AVIS
Je sati.sfais à rengagement que j’ai eontraeté envers le publie dans la première partie de mon ouvrage'. Celle-e\" aura une autre espèce de mérite. On y trouvera des recherches tidelles, des découvertes nouvelles, des titres importuns et inconnus à nos célèbres antiquaires ; on ose
' Voici le passage auquel l'auteur fait allusion : <> La partie de mes recherches sur la province du Thymerais, que je fais paraître au- Jourd'hu3o étoit la dernière dans l'ordre que je me suis d'abord proposé de suivre. Elle est aussi la moins étendue. . Elle sera bientôt suivie d’une autre partie qui comprendra des mémoires historiques des seigneurs de Châteauneuf et des personnes illustres par leur naissance et leurs emplois, qui ont possédé des terres dans cette baronnie, qui 3' sont nés, ou qui 3' ont vécu. Cette partie sera distinguée en deux classes. La première, composée des seigneurs particuliers de Châteauneuf et de leur postérité depuis l'an M jusqu'à présent ; la seconde des vassaux considérables de cette même baronnie et dont les maisons y ont fait des établissements... Si (le public) approuve, il encouragera un auteur encore jeune et assez laborieux pour aspirer à lui plaire. ^
se flatter d’avoir suivi des guides sûrs et capal^les de dissiper les nuages de ces tems ténébreux, où les plus habiles ne marchent qu’à tâtons quand ils ne sont aidés que lie la lueur des conjectures. Je ne fixe point le degré d'intérêt qu’on peut prendre à mon travail. Les jugemens tlateurs c[u’en ont portés des personnes éclairées m’ont paru une raison suffisante pour ne pas ensevelir mes recherches dans l’ombre de mon cabinet. Le goût des lecteurs en décide. Il se trouve même des gens assés injustes pour condamner ou pour aprouver sans lire. C’est à un autheur sensé à prendre son parti, sensible aux bons avis, docile aux leçons d’un critique équitable. Le mien est déjà pris.
ReCUERCICRS PRÉr.lMINAIRES sur EA PROVJX'CE DU ThYMÉR.MS, SUR SON NOM ET I.’ORIGINE DE CE NOM.
Le 'Lhymerais étant une petite province démembrée du Perche, il seroit de l’ordre naturel d’entrer dans un examen qui jettàt quelques lumières sur cette partie de la France, qu’on peut dire être la moins connue chez les anciens. Mais ce seroit s’engager dans une trop longue dissertation. Je me contenteray d’effleurer le sujet.
M® Gilles Bry (a), qui a écrit l’histoire des comtés du Perche et d’Alençon, dit (û) que César parle dans ses Commcn/aires (c), des Percherons comme des peuples très belliqueux, à la tête desquels étoit Vindovix, qu’il luy plait d’appeler comte du Perche. Mais pour admettre cette hvpothèse géographique, il faut regarder les Unelli,dont parle César en cette occasion, comme les habitans du
(a) Gilles Hiy, sieur de la Clergerie, avocat au Parlement, fils de M’ François Bry, lieutenant au bailliage du Perche et de Jaqueline Poulard, a donné dans son Histoire des pays et comté du Perche et duché d'A/earoa, imprimée à Paris, en 1620, des notes sur la coutume du grand Perche, imprimée en 1621.
(h) P. 2, chap. 1.
(c) Comment, de César : De riello Gnilico. Lib. III.
Perche, contre le sentiment de Cluvier et de cj[uelques autres savans géographes cjui prétendent que ceux de Valogne et du Cotentin sont les Unelli de Cézar.
Cellarius croit c^ueles peuples c^ue César appelle Aulerci Diablintes sont ceux que l’on a depuis apellés Percherons. Quoy que ce sentiment soit assés generalement suiAu, il faut convenir c^u'on débite, pour le soutenir, plus de conjectures savantes c|ue de solides preuves. Le géographe Samson (a) est de ceux qui se déclarent pour ce sentiment. M. Le Bœuf [])) a prétendu renverser le sistème de Cellarius en i:)laçant, comme il fait, la contrée Diablinticj^ue dans le pais du Maine. Il décide ]orécisément c{ue la capitale de cette contrée est un bourg appel lé aujourd’hui Jubleins ou Jublent, situé à neuf ou dix lieües au-delà de Sillé le Guillaume. Cluvier et le P. Labbé son traducteur (c), ne s’éloignent pas beaucoup de ce sentiment.
