SCENE II
AUCASSIN, LE SÉNÉCBAL, NICOLETTE ET ISOLIER, déguiséfi tous deux en méoétriers. Seigueurs et dames de la cour du Comte.
NICOLETTE ET ISOLIER Ensemble
Nous venons du fond de l'Afrique Seigneurs Barons, A pied, sans autre viatique Que nos chansons.
^ AUCASSIN
fe' // regiv*de avidement les nouveaux venus
fl Voilà celui qui chantait à la porte
f. C'est sa voix (tristement). Mais elle est plus forte.
Soyez les bienvenus, messires Troubadours.
l. Que nous conterez- vous ? Les combats, les amours?
ISOLIER
Les deux à la fois, seigneur Comte,
C'est lui qui fait le chant et c'est moi qui raconte^
AUCASSIN ET NICOLETTE. — 2» T
NIGOLETTE
Seigneurs Barons * Ceux de la plaine et ceux des in( Vous p!airait-il ouïr l'histoire Belle, décente et bien notoire D'Aucassin, le noble varie t, Et de la belle au teint do lait Nicoletto, sa douce amie Qu'il chérissait plus que la vi Enfermés dans un vieux chat Qui s'élève au bord de l'eau Puis^errant de plage en plag< Ils ont livré maint combat Affronté plus d'un naufrage.
Et conquis plus d'un État, Lui, toujours brave ! elle, sag Mais un jour un vaisseau pay Les a menés en esclavage D'Aucassin ne sais plus rien Mais Nicolette est à Carthage Dont son père est Suzerain.
Douze rois de grand courage Venus de pays lointains La veulent en mariage.
Mais elle dit toujours non Prenant à témoin Dieu même
• Tiré (lu Fabliau.
Que jamais pour son baron Homme ne prendra, si non Le beau Damoiseau qu'elle aime, Qu'elle aime tant!
AUCASSIN // tire vivement à part le chanteur.
Beau doux ami, sûrement Vous arrivez de Carthage Et vous avez vu, je gage, Dans le palais Sarrazin Ma Nicole au clair visage :
C'est moi qui suis Aucassin.
NICOLETTE
Aucassin, toujours fidèle.
Des chevaliers le modèle!
AUCASSIN
Eh bien, si votre cœur s'émeut pour deux amants Dont la destinée est cruelle, Retournez sans perdre de temps
— Voici mon escarcelle, avec mille besans — Prenez un bon bateau sur l'heure
Et ramenez-la vite, avant que je ne meure !...
Il sera fait Seigneur comme vous désirez...
Et peut-être plus tôt que vous ne l'espérez.
Nicolette et Isolier sortent avec le Sénéchal
58 • ADCASSIN ET NICOLETTE. -- 2e ACTE
AUGASSIX
Ah ! qu'un souffle d'amont les pousse et les entraîne
Au pays où naissent les jours.
Et qu'un souffle d'aval aussitôt la ramène
La nef qui porte mes amours.
(H se tourne vers la fenêtre)
Nef plaisante, nef sccourable, O nef à mes vœux exorable, Puissent tes braves matelots Te faire voler sur les flots Jusques au terme de ta course.
Et toi, Rhône, au retour ne les retarde pas ! Et pour accélérer leurs pas Remonte plutôt vers ta source !
Mais que ferais-je tout le temps Que va durer ce long voyage ?
Qui me répond d'ailleurs du retour ? Un* orage, Que sais-je ? un nouveau contre-temps, Hélas ! peut déjouer mes plans.
(Au Sénéchal) De mes transports, de mon impatience, Cher Sénéchal, plaignez la violence.
LE SÉNÉCHAL
Calmez-vous, mon enfant, tout succède à vos vœux.
ADCASSIN ET h
Trois ans sont écoulés Funeste et pou Où je m'échap] Emportant mo
Celle qui m'est cent foi Ah ! cruel et d(
Que vous me faites peii
( Venez, je veux revoir 1 Où ma Nicoleti Que je croyais perdue i Et par des loups affreu:
Soudain, avec des mots Se laissa dans mes bra^