trouvons un samedi dont nous ne pouvons fixer la date à Epernon. Michel d’Ambillou est toujours prieur; six des moines de 1321 s’y trouvent encore, mais il y en a six nouveaux, parmi lesquels Jean de Beaulieu, ancien prieur de la maison. Cette visite mérite d’être transcrite en entier :
« Le samedi suivant nous nous rendîmes à notre maison d’Epernon, et le lendemain dimanche nous en fîmes la visite. Le prieur était Michel d’Ambillou, les frères du cloître étaient : Jean de Beaulieu, autrefois prieur du dit lieu, Jean de Montbazon, Clarembaud, Aubry Robert de Bois-Maugier, Guillaume de Séez, Michel d’Ambillou, Etienne de Lieves, Hugues de Done, Jean d’Ambillou, Pierre de Beaulieu, Guillaume de Chartres, Roger de Gruaye. Ayant fait la visite, nous les avons trouvés de bonne vie et de conduite honorable, célébrant chaque jour l’office le jour et la nuit. Ils avaient des livres défectueux que nous avons ordonné de corriger. Ils avaient des vêtements convenables et des ornements sacrés en grand nombre, savoir : quatre chasubles, autant de dalmatiques et de sous-dalmatiques, vingt chapes précieuses et suffisamment de communes, c{uatre calices précieux d’or et d’argent. Le corps de saint Pallade et la tète de saint Thomas étaient dans une châsse d’argent et il y avait plusieurs autres ornements. Le monastère avait beaucoup de procès. Ledit Michel s'était arrangé à l’amiable avec quelques-uns de ses adversaires et il espérait en faire autant avec les autres. La maison était en bon état. Le prieur ne devait rien. Il avait du vin et du blé suffisamment pour ses religieux. Les terres de même que les vignes étaient bien cultivées. Nous y sommes restés pendant deux jours et nous avons dépensé environ vingt huit livres dix sous. Il y avait avec nous plusieurs étrangers et plusieurs frères de notre monastère'. »
Mémoires de la Soc.Arch. IV, 129, 130, 131.
VII. — l.Ks REDEVANCES DU PRIEURÉ. — Lc Pi'ieur de Saint- 'J'homas était tenu envers le châtelain de Gazeran à une redevance singulière.
Il devait deux fois 'Tan, à Pàcjues et à Noël, faire apporter sur son cheval, auquel il ne devait manquer ni un fer ni un clou, un repas de pain et de vin au seigneur en son château de Gazeran. Il lui devait en outre chaque année un setier de blé, et à ses gardes forestiers un dîner dans la grange que le prieuré possédait au Breuil.
Les titres de la châtellenie de Gazeran, conservés aux archives du domaine de Rambouillet, mentionnent cette redevance. On lit ce qui suit dans l’aveu rendu le 15 novembre 1461 par Guillaume de Prunelé, seigneur d’Herbaut et de Gazeran, au duc de Bretagne comme comte de Montfort l’Amaury :
«... Item soullée de pain et de vin cjue le prieur d’Espernon me doibt deux fois l’an à Pasques et à Nouel pour la granche c[u’il a audit lieu du Breuil ; et la me doit faire apporter au château dudict lieu sur le cheval dudit prieur, sans qu’il y faille ne fer ne clou. Item ung septier de bled froment qu’il me doibt chacun an sur ladicte granche et un disner solempnel que ledit prieur me doibt chacun an à mon forestier et à sa suite en ladicte grange ; en laquelle granche j’ai la haute justice. »
La même redevance est exprimée à peu près dans les mêmes termes dans l’aveu du 5 février 1528 et dans nombre d’aveux postérieurs.
Le prieuré était assujetti à une redevance analogue envers le seigneur de Montorgueil.
Le manoir de Montorgueil était situé dans le parc de Rambouillet, près de la ferme, il ne reste plus de l’enceinte circulaire cju'un fossé prescjue entièrement comblé*.
Le seigneur de Montorgueil et celui de Gazeran étaient tous deux vassaux d’Amaurj^ de Montfort. Contraints sans doute par l’exemple de leur suzerain, ils firent un peu à contre-cœur des donations au prieuré en imposant ces singulières redevances^ Mais comme un grand nombre de fiefs étaient chargés de redevances à peu près semblables, nous examinerons à la fin de ce
‘ Mém. de la Soc. Arch. de Rambouillet, IV. 128.
Ibidem.
chapitre pour quelle raison les seigneurs imposaient toutes ces bizarreries.
Dans un accord du 20 février 1515, intervenu entre le prieur de Saint-Thomas et la dame d’Angennes de Rambouillet, il est dit que les « seigneurs dudit lieu de Montorgueil, anciennement donnèrent et aulmosnèrent perpétuellement audit prioré les dismes de la dicte terre et seigneurie, pour estre participons et associez comme fondateurs en partie ès prières et autres bienffaiz qui à jamais se feroient audit prioré ; et affin que d’icelle donacion il feust mémoire perpétuelle audit prioré et aussy d’iceulx donateurs et de leurs successeurs à tousjours mais, fut icelle donacion faicte a ceste charge que, chascun an, le lendemain de Pasques, ledit ])rieur seroit tenu apporter au chasteau dudit lieu de Montorgueil, à heure de dix heures du matin, ung gasteau d’un boisseau de Heur de forment avecques un pot de vin mesmes que celuy prieur boit, bon et souffisant; et iceux porter sur ung cheval, un chapeau de pervenche sur sa teste, une espée sainte à son costé, une blanche touaille ou tablier à tenir ledit gasteau avecques des gans neufs en ses mains ; son cheval bien ferré, sans que lui faille ne fer ne cloud. Et s’il y avoit faulte en aucune des choses dessus dictes, ledit seigneur de Montorgueil auroit et prendrait pour ledit an toutes les dismes de ladicte seigneurie de Montorgueil, Gayville et la Bretonnière et seroit ledit cheval confisqué audit seigneur de Montorgueil. w Or, il arriva que le lundi de Pâques 1514, Jean Mancelet, prêtre, procureur et receveur du prieur Hugues de Malesset, « monté sur ung cheval blanc, scellé et briddé en selles et briddes bonnes », présenta devant la porte du château de Montorgueil, à Jacques Bertin, procureur et receveur de la dame de Rambouillet et de Montorgueil, les gâteau, pot de vin et chapeau de pervenche destinés à la dite dame, en présence des nombreuses personnes qu’attirait le cérémonial de l’hommage du prieur, resté légendaire dans le pays. Et alors « fut visité et regardé si audict Mancelet et cheval défaillait quelque chose des choses dessus dictes, et fut trouvé que audit cheval défailloit ung cloud au pied de devant hors le montouer ». Dès l’instant le cheval fut pris, saisi par justice, crié, vendu et livré en présence dudit Mancelet, procureur, à Guillaume Maillart comme plus offrant et dernier enchérisseur, pour la somme de huit livres dix sols tournois. Pareillement les dîmes
de la même année furent criées « et délivrées à Philbert Bogis pour certaine quantité de grains, les deux pars blé et le tiers avoine ». Mais le prieur forma opposition et fit valoir certaines causes et raisons qui finalement aboutirent à un arrangement avec la dame de Rambouillet. Les dîmes furent restituées au prieur C|ui indemnisa Maillart et Bogis, et s’obligea en outre à faire dire, chanter et célébrer par les religieux du Prieuré un trentin de messes pour les âmes des défunts seigneurs de Montorgueifi .
Il est permis de supposer qu’après cette déconvenue les moines décidèrent de faire accompagner le procureur du prieur d’un sellier et d’un maréchal pour la présentation de l’hommage. Il est possible aussi cjue ces deux praticiens aient de tout temps suivi le procureur du prieur. Il en était de même du reste du côté du procureur de Montorgueil qui avait également son maréchal et son sellier pour visiter le cheval et son harnachement.