Tout cela prou ve cj^ue les Diablintes pouvoient être voisins du Perche, mais il ne paroit pas clairement, comme le pense Cellarius et l’autheur de l’histoire du comté d’Evreux (d), c|u'il faille les regarder comme les Percherons même. L’amour de la Patrie ne m’aveugle pas assés pour découvrir dans les anciens géographes un pais dont ils n’ont peut-être rien dit. Peut-être Cézar n'a-t-il rien eû. à démêler avec les Percherons, c{ui peuvent être aussi des restes des peuples subjugués qui se retirèrent dans cette contrée c^ue les bois et les buissons rendoient impraticables, et auxquels on a donné depuis le nom de Perticales ou Perticenses (e), a cause du bois c^uils habitoient et des bâtons ou perches dont ils se servoient pour armes. Il étoit
(a) Noticia Orhis antiqui . Lib. Il, P- 204. 205.
(/)) Le Bœuf, Dissertation sur l' histoire ecclésiastique et civile de Paris. Dissertation première.
(c) Géographie Roïale, diT P. Pli. Labbé. L. II, ch. XI, p. 107.
(d) Le Brasseur, Ilist. civile et ecclés. du comté d’Evreux, ch. \. P. 2.
(e) Columelle se sert du mot Perticalis : « Perticalis Salis. » On appelloit aussy Perticatio le mesurage des terres.
assés ordinaire aux Romains de donner des noms tirés des armes dont on se servoit^ ce que nous faisons nousmêmes dans nos armées. Ce c[ue je dis ici n’est qu’une conjecture que je ne donne c[ue pour ce qu’elle vaut(a). Au reste, l’un de nos anciens historiens, parle d’un Agombert, comte du Perche, qui vivoit sous Louis le Débonnaire.
On divise cette province en ce qu’on appelle Terre-Française , Grand-Perche , Perche-Gouet , et depuis le démembrement, les terres démembrées. Ces terres démembrées sont Châteauneuf en Thymerais, Senonches, Brezolles, Bazoches et Champrond.
Châteauneuf est la première ville du Thymerais, petite province demembréedu Perche pour être unie au gouvernement dit nie de France. Elle a sa coutume particulière rédigée sous Henry II, dépend pour le spirituel du diocèse de Chartres, pour le civil du Parlement de Paris, par apel qui s’y relève recta et sans moyen, de l’intendance d’Alençon et de la cour des Aides de Rouen pour le fait des tailles et aides. Il y a un baillage roial fort étendu, une élection particulière et une maitrise particulière des Eaux et Forêts, autrefois réunie au baillage. Châteauneuf est éloigné de dix-huit lieues de Paris, de cinq de Chartres, de cj^uatre de Dreux, sept de Verneuil p au Perche. Il est situé dans un plat païs. Sa richesse ne consiste qu’en blœds, n’y aiant, non plus qu’en Beauce, ny vignes, ny prés, ny rivières, ny collines et peu de bois. L’air y est pur, vif, et assés propre à la santé.
(a) C’est de leurs armes que les Longsbards tirent leur nom ; ces armes étoient longues pertuisanes apellées Barden , ou Barten, quelques-uns prétendent qu’ils doivent leur nom à leurs longues barbes, mais sans fondement, puisqu’ils étoient rasés dans les premiers temps. C’est la remarque d’Hachemberg dans saXB Dissertation sur les anciens Germains Quelques-uns dérivent le nom de Francs du mot frarns, framea, épée. Suivant mes conjectures, le mot de Pictones, Poitevin, vient du mot Pieta, Pie, espèce d’outil ou d’arme bipennis. Ovide dérive le mot de Quirinus ou Quiriles, de l’ancien Quiris, et on prétend que le nom de Picard, liasta, dérive des piques.
