A BIJOU
Pleurez, nymphes de Grès et de la Montagiiette I Bijou est mort : Pleurez Bijou !
Pleurez ce museau fin, cette queue en trompette, Ce bon petit cœur de Toutou !
Pauvre Bijou I Depuis la mort de sa maîtresse, Il était resté là, gardien de Monplaisir !
Et quand nous arrivions, oppressés de tristesse, Il accourait, joyeux, et par sa gentillesse Il mêlait un sourire aux pleurs du souvenir 1 Mais dans son regard fixe on lisait sa pensée : — « Vous l'avez emmenée, immobile et glacée, a Un jour où les lilas commençaient à fleurir, « La maison depuis lors est vide, délaissée,
« Et je suis là, tout seul ! Va-t-elle revenir?
a Chaque fois que j'entends le bruit de sa voiture, « Que de mon vieil ami je reconnais le pas,
« Je m'élance , déjà je crois voir sa figure !
a Mais vous descendez tous je regarde à mesure.
a Et celle que j'attends, hélas ! ne descend pas ! » Ainsi parlaient les yeux de cette pauvre bête. Qui sautait, qui jappait, qui faisait tous ses tours, xVlin de mieux nous faire fête.
Plus heureuse que nous, elle espérait toujours ! Mais, mon pauvre Bijou, le Printemps renouvelle Au vallon, la pervenche, au jardin, le lilas ; Mais les cœurs, que la mort a brises de son aile
Hélas, ne refleurissent pas I Ne refleurissent pas, au moins sur cette terre ! Mais dans un autre monde, au séjour de lumière,
Où les chiens ne sont pas admis.
Pourtant le grand Saint- Roch obtint du Grand Saint-Pierre, Qu'il entr'ouvrît sa porte au meilleur des amis !
Pleurez, Nymphes du Grès et de la Montagnette.
Bijou est mort ! Pleurez Bijou !
Pleurez ce museau (in, cette queue en trompette.
Ce bon petit exBur de Toutou !
ââ Août 1892.