Le procès-verbal de 1745 donne des détails plus complets encore sur la cérémonie de l’hommage du prieur :
Le lundi de Pâques 1745, dix heures du matin, en présence du bailli de Rambouillet, du procureur fiscal et du greffier, assisté de l’huissier du bailliage, le procureur fiscal d’Epernon, fondé de procuration de messire Louis de Preyssac d’Esclignac, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem et prieur commendataire du prieuré Saint-Thomas d’Epernon, s’est rendu devant le lieu où étoit la principale porte du château de Montorgueil, pour y rendre la foi et hommage accoutumés. Selon le cérémonial obligé, le procureur du prieur était monté sur un cheval ayant les quatre pieds et le champfrein blancs, sellé d’une selle à piquer, botté et éperonné, ayant une épée au costé et une nappe blanche en écharpe, un gasteau devant luy de la fleur d'un minot de blé, orné et atouré de pervenche, avec une écharpe et une couronne de pervenche sur sa teste, des gands blancs neufs en ses mains, une bouteille ronde de verre en forme de flacon, couverte d’ozier, pleine de vin, attachée à l’arçon de la selle dudit cheval. Et en cet équipage il est arrivé en la place ou estoit la principale porte du château de Montorgueil, ou estant, il a appelé à haute et
‘Archives du domaine de Rambouillet. Mém. de la Soc. Arch. IV^, 112.
intelligible voix, par trois diverses fois: Monsegnieur de Montorgueil estes vous icij ou r/e ns pour vous? Auquel avons répondu que monseigneur n'y étoit pas, mais que ses officiers y estoient pour luy. Ce fait le sieur Litre procureur a dit à haute et intelligible VOIX : qu'il venoit rendre les foy et hommage, comme procureur dudit sieur prieur, et offrir A Monseigneur les yasleau, bouteille de vin elgands, ainsi anné pour devinr qu'il doit à monseigneur de Monlorgueil A pareil jour^.
Cet hommage du prieur se renouvelait trop souvent pour qu’il ne surgisse pas de nouveaux incidents. Le 3 avril 1564, le procureur fiscal de Montorgueil pr^nd acte de ce que le procureur du prieur n'avait pas en écharpe la serviette sur laquelle devait être posé le gâteau qu’il portait alors sur ses bras. Le 14 avril 1732, le procès-verbal de réception constate que l’hommage n’a pas été accompagné des offres du droit de relief dù par le nouveau prieur, à raison de la mutation du prieuré.
En 1742, le manoir de Montorgueil fut démoli ainsi que le château de Gazeran; leurs matériaux furent employés à la construction des communs du château de Rambouillet.
De 1753 à 1785 l'hommage du prieur de Saint-Thomas fut rendu devant la grille de la principale entrée du château de Rambouillet, chef-lieu de la seigneurie de Montorgueil.
Ces hommages singuliei's plaisaient fort à nos ancêtres et il se trouvait peu de vassaux qui ne fussent soumis à des redevances plus ou moins bizarres. On a vu d’illustres chevaliers être témoins d’un acte par lequel le vassal s’obligeait à présenter à son seigneur à jour fixe unepaille ou un fétu. Aupremier abord, cette redevance semble insignifiante, cependant celui qui aurait négligé d’acquitter cette dette féodale se serait exposé à perdre ses biens que le seigneur avait droit de saisir. Il fallait n’oublier ni le jour, ni l’heure, ni la manière de présenter ce fétu. Ordinairement on l’offrirait de la main droite en employant le pouce et l’index, mais l’acte d'inféodation pouvait exiger que ce fût de l'index et du petit doigt de la main gauche. Il n'y avait pas là qu’une satisfaction banale, tout l'espoir du seigneur était que son vassal fît quelcjue oubli ou commît c[uelcjue erreur dans la
• Mérn de la Soc. Arch. de. Rambouillet. 128.
présentation de l’hommage, dont la conséquence eût été le retrait de la terre inféodée. Il fallait alors plaider, de longs et ruineux procès en résultaient.
La Revue du Maine' donne un aveu rendu au roi en 1726 par J. B. Colbert pour son marquisat de Sablé. Le prieur devait au seigneur outre des services religieux et dix livres de rente, l’offrande à son château, le lundi de Pâques et à la Toussaint, de treize ruisselets (gâteaux) portés dans un panier clissé couvert d’une serviette sans tache, et d’une buie contenant cinq pintes de vin, par un homme ayant ses souliers carrelés de neuf, auquel il devait être donné cinq sous pour sa peine.
Boissieu- rapporte qu'un vassal des environs de Paris était obligé, pour tout devoir féodal, de contrefaire l’ivrogne, de danser à la paysanne, avec mille contorsions commandées, et de chanter une chanson gaillarde devant la femme de son seigneur dominant.
Les vassaux du baron de Moncontour étaient tenus de lui présenter, en lui faisant hommage, une alouette enchaînée sur un char tiré par deux boeufs.
Le baron de Ceissac, en sa c^ualité de vassal de l’évêque de Cahors, était obligé, lorsque ce prélat faisait son entrée dans sa ville épiscopale, de l’aller attendre à un certain lieu, désigné par les titres, de le saluer en cet endroit, la tête découverte, sans manteau, la jambe et la cuisse droite nue, le pied droit chaussé d’une pantoufle..., de prendre la mule de l’évêque par la bride, de le conduire ainsi à l’église cathédrale, de là au palais de l’évêché, et de le servir à table pendant le premier repas, quelque long qu’il fût. Après cela la mule et le buffet de l’évêque lui demeuraient acquis et il pouvait emmener la bête et faire emporter la vaisselle. En 1627, l'évêque de Cahors, ne se souciant pas de perdre un buffet et une mule, fit son entrée sans appeler le baron de Ceissac. Mais celui-ci le fit assigner en payement de la légitime valeur du buffet : l’évêque fut condamné à donner sa mule et à payer le buffet, qui fut estimé trois mille francs®.
* 187G, P’ 196, communiqué par M. de Dion.
® De l'usage des fiefs el autres droits seigneuriaux.
® Boutaric. Traité des droits seigneuriaux et des matières féodales. Ch. xvii.
On pourrait comprendre au nombre des redevances féodales le droit qu’avaient les comtes de Chartres à la mort de chac[ue évêque de piller la maison épiscopale, d’en enlever le fer, le plomb, les vitres, le bois, les pierres, l’ameublement, les provisions, le vin, le foin, les brebis, les bœufs, etc. L’évêque Yves obtint la remise de ce droit du comte Etienne lorsc^ue celui-ci partit pour la croisade, vers la fin de l'année 1100'.
VIII. — Les biens du piueuré. — Les biens primitifs du prieuré sont énumérés dans la charte de fondation d’Amaury de Montfort. Bien que déjà considérables, ils s’accrurent encore dans les trois siècles qui suivirent. Lès chartes de Saint-Thomas d’Epernon sont surtout des pièces qui concernent les intérêts du monastère, elles renferment outre des actes de donations et d’acquisitions, des lettres de reconnaissance, des aveux, des déclarations, des baux à cens et à ferme qui jettent une certaine-lumière sur ces temps éloignés.
Nous résumerons les plus intéressantes :
En 1114,Payen de Hanches donne au prieuré l’église de Hanches.
En 1140, le roi Louis le Jeune accorde aux moines l’usage du bois mort dans ses forêts et le bois vif dont ils auront besoin pour les bâtiments de leur monastère.
Simon HI, comte d’Evreux, leur donne le dixième marché, ou le droit de percevoir les droits d’un marché sur dix, à Epernon et à Elleville.
Simon IV de Montfort, son fils, leur accorde le privilège d’une foire au bourg Saint-Thomas le jour de Saint-Léger (1203).
Guillaume Estellon donne en aumône au prieuré la terre de Potin (1221).
Gautier de Renecort, la dîme d’une terre située à Curet, de moitié avec l’église de Curet (1226).
Ingergier d’Amboise, chevalier, sire de Chevreuse, et Pierre Le Bigot, escuier, abandonnent « pour l’onour de dieu et de nostre dame » et le salut de leurs âmes « la disme à la Blanche assize ou terrouer de Savonnière j ouste Epernon » (1238).