Chàteauneuf en 'l'hymerais et ses dépendances furent érigés en baronnie pairie relevant de la tour du Louvre, dont il relève encore aujourd’hui, en faveur de Charles de A^alois, dont nous parlerons, par lettres d’avril 1314. Cette paroisse a dans son ressort et dans sa dépendance quatre autres baronnies ; deux ecclésiastiques, Saint- Ange et Armentières ■ — deux laïques, La Coudraye et Con vay.
L’éthymologie du nom de Chàteauneuf s’olîre d’ellemème ; ce nom, commun à plusieurs autres villes de France, ne lait pas la moindre difficulté. Nous en fixerons l’épocj[ue. Il est plus difficile de trouver l’éthvmologie de ce nom de Thymerais.
La Alartinière, dans son Dicfioiuiciire (jikxjraphique de la France, dit Cj^u’on doit l'apeller en latin Theodornerensis ager. à cause d’un seigneur nommé Théodemer.
Cela est ingénieux, mais cela est-il vrai. On aurait bien dû nous aprendre cj[uel étoit ce Theodemer, en quel siècle il a vécu, quels autheurs en parlent; mais La Martinière ne s’est point assujeti à ces formalités dans son grand ouvrage.
Je sais bien c^ue Grégoire de Tours {a) parle d’un Théodemer, fils de Richimer et d’Ascole ; cjuil le fait roy de France ou chef des François, et C{ue JosephTexeira [h] le met le neufvième roi des François sous le nom d’Odemarus qui fut, dit-il, le fondateur de plusieurs villes et mourut 127 ans après Jésus-Christ, l’an XIV’'® de son règne. Il ii}’- a guère d’aparence que La Martinière ait entendu parler de luy. Tout ce qu’il dit des rois prédécesseurs de Pharamond n'est pas assez digne de foi et tous ces anciens chefs des Francs ont d’ailleurs vécu au-delà du Rhin.
Dans le traité de Claude Routeroue, concernant les mon-
noies de France, la première pièce dont il donne la figure
(a) Lib. II, chap 9.
{h) Slemmaia Franciæ iiein Xavarne regv.in, p. 22 de léd. de 1619. Cet ouvrage qui a de bonnes choses contient aussy bien des fables.
est un tiers de sol fabriqué sous un Theudenier, mais estce celuv dont il s’agit ici? Si l'on sa voit où cette pièce a été trouvée, cela indic[ueroit où ce prince a régné. Il y est représenté avec un diadème, marque ordinaire de la souveraineté.
A une portée de fusil de Chàteauneuf est un village apellé Thymer, que toutes les anciennes Chartres apellent Tlii/mariun ou Thiiinerias. Ces mêmes Chartres apellent aussy Chàteauneuf : Caslrum noviim de T/ii/maro.
Que Thymer ait donné le nom à la petite province du Thymerais, cela ne souffre pas de difhculté, surtout si l’on considère c|u'il en étoit la capitale, qu’il existoit longtemps avant Chàteauneuf c[ui a pris sa place, c[ue Thymer étoit enfin la demeure des seigneurs du l'h xmierais.c^
Peut-être le nom de Thymer vient-il des mots celtiques bretons Tht/, mansio, demeure ; ?noj' ou mer ou méer, major, chef-lieu, manoir principal, mais puisqu’on ignore peut-être encore la véritable étymologie de la capitale du royaume, on ne trouvera pas étonnant que celle de Thymer ne soit pas certaine.
Ribaui.t, premier seigneur connu du Thymerais
Le premier seigneur du Thymerais dont il nous reste quelcj^ues monumens se nomme Ribaldus, Ribault.
Duchêne qui parle de ce Ribault {o). nous aprend qu’outre Brezolles (à). Regmallard (c et Sorel (d), il possédoit encore de grands biens dans la ville de Dreux, c[u’il y demeuroit ordinairement et qu’il y étoit si fort attaché,
(a) Histoire Je la Maison de Dreux.
{h) Bourg à 3 lieues de Chàteauneuf eatre cette ville et Verneuil
(f) Bemallard ou Regmallard au Perche, du côté de Mortagne .
