‹ Pièces sur le Mexique. InéditesChapitre 5 sur 7 · LETTRES DIVERSES · texte numérisé non relu

LETTRES DIVERSES

Lettre au roi d'Espagne écrite de Ghiapa. ( La copie ne porte

pas le nom de V auteur.)

J'ai déjà écrit à V.M. que Fr. Barthélemi de Las Casas ^ évéque de Chiapa, et^ dit-OD, de la moitié de la Nouvelle-Espagne , était débarqué dans le Yucathan avec une quantité de religieux dominicains. Il en était parti, dit- on ^ cinquante de San-Lucar, et il en est arrivé trente à la Nouvelle-Espagne. Il s'est mis en possession de son évéché malgré l'opposition des habitants , et s'est ensuite rendu à Tabasco. Il avait envoyé dix religieux par mer dans une barque, mais elle fit naufrage, et il ne s'en échappa qu'un seul. Tous les habitants de cette ville et même tous ceux de la Nouvelle-Espagne auraient mieux aimé que l'évêquese noyât, et qu'ils échappas^

sent, quand même ç'eussent été des Français.

Quand il fut un peu reposé des fatigues du voyage , il se remit en route et vint à Chiàpa, où il fut bien reçu et bien traité des habitants. On lui donna des banquets et des festins; il fit son entrée sous un dais comme un homme qui a la croix sur sa poitrine et sa nomination dans sa poche. Il reçut un grand nombre de visites et fut traité, en un mot, comme doit l'être un évêque , même par le corps municipal , qui ne se composait alors que d'un régidor et d'un alcalde ; car les autres étaient alors absents , et leur ont reproché depuis de l'avoir admis. Le dimanche des Rameaux , le nouvel évêque choisit quatre confesseurs et n'accorda qu'à eux le pouvoir de donner l'absolution, excepté pour les cas qu'il se réservait. Aussitôt que cette mesure fut connue, une rumeur sourde se répandit dans la ville , et l'on dit que l'évê^ que commençait à vider le sac qu'il avait apporté d'Espagne. Sa première prétention fut regardée par les habitants comme une ruine.

car il avait défendu qu'on accordât l'absolution à quiconque possédait un esclave avant qu'il l'eût préalablement mis en liberté. L'on pensa cependant qu'il avait plutôt pris cette mesure pour faire preuve de bonne volonté à l'yard des indigènes que pour la faire exécuter rigoureusement ; mais la suite prouva ^u'on se trompait. A la prière d'un grand nombre de personnes, j'allai parler à l'évêquc, mais je n'en pus rien obtenir. Il déclara qu'il allait que tous les esclaves fussent mis en liberté^ soit qu'on les eût achetés, soit qu'on se les fût procurés de toute autre manière. Quelques personnes allèrent jusqu'à offrir de mettre en liberté leurs esclaves quand ils auraient terminé les maisons qu'ils étaient occupés à construire; mais l'évèque ne voulut rien entendre, et leur refusa la confession ainsi qu'à d'autres qui offraient des conditions si équitables que , si on les eût acceptées, dans deux ans il ne fut pas resté un seul esclave. Offensés d'une rigueur si dure,

ils eurent recours à Gilde Quintana^ doyen de cette église^ et le requirent^ en qualité de commissaire de la Gruzade > de leur désigner un confesseur qui leur donnât l'absolution en vertu des ordres de Sa Sainteté.

Il y eut là-dessus de longues discussions entre le doyen et Févêque. Le premier ayant enfin confessé trois ou quatre personnes , l'é* vêque lui envoya l'ordre de comparaître devant lui. Celui-ci s'y étant refusé, parce qu'il craignait qu'on ne le mit en prison , l'évèque envoya pour l'arrêter un chanoine, uii alguazii et quelques autres ecclésiastiques; le doyen prit une épée pour se défendre, frappa l'aiguazil à la cuisse, et se blessa lui-même à la main. Le bruit souleva toute la ville, et, pour cette fois , le doyen conserva sa liberté. Au bout de quelques jours , l'évèque voulut fkire une nouvelle tentative contre sa personne, mais on refusa de lui prêter main-forte :

chacun prit parti , et l'on était sur le point d'en venir aux mains; mais quelques per-

sonnes y ayant intercédé auprès de l'évêque, parvinrent à calmer sa colère. Cependant il excommunia le doyen et tous ceux qui le soutenaient. Le doyen protesta , en refusant de reconnaître sa juridiction, qu'il n'était soumis qu'à celle de Tarchevêque de Séville, commissaire de la Cruzade; mais craignant la vengeance de Las Casas, il quitta secrètement la ville; et celui-ci, l'ayant appris, prononça contre lui un anathème en pleine chaire.