Renaud de Guipéreux et Alesia, son épouse, donnent au prieuré « en pure et perpétuelle aumône « tous leurs droits sur les menues dîmes de Guipéreux et sur la grange des lépreux
I Doyen. Histoire Je ht lleauce. ]. 202 et suivants.
d’Epernon, qu'on appelle la Pifaudière, et partout ailleurs sur la paroisse de H anches (1247j.
vlacques Boileau donne « en pure, libre et perpétuelle aumône >> sa grange de Rambouillet, située devant le cimetière de l’église de Rambouillet. Le notaire constate que cette donation fut passée dans une chambre du prieur le 4 février 1344, à trois heures après midi.
Au XIP siècle, la dîme du moulin de Chaufour, à Gazeran, valait au prieuré une demi-boisseau de blé, ou six setiers de blé.
Au XlIP siècle, le prieur Philippe, puis au XIV° le prieur Jean de Maintenon agrandissent encore le domaine du prieuré.
Le premier acquiert de Gazeran de l'Etang trois quartiers de vigne dans les vignes de Saint-Thomas (1220).
De Léger, fils de Grégoire, trois setiers de terre labourable auprès de Potin (1221).
De Simon, dit Fournier, et d’LIermengarde sa femme, la terre des Brosses de Villeneuve. Puis Simon, seigneur de Villeneuve, donne en aumône les 12 deniers de cens qu'il percevait sur cette terre. (1221).
En mai 1225, Hugues de Huismes’, Sicilie, son épouse et Philippe, leur fils, cèdent au prieur le ratelage de leurs prés de la Pierrefitte, à Lluismes.
Le 25 avril 1231, le prieur échange avec Jean deNigelle un pré situé au Coudray, contre un autre pré situé auprès de la grange prieurale d’Hermeray dans la censive de Drogon, chevalier de Raizeux. Le 0 juin 1236, celui-ci abandonne au prieuré les six deniers de cens c|u’il percevait sur le pré d’Hermeray.
Le 20 mai 1264, Philippe de Poignart et Agnès, son épouse vendent à l'église de Saint-Thomas tout ce qu'ils avaient en menues dîmes sur Guipéreux.
Le prieur Jehan de Maintenon acquiert de Guillaume de Mévoisin « la disme deGrou gneul, autrement de Saint-Prest » pour 2 livres tournois (1334).
De Henry de Saint-Yon, chevalier, 30 arpents au terroir de Jouy, près Chartres, 10 arpents au terroir de Chartainvilliers, deux fours, l'un à Jouy, l'autre à Saint-Prest (1336j.
De Guy Berruyer « ung arpent de terre tenant à la rivière appelée le Baingnoer aus moines d’Espernon... et trois quartiers
' Huesmes, Huismes ou Villiers le Morbier.
de terre tenant aux courtilz de Vjnerville... pour sexante livres tournois, monnoye flèbe. »
Au XVP siècle, le prieur de Saint-Thomas aliène l’une des meilleures terres du terroir de Raizeux. Une sentence deChristophe de Hérouard, juge présidial au bailliage de Chartres, rendue le 15 décembre 1564 à la reciuète du prieur Philippe Hurault, contient adjudication au profit de Régnault Besnard et Jean Texier, marchands à Epernon, d'une pièce de terre contenant 17 arpents au terroir de la Couture, moyennant la somme de 610 livres tournois.
Les baux à cens et à ferme sont intéressants à consulter en raison des détails particuliers cprils renferment.
En 1287, Guy de Sandreville, chevalier, tient à cens du prieur d’Epernon « trais taises de terre de lé et de lonc si comme le . hébergement dudit mon seur Guy se comporte duques à la terre à labé de Saint Chérons séans à Ourmoy à trais deniers de cens chacun an » payable le jour de la fête de Saint-Rémi.
2 mai 1450. — Simonnet Bobusse, marchand demourant à Orléans... une certaine place de maison contenant six toises de large et dix toises de long séant en la ville d’Espernon, joingnant d un costé au chemin par où on va à la porte de la chappelle et d'une part au fief du conte de Yendosme, moyennant le pris et somme de cinq sols tournois. »
1451. — Thibault Brissart et Colette sa femme. . . une vieille ^ maison avec vergier au bourg Saint-Thomas où avait existé une tannerie du temps de Colin Pichart, ablutant par devant à la rue du bourg et par derrière à l’étang du prieur' pour la somme de dix sols tournois de rente annuelle et perpétuelle.
1455. — Pasquier Caloigne et Jehanne sa femme, demeurant à Chartres . . . une place de moulin et maison avec jardin . . jouxte une aire qui fut à Pierre Tassin . . . abutant d’un bout à la gaire des prez et d’autre bout à l’arche, à la condition de « faire construire et édiffieren lad. place de moulin, dedans deux ans, ung moulin à draps, à tan ou autres choses telz qu’ilz vouldront, sauf à blé, » de le maintenir en bon état, de faire moudre leur
* Lors de la construction de la maison de M. Quillier, on a constaté l’existence d’une ancienne tannerie. L’étang du prieur se trouvait enpa rtie dans la propriété.
blé au moulin à blé dudit prieur, et de payer soixante sols tournois de cens.
1460. — Simon Leroussin de Gazeran, prend à bail du prieur, une place ou souloit avoir un moulin à blé, appelé le moulin de Cadit près Epernon et une petite aire derrière en jardin pour le pris et somme de six deniers de cens annuel et perpétuel et quatre livres tournois de rente annuelle et perpétuelle.
1461. — Jean Lochereau le jeune, d’Epernon. . . une maison et verger au bourg Saint-Thomas devcint le cimetière pour le prix de dix sols tournois de cens annuel et perpétuel.
13 juillet 1475. —Messire Jehan d'Angennes, chevalier, seigneur de Rambouillet... les grosses dîmes tant de blé, d’avoine, que d’autres grains appartenant au dit prieur sur les paroisses et terroirs de Rambouillet et de Gazeran, moyennant la quantité de onze muids de grain, deux tiers blé et un tiers avoine, et onze livres de cire que le chevalier sera tenu de payer et rendre au prieur <( dedens Noël prochain venant » en la ville de Chartres, à la mesure du lieu. — Cette clause paraît indîquerque le prieur résidait habituellement à Chartres.
Au XVP siècle, les prieurs de Saint-Thomas, pour tirer parti de terres incultes, consentent des baux de longue durée.
En 1524, le prieur Jean Phelipeaux donne les biens de Curet à bail pour 59 ans.
De 1530 à 1537, le prieur Michel Moreau afferme à divers par des baux de 96 et 99 ans cinq pièces de terre au Bois-Dieu, paroisse d'Hermeray, contenant ensemble 152 arpents en friches, gaudronset buissons, moyennant c^uinze deniers tournois de cens annuel par arpent et de douze gerbes l'une pour tout droit de dîme et champart.
19 octobre 1580. — Les trois religieux profès du prieuré « Monsieur Saint-Thomas d’Espernon » donnent à bail à Jehan et Jacques Les Ruaulx, du bourg Saint-Thomas, le clos du prieuré consistant tant en terres labourables que pâtures et un arpent de pré dans la prairie du prieuré moyennant un fermage annuel de dix écus d’or pour le clos et de deux écus pour le pré.
14 juillet 1586. — Barthélemy Vernhier, prieur de Saint-Thomas, donne à bail pour six années à Germain Lecamus et Jehan- Legentilhomme, marchands à Epernon, les deux tiers du revenu
du prieuré, consistant en métairies, terres labourables, prés, bois, dîmes, champarts, cens, rentes et autres droits généralement quelconques, moyennant la somme de 666 écus (ce qui portait le revenu total à lOOü écus) et les deux tiers des charges du prieuré.
La ferme du Teil, paroisse d’Hermeray, valait au milieu du XVIP siècle, trois cents livres tournois de fermage annuel en argent, 26 setiers de blé de méteil mesure d’Epernon et 6 chapons.
Bail du prieuré du 13 décembre 1639.