(d) Sorel, village aux environs de Dreux.
qu’il prennoit le surnom de Dreux, comme on le voit dans une chartre du roy Robert, expédiée en faveur de l’abbaye de Coulombs près Nogent-le-Ro\%rapportée par Duchesne. ( Histoire de la Maison, de Dreux).
Je trouve vers l'an lOOG un Ribault c|ui siqne comme témoin et parent d’Albert, tils de Godechilde, sœur de Guillaume de Bellesme, avec Radbode, évêc|ue de Sées, Arnault, archevêcj^ue de Tours, le rov Pvobert, Henry son fils et son successeur, Guillaume de Bellème et Richard comte de Normandie, dans un acte confirmatif des donations qu’avoit fait au couvent de Jumièges Albert, abbé de Saint-Etienne et de Saint-Maximin, avant de prendre l’habit de moine dans cette abbaye. Cette charte sans date, et rapportée en outre par Bry [dlist. des comtes du Perche et d' Alençon, L. H, p. 51), donne lieu de jDenser c|ue Ribauld étoit parent ou allié du roy Robert, puisqu’avant ces signatures on trouve dans l’acte ; « Quod si aliquis (( præsumpserit chartam infirmare, cum Juda proditore, « Anna et Caipha damnationem accipiat , hæc autem « chartula ut firmior sit, eam subter firmavi, et parenti- « bus meis corroborandam obtuli ». Si la charte ne fut signée c{ue des j^arents de l’abbé Albert qui étoit de la maison de Bellème du côté de sa mère [a], comme on l’a pu remarc^uer, Ribauld étoit allié à tout ce c^u’il y avoit de grands seigneurs. Je ne doute pas que ce Ribauld ne soit le nôtre.
Une autre charte du roy Henry I, fils de Robert, nous aprend encore c|ue Ribauld, C|ui y est cj[ualifié de nohilisimus, fonda à Brezolles une église sous l’invocation de Saint-Germain, évêque d’Auxerre.
Ribauld mourut sous le règne de Henry 1; je ne puis fixer l’année de sa mort, mais il est certain c^ue ce fut
(a) Albert était fils de Godechilde de Bellesme, fille d’Yves I, comte d’Alençon et de Bellesme et fut père d’Aniault, 62' évêque de Tours (V. Bry, loc. cit. et J. Maars dans son Ecclesia Turonensis, p. 82j.
avant l’an 1058. Duchesne d’après quelques chartes, luy donne trois enfants : Albert, Gaston et Hervé*.
Albert Ribaitlo et Gaston son frère.
(MLYIIl)
Albert, surnommé Ribauld du nom de son père, et Gaston son frère, se trouvèrent au siège que Thymer eût à soutenir en 1058. Heiirv P*’ roi de France étoit alors en guerre avec Guillaume duc de Normandie, depuis roy d’Angleterre-. Ce dernier s’étoit emparé de Thymer qui se trouvoit dans le voisinage de Dreux; Henry pour s’ôter ce sujet d’inquiétude, en forma le siège et s’y trouva en personne.
On voit dans une charte de ce monarque, raportée dans V Histoire de Vfihhaye de Sainl-Germain-des-Prés, (a) que notre Albert et Gaston son frère assistèrent l’un et l’autre à ce siège ; que le premier souscrivit avec deux autres seigneurs à la donation que Henry I fit à Abauld, Adraud ou Adrots, abbé de Saint-Germain-des-Prés, de l’église du château de Dreux et ses dépendances.
Mais remarquons en passant une faute que fait l’historien de cette abbaye \h). La datte de cette charte est telle : « actum publice in expeditione castri quod vocatur Thymerias. » L’auteur réforme le texte, lit Thyllerias, au lieu
* Il épousa la fille de Baudry le Teutonique, auteur de la Maison de Courcij (note de M. Tarflet du Mesnil).
2 Celui-ci avait confié la gai'de du château de Tliimer à un nommé Richard qui fut excommunié pour ses exactions ; sur le point de mourir il obtint la levée de l'interdit de l'évêque de Chartres : « Miles Richardus (clarus genôre) a comité )\t511elmoj cum aliis Normannis missus fuerat, custodiendi gratia Tedmarum castrum, quod castrum, cum habitatoribus suis tune anathematum erat. )> {Cariai, de S.- Père, p. 153).
