GISÈLE. UN MOINE
Ma flUe, qu'as-tu dit ? Quelle amère parole
Vient de s'échapper de ton cœur ?
Tu blasphèmes celui qui bénit et console, Qui dispense la joie, et qui met la douleur Au front de ses élus, ainsi qu'une auréole !
LA NOVICE
Mon père, il m'abandonne 1
LE MOINE
Et pourquoi, mon enfant?
Dieu semble refuser souvent quand il accorde,
Adore-le d'un cœur fervent.
Qui donc a vu le fond de sa miséricorde ?
Viens, viens prier.
GISÈLE
toi, que j'ai toujours servi.
Dieu qui vois mes pleurs, ma détresse.
Est-ce donc vrai qu'il m'est ravi ?
Quoi, sa valeur, quoi, sa jeunesse N'ont pu te désarmer, ô mort I Et sous mes yeux, j'ai vu l'orage Briser aux écueils du rivage Sa nef, près de toucher le port 1
LE MOINE
Nuit terrible ! la mer soulevée, en furie, Déferlait à grand bruit au milieu des îlots ; Et jusques à nos pieds dans cette galerie, Lançait Técume de ses flots.
GISÈLE avec une sombre ironie
Mais le lendemain, c'était fête !
Du sein des flots calmés, comme un globe de feu. Le Soleil émergeait, vainqueur de la tempête ! Tandis qu'à l'autre bout passait dans le Ciel bleu L'aile blanche de la mouette.
Et les flots doucement, en montant sur les flots, Poussaient vers les galets, au milieu des épaves, Les corps défigurés des pauvres matelots.
Les pieds raidis et les yeux caves !
LE MOINE
Mais lui, personne ne l'a vu ?
LA NOVICE
La mer, l'horrible mer ne me l'a pas rendu.
LE MOINE
Ma fille, viens prier. Celui qui prie, espère.
Dieu s'appelle aussi : notre père !
Seul, il pourra, crois-moi, soulager tes ennuis. Viens, TAbbesse t'attend !
LA NOVICE
Mon père, je vous suis.