‹ Pièces et morceauxChapitre 145 sur 202 · SCÈNE III ROBERT, CARMEN · texte numérisé non relu

SCÈNE III ROBERT, CARMEN

Pendant toute cette scène, Robert travaille, levant à chaque instant les yeux sur son modèle et les reportant sur sa toile,

CARMEN

Il semble, mon ami, qu'elle ait peu de plaisir

A me voir : Pourquoi donc ? Pourriez-vous me le dire !

ROBERT

Où prenez- vous cela, Carmen ? vous voulez rire.

CARMEN

Nullement, j'en suis sûre.

ROBERT

En ce cas là, ma foi !

Vous êtes beaucoup plus clairvoyante que moi.

CARMEN

Los hommes ne voient rien.

Simplicité de Fâme I.

CARMEN

Pendant tout ce œuplet, elle se tourne à plusieurt reprises vers Robert, qui de la pointe de son pinceau, lui fait signe de rentrer dans sa pose.

Taisez-vous donc, mon cher. C'est plutôt que la femme, Étant moins personnelle, observe beaucoup mieux. Vous avez comme nous des oreilles, des yeux... Mais de vous on servir pour voir ce qui se passe Autour de vous, jamais ! L'un ne voit que sa place ; L'autre, son art 1 Cet autre, astronome fameux, Pendant qu'à sa moitié chacun fait les doux yeux. Sans savoir seulement qui paye sa toilette.

Scrute au fond de Téther un débris de comète ! Riant

Savez- vous qui ?

ROBERT

Je sais que vous bougez toujours.

Si vous voulez poser, trêve de vains discours.

CARMEN

Merci bien.

Silence.

ROBERT

Savez- vous, Carmen, à quoi je pense, En cherchant le secret de la double nuance Qui forme la couleur de vos cheveux?

CARMEN

A rien, Vous combinez vos tons et voilà tout.

ROBERT

Eh bien, Vous vous trompez !

CARMEN

Alors, vous pensez à Suzette.

ROBERT

Justement. Il s'agit d'acheter la toilette,

La corbeille, que sais-je ? Enfin tout Tattirail :

Dentelles, diamants, cachemire, éventail !

Souriant Payer, soit ! mais choisir ! or, cette pauvre fille N'a plus, vous le savez, ni mère, ni famille : Voulez-vous vous charger d'acheter les cadeaux ?

CARMEN

Moi!

ROBERT

Pourquoi donc ce moi ? Pour choisir des joyaux, Des tissus, on ne peut se passer d'une femme... D'une femme de goût ! C'est pourquoi je réclame Ce service d'ami...

Mon Dieu ! quel embarras !

Mon temps est pris.

ROBERT

Ceci ne vous ressemble pas.

N*en parlons plus.

Silence

CARMEN

Robert, avez- vous Tassurance Que Pierre ait pour Suzon... un penchant ?

ROBERT

Je le pense,

CARMEN

Il n'en parle jamais.

ROBERT

Il la voit tous les jours.

Justement.

ROBERT

Il se peut que de folles amours L'entraînent quelquefois. Cette ardente jeunesse, Ne vit pas seulement d'eau claire et de tendresse ; Et je vois trop souvent chômer l'atelier.

C'est bien pour ça, Carmen, que je veux le lier : Un lien de bonheur, où le cœur se repose 1

CARMEN se levant^ Oui, des fleurs d'orangers et des boutons de rose ! Mais puisque vous voilà partisan de l'hymen, Mariez-vous aussi tout de suite.

* Carmen, Robert.

Carmen,

Il est trop

tardl

CARMEN

Trop tard ! ne dites pas :

Fontaine

ROBERT

La fontaine est tarie et la menace vaine !

CARMEN

Voilà bien d'un artiste ! Eh bien, je n'en crois rien. Combien se sont crus morts, qui se portent fort bien ! Quoi f la vie et Tamour dans vos œuvres ruissellent ; Vos tableaux, et vos vers ! de flammes étincellent ! Et vous voulez sceller votre cœur au tombeau ! C'est rhiver, dites-vous. Non, c'est le renouveau. Que Tamour en passant vous touche de son aile, Et la source jaillit, plus féconde et plus belle ! A votre place, moi...

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