(a) C'est la 36® des pièces justificatives, p. 39.
{b) Lib. 111 . p. 77.
de « Tliymerias )> et prétend c[ue cette cliarte a été donnée au camp devant Thillieres, sur la rivière d'Avre.
Mais premièrement le mot de Thimerias se trouve non seulement dans la date, mais dans le corps de l’acte.
(( Cùm in obsidione cujusdam castri, Th3mierias nuncupati etc., » et ce texte ne s'accorde pas avec sa prétention.
2° Le terme de cujusdam casiri fait voir qu’il ne s’agissoit point du château de Thillières, fort connu dans l’hisLoire de ces tems là.
3“ Thillières ouThilliers se trouve toujours exprimé dans les anciens autheurs ^aj et dans les Chartres par Castruui de Te(jularüs., ar.r Te;/uhn’ia. ou Tillaria et non, que je sache, par Thillerias.
4" Il n’est pas dit un mot de la rivière d’Avre ny rien qui y ait quelque rapport clans la charte.
5" Ces deux événements pouvoient d’autant moins être confondus c[ue l’un est antérieur à l'autre : l'expédition de Tillière est de l’an 1080, postérieure de vingt-deux ans !
Concluons donc C|ue cette erreur vient de ce c[ue l’autheur qui avoit présente à l’esprit l’affaire de 'rhillières, dont parle la plupart de nos historiens, n’a point pensé à celle de Thynier dont pas un ne parle.
Les autheurs de la Gaule Chrétienne rapportent une charte sans datte à la suite de celle de Henrvl de lac|uelle nous venons de parler. Elle nous aprend c|u'Albert, fils de Ribauld. qui parle dans cette charte, donna aux
(a) Polydore Virgile, p 210. l'apelle drr Terjuhiria en parlant de cet événement " Oriippe Henriens, dit-il, cœpit infesto esse in Gniel- <' mum animo, ob non traditam sibi 'J'egulariam arcem, quemadmo- !■ duni (inielinus promississet. Oruim eo studio suis occupare cupie- « bat, quod esset loco opportune ad ofïendendum suos posita, vel ad " recipiendum agrorum populatores per opposite.... Fi'ancus prier (( armijer Tegulariam arcem vi cœpit, captamque dirait, quam ta- '< men postea facti sui pœnitens rursns œdificavit, prœsidioque « firmavit. « Paul Emile l'appelle de même ; r/ciyiw/H Tillaria, mais non Tilleria. La chronique normande dit Thnillières » Unde arx Tegu laria.
religieux bénédictins de Saint-Père ou Saint-Pierre en Vallée, de Chaidres', la chapelle que Ribauld son père avoit érigée àBrezolles en l'honneur de Saint-Germain d’Auxerre avec le parvis, le droit de sépulture, la dixme de l’église, c|u’il tenoit en fief de l’évècj^ue de Chartres, à cqioj’- consentirent révèc|ue nommé Agobert (a), et les chanoines qui étoient avec luy à Dreux « in curia regis Henrici I ». Il ajouta à cette libéralité le cens du bourg de Brézolles, la dixme du marché etc|uelc[ues autres privilèges. Cette même charte nous apprend le nom de la femme d’Albert, c|ui y est appellée Adelasia (Adélaïde), du consentement de lacjuelle se faisoit cette donation. On n’y voit la signature ou le si//nuni d’aucun des enfans de Ribauld c|ui n’en a point eu suivant toutes les apparences. 11 mourut avant son frère Gaston, dont nous avons '^déjà parlé. Revenons-y.
Henry I s’étant rendu maître du château deThymer, en rasa les fondemens et defîendit peut-être de les relever. Gaston, frère d’Albert Ribauld, négligea de rétablir la forteresse de Tli3mier- ou par crainte de déplaire à Henry, ou
' Saint-Père pour Saint-Pierre, en retranchant l’I, d'où Perrot, Perrette, au-delà de la Loire, I l se retranche devant l’E dans la plupart des mots; on dit en Poitou; derner pour dernier, dener pour denier, etc.
