‹ Pièces détachéesChapitre 37 sur 48 · DE MILES D'ILLIERS*, ÉVÊOLE DE CHARTRES · texte numérisé non relu

DE MILES D'ILLIERS*, ÉVÊOLE DE CHARTRES

On sait tout l’intérêt que présentent, pour l’histoire locale et pour l'histoire générale de l’Eglise, les registres de visites pastorales. Malheureusement, la plupart de ces documents sont aujourd’hui perdus, et, parmi ceux qui nous restent, très peu sont publiésh

' a Miles avait sans doute beaucoup de violence dans le caractère et « une très haute opinion de sa dignité, mais il rachetait ces travers « par un grand amour de la discipline, une application singulière aux <c devoirs de son état, et une activité infatigable pour les intérêts spi- « rituels et temporels de son siège. 11 officiait pontihcalement à toutes << les solennités, quittait rarement son vaste diocèse, ne cessait de le « parcourir en tous sens et n’omettait jamais de convoquer chaque p .< année en synode les abbés et autres dignitaires ecclésiastiques du « pays. )' De l'Epinois, Mém. de la Société archéol. d'Eure-et-Loii\ t. i (I8i8j,p.2.

- Nous citerons particulièrement, pour la France seulement; Procèsverbaux des visites de Simon de Beaulieu, archevêque de Bourges (1284). ap. Hardouin, Acta Concil, VII, 963. — Chevalier (l'abbé), Visites jtastorales et ordinations des évêques de Grenoble de la maison de Chissâ. — Registre des visites pastorales d Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, éd. Bonnin, Rouen, 1852. — Registre de l'oftîcialité de Cerisy ( 1314-1457), dans les Mémoires de la Société des Antiq .de Adjrniandie, t xxx, pp. 271-662 ; Registre de M° Henri de Vezelais, archidiacre d'Hiémois, au diocèse de Bayeux, en 1267 et 1268 (fragment publié par L. Delisle, dans Bibl. de l'Ecole des Charles, 1893, p. 157 et suivantes. — Frog'er, Visites et inspections da (jrand doyen du Mans {F\C\üe hist. et archéol. du Maine, t. xi.i).

A côté de ces registres, il est intéressant de mentionnner ceux dans lesquels certains évêques ont convoqué, à mesure qu'ils les reçoivent, pii;ci£s détachéi'.s 49

Les évêques de Chartres avaient laissé une série de registres, intitulés en général : Rcf/esfrnm visituüomun, or- (liiiis d nlioriun acioriiin j>er H. in A'" epi.scnpiini Canio/onscrn cclcJ)ralornm.\... Les uns étaient en papier-, les autres en parchemin. La série commence, en 1459, pour se continuer j usqu'à la Révolution, non sans c^uelques interruptions. Malheureusement, les archives départementales d'Eure-et-].oir ne possèdent plus les regi.stres antérieurs au XVIT« siècle. i

Cependant, les registres, spécialement ceux qui ont été rédigés sous l'épiscOpat du célèbre Miles d’Illiers (1459- 1493g ne sont pas entièrement perdus pour nous. Dans la première moitié du XVIL siècle, un érudit beauceron, Guillaume Laisné', prieur de Saint-Jean de Mondonville, qui avait entrepris une histoire du diocèse de Chartres, copia ou analj^sa une foule de documents, parmi lesquels se trouvent nos registres. La collection du prieur de Mondonville est aujourd’hui conservée à la Bibliothèque nationale, sous les cotes 12.724-12.736. C’est dans le premier volume que sont contenus les extraits des regi.stres dont nous parlons. L’écriture, très serrée, est fort difficile à lireg mais les travailleurs ont à leur disposition un inventaire sommaire, dû à XL de l’Epinois'.

les lettres relatives à leur circonscription et à leurs droits : M. Ch -V. Langlois les appelle très justement des cartulaires de mandements ou de missives. Nous en avons du XllE siècle pour les évêchés de Toulouse, de Poitiers, d'Angers et de Mende. Cf. Ch. Langlois, Notices et extraits des mss . . ., t. xxv, P® partie ; (1891), p. 4.

> B. N., iat. 12,724, f" 33 v“.

” Par exemple le registre de 1458. ibid., f® 2 v“.

' (ItJiLLAUME Laisné, avocat au grand conseil, puis prêtre et prieur de Mondonville, est mort le 28 octobrel635. — - De l'Epinois. ibid., p. 100.

Voir le fac-similé publié par Prou, Manuel de Paléographie (Album, pi. 20).

® Mém. delà Société archéologique d' Eure-et-Loir.

A l'époque où travaillait le prieur de Mondonville, quelques parties de ces documents étaient déjà perdues. Les lacunes que présente sa collection en sont une preuve suffisante : mais, de plus, nous avons eu la bonne fortune de trouver un fragment qui, croyons-nous, n’a pas été connu de Guillaume Laisné.

Pendant un séjour de quelques semaines que nous finies à Hanches, en 1896, nous avons pu, grâce à l’obligeance de M. l'abbé Sevesfre, le regretté pasteur de cette paroisse, prendre communication des archives du presbystère et nous y avons rencontré le fragment dont nous parlons, fragment qui sert de couverture à un registre de baptêmes de l’ancienne paroisse de Houdre ville'. JJne bienveillante communication du nouveau curé de Hanches^ M. l’abbé Chevauché, nous a permis de treinscrire ce texte à loisir et de le publier.