Le désordre était tel que, même pendant la ^maine sainte , on ne se serait pas cru dans un pays chrétien. L'évêque est tellement insoïeiit;^ qu'il ose dire que, ni les ordres de V.M., m même ceux du pape ne le feront dévier de sa résolution. Il prétend que V. M. l'approuve, et que c'est par son conseil qu'ont eu lieu les derniers changements au Pérou et à la Nouvelle-Espagne. Dieu veuille qu'il ne fasse pas plus de mal qu'il n'en a déjà fait !

Lettre de Fr. Nicolas de Witt , de l'ordre de Saiat-Aiigiistîn.

Meztitlan n le 17 août t554.

D'après Tordre de S. M. , que vous m'avez transrais y je m'empresse de vous faire savoir tout ee que j'ai appris touchant les Indiens depuis douze ans que je les fréquente et que j'étudie leur langue. Pendant tout ce temps j'ai vécu au milieu d'eux, et j'ai visité une grande étendue de pays , tant dans le pays des Ghichimèques que dans la province de la Guasteca.

Dans chaque province , comme dans celles de Mexico , de Mechoacan ou de Meztitlan , tous les chefs reconnaissaient un seigneur universet ; mais il n'en était pas de même dans la Guasteca, qui fait partie de la province de Panuco, où chaque village était indépendant , faisait la guerre ou contractait des alliances à son gré, absolument comme cela se pratique en Italie. Tout le monde obéissait

au seigneur universel et lui payait tout ce qu'il demandait; mais cela n'arrivait qu'une ou deux fois dans l'année, quelquefois même pas du tout y car il ne demandait que ce qui lui était nécessaire. Ses prétentions étaient bornées , mais celles des commandeurs sont sans bornes. C'est ce qui a ruiné le pays.

Tous les villages ne servaient pas le seigneur universel , mais seulement ceux qui fttisaient partie de son patrimoine personnel ; et les habitants des autres villages ne servaient que leur chef direct. Quelque puissant que fut Montézuma, tout ce qu'on lui payait annuellement ne s'élevait pas au delà de deux cent mille pesos d'or, sans compter cependant ce qu'on fournissait aux temples du démon , dont la quantité était innombrable.

Le seigneur universel deMeztitlan, province de trente-cinq lieues de long sur vingt-deux de large , était toujours en guerre avec Mexico, Tlaxcalla et la Guasteca. Son revenu pouvait monter à dix mille pesos d'or. Il était chef

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suprême de tous les Chichimèques ^ même de ceux qui sont indépendants aujourd'hui. J'ai traversé leur pays avec quelques chefs de Meztitlan , qui m*ont aidé à le pacifier; ils leur rendaient toutes sortes d'honneurs et

leur fournissaient des vivres en abondance.

II n'y avait pas de seigneur universel dans la Guasteca^ et seulement des chefs particuliers ; maisaujourd'hui il n'y en a plus, parce qu'unjour on les a tous réunis dans une grande enceinte en bois ^ à laquelle on a mis le feu après les avoir attachés. Cette province est maintenant déserte , quoiqu'elle fut autrefois une des plus peuplées qu'édairàt le soleil »

comme on le voit par les ruines que l'on rencontre à chaque pas.

La conscience de S. M. est bien chaînée pour avoir dépouillé tous les anciens seigneurs et les avoir remplacés par des commandeurs étrangers, sans leur laisser seulement un mcu^ceau de pain à manger, quoiqu'il y en ait un grand nombre qui ont embrassé la religion

chrétienne et qui ne se sont jamais révoltés* Le petit nombre de ces seigneurs qui ont survécu , et leurs héritiers , attendent en pleurant dans quelque coin que S. M. ait fixé leur sort.

Comme je l'ai dit, chaque village faisait partie du domaine du seigneur universel, ou avait un chef particulier. Dans le premier cas, on y envoyait une espèce de majordome qui disposait de tout à son gré , et les habitants allaient servir le seigneur. Dans le second cas, ils servaient leur chef en construisant ou réparant sa maison, et en cultivant ses champs; le revenu d'un de ces chefs s'élevait environ à 2,000 pesos d'or, et Ton dépensait à peu près la même somme pour l'entretien des temples et les sacrifices.

