SCÈNE VII HENRIETTE, PAULINE
PAULINE, se retournant furieuse vers Henriette, et se relevant.
Ah! ah! ah! Eh bien! avais-je raison? Ah! ah! II
n'ira pas! Tu vois! (Elle se laisse tomber sur le fauteuil, les coudes sur la table, la tète dans ses mains et pleurant.) Mon
Diou ! que je suis malheureuse !
HENRIETTE, à elle-même.
Et elle se plaint du mal qu'elle se fait, c'est curieux.
P.VULINE, toujours pleurant.
Ah! pourquoi l'ai-je laissé partir?
HENRIETTE
Tu ne l'as pas laissé partir, tu l'as renvoyé : « Allez ! mon ami ! Allez ! mais allez donc ! Vite ! Vite ! »
P.VULINE, de même.
Eh! il fallait m'en empêcher, toi! Lui dire... me dénoncer, faire tout, mais m'en empêcher!
HENRIETTE
Allons, bien! alors, c'est moi...
PAULINE, se levant.
Et il va la retrouver en ce moment, il y va, il y court, il y vole, ravi, le cœur battant, tout plein d'elle, il va la revoir, la...
HENRIETTE
Comment? la revoir! Mais puisqu'il n'y a personne!
PAULINE, pleurant.
Et comme il me trompait, ou plutôt, comme il voulait me tromper, tu l'as entendu!... avec quel aplomb effronté? quelles caresses hypocrites! (Redevenant furieuse.) Et SOUS qucl prétcxtc inepte ! « Je vais chercher le docteur ! ah ! ah ! Il ne s'est pas donné de peine pour l'inventer celui-là ! Le docteur!... il paraît que c'est assez bon pour moi? Tu ne trouves pas qu'il y a même là, dans le sans-gêne de ce mensonge banal, quelque chose de blessant... un manque d'égards enfin!,., ah! mais qu'il revienne donc vite, je l'attends!
HENRIETTE
Et moi, je vais à l'Opéra.
PAULINE, se levant.
Non! Non? Reste! Je veux que tu sois témoin...
HENRIETTE
De votre duel?... Merci bien! Je serais trop gênante... et trop gênée!... Ah! Et puis, tu sais, moi, je suis sure qu'il est allé ciiercher le médecin, tout bonnement.
PAU LI. NE, ironique.
Oui! Oui! Le docteur!
HENRIETTE
Oh ! je n'ai pas la prétention de te convertir. Tu as ta scène à faire, tu la feras, rien n'empêchera que tu la fasses. Seulement prends bien garde! Écoute ton mari, sois calme, et ne dis pas de mots irréparables! Moyennant quoi et, pour cette fois encore, je réponds de tout. Ce que la passion a dénoué, l'amour le renouera !
PAULINE, amèrement.
Ah! l'amour!
HENRIETTE
Si! si! Ta passion n'a pas encore tué ton amour, heureusement... Oh! (-a viendra! mais en attendant, petit bonhomme vit encore, c'est ce qui me rassure. Quand on s'aime, tout réussit, même la violence... Et maintenant, je te laisse. La suite à ce soir ; je repasserai ici en sortant de l'Opéra. Donne-moi la clef de ta seconde sortie.
PAULINE
La clef? Pourquoi?
HENRIETTE
Parce que, je tiens à savoir le dénouement, et, coname, quand je reviendrai, vous serez probablement couchés...
PAULINE, indignée.
Couchée?... Moi!
Tous les deux.
PAULINE, encore plus indignée.
Tous les...! (Résolument.) Écoute, et retiens bien ce que je vais te dire. Si ses explications ne sont pas radicalement nettes, ses preuves absolument sûres, et elles ne peuvent pas l'être...
HENRIETTE
Qui sait?
PAULINE, insistant.
Et elles ne peuvent pas l'être ; de ma vie, tu entends, de ma vie, je ne veux... je... Enfin, il n'y aura plus rien de commun entre lui et moi. Comprends-tu? Rien ! Rien ! Pas ça !
HENRIETTE
Pas ça? Toi! Je t'en défie !
PAULINE
Tu verras !
HENRIETTE, riant.
Je verrai? Quoi? S'il n'y a rien... (Lui prenant des
mains la clef.) Mais dounc-moi donc la clef!
p .V u L 1 -N ]•; Pas ça !
Oui, c'est convenu, à ce soir! Et écoute ton mari. Moi, je vais relayer le mien.