Messire Nicolas de Bautru, comte de Nogent-le-Roi, bailli des comté, ville et château cle Dourdan, mandataire de messire Armand de Bautru, prieur commendataire du prieuré Saint- Thomas d’Epernon, donne à bail pour six années, à Charles Geoffroy, archer des gardes de la porte de Sa Majesté, demeurant à Saint-Laurent la Gàtine,le revenu temporel du dit prieuré, sous réserve de la ferme, métairie et dîme d’Ormoy et environs louées à Michel Girard d’Ormoy, aux charges de payer aux trois religieux du prieuré les pensions ordinaires annuelles de 909 livres tournois, 36 livres tournois et deux muids de blé méteil, les messes de Notre-Dame de quartier en quartier, de payer au sous prieur ses gages annuels de 30 livres tournois, et 18 livres quand il va au chapitre général ; de payer la dite somme quand même il n’irait pas ; de payer les frais de visite des officiers de Marmoutier, de payer à M. de Marmoutier 18 livres tournois pour la table abbatiale, 56 sols pour le droit des officiers de Marmoutier, et 28 livres 10 sols tournois à l’évêque de Chartres pour l’exemption de visite, d’entretenir les bâtiments du prieuré, de faire les aumônes ordinaires qui sont de 26 setiers de blé par an, de payer les curés et vicaires dont le prieuré est chargé, tant en grains que deniers, de payer ce qui est dû à la recette des décimes ou pourrait être levé à l’avenir, de fournir le luminaire de l'église savoir ; pendant le service quotidien, au maître-autel, deux cierges de cire jaune et la torche pareille, d’entretenir nuit et jour une lampe ardente devant le grand autel, de fournir annuellement le gâteau et flacon de vin dus au sieur de Montorgueil le lundi de Pâques et les autres frais nécessaires, de payer les gages des officiers du prieuré ; de labourer et cultiver par saisons convenables, de soutenir tous les procès et d’y défendre,
de rendre à fin de bail tous les papiers de recettes et quittances de dépenses, d’entretenir le pont de bois du prieuré, de payer annuellement au prédicateur 3 livres tournois par chaque Avent et (3 livres tournois pour le Carême, de livrer annuellement à riIôtel-Dieu d'Epernon un muid de grain, de livrer une livre de cire par chaque muid de blé des dîmes de la paroisse de Gazeran à l'église du dit lieu, de laisser la jouissance du logis au-dessus du portail de la cour du prieuré au curé du dit lieu et de lui payer sa pension annuelle ordinaire de UO livres tournois, et en outre moyennant la somme de deux mille cinquante livres tournois de fermage et loyer annuels.
Bail des droits seigneuriaux du prieuré*.
Devant Jacques Martial Vitte, notaire et tabellion du bailliage et duché pairie d’Epernon, M“ Louis Baudon, curé de Saint- Nicolas, mandataire de Charles-Louis de Preyssac d’Esclignac, chevalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, prieur commendataire du prieuré Saint-Thomas, donne à bail à ferme pour six ou neuf années, à partir du 1®*’ janvier 1732, à François Joyeux, marchand mercier épicier à Epernon, la ferme des cens et droits seigneuriaux, lods et ventes et profits de fiefs dépendant dudit prieuré « mesme les auenages en grains poulies et chapons en c^uelques fiefs et endroits c|ue lesdits droits soient. . . » sinon ceux de la ferme de Prouais . . . Pour faire la recette de ces droits, le sieur Joyeux pourra » se faire ayder des pappiers terriers déclarations et autres titres justificatifs desdits droits de cens auenages et profits de fiefs »... Ce bail est fait à la charge par le preneur de » faire a ses frais et despens la foy et hommage c|Lie ledit seigneur prieur est tenu de rendre le lundy de pasques de chacune année dans le parcq du chateau de Remboüillet au seigneur de Montorgüeuil ou quoyque ce soit a son Altesse Serenissime Monseigneur le Comte de Toulouze représentant le dit seigneur de Montorgüeuil a cause et pour raison des dixmes de Gazeran dépendant du dit prieuré et faire en sorte que pour raison de la ditte foy hommage ledit seigneur prieur ne soit inquietté a peine et pouvueu neantmoins que le detîault n’arriue que de la faute dudit sieur preneur pourquoy et pour faire laditte foy et hommage au nom dudit seigneur prieur il lui
‘ Minutes de l’étude d’Epernon.
sera remis une procuration en forme a cet effet. Et outre pour et moyennant la somme de 330 livres de ferme et loyer par chacun an laquelle somme ledit sieur Baudon audit nom a delegué payer a sçavoir 300 livres au sieur curé de hanches pour la portion congrüe c|ue ledit seigneur prieur est tenu lui payer annuellement de trois mois en trois mois et par avance. » .... Quant au surplus montant à trente livres, le preneur devait les payer au seigneur bailleur ou à son ordre le jour de Noël de chaque année.
9 mai 1733. — -Les lettres à terrier obtenues en la chancellerie du palais par Charles-Louis de I^reyssac d’Esclignac, commendataire du prieuré de Saint-Thomas, sont entérinées au greffe du bailliage de Montfort le 1" juin 1733. François Joyeux, épicier de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, est nommé pour faire ce terrier. Il dépose un certificat de catholicité délivré par le Père Paul d’Arras, capucin de Montfort'.
IX. — Les procès du prieuré. En parcourant les chartes du prieuré, on ne peut s’empêcher de remarquer que les moines de Saint-Thomas étaient très processifs. Le tiers environ des pièces du Cartulaire ont trait à des compromis, des contestations de dîmes ou de redevances, des accords, des sentences d’arbitrages. L’abbé de Marmoutier lui-même constate dans ses visites que le monastère a beaucoup de procès. Il est à remarquer aussi que les moines avaient souvent l’avantage sur leurs adversaires. Parfois même la difficulté se trouvait tranchée à leur profit par l’abandon à titre d’aumône de l’objet du litige.
Les dîmes de la terre de Gole, récemment mises en culture, donnent lieu à l’un des premiers procès du prieuré. La terre de Gole, qui était autrefois une forêt, touchait à la paroisse d’Hermeray. Les dîmes du village qui se construisit sur son emplacement furent réclamées par Simon d’Auviler, clerc de l’église d’Hermeray, et par le prieur de Saint-Thomas, comme collateur de la cure. Ce procès dura quatre années (I2Ü7-I2II) et nécessita l’intervention du pape Innocent III. Il se termina par une répartition des dîmes entre les adversaires.
Dans le même temps (1209), les moines soutenaient un autre
Grefîe du bailliage de Montfort. Note communiquée parM. de Dion.
procès avec le chevalier de Kaizeux au sujet de l’aqueduc cpii amenait l’eau à leur moulin de Seincourt.
Ils avaient en outre une contestation avec Mathieu de Pampool pour un pré situé à la queue de l’étang des moines. Mathieu de Pampool leur abandonna le pré (1209).
En 1223, accord avec Amaurj de Maintenon au suiet d’un canal que celui-ci faisait creuser tant sur sa terre c|ue sur celle des hommes de Maingournois, sujets du prieur, pour faire communiquer son étang avec la rivière. Les hommes auront droit à la moitié du canal et du jet des terres.
En 1245, procès avec les Dames du prieui’é de Haute-Bruière. Celles-ci avaient à Epernon le droit de minage, c’est-à-dire le monopole du mesurage des grains de toute nature. De leur côté, les moines avaient le dixième marché et, d’après un usage ancien, se servaient des minots des religieuses pour la perception de leurs droits. En mars 1245, la prioresse refusa d’en pourvoir les moines qui perdirent ainsi les profits de leur marché. Ceuxci usèrent de représailles à la foire de Saint- André et perçurent pour leur propre compte la coutume du minage due à Haute- Bruière. Pour réussir dans leur entreprise, ils avaient retenu de force chez elles les deux religieuses qui venaient habituellement à Epernon à l’époque des foires et emprisonné leur serviteur Raoul. Ce fut l’origine du procès qui dura si longtemps entre les deux prieurés. Les Dames de Haute-Bruière assignèrent les moines de Saint-Thomas en restitution des deux setiers de blé et d’avoine que ceux-ci avaient indûment perçus à la foire de Saint-André, elles exigeaient en outre une amende de quarante livres pour les outrages qu’elles avaient subis. Les moines, de leur côté, estimaient à vingt sous les droits qu’ils n’avaient pu percevoir le jour du marché qui avait précédé la Nativité de la Vierge, et réclamaient une amende de cent sous. Après force incidents et remises que nous avons déjà rapportés dans notre article sur les pressoirs d’Epernon, l’official rejeta la demande des religieuses qui furent condamnées aux frais du procès. Les moines, comme les religieuses, recevaient alors en nature, par eux-mêmes ou par leur préposé, les droits qu’ils percevaient dans les foires et marchés, nous verrons plus tard qu’ils donnèrent à ferme ces droits moyennant des redevances fixes.