L’écriture nous révélait à première vue la date, du document : c’est la cursive gothique carrée de la seconde moitié du XV® siècle. De plus l’évêque d’Orléans, François de Brilhac, dont il est faitmentionC a occupé ce siège de 1472 à 1504. Le temps étant ainsi limité, nous avions une p grande ressource pour dater ce fragment avec précision : c’est la concordance entre les jours de la semaine et le quantième du mois. En effet comme le registre porte, entre autres dates, la suivante : (lies dominica XXVIII martii, il s’agissait de trouver quelles années, dans les limites que nous savions , répondaient à ces données. Grâce aux calendriers dressés parles Bénédictins dans VArt de vérifier les dates, nous savons que de telles années ont pour lettre

‘ Aujourd’hui hameau de la commune d’Epernon, canton de Maintenon, (E. et. L.)

^ Cf. pIu.sloin, p. 381.

dominicale Cou DC, suivant quelles sont ou non bissextiles. Or. c’est le cas des années 1473, 1484 et 1490 (n. -s.)

Malheureusement, les copies du prieur de Mondonville ne nous donnent à ces dates aucune indiccition qui puisse nous être utile ; pour 1472, (anc. st.) elles ne contiennent aucun renseignement relatif aux jours compris entre le 17 mars et le 3 avril ; l’année 1483 manque complètement, et pour 1489, l’analyse s’arrête avec le mois de septembre.

Cependant, peut-être pouvons-nous apporter un peu plus de précision dans la date de ce document : nous savons qu’en 1473 et en 1484 (n.-s.), Pâques tombait le 18 avril, mais cette fête se trouvait en 1490 le 11 avril. Or, notre fragment nous apprend que l’évêque de Chartres se trouvait à Clairefontaine le 6 avril, un mardi. N’est-il pas plus vraisemblable d’admettre que Miles d’Illiers dut rentrer dans sa ville épiscopale pour célébrer la fête des Rameaux? Nous savons du reste que Miles était le plus ordinairement à Chartres aux grandes solennités ecclésiasticj[ues. Aussi croyons-nous plus volontiers que notre feuillet doit être rapporté à l’une des deux années 1473 ou 1484 (n.-s.).

Une autre hypothèse, bien moins fondée, il est vrai, nous porterait à croire qu'il faut, en dernier lieu, s’arrêter à la date de 1473; les analyses de Guillaume T-aisné nous apprennent c|ue, se trouvant à Poissy le jeudi 13 mars 1472 (anc. st.). Miles d’Illiers y administra le sacrement de l’ordre, et que, le lendemain, il y donna un grand nombre d’absolutions. Notre fragment commence par une liste des clercs ordonnés par le prélat peu avant le 28 mars c|uantième mentionné, et, dans les jours qui suivent, nous le voyons absoudre un certain nombre de prêtres, excommuniés pour n’avoir pas assisté au synode diocésain. Il n’y a évidemment là aucune preuve péremptoire en faveur de l’année 1472, mais simplement une

présomption, à laquelle, nous semble-t-il, nous pouvonsnous tenir jusqu’à plus ample informé.

En tous cas, il est certain que ce feuillet avait disparu du registre au moment oCi Guillaume Laisné travaillait dans les archives de l’évèché de Chartres. Bien qu’aujourd’hui, — et sans doute depuis longtemps, — il serve de couverture à des actes rédigés entre 1675 et 1687, il se trouvait plus tôt à la cure d’Houdreville, car, dans un espace laissé libre par le clerc du XV® siècle, secrétaire de Miles d'Illiers, un acte' de sépulture a été rédigé dès l’année 1654.

Bien que le fragment c^ue nous publions aujourd'hui ne présente à vi'ai dire, c(u’une importance secondaire, il offre du moins cet intérêt, qu’il est Scins doute l’unique reste des registres similaires, rédigés jour par jour sous l’inspiration des évêques de Chartres, du XV® siècle. On y peut aussi puiser quelques détails utiles sur la situation du clergé beauceron à cette époque. Et, d'ailleurs, puisque M. l’abbé Clerval avait bien voulu nous engager à publier cette pièce, et que M. l’abbé Métais nous donnait libéralement l’hospitalité dans le bulletin des Archives historiques du diocèse de Chartres, nous en profitons avec grand plaisir, et nous leur en exprimons ici notre bien vive reconnaissance.

Andrk Lesort Elève de l'Ecole des Chartes.

Heljas Putoys.

Magister Philippus Oudine.

Johannes Desfosses.

Johannes Le Picart clericus baiocensis diocesis oriundus

capella[nus capelle seu capellanie s^‘ Mau-

riciij de Boitello' intra methas parrochie de Rohere , carnotensis diocesis fund[ate|.

* Saint-Maurice de Boitel, ou Saint-Gilles, paroisse de Rohaire (Eure-et- Loir, arrondissement de Dreux, canton de la Ferté-Vidame). Au XV^lIl"

Page 1