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RÉPONSE A M. FRANCISQUE SARCEY

Qui fais ton nid dans le jasmin, N'y touche pas, ô mon vieux merle. — Cette perle, c'est un bourgeon ; Ce bourgeon, une branche verte ; Cette branche verte, un bouton ; Ce bouton, une rose ouverte !

Vite, vite, il faut en jouir ; On sait qu'elle ne dure guère...

Heureusement ! il n'est plaisir Très vif, qui ne soit éphémère :

Un frisson qui passe, un soupir I Et puis c'est tout. Je vous le jure :

Ronsard radote. La Nature Sur ce point en sait plus que lui :

Chercher la volupté qui dure C'est bien souvent trouver l'ennui.

Vider la coupe, humer la rose, Cueillir la femme dans sa fleur, Et puis, quand la jeunesse est close, Conserver cette douce chose :

Le souvenir, dernier bonheur !

C'est la vie ! ainsi va le cœur !

26 Décembre 4 887

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16 POÈSIBS DIVERSES

LÉGENDE FORÉZIENNE

Sur la crête des rocs où s'engouffre la Loire,

En un gigantesque couloir, Le vieux Burg dresse au Ciel sa silhouette noire

Dans les sombres clartés du soir.

Peu-à-peu tout s'efface, et le manteau qui glisse

Sur les épaules de la nuit Laisse traîner ses plis au bord du précipice,

Où nulle étoile ne reluit ; Un énorme fallot, que le guetteur allume '

Sur la terrasse du donjon, Projette un rayon rouge au milieu de l'écume.

Sur les rapides du Perron.

Mais dans le grondement lontain de Tcau profonde

Qui se brise sur les ilôts, Au milieu des débris du vieux pont qu'elle inonde.

On entend comme des sanglots.

Est-ce le flot qui pleure, et la plainte éternelle

De son cours sans trêve agité ?

Est-ce le roc qui geint, et sa vieille querelle

Sous les coups du fleuve indompté ?

Non, ces voix de la nuit, ce sont des voix humaines ;

Ces sanglots sont de vrais sanglots.

Horreur ! les trépassés émergent par centaines

Dans le fourmillement des flots.

Drapés dans leurs linceuls, lugubre confrérie.

Sur les berges, de tout côté.

Ils glissent lentement en longue théorie.

Qui blanchit dans Tobscurité.

Et cependant là-haut, les poternes, les grilles,

Les huis aux lourds barreaux de fer.

S'illuminent. Ce soir, les soudards et les filles.

Hôtes de ce manoir d'enfer, En rhonneur du Baron, le vieux Maur, font ripaille.

C'est leur chef. Vive le vieux Maur !

Et les chants avinés éclatent dans la baille

Mêlés aux fanfares du cor.

Lui, sur sa chaise assis, féroce, l'air aimable,

Dans la grand'salle du château, Préside le festin, au haut bout de la table :

Derrière, se tient le bourreau.

Et les fleurs en festons pendent sous les arcades

Entre les torches de sapin, Et les cruches de grès circulent ; les rasades

Moussent dans les coupes d'étain.

a Que le diable d'enfer, messires, vous bénisse !

Dit le baron en ricanant.

Nous fêtons un grand saint, nous fêtons Saint-Maurice,

Un capitaine entreprenant :

Mon glorieux patron ! La légion Thébaine Valait peut-être mieux que vous ;

Tantôt lions, tontôt agneaux, à face humaine,

Tandis que vous êtes des loups.

Mais quels loups ! Qu'une nef ou qu'une chevauchée

Vous soit signalée en amont, Vous voilà tous partis, et la bande alléchée

S'embusque aux abords du vieux pont.

Vous tuez tout, chrétiens ou juifs, enfants et femmes,

La rivière entraîne les corps ;

Le Bon Dieu prend pour lui les âmes

Et vous emportez les trésors.

Aussi nos souterrains regorgent de richesses ;

Nos huches, nos celliers sont pleins.

Je bois à vos exploits, je bois à vos maîtresses !

Les morts jamais ne se sont plaints. »

Les malandrins joyeux ouvraient déjà la bouche

Pour applaudir... Une rumeur.

Un sourd gémissement, éloigné, mais farouche.

Tout à coup les glace de peur.