De nouveaux différends ne tardèrent pas à s’élever entre les deux prieurés. Les moines contestaient aux religieuses le droit de minage du marché du bourg Saint-Thomas et la possession d’un terrain à Vinarville. Les arbitres : Jean, curé de Saint- Léger en Iveline, Pierre d’Epernon, prêtre, et Eudes, doyen de Mantes, déclarent que les droits de minage et de havage* du marché du bourg Saint-Thomas sont, complètement libres et exempts de toutes charges envers la prieure de Haute-Bruière ; ils attribuent a\ix religieuses le terrain de Vinarville, mais avec une redevance annuelle envers le prieuré de 4 deniers et obole.
On voit que les deux monastères de Saint-Thomas et de Haute-Bruière ne vivaient pas toujours en bonne intelligence. Des dissentiments antérieurs les avaient probablement divisés, quelque procès dont la solution lésait profondément les intérêts de Haute-Bruière aura été la cause du refus de la prieure de prêter aux moines les minots du dixième marché. Ceux-ci d’ailleurs regrettaient amèrement la faveur que la reine Bertrade leur avait enlevée en reportant à Haute-Bruière le lieu de sépulture de la famille de Montfort ; ce fut là certainement l’origine des dissentiments entre les deux prieurés. Si des questions d’intérêts communs se présentaient, un droit mal défini, mal interprété, suffisait à l’une des parties pour élever des prétentions et susciter un procès.
Les moines percevaient les coutumes avec une certaine rigueur. Le jour du dixième marché, en novembre 1245, la veuve d’Arnoul Boulart, d’Epernon, mit du vin en vente dans une maison située entre la maison des religieuses de Haute-Bruière et celle d'Eustache, dit Privé, devant la maison d’aumône d’Epernon'^ Après la vente, la veuve Boulart omit de payer la coutume et défonça ses tonneaux. Elle était ainsi passible d'une amende de 60 sous, le droit de forage devant être acquitté avant de retirer les fonds des tonneaux. Refusant de payer une aussi forte somme, la veuve Boulart fut assignée à comparaître le vendredi avant la Saint-Martin d’hiver devant Albert, doyen
* Droit de havaçfe : droit de prendre une poignée des marchandises mises en vente.
2 Ancien hôtel-Dieu d’Epernon, maison du bureau de bienfaisance.
d'Epernon. Elle paya le forage qui était de quatre deniers et promit l'amende au prieur.
Ce prieur si rigoureux lorsqu’il s’agit de la perception des coutumes se montrait c(uelquefois généreux. Denis, curé de Hanches, devait dO sous de rente, le prieur lui fait remise de 40 sous tant c{u’il vivra pour services rendus au prieuré.
Les moines ayant voulu entourer leur étang de claies, des difficultés s’élevèrent avec les gens du seigneur. Par deux chartes de 1260 réglant divers arrangements avec le prieur de Saint- Thomas, Eerrand d'Espagne, premier mari de Laure de Montfort, dame d’Epernon, reconnaît aux moines le droit de clore leur étang et même celui de suivre et dépêcher leurs poissons dans le fossé du voisin, si celui-ci venait à creuser un fossé communiquant avec l’étang.
En considération de ces arrangements, les moines abandonnèrent au seigneur 4 sous tournois de cens annuel qu’ils avaient sur la maison de Raoul de Brionne, située entre la maison de feue Marie la Gatote et la maison des belles-filles Testart, plus 27 deniers tournois sur certaines terres, vignes et masures tenues par Jean de Condé, Pierre Chardonel et Gilles de Seincourt.
L’étang des moines se trouvait en partie dans la propriété Quillier. M. Caillé, précédent propriétaire, avait achevé de le combler en y faisant transporter des terres de l’ancien cimetière de Saint-Jean, qui devint la place de l'Hotel-de-Ville.
La foire de Saint-André se tenait originairement au bourg Saint-Thomas. En 1267, pour lui donner plus d’importance, elle fut transférée dans Epernon. Lin accord intervint à ce sujet entre Henri de Grandpré, seigneur de Livry, époux de Laure de Montfort, dame d'Epernon, et le prieur de Saint-Thomas. Les produits de cette foire devaient être perçus par les préposés du seigneur et du prieur et partagés par moitié.
Les foires d’Epernon avaient été instituées par le comte Simon III d’Evreux. Elles se tenaient les jours de Saint-Léger, de Saint-André, de Saint-Simon, de Sainte-Madeleine, de Saint- Denis et de Saint-Thomas. Sauf cette dernière foire, toutes sont abandonnées. On n'a plus aucun souvenir de celles de Saint-
Léger et de Saint-André. Les foires de Saint-Denis et de Saint- Simon existaient encore dans la première moitié de ce siècle.
L’importance de la foire Saint-Thomas diminue chaque année. Il n'est point question de cette foire dans le Cartulaire de Saint- Thomas ni dans l’aveu de Marie de Luxembourg de 1497. A-telle remplacé la Saint-Léger ou la Saint- André ? Nous n’avons rien pu trouver jusqu’ici sur son origine. Pierre Valle, curé de Saint-Jean, a rappelé dans ses notes que le curé Jean Barbier, un de ses prédécesseurs, mort en 1762, avait victorieusement défendu les privilèges de la foire Saint-Thomas, nous ne savons à quelle occasion et en c[uoi consistaient ces privilèges.
Le moulin du prieuré Saint-Thomas s'appelait encore en 1268 le moulin de Seincourt. Une charte de cette époque reconnaît aux moines le droit, avec leurs chevaux et leurs bêtes de somme, d’aller chercher la moutnre à la Charmoie, à l’Epinette, au Passoir et à la Boissière et de l’amener à leur moulin de Seincourt.
Contestation relative aux aires de la rive gauche de la Guesle. — Le prieur de Saint-Thomas avait fait construire un mur devant les « ères de Guestreuse ». Pierre du Bois, chevalier, et Guillaume, son frère, écuyer, à qui ces aires appartenaient, se plaignirent que la construction du prieuré privait leurs tenanciers de l’usage de l’eau qu'ils avaient toujours eu depuis le cortil' de feu Macé Galot jusqu’au moulin Tannerez. Une enquête eut lieu qui établit le droit des moines. Les frères du Bois reconnurent ce droit par lettres conçues en ces termes : « Au darrenierdoLi conseil de bonne gent nous auon seu et enquis diligemment que nous nauien point de droiture en ce que nous disien que ledit mur saiet en nostre terre et en nostre esue. » (fév. 1277).
Les dîmes des terres nouvellement défrichées donnaient toujours lieu à des difficultés avec les communautés religieuses voisines. Plusieurs accords furent conclus à ce sujet par le prieur.
En 1200, il reconnaît devoir aux religieuses de l’abbajm de
' Jardin, de courtillùre.
Saint-Rémy les Landes deux muids de blé sur la manse du prieuré*.
En 1210, il compose avec les frères de Coulombs pour les dîmes de Rosay en la paroisse de Prouais.
En 1223, il fait un compromis avec le couvent de Saint-Magloire de Paris au sujet des dîmes des novales du bois du Déluge qui commençait à être mis en culture. Même accord en 1230 lorsqu’il s’agit des dîmes des novales de la Haie de Blairon^ en la paroisse de Rambouillet.
L’abbaye de Saint-Magloire avait reçu autrefois du roi Robert la dîme des novales de toute Tlveline. Elle se trouvait constamment en lutte avec les maisons religieuses qui dirigeaient les défrichements et avec les curés des paroisses. M® Onfroy, curé de Rambouillet, dont la cure relevait du prieuré Saint- Thomas, réclame en 1241 la moitié des dîmes jusque-là perçues qu’il évalue à 90 boisseaux blé et avoine. L’évêque de Chartres, Aubry, choisi comme juge, fait une répartition des dîmes entre les intéressés.
