SCÈNE YI
Les Mêmes, PAUL
11 entre, un flambeau allumé à la main, regarde autour do lui, sans voir Henriette et Pauline cachées par des plantes et paraît se mettre en quête de quelque chose.
HENRIETTE, bas, à Pauline.
Tu vois, il te cherche.
PAULINE, bas, à Henriette.
Laisse donc! Il cherche son chapeau.
H ENRIETTE, dcmômc.
Il napas fait de toilette...
PAULINE, de même.
Trop malin pour ça !
HENRIETTE, de même.
Il n'ira pas !
PAULINE, de même.
Il ira!
PAUL, redescendant, toujours en quête.
Ah çà ! mais où diable?... (Apercevant Henriette et Pauline, il prend, lui aussi, l'air dolent et la voi.\ plaintive.) Oll !
pardon, mesdames, vous étiez là?
HENRIETTE
Nous y sommes même encore.
PAUL
Vous avez l'air de conspirer, toutes les deux, seules, sous votre lumignon solitaire.
HENRIETTE
Si nous étions seules, à qui la faute?
J'hésitais à descendre... je suis si mal à l'aise...
PAULINE, à part, rageuse.
Je te crois !
HENRIETTE
Ta migraine, toujours?
PAUL
Toujours ! — Tu sais combien j'y étais sujet autrefois.
PAULINE, à part.
Ils se tutoient, ça m'agace !
HENRIETTE
Autrefois oui, mais je croyais que le mariage t'avait guéri.
PAULINE, ironique.
Il paraît que le remède n'opère plus.
PAUL, gracieux.
Le remède! Fi! Le vilain mot! Moi qui viens tout exprès pour savoir comment vous allez.
Il se détourne et regarde sa montre.
PAULINE
Tout exprès, vraiment? (a part.) Il regarde sa
montre. (llaut et nerveusement.) J'eU SUiS tOUChéC. PAUL
Vous souffrez beaucoup?
Beaucoup !
PAUL
Pauvre chère!... Hum! Vous devriez aller vous mettre au lit.
HENRIETTE, à part.
Ail! Un petit jalon!
Pour ne pas dormir, merci, J'aime mieux l'insomnie debout... C'est vous qui devriez aller coucher votre migraine. Il me semble ({iie vous vous agitez beaucoup, n'est-ce pas, Henriette?
HENRIETTE
Le fait est que d'ordinaire c'est le remède qu'on recommande d'agiter, ce n'est pas le malade.
PAUL
Tout cela veut dire que mes allées et venues vous énervent... Tenez!.., Je vais être bien sage.
Il va chercher une chaise et l'approche de celle de Pauline. HENRIETTE, bas. à Pauline.
Il n'ira pas!
PAULINE, lias, à Henriette.
11 ira!
PAUL, s'asseyant, ù. Pauline.
Vous avez la fièvre?
Il va pour lui prendre la main.
PAULINE, la retirant.
Ah ! je vous en prie !
PAUL
Méchante ! Décidément, vous êtes de plus en plus nerveuse. Hum!.. Si... Pourquoi ne remontez-vous pas dans votre chambre? Vous seriez toujours mieux sur votre chaise-longue que sur ce fauteuil.
PAULINE
Vous tenez donc beaucoup à m'éloigner?
PAUL
Je tiens à ce que vous fassiez quelque chose pour arrêter ce mal. Qu'est-ce que dit le docteur?
PAULINE
Je ne l'ai pas vu, vous le savez bien.
PAUL, se levant.
Comment! vous n'avez pas vu le docteur? Mais c'est une négligence incompréhensible! — Il faut absolument voir le docteur.
PAULINE
A quoi bon?
PAUL
Mais à vous guérir, ou, tout au moins, à vous soulager. Je veux qu'on l'appelle ce soir, tout de suite, à
lïnstant!
HENRIETTE, à part.
Deuxième jalon!
PAUL, câlin, se rasseyant.