Les cris semblaient monter du fond de la vallée

Qu'ils emplissaient d'un grondement.

Quand soudain retentit une voix isolée

Sur un ton de commandement :

a En avant, En avant I »

Disait la voix, voix formidable,

« Sus à cette engeance exécrable, En avant.

En avant !

A cet appel, Tarmée innombrable des trêves, Massée au bord de l'eau, dans les prés, sur les grèves, Commence de gravir les pentes du château.

Sous les sapins, au milieu des fougères,

Dans les éboulements des pierres,

Ils montent, comme monte l'eau.

Et sur le noir fouillis des rochers et des branches.

Apparaissaient des lignes blanches

Qui faisaient le tour du coteau.

Et les gémissements mêlés de cris de guerre,

Sinistres dans Tobscurité, Montaient en même temps, et le flot de colère Menaçait de plus près le vieux Burg détesté.

Bientôt la formidable plainte

Atteignit le pied du château

Et battit les murs de Tenceinte,

Mieux que bélier et fauconneau i...

Et le mur s'écroula. Sur Tamas des décombres La table du banquet restait seule debout Avec ses brocs, ses fleurs, et son riche surtout. Et tandis qu'alentour s'épaississent les ombres Une clarté d'en haut tombe sur le festin, Comme pour éclairer les arrêts du Destin.

Alors les malandrins, forcés dans leur tanière.

Virent entrer dans la lumière

L'avant-garde des Trépassés, Qui défilait, autour de la table entassés.

Enfermant les bandits dans un cercle effroyable. Mais le vieux Maur plaisante : «Eh bien, Messieurs, à table! » Vite, des escabeaux. Soyez les bienvenus !

» D'ailleurs, vous n'êtes pas pour nous des inconnus. » Et vous venez, sans doute, issus du précipice, » Avec les bons vivants fôter la Saint-Maurice. » Soit !... Mais je veux d'abord boire à votre patron. » 11 vaut mieux que vos saints, celui-là, quel luron ! » Au Seigneur Belzebuth ! «> Il buvait, impassible.

Le sifflement d'une épée invisible

Traverse l'air au même instant.

Un flot de sang jaillit sur la tapisserie.

Parmi les reliefs de l'orgie ;

Et la tête du mécréant S'en va tomber d'un bond au milieu de la Loire. Sur elle avidement se referme l'eau noire.

Ribaudes et soudards poussent des cris affreux, Mais le cercle des morts se referme sur eux, Et les bandits tremblants, saisis par leurs victimes, Comme le coq chantait, s'enfoncent aux abîmes.

Sauf un long pan de mur accoté d'une tour, Il ne restait plus rien du sinistre séjour.

Dans l'église de Saint-Maurice, Élevée en pleins champs loin du noir précipice,

A la droite du maître-autel.

On voyait un démon terrassé par Michel ; A la gauche un guerrier, à la mode romaine, Le Saint qui commanda la Légion Thébaine, Se dressait dans sa niche, une épée à la main.

Or il advint, au lendemain

De la fête de Saint- Maurice,

Que le sacristain de service,

Voulant entrer dans le saint lieu

Pour sonner les anges de Dieu,

Trouva la grande porte ouverte.

Étonné de sa découverte,

Pénétré d'une sainte horreur. Il se précipita dans l'église. O bonheur I L'autel était intact, ni vol, ni maléfice.

Mais comme il regardait la voûte, par hasard,

Il laissa tomber un regard

Sur l'image de Saint-Maurice, Le patron vénéré de ce pauvre hameau,

Qu'il aimait depuis le berceau.

O prodige ! du saint la ligure placide Avait pris un air menaçant.

Et de son glaive encore humide

Pendait une goutte de sang.

30 avril 4 890

A lADEIOISELLE MARGUERITE SCHULTZ'

Qu'elle brille au rescif où la vague déferle, Qu'elle exhale dans l'herbe une aimable senteur, C'est toujours Marguerite! En latin, une perle ;

En français, une fleur ! La Terre te fait fête, et la Mer te caresse, O Margareth ! ton nom, avec son double attrait. Exprime, d'un seul mot, la grâce charmeresse

Qui rit dans ce portrait.

r^ Mai 4 891.

* Critique Viennois qui m'avait envoyé son portrait, après avoir reçu mes « Contes et Apologues ».

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