‹ Pièces et morceauxChapitre 45 sur 52 · UN GRAND E N T E K II E M E N T · texte numérisé non relu

UN GRAND E N T E K II E M E N T

LE DILETTANTE

(/est sur mon l)illet, voyez!

Il tend son billet à Pégomas qui le lit. PÉGOMAS, lisant.

Salle Ik'i-ard ! (au Dilettante.) Eh ! non ! c'est au î2i b>s\ cal

LE DILETTANTE

Ah!

VOIX D • -V U G U s T I N, ;ï la cantonade.

La famille!.. Rien qu'elle!

LE DILETTANTE

Mais c'est un enterrement !

PÉGOMAS

Oui, et d'un ministre encore !

LE DILETTANTE, très ému.

D'un ministre!.. Ah! c'est donc pour ca?.. je comprends... Et alors, c'est là que va chanter madame Garon?... Moi, qui voudrais tant!... Croiriez-vous que je ne l'ai jamais entendue?.. Monsieur... si j'osais... vous ne pourriez pas me faire entrer?

PÉGOMAS, ('■tonne.

Permettez, monsieur.

LE DILETTANTE

Oh! je ne suis pas le premier venu, (u i"i tend sa carte.) Tcnez !

PÉGOMAS, la lisant, à part.

«Conseiller général de l'Isère!»... Mais, il peut m'étre utile ! (Haut ot résolument.) Voyons ! Il nous manque un délégué ?

LE DILKTTANTE, avec espoir.

Ail! il vous manque...

VOIX D ' A U G U s T I N , à la cantonade.

La députât ion du Caligou!

LAKVE.IOL

A nous !

Il se dirige vers la porte du fond, suivi de Caracel. PÉGOMAS, au Dilettante.

Voulez-vous le remplacer à Fenterrement?

LE DILETTANTE, avec élan.

A l'enterrement! Moi! oh! Monsieur... mais avec le plus grand plaisir!

PÉGOMAS

Alors venez! (se reculant.) Après vous!

L1-: 1)1 LETTANTE

Non! Non! Après vous! Ah! c'est un enterrement... ((Paiement.) Dites douc ! Et uioï qui croyais que c'était un concert...

PÉGOMAS, aimable.

On peut se tromper de ça !

Us sortent. La musique militaire continue.

A ^lonsieur Anatole France, directeur de la Revue

les Lellres ri les Arls (1886).

Mon cher ami,

Lorsqu'un homme réputé sain desprit devient subitement fou, on recherche dans son passé les pro- (h'omes de su maladie, et presque toujours on les trouve.

Quand un jeune homme, eu apparence raisonnable et libre de son avenir, au lieu de l'attaquer par la Bourse ou la politique, comme tout le monde, se tourne vers le théàtn; et, brusquement, se révèle auteur dramatique, ce n'est pas non plus sans qu'il ait donné, depuis bien des années et dans maintes

circonstances, des signes trop négligés de ce genre particulier d'aliénation mentale.

J'ai toujours regretté que l'on ne fit pas pour cette sorte de folie les recherches que l'on fait pour l'autre, persuadé qu'on arriverait à d'étranges et instructives découvertes.

Aussi . (juand vous m"avez demandé un article d'inauguration pour votre journal, ai-je tout de suite pensé à vous envoyer une étude psychologique dans ce sens. Mais sur quel auteur dramatique me livrer à un pareil travail, sinon sur celui que je connais le mieux, c'est-à-dire sur moi-même?

Ce que vous allez lire est donc l'histoire de mes premiers halhutiemeuts littéraires, un fragment d'aufohiograpliie, une sorte de confession (pii n'est pas toujours à mon honneur et pour laquelle il m'a fallu i-emonter le cours des ans jusqu'à ma prime jeunesse.

Vous y verrez quand, oîi, comment j'ai fait ma première pièce et ce qu'il en advint; vous y verrez encore qu'une fois au moius daus ma vie jai eu un collaborateur, ce qui m'a préservé à tout jamais d'eu iivoir un autre, vous y verrez enfin et surtout que j'ai vouhi vous être agréable, et c'est à quoi j<! tiens le plus.

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