Ma pauvre Paulette, si vous saviez comme c'est pénible de voir souffrir ceux qu'on aime et de n'y
pouvoir rien. (Paullno soupire rageusement.) Mais enfin,
oîi souffrez-vous?
PAULINE
Nulle part et partout.
PAUL
Qu'est-ce que vous ressentez?
PAULINE
Ce sont des... je ne sais comment dire, mais c'est intolérable.
PAUL, tendre, mais un peu distrait.
Si cela peut alléger votre malaise, sachez, madame, qu'il vous sied à merveille. Ces yeux brillants... cette pâleur, cet air alangui... Vous êtes ravissante!
Il se détourne pour regarder l'heure.
PAULINE, à part.
Encore sa montre !
Elle s'agite et soupire violemment.
PAUL, se levant.
Ah! mon Dieu, voilà que ça recommence! Décidément, cela m'inquiète trop, il faut en finir, aller chercher le docteur, n'est-ce pas, Henriette?
HENRIETTE
Dame, si ça ne fait pas de bien, ça ne fera pas...
PAULINE, bas, à Henriette, en regardant Paul qui se fouille.
Il cherche ses gants!
Elle sursaute violemment.
PAUL
Encore! Non, non! Nous ne pouvons pas rester plus longtemps, moi, dans cette anxiété, vous, dans cette... (Résolument.) J'y vais !
PAULINE, bas, triomphante à Henriette.
Ça y est!
HENRIETTE, à Paul.
Envoie un domestique.
PAULINE, bas, à Henriette.
Veux-tu te taire !
PAUL
Un domestique? qui llùnerait en route... Non! non! J'y vais moi-même.
Il prend son chapeau.
PAULINE, bas, à Henriette.
Il a pris son chapeau !
HENRIETTE, à part.
Ma boîte aux lettres !
PAUL, à Pauline.
Vous me pardonnez de vous quitter, n'est-ce pas, chère?
PAULIN E, rageuse et douce.
Oui, mon ami, allez!
PAUL
D'ailleurs, je ne serai pas longtemps, ce n'est pas loin.
PAULINE
Rue de Bourgogne, je crois?
PAUL
Non, rue de l'Université.
PAULINE
Oui, enfin au coin de la rue de Bourgogne, dépêchez-vous, il est dix heures.
PAUL, troubk-.
Eli bien! quoi! dix heures?... qu'importe l'heure? Je ne suis pas pressé.
Il repose son cliapeau sur la table.
PAULINE
Comment pas pressé ?
Non! pardon! Je veux dire, le cas n'est pas pressant..
Alors, pourquoi ce docteur?...
PAUL, troublé.
Parce que je veux... c'est-à-dire, je ne veux pas que vous... je...
HENRIETTE, à part.
Il patauge.
PAUL, ù Pauline.
Enfin, je veux être rassuré, là!
PAULINE
Oui, allez, mon ami, allez!
Et, vous comprenez...
PAULINE
Mais allez donc !
PAUL
Du reste, je reviens dans dix minutes.
PAULINE
Allez! allez!
A peine dix minutes.
Il s'esquive.
PAULINE, se levant, rageusement.
Il y va !
HENRIETTE, la faisant rasseoir.
Il revient!
Pauline se rejette dans son fauteuil et reprend son attitude alanguie. PAUL, revenant, à Pauline.
Et moi qui oubliais...
HENRIETTE, à part.
Son chapeau.
PAUL, à Pauline.
... De vous embrasser.
Il l'embrasse et prend son chapeau en même temps, derrière ollo HENRIETTE, à part.
Canailles les hommes !
PAULINE, à Paul.
Ah! c'est gentil, ça. Je vous aime !
HENRIETTE, à part.
Canailles aussi les femmes!.
Paul envoie des baisers à Pauline en s'en allant.
H E N R I E T T E, à part, voyant Paul qui , on s'en allant, prend ses gants dans son chapeau.
Il a ses gants, ma levée est faite !
PAULINE, à Paul.
Et revenez vite, n'est-ce pas? Vite! Vite!
Paul son.