(a J Agobert, 56“évèque de Chartres, suivant lecatalogue de Sébastien Rouillard dans sa Parthenie, et le 5!)" suivant le P. Lyron, p. 32 de sa Bibliothèque Chartraine. Le premier de ces autheurs, chès qui l'on ne doit pas chercher beaucoup d'exactitude, dit que l'épiscopat d'Agobert commença l'an 1038 et finit 8 ans après ou environ. Mais U. l.iron qui parle fondé sur deux Chartres, l'une de l'an lü.^b, par laquelle ce prélat accorde à Albert, abbé de Marmoutier, et à sa communauté une prebende dans son église de Chartres, et l'autre de l'an lObO, par laquelle il permet à ce même abbé de faire bâtir une église à Orchese (V. CarUdnire Wésois, p, 40', sous le nom de saint Barthélémy, le P. Lyron, dis-je, qui parle d'après ces titres, mérite bien plus d’attention que Rouillard et donne à son épiscopat 12 à 13 ans de durée, depuis 1018 jusques en 1065.
•• Eo videlicet anno quo filium suum (rex Henricus) fecit ordinari Philippum, paucis ante illam ordinationem diebus, tune scilicet quando obsidebat castrum ’l'heodemerence nuncupatum in pago Car-
par quelqu’autre raison qui nous est inconnue. Mais il en fit bâtir une nouvelle à un quart de lieüe ou environ de fancienne et luy donna le nom de Châteauneuf. Il éleva le fort sur une éminence formée des terres rapjoortées c^ui avoient été tirées des fossés dont il l’environna. Le donjeon de ce château commandoit à la ville et formoit le plus beau point de vue qu'on puisse imaginer. A en ]uger par les vestiges qui en restent, il y en avoit peu dans ces tems d'auss3' étendus et d'auss}" forts. On peut lixer la fondation de ce château, qui est celle delà ville vers Lan 1061.
Gaston, et non pas Guazzon comme l’apelle mal hauteur du Dictionnaire (jéograptiique de ta France, est dont le seigneur c^ue mes compatriotes et 11103^ devons regarder comme le fondateur de notre ville, lac^uelle^ en partant delà peut compter aujourdhu}" 700 ans d’antiquité.
Je souhaiterois aprendre à mes lecteurs cj^uelque chose de plus de notre Romulus, mais pour me servir de l'expression d’un ancien (a) « au delà j^aïs inhabitable terres inconnues. » Des mémoires C[ui m’ont été communiqués, lu}^ donnent pour femme Frodelinde, mais comme je n’3'^a3m'econnu ni ordre ni exactitude, et qu’on ne donne aucune preuve de ce qu’on 3^ avance, j’v ajoute peu de fo3v Je ne saurois non plus fixer le tems de sa mort, cependant je crois pouvoir dire qu’elle arriva avant Lan 1073. Il eût un fils nommé Hugues, dont nous allons parler, et une fille nommée Mathilde.
noteno noviter a quodam Guaszone [Gazone et Galzone] construclum » {Cartul. Blésois, puh\ié par l'abbé Métais,p 40 et 43, ch. xxxii etxxxiii).
‘ Une charte de Saint-Père {Cartul. p 137) nomme la première Châteauneuf. Gaston et Albert son beau-frère étaient alors en guerre et un combat se livra devant Châteauneuf : » In bello quod longo tempore inter Albertum et Guaszonem fuit, idem miles, Walterius nomine, Palandus cognomine, ante Castrum-Novum forte accidit ut graviter plagaretur t
(a) Plutarque du Theseo, au commencement.
Hugues
MLXX
Hugues H’’, tils de Gaston et neveu d’Albert llibauld, succéda à son père dans la seigneurie de Chàteciuneuf en Thimerais. (u) Il épousa Mabile, tille de Roger de Montgommeri, (h) comte de Scrobesbury en Angleterre, où il tenoit le rang le plus considérable, et de Mabile, comtesse de Bellesme et d’Alençon, sœur de Rol^ert de Bellesme. Cette alliance lui suscita de grans embarras, (c,' Guillaume
(a) C’est ce que nous aprencl Orderic Vitalis, Lib, IV. » Hugo de Novo Castello nepos et hæres Albert! Ribaldi, gener Roger!! com!t!s, habu!t !ii matidmonio Mab!l!am sororem Robert! Bellemens!s» V. G!lle Bry, ch. XV P. 78.