Si nous nous reportons au 15 avril 1658, nous voyons, dans un autre procès de dîmes, un arrêt du grand Conseil maintenir le prieur d’Epernon en possession de la dîme des pois, fèves, vesces et autres grains ronds, même des foins de Bourgogne qui se récoltent en la paroisse de Rambouillet, y compris les dîmes du clos de la Vigne, et condamner le curé de Rambouillet à restituer à dire d’experts ce qu’il a perçu de ces dîmes depuis 1655, lui attribuant seulement la dîme des laines, agneaux, cochons et oisons, ainsi que les menues dîmes des clos, closeaux, aires et jardins de sa paroisse.
Deux contestations de dîmes, la première, en 1249, avec le curé de Mittain ville, sur 35 arpents du territoire de cette paroisse, la seconde, en 1270, avec Guillaume de Houx et les hommes de son fief, se terminent encore à l’avantage du prieuré.
Les moines de Saint-Thomas, comme toutes les communautés de religieux, avaient bien soin, toutes les fois que l’occasion s’en
* Au XVII® siècle, ces religieuses firent de vaines tentatives malgré l’accord du 24 mai 1200, pour retrouver la rente de deux muids de blé sur le prieuré d’Epernon. {Arch. de Seine-et-Uise, Fonds de St-Rémy.
■ La Villeneuve.
présentait, de faire renouveler ou confirmer leurs privilèges, libertés ou immunités ; ils portaient même ce soin à l’extrême, témoin cette déclaration du 29 décembre 1376 de l’évêque de Chartres, Ebles du Puj, qui reconnaît qu’il a pris son repas au prieuré, mais qu’il y est venu en ami, qu’il n’a pas eu l’intention de faire visite et que son passage ne doit porter aucun préjudice aux franchises du prieuré.
Peut-être aussi que cette déclaration visait un accord, probablement abandonné, de décembre 1342, intervenu entre l’évêque de Chartres d’alors et l’abbé de Marmoutier, sur le droit de procuration prétendu par l’évêque sur les prieurés de son diocèse, Epernon, Basainville, Chayeane et Bréteucourt, qui devaient se cotiser pour lui payer quatre livres chaque année.
Le procès suivant résume ce qui se passait ordinairement avec les moines dans les contestations de propriétés.
Le prieur Clément de Saint-Lomer et Robert de Garennes, écuyer, seigneur de Chantry, s’attribuaient l’un [et l’autre la gpossession de trois quartiers de pré assis au lieu de Nigelles. Par lettres du25(.)Ctobre 1463, devant Anthoine Henry, tabellion à Epernon, Robert de Garennes cède au prieur Clément de Saint- Lomer tout « droit, action, possession, saisine... que il a etpeult avoir... sur lesdits trois c[uartiers de pré » à la condition qu’il participera « lui et ses prédésesseurs aulx bienfaiz, messes, prières et oraisons qui sont et seront dittes ou temps advenir^ ou dit prieuré. » Les sceaux delà châtellenie d’Epernon furent apposés au bas de cet acte.
Les notes ci-après, extraites du greffe du bailliage de Montfort*, m’ont été communiquées par M. de Dion :
21 août 1600. — Le prieur de Saint-Thomas d’Epernon à la requête de Marin, curéd’Orcemont, du 8 août 1599, assigne devant le bailli de Montfort pour règlement de compte, Pierre le Gentilhomme, naguères receveur du prieuré.
25 mai 1504. — Procès au bailliage de Montfort entre les religieux de Saint-Thomas et messire Mathieu Huné, curé de Saint- Germain d’Hermeray.
13 avril 1600. — Sentence du bailliage de Montfort maintenant
I Archives de Seine-et-Oise.
le prieur d’Epernon dans le droit de célébrer l'office en l’église d’Hermeray à la fête de Saint Germain ; 20 mai, Mathieu Huné curé d’Hermeray, condamné aux dépens.
5 février 1607 . — Contestations diverses au bailliage de Montfort entre les religieux de Saint-Thomas, Jean de Lorme, curé de Saint-Germain de Gazeran, Jacques Cardot, son vicaire, Samuel Mérieulx, etc.
— La .iuridiction du prieuré Saint-Thomas. — Elle s’étendait sur toutes les possessions des moines, qu’il s’agisse du bourg Saint Thomas ou des enclaves c}ui leur appartenaient dans la châtellenie d’Epernon.
Elle résultait des immunités accordées par Amaury, fondateur du prieuré. Aucun juge, dit-il, dans la charte de fondation, ne pourra pénétrer sur le territoire des moines pour y faire des procédures, exiger des amendes, arrêter les habitants ou les prendre comme cautions, requérir des redevances d’aucune sorte, même accidentelles.
Elle s’exercait par des officiers de justice ; bailli, lieutenant, procureurs, greffier, receveur, sergents. Le prieur avait justice haute et basse sur tous ses hôtes, il pouvait connaître de tous les crimes et délits commis dans l’étendue de sa juridiction, ce fut alors l’apogée de sa puissance judiciaire.
Dès le XIIP siècle, les seigneurs n’accordaient plus d’aussi grands privilèges, ils cherchaient même, au contraire, à restreindre ceux octroyés par leurs ancêtres.
En 1238, nous voyons le comte i^maury supprimer des droits d’usage ruineux pour ses forêts, et abandonner aux moines de Saint-Thomas en compensation 172 arpents du bois du champ Gauden. Mais il réserve sur les terres concédées la haute justice pour les cas de meurtre, de rapt, d’incendie, de vol et de sang répandu, n’exceptant que le cas où le sang des serviteurs du monastère aurait coulé, il retient aussi le droit de chasse, voulant que les moines ou leurs serviteurs, s'ils trouvaient par hasard une grande bête fatiguée ou morte, soient tenus de la rendre ou d’en donner connaissance aux préposés d’Epernon.
En février 1260, nouvel accord du prieur de Saint-Thomas avec Ferrand de Castille, fils du roi d’Espagne, baron d’Epernon, qui avait épousé Laure de Montfort, dame d'Epernon. La justice
prieurale devra connaître des vols, du brigandage, des injures, des coups et autres délits, trois cas sont réservés à la justice seigneuriale : le rapt, le meurtre et le sang répandu ; néanmoins sont accordés aux moines les biens des condamnés. Cette convention qui règle encore d'autres arrangements particuliers , coûte aux religieux 230 livres tournois payées comptant au seigneur.
Les fourches d’Epernon étaient établies sur la terre de Potin qui avait été donnée aux religieux par Guillaume Estellon en 1221. Ces fourches étaient communes à la justice du prieur et à celle du seigneur et entretenues par eux à frais communs. Elles dominaient le bourg Saint-Thomas et la ville et faisaient face au château seigneurial.
Les moines ne pouvaient pendre, ni faire pendre aucun voleur ni malfaiteur, ni l’enterrer ailleurs que dans cet emplacement qui de nos jours s’appelle encore la Justices
Le ressort de la justice d’Epernon ayant été reporté de Montfort à Mantes en 1304, le bailli de Mantes émit la prétention de faire ressortir aussi à Mantes la justice du prieuré Saint-Thomas. Mais le prieur se plaignit à la reine Marie, mère du roi Philippe le Bel, comtesse de Mantes et de Nogent, du préjudice que lui causait ce changement de siège, disant que d’ancienneté, sa terre se ressortissait « au chastel de Nogent. » Après une enquête c|ui dura deux années, le prieur reçut des lettres du roi Philippe accédant à sa demande. Le bailli de Mantes n’eut qu’à confirmer la teneur des lettres royales, et par son arrêt du 15 novembre 1315, il reconnaît que le « prieur, son prieuré, les biens, les songiez et les habitanz de son dit prieuré», ressortissaient des justiciers du siège de Nogent.
