SCÈNE VII Les mêmes, ROBERT
ROBERT
Enfin!... que les fâcheux vous donnent du souci ! — Voilà, Dieu me pardonne ! une heure de perdue I — Et pour vous dire, quoi? La première venue Vous vole votre temps, d'un petit air distrait, Sous prétexte qu'elle a quelque esprit, quelque attrait. Et le travail, morbleu ! le travail !
Avec un sourire
Et la gloire !
A vos ordres, Carmen.
CARMEN
Si vous voulez m'en croire, Vous ne toucherez plus, Robert, à ce portrait, D'abord il est très bien : Je le trouve parfait. Et puis il va falloir penser à mon bagage...
Puisque je pars demain.
» Suzanne, Robert, Carmen, Pierre.
ROBERT Stupéfait
Quel est donc ce voyage 3 ne parliez pas ?
Vous qui me connaissez, moins surpris que vous le paraissez...
car vous savez que Dame Fantaisie mon destin, au gré de mon envie !
eure on parlait de l'Egypte, du Nil, du Pacha, que sais-je, moi?
ROBERT
Plait-il?
CARMEN
venons de dire un tas d'extravagances îs Pharaons. Et dam ! ces racontances
et si bien allumé mon cerveau, I demain sur Marseille.
ROBERT
Tout beau oulez donc pas assister à la noce ?
CARMEN
•t avec moi.
ROBERT
Plaisanterie atroce...
(ue dites-vous ?
CARMEN
Rien que la vérité.
PIERRE à demi-voix Mais, Carmen...
CARMEN vivement à demi-voix Taisez- VOUS 1
PIERRE même jeu
Mais la réalité?...
CARMEN même jeu Ce voyage est réel puisqu'il est nécessaire : Nous partirons demain.
PIERRE même jeu Vraiment ?
CARMEN même jeu
Oui, point d'affaire !
Vous me Tavez promis...
ROBERT
Eh bien, me dira-t-on Le mot de ce rébus, digne de Charenton ?
SUZANNE
Mais, mon parrain, c'est vrai ! Le vice-roi d'Egypte Mande Pierre à sa cour : il faut qu'il parte vite.
ROBERT
Comment, sans se donner le temps de t'épouser ?
SUZANNE
Il le voulait, parrain, mais j'ai dû refuser.
Et pourquoi, mon enfant ? Jamais jeune ménage Fit- il après l'hymen un plus charmant voyage ! Je voudrais bien changer la Seine pour le Nil !
SUZANNE
Ce n'est pas un voyage, hélas ! c'est un exil. Il s'agit d'un tra\ail qui dure des années ; Une suite sans fin d'innombrables journées !
ROBERT
Le temps fuit plus léger sous un ciel plus vermeil.
SUZANNE
Quand notre cœur est noir, qu'importe le soleil? Non, quitter son pays, ce doux pays de France, Cette chère maison qui garda mon enfance...
Vous quitter, mon parrain ! je ne pourrais jamais Me séparer ainsi de tout ce que j'aimais !
Songez que jusqu'ici mes plus lointains voyages N'ont jamais de Saint-Cloud dépassé les ombrages.
ROBERT
Ce départ imprévu m'afflige autant que toi... Mais, puisque la raison l'exige, laissez-moi ! Je comprends, chère enfant, ton touchant artifice... Mais je n'accepte pas un si grand sacrifice.
Comme il comprend !
ROBERT
Sans doute, il eût été bien doux De vivre tous ensemble, ici ! que voulez- vous ? Il faut que toute vie ici-bas s'accomplisse ! Partez.
SUZANNE
Je ne le puis.
ROBERT
Il le faut.
SUZANNE
Quel supplice î Elle éclate en sanglots^ Robert se lève.
CARMEN à demi-voix à Robert Grand enfant I vous avez des oreilles, des yeux, Écoutez, regardez.
ROBERT
Que dit-elle grands dieux I Il regarde Suzanne d'un air étonné et attendri
EnHn !
ROBERT
Est-il possible ?
CARMEN
Oui, Robert, c'est possible, Naturel même,
ROBERT
Oui mais... un obstacle invincible...
CARMEN
Invincible, allons donc ! en passant, Pierre et moi, Nous rirons dire à Rome.
Elle s'approche de Suzanne *
PIERRE
Ohl de grand cœur,
' Pierre, Robert, Cariuen, Suzanne.
CARMEN
Et toi ?
Rassure-toi, Suzon, c'est fini ! plus d'alarmes ! Laisse ton cœur sourire au travers de tes larmes, Tu ne m'en voudras plus, n'est-il pas vrai, Suzon ?
Elle l'embrasse, Addio/,.. et sans rancune.
SUZANNE, elle se jette dans ses bras
Au revoir ! et pardon !
CARMEN, elle pousse doucement Suzanne dans les bras de Robert et tend la main à Pierre qui la saisit avec joie.
Nous, pigeons voyageurs, nous quittons la tourelle.
Nous partons, tu le vois, bien loin, à tire d'aile !
Vous qui restez, amis, ayant le meilleur lot.
Gardez le colombier.
ROBERT
Soit, mais revenez tôt.
La toile tombe.