(b) Roger de Montgommery étoit fils de Hugues de Montgomfnery et de Josceline nlepce de Gunnor, femme de Richard, duc de Normandie. Nous aurons occasion de parler de cette généalogie dans lasuitte.
Il fut tuteur et régent de Normandie et même tuteur de Guillaume, roi d’Angleterre, tils du Conquérant. Il est regardé comme le fondateur de l’abbaye de Saint-Evroult par les grans biens qu'il luy donna.
Il mourut à Scrobesbury en Angleterre, au mois de juillet 1094. Suivant Orderic Vitalis, Vid. Biy, livr. H, ch. V, p. 63, suiv.
(c) Mabile de Bellême, première femme de Roger de Montgommery, fille de Guillaume dit Tairas et d'Hisburge, tuée dans un bain par un chevalier nommé Hugues. Son épitaphe est aussi rapportée par P Orderic Vitalis.
« Alfa clarentum de stirpe creata parentum Hac tegitur tumba maxima Mabilia Hac inter célébrés famosa magis mulieres,
Claruit in lato orbe sui merito,
Acrior ingenio, sensu vigil, impia facto,
Utilis eloquio, provida consilio,
Exilis forma, sed grandis prorsus honestas,
Dapsilis in sumptu, culta satis habitu.
Hccc scutum Patriæ fuit, hac munitio marchæ,
Vilenisque suis grata, vel horribilis.
Sed quia mortales non omnia possumus omnes,
Hæc periit gladio nocte perempta dolo.
Et quia nunc opus est defunctæ ferre juvamen Ouisquis amicus adest subveniendo probet. <>
le Bâtard ou le Conquérant, aN^ant chassé de ses États de Normandie plusieurs seigneurs qui s’étoient attachés à Robert, son fils, qui s’étoit révolté contre luv, entre autres Robert de Bellème, oncle de Hugues et Rodolphe de Couches, Hugues les reçut favorablement et leur livra ses châteaux de Regmallard, Sorel et Châteauneuf, d’où ils tirent dans la suitte des incursions et de grans ravages dans la Normandie.
Guillaume fut obligé de marcher en personne contre eux. U conduisit Rotrou de Mortagne avec lui, sans lui paier de solde, j)arce que Itegmallard étoit en son fief, c’est à dire relevoit de Mortagne.
Regmallard ne fit pas une longue résistance et il est à présumer que Hugues de Châteauneuf perdit cette place. On ne voit pas même dans la suitte qu’elle soit jamais rentrée dans les mains des seigneurs de Châteauneuf. Guillaume, pour arrêter les incursions de ces seigneurs, ligués contre lu\’ en faveur de son fils, fortiftia quatre châteaux où il mit des garnisons en état de résister aux soldats de ses ennemis in].
Hugues R'' donna aux moines bénédictins de Bonne val l’église de Thvmer, autrefois monastère de leur ordre, aujourd’hui prieuré simple et paroisse dont dépend la moitié de Châteauneuf. J’ay fait d’inutiles démarches auprès de ces religieux pour avoir communication ou des extraits de leurstitres. Toute laréponse qu’ils m’aient faitte étoit c|ue les Huguenots avoient pillé autrefois leur maison et brûlé leurs titres. Rs en ont cependant d’importans pour ce travail, autant que je puis présumer'.
H U gués, en mourant, ne laissa aucuns enfans mâles de
(a) Orderic Vitalis. Lib. lY.
* H ugLies 1®'' fonda également le prieuré de Belhomert, dépendant de l'abbaye de Fontevrault, en faveur de Mathilde, sa seconde fille, qui en fut la première prieure.
11 avait un frère, nommé Gaston. {Cari, de S. -Père, p. 235.)