Ce même arrêt prononce sur un conflit de juridiction entre le prieur de Saint-Thomas et le bailli d’Epernon, Robert Proueire. Celui-ci avait fait arrêter sur la terre du prieuré Guérin Pinguernel « qui avoit tué Phlippot Daudin, par chaude mellée commanciée entre eus », et l’avait fait pendre incontinent sans délai ni jugement Le prieur ne supporta pas sans protester cette atteinte à sa juridiction. Il réclama une enquête et représenta
’ La terre de Potin était comprise en partie dans la carrière de M“' Deshoulières, aujourd’hui de M. Anquetil.
« que par la manière du fet, le fet estoit occision, duquel la congnoissance li en appartenoit, et nemmie murtre », et le bailli de son côté disait « que le fet estoit murtre et nemmie occision,
<( et pour ce disoit que pardeuers li en deuoit demeurer la cong- « naissance. » L’arrêt du bailli de Mantes établit qu’il n’j avait pas eu meurtre, et que le fait était de la juridiction du prieur.
A cette époque où les gens du château ne se faisaient pas faute de battre en brèche les privilèges des moines, d’autres conlhts s’étaient élevés entre les deux justices : le prévôt d’Epernon avait saisi les outils du charron du bourg Saint-Thomas qui était l’hôte du prieur, le bailli seigneurial contestait aux moines leurs droits sur le dixième marché, sur les sépultures, etc. Le prieur de Saint-Thomas comprit qu’une nouvelle affirmation de ses droits était indispensable, que les officiers de la comtesse d’Aumale ne mancjueraient pas de se prévaloir dans l’avenir des actes de justice qu’ils avaient exercés en la terre du prieuré, il fit intervenir dans ses revendications l’abbé de Marmoutier, son supérieur, Cjui lui remit sa procuration « le mercredi après la fête de saint Mathieu, apôtre ». (Sept. 1320).
Il faut croire que cette affaire rencontra bien des difficultés, car l’arbitrage dont nous allons parler n’aboutit cpie sept années après.
Yolande de Meulan, comtesse d’Aumale, dame d’Epernon, et son fils. Jehan de Ponthieu, comte d’Aumale, ainsi c[ue Jean de Mauléon, abbé de Marmoutier,se compromirent par procureurs: Jehan Garnier, bailli d’Epernon, pour la comtesse et son fils, Michel d’Ambillou, prieur de Saint-Thomas, pour l’abbé et couvent de Marmoutier. Furent nommés « arbitres arbitrateurs et amiables compositeurs » Denis de Bernavalle, bailli d’Aumale, et Jehan Elyot, bourgeois de Chartres, le premier désigné par le bailli d’Epernon, le second par les religieux. Les parties devaient se conformer à la décision à intervenir « à paine de cinc cenz liures. »
« Le juedi après la Saint Lucas Esvengellistre », de l’an 1327, par devant Colin Lecordier, clerc tabellion juré de la châtellenie de Nogent-Lerembert* et en la présence des procureurs, les arbitres « didrent et pronuncièrent leur dit et leur sentence arbi-
' Nogent-le-Roi.
traie en la fourme et en la menière qui en suit ; c'est assavoir que les lettres lesquelles les diz religieus ont par reson de leur prieuré d’Espernon demuerent en leur force et en leur vertu, et se il est ainsit c{ue les diz contesse, Jehan son fils, ou leur genz ou autres ou temps passé ou non de eus et pour euls ou pour leurs prédécesseurs, aient usé d'aucun cas de joustice en la terre dou prieuré de Saint-Thomas d'Espernon contre lesprinz des lettres dudit prieuré, que ce c[ue il avront usé ne leur puet acqueii'e saisine pour le temps avenir, ne porter préjudice aus diz religieus par reson dudit prieuré, et ausit se les diz religieus ont usé d'aucun cas de joustic^ oultre lesprinz de leurs lettres c{ue il ne leur puisse acqueire saisine pour le temps avenir ne porter préjudice aus diz contesse et Jehan son fils ne à leurs heirs. » Les divers conflits de juridiction, depuis le cas de l’enfant « qui chay d’une eschielle en la terre dudit prieuré » jusqu'à celui « de la joustice de la meson en lacjuelle Guillemet demeure w,": sont ensuite énumérés et jugés par les arbitres qui prononcent cjue desdits chefs il n’en résultera aucun préjudice aux droits du prieuré aussi bien qu’à ceux de la comtesse d'Aumale et du comte son fils .
Nous avons vu par ce qui précède que les moines veillaient avec un soin extrême au maintien de leurs privilèges. Le prieur Guillaume qui vivait en 1208 n’y veillait pas moins rigoureusement que le prieur Michel d’Ambillou. Le prieuré manquait à cette époque de prison et les moines avaient remis aux officiers du château d’Epernon un homme accusé de meurtre sur leur terre de Maingournois. Cet homme s’évada de la prison seigneuriale. Le prieur craignit que ses droits ne subissent de ce fait quelque atteinte, et sollicita de Simon de Montfort une déclaration affirmant que l’église de Saint-Thomas n’avait rien perdu de son droit de justice.
Le prieuré possédait à Gazeran un hôtel et une grange* sur lesquels le prieur Jean de Maintenon disait avoir à cause de son prieuré « toute justice haute, moyenne et basse ». Le sire de Gazeran, Philippe de Bovdlehart, prétendait au contraire que la dite grange relevait de sa juridiction comme se trouvant en sa
' La ferme dite de la Moiiierie ou de la Monerie.
PIÉCKS DÉTACHÉES
châtellenie de Gazeran. la suite de ce désaccord, intervint, le 18 décembre 1346, entre les parties, le traité suivant : Le prieur aura la justice haute, moyenne et basse en son » hostel etgranche jouste Gazeran, vergiers, vigne, jardins, terres gaignables* et généralement en toutes les appartenances de icelui hostel et granche » ainsi c{u’ k en tous les chemins enclos » par les terres du prieuré. Les « maison, hotises et censives séant à Hedevillier et le moulin du Brueil » relèveront du sire de Gazeran pour la haute et moyenne justice seulement, la basse restant au prieur qui reconnaît au seigneur de Gazeran le droit de » prendre les chevaulx du moulin » en toutes les terres, maisons et censives de la dite grange.
Les moines de Saint-Thomas possédaient le moulin de Dyonval qu'ils tenaient d’Henry de Saint-Yon. Des lettres du roi Philippe de A^alois attribuèrent la haute justice du moulin et de ses dépendances à Marguerite La Roillée, dame de Gallardon, et la justice moyenne et basse au prieur de Saint-Thomas avec l’obligation de prendre à Gallardon l’étalon des mesures du moulin.
Les justicesprieurales comme lesjustices seigneurialesperdirent insensiblement avec le temps toute leur importance. Ces juridictions furent atteintes incessamment par les légistes qui distinguèrent les cas royaux, ou ceux dont la connaissance appartenait à la juridiction royale. Au siècle dernier un grand nombre d’affaires criminelles étaient jugées par la justice royale. Pourtant les justices seigneuriales et prieurales subsistèrent jusqu’à la Révolution, mais alors leur rôle n’était guère supérieur à celui d’une simple justice de paix.
Voici les noms de cjuelques officiers du bailliage du prieuré Saint-Thomas :
Baillis et Lieutenants.
1588. Gillot Perché.
1604. Nicolas Tulloue.
1609. Daniel Charpentier.
1658. François Guérin.
1704. Anthoine Charpentier 1720. Jean de la Porte.
1731. Louis Le Comte.
1749. Robert Chambert.
Susceptibles de produire un gain.
Procureurs fiscaux.
1635. Jacques Guérin.
1644. Charles Gaudin.
1658. Simon Le Blanc.
17J1. Louis Nivert.
1739. Jean Gui de la Croix de Beaupré.
1756. François Littré.
1788. Christophe Delarue.
Peceveurs.
1583. Jean Le Gentilhomme.
1598. Pierre Le Gentilhomme.
1606. Jean Lassire.
1616. François Picot.
1618. Pierre Lassire.
1627. Jean Le Bonnier.
1660. Nicolas Séché.
1670 Guillaume Nivert.
Cnulrôleur.