Mal)lle de Montgommer\', sa femme, de laquelle lient seulement deux (illcs, l'aînée nommée Mabile, comme sa mère.
La veuve de Hugues de Chàteauneuf vécut encore longtemps après la mort de son mari, comme on peut le voir par une charte de l'abbaye de Saint-Evu'oul, à laquelle elle donna LX sols sterlings de rente annuelle pour le luminaire de l’église, qu’elle assigna sur ses revenus d’Angleterre, où elle avolt des biens considérables du côté desonpère, c[ui y possédoit les comtés de Chester, Arondel et Scrobesburv.
AIaBILE de CllATEAUNEUE El' GeRVAIS SON MARY
Mabile, fille de Hugues I et de Mabile de Montgommcry, succéda aux seigneuries de son père à detîaut d’hoirs mâles. Elle épousa Gervais Lq dont l’histoire ni les chartes ne disent rien c|ui puisse faire connaître de quelle maison il descendoit ; il n’est pas douteux qu’il falloit cj[u’elle fut considérable pour épouser une héritière telle que l’étoit Mabile de Chàteauneuf.
Le généalogiste Duchène fait ici une faute qui mérite d’être relevée. Ce savant antiquaire iie s’imaginoit pas qu’on le chicanneroit sur l’histoire des seigneurs de Chàteauneuf (a).
Ayant entrepris de donner une liste suivie des seigneurs de Chfdeauneuf en Thymerais, relativement à Eléonor ou Alicnor de Dreux qui étoit entrée dans la maison de Chàteauneuf, il la continue de mâle en mâle depuis Ribauld L', sans parler de l’interruption que le defi'aut d’hoirs mâles y aporte dans la personne d’Hugues, père de notre Mabile, sa fille unique.
Il suprime ce Hugues, qui détruit son sistème, et passe
(a) Son sistème a été suivi pav P. I). Lyron dans sa Dihliolhôque Charlrainc] aux additions, p. d3G, il y attribue à Hugues I tout ce qui convient à Hugues H.
l’IKCES nÉTACHKES i()
tout d'un coup à Gervais, son gendre, qu'il confond avec luy. « Cependant, dit-il, Yves de Chartres plus ancien qu'Urderic Vitalis, l'apel le Gervais, au lieu de Hugues, et Orderic luy-mème parle d’un Gervais de Chàteauneuf (|ui ne peut être que le successeur d’Albert Ribauld. » En raisonnant sur cette fausse hypothèse, il fait épouser à Gervais Mabile de Montgommerv dont nous venons de parler et luy attribue tout ce qui ne convient c|u’à Hugues R*'.
I.a source de son erreur est dans la ressemblance des noms de leurs femmes toutes deux nommées Mabile et peut-être aussi dans hi manière dont est exprimée la généalogie que donne Y ves, évêque de Chartres, dans la lettre t 263 de l’ancienne édition des lettres de ce prélat par D. Pilhou où on lit : « Ex Rogerio Mabilia,uxor Gervasii, » où il faut lire, comme on l’a corrigé dans l’édition de 1610 : « Ex Rogerio Mabilia soror Robert! Rellismensis, ex Mabilia, ista Mabilia, uxor Gervasii. » Ce qrd fait deux Mabile au lieu d’une. Alors, foules les difficultés s’applanissent : Yves de Chartres est d’accord avec Orderic Vitalis. Nous aurons occasion de parler dans un moment de cette généalogie c^ui servira à montrer la justice de notre critique, fondée d’ailleurs sur plusieurs chartes qui sont entre nos mains, et Cjue nous rendrons publiques, ne l'aiant jamais été.
L’an 1098, suivant Orderic Vitalis, notre Gervais paraît en qualité de médiateur avec Richard de Montfort et Hugues de Vlontgommery (fils de Roger) entre Guillaume, seigneur de Breteuil, et Asselin Gœth, usurpateur du château d’Yvri.
Il fit même la guerre à l’Angleterre pendant plus de XXans^ de sorte c^ue Henri P'' roi d’Angleterre fatigué de.,.
(Le manuscrit de Dreux du Radier s'arrête ici.)