Claude Ruffiart.
1755. Jean Rhaut Lépine.
Greffiers.
1587. Rousseau.
1720. Louis Nivert.
1733. Florent Régnault.
1742. Jean-Baptiste Cochon.
Sergenis.
1582. Pierre Beraut.
1588. Simon Follign}^
1591. Pierre Barbier.
1619. Lo}"s Boucher.
1629. Gilles Boinilles.
1632. François Picot.
1703. François Landurier.
1707. Louis Landurier.
A la Révolution, les scellés furent apposés parla municipalité d'Epernon sur les minutes et registres du greffe du bailliage du prieuré Saint-Thomas.
Le 28 juin 1792, sur la demande du département, ces minutes furent transportées à Chartres au greffe du tribunal du district avec celles du bailliage d'Epernon. Deux hommes aidèrent le voiturier à les charger, ils escortèrent ces minutes jusqu’à Chartres où ils aidèrent de nouveau à les décharger et déposer dans le greffe du tribunal.
Le voyage dura deux jours, et coûta 36 livres.
XL — Les prieurs et les moines de Saint-Thomas.
Les prieurs dont les noms ont été conservés dans les anciennes chartes, étaient :
Au XL siècle ;
H ar clou in.
Guillaume .
Au XIP siècle :
Garnier.
Bertrand.
Guillaume.
Rohert .
Au XIIP siècle :
Guilla unie.
Geofroij.
Philippe.
Henri.
Au XIV® siècle :
Michel Moreau.
Philippe Huraiill.
Barthélemy Vernhier.
Jean de Beaulieu.
Michel d'A w hillou.
Jean de Mainlennn .
Gau lier.
Au XYII' siècle :
Au XV‘" siècle :
< luillaun)e Tilinn.
Quille Aymez.
ClémenI de Sainl-Lnmer.
de BnurJxm.
Au XVI® siècle :
Hugues de Malesse! .
Jean Phelippeaux.
Armand de Baulru de Nor/enl Claude Vietnrin de Nemours.
Ma Ih iirin Bru non t .
Michel Castaynel de Tilladet.
Au XVIIP siècle :
Louis de Preyssac d' Esclignac .
Biquet de Car aman.
Jean Duhaulier.
Jlardouin , 1®’’ prieur connu de Saint-Thomas, est témoin en 1080 d’une donation faite au prieuré de Bréteucourt, et en 1092 d’un accord fait à Blois devant le comte Etienne. {Arch. d'Eureet-Loir, Cariai, du Dunois).
Guillaume est témoin en 1098 d’une charte donnée au prieuré de Basainville, par Simon de Neaufle. Il était encore prieur en 1114, lors de la donation de l’église de Hanches au prieuré. Dans cet acte figure le personnel du monastère : Pierre Laidet, Gilon d’Ansiglini, Helduin, Hugon, hôtelier. Serviteurs du prieuré : Arnold, chambellan , Payen , chambellan, Landry , serviteur, Sancelin, Pierre Burdon, Hubert Mainbod. Une clause de cette donation rappelait c|ue les habitants d’Epernon étaient par coutume enterrés à Hanches. Hanches était la paroisse originaire d’Epernon.
Garnier, prieur de Rameru, puis de Saint-Thomas d’Epernon, devint abbé de Marmoutier en 1137 et mourut fort âgé en 1155. (Martène, Ilist. de Marmoutier).
Bertrand est nommé en 1162 dans une charte de Robert, évêque de Chartres, pour l’église de Prunay. (,lrc/u d' Eure-et-Loir).
Guillaume est témoin d’un accord entre Gautier sans Nappe et le prieuré de Bréteucourt par devant Simon IH d’Evreux. (Ch. du prieuré de Saint-Martin de Bréteucourt , 1170, 1176).
UoheH est témoin vers 1180 d'une charte en faveur du même prieuré de Bréteucourt, — et en 1190 d'un acte de Geofroj, comte du Perche, en faveur du prieuré de Chuisnes. {Curtul. du Du noix).
Il donne quarante livres à Simon de Montfort (1202) pour l’aider dans son voyage à Jérusalem.
La charte de Simon de Montfort sur les foires et coutumes d’Epernon en 1203, nomme Robert, prieur, Ulrich, prieur du cloître, Hannon, sacriste, Hugon, cellerier, Jean Lepotier, Geofroy Alcoin, et autres.
Guillaume est nommé avec Hugues, moine d'Epernon, dans une charte de Simon de Montfort sur les dîmes de la terre de Gole, en 1207. Ce prieur fait un nouveau don de quarante livres à Simon de Montfort en 1209, pour la reconstruction des murs d’enceinte d’Epernon. La même année, une charte du prieuré, relative au pré de la queue de l’étang des moines, nomme G., prieur, et Jean, cellerier.
Geofroy figure dans plusieurs chartes du prieuré, notamment dans la sentence arbitrale de 1210, relative aux dîmes de la terre de Gole.
Philippe fait plusieurs acquisitions pour le prieuré en 1220 et 1 221 .
Henri donne quarante livres au comte Jean de Montfort à son départ pour la croisade (1248'.
En 1249, Jean de Châtillon, comte de Blois, irrité contre Geofroy de Conan, abbé de Marmoutier, qui s’opposait à ses prétentions sur son abbaye, le fit enlever sur les terres du comte de Saint-Paul, alors qu’il se rendait en Angleterre, et enfermer secrètement dans une tour de son château de Guise, où, au bout de quelcjues mois, il fut découvert par un domestique du monastère. Le comte de Blois, craignant alors lajuste colère du roi, fit transporter l’abbé à Epernon et le fit jeter pieds et poings liés dans le fossé du prieuré où les moines ne tardèrent pas à le découvrir. Sur les plaintes cjue l’abbé fit au roi, celui-ci força le comte de Blois à céder à Alphonse, comte de Poitiers, tous les droits qu il prétendait avoir sur l’abbaye de Marmoutier. Cette
cession eut lieu en septembre 125^ (Martène, ///.v/. de Marmoulier, II, 226).
Quelques années plus tard, le prieur Henri se réunit avec plusieurs autres prieurs pour aviser au moyen de faire revivre la régularité qui s’était gravement relâchée dans leur ordre. Il écrivit avec eux au pape Alexandre IV pour se plaindre de la négligence de leur abbé. Le 4 mars 1256 et au mois de mai suivant, le pape écrivit a l’abbé Geofroy des lettres de réprimande par lesquelles il lui enjoignait de ne point déposer les prieurs qui avaient porté plainte contre lui (û/., il)ûU).
Nous relevons dans Doyen- les noms de deux religieux d’Epernon du XIL et du XIIL siècle, mais qui ne sont pas nommés comme prieurs de Saint-Thomas.
Thomas de Morigny, prédicateur célèbre, né à Epernon. Il écrivit à saint Bernard en 1144.
Jean d’Epernon, c(ui fut abbé de Saint-Cheron près Chartres en 1296.
Jean de Beaulieu est nommé comme ancien prieur de Saint- Thomas dans la visite abbatiale de 1326.
Michel d'Anibillou est prieur lors des visites faites au prieuré par l’abbé de Marmoutier de 1321 à 1326.
Nous avons vu qu’en 1321, treize moines, y compris le frère prieur, résidaient à Saint-Thomas : Guillaume de Séez, Aubry de Ventelay, Jehan d'Espouilles, Robert de Bois-Mauger, Jehan de Montbazon, Simon de Bretenay, Nicolas Lelarge, Léger Potier, Jehan d'Ambillou, Michel d’ Ambillou, Pierre des Prés et Jacques Martin. Cinq ans plus tard, il s'y trouve quatorze moines dont sept nouveaux : Jean de Beaulieu, ancien prieur, Clarembaud, Etienne de Lieves, Hugues de Don, Pierre de Beaulieu, Guillaume de Chartres et Roger de Gruaie. En 1324, Amaury de la Hébergerie était prieur claustral.
En 1331, le prieur d’Epernon est un des exécuteurs testamentaires de Jean, comte de Dreux.
I A. Moutié et .4. de Dion. et D icuments. Soc. arch. de Rimbouillet.