Quant à rechercher les anciennes peintures pour vérifier ce que payaient les Indiens , cela n'est pas praticable; car, comme je l'ai dit, cela était fort irrégulier et selon les besoins. Maintenant que nous avons dépouillé leurs

seigneurs de leurs revenus et de leurs esclaves, ils sont plus pauvres que les derniers des macehuales» J'ai vu de mes deux yeux l'ancien seigneur aller labourer son champ comme un misérable paysan, et j'avoue que j'en ai versé des larmes de pitié.

Il n'y avait que les macehuales ou laboureurs et les marchands qui payassent le tribut. Les nobles ne payaient rien. On leur donnait, selon leur rang, le titre d'Hainant, PipUtic et Tiachan.On les distinguait facilement dans la province de Panuco, parce qu'ils avaient la figure tatouée. Ils étaient exempts d'impôts et de porter des fardeaux ; ils (x>nservent encore ce dernier privilège ; mais quant au tribut , il est si excessif qu'il faut que tout le monde en paie sa part. Autrefois chaque noble avait des maisons qui lui étaient assignées et dont les habitants étaient obligés de le servir et de cultiver ses terres.

Le tribut ne se payait pas à des époques fixes, d'autant plus qu'il consistait en grande

partie eu service personnel^ mais quand le Beigneur en avait besoin , comme lorsque, par exemple ^ il voulait célébrer quelque grande fête. On ne pensait pas à thésauriser, maison demandait pour les temples , les fêtes ou les 'Seigneurs I ce dont on avait besoin pour le moment.

' Le tribut ne se payait pas d'après la quan-r .tité de terres , mais par tête de macehuales , qui devaient la même chose , qu'ils en culti^ vasscntpeu ou beaucoup; mais ils le devaient dans les domaines de celui où se trouvait la terre qu'ils cultivaient, et qui passait à leurs enfants. Dans la province de Pan uco, l'ainé héritait seul de la terre; mais il n'y avait aussi que lui qui payât le tribut. Les autres enfants étaient obligés de prendre des terres à ferme de ceux qui en possédaient.

Maintenant les Indiens ne paient plus rien à leurs anciens seigneurs; tout le pays a été divisé en commanderies et donné à des Espagnols. 11 y a quatre-vingts repartiraientos dans 16. 19

le Mexique 9 quarante dans le Mœhoaeiii, onze dans le Meztitlan ; et les Indiens n'ont plus affaire qu'avec l'intendant du iXHnman^ deur, qui est ou un esclave» ou un mac^uial , quelquefois même l'ancien seigneur'auquel on ne donne que très-peu de chose; car les Espagnols se sont emparés de tout. Si le commandeur n'est pas content du chef^ il le ehasse du village , et met à sa place quelque indien étranger^ comme cela arrive souvent dans les endroits qui sont à quelque distance de Mexico. Le chef légitime est devenu un véritable raclavCi et est forcé de tyranniser ses si:yets pour que son maître espagnol ne le chasSse pas de son village.

Les seigneurs héritaient autrefois en ligne directe; et, pendant les minorités / c'était le plus proche parent qui gouvernait, exoepté dans les endroits qui appartenaient aux prêtres , qui nommaient à l'élection leur chef ou pape du démon ; car ils ne se mariaient pas., et il ne leur était pas permis d'approcher une

femme. Autrefois ces chefs rendaient la justice à leurs sujets d'après les lois existantes, mais maintenant ils ne font qu'exécuter les ordres de l'audience.

En fixant le tribut actuel , on ne s'est nullement réglé sur ce qu'il était anciennement » à l'exception de l'or et de l'argent, et des produits du sol. Mais autrefois ils ne don* naient ni étoffes, ni hamacs, ni coton, ni cire , ni une multitude d'autres choses qu'on exige à présent. Mais comme d'un autre coté ils entretenaient les temples ainsi que les mai^sons du Seigneur et ses temples , je ne sais s'ils ont gagné ou perdu au change : cela n'a jamais été fixé d'un commun accord, comme on l'a prétendu. Le marquis ou le (x>mman<^ deur faisait appeler les Indiens pour leur signifier ses ordres , et ceux--ci étaient beaucoup trop effrayés pour se permettre la moindre observation. Souvent on les vendait comme esclaves ; et quand le commandeur leur disait : a Si le président ou les auditeurs vous

demandent si vous êtes esclaves ^ répondez que oui , » ils s'y soumettaient humblement* Toutes les taxes qui ont été faites à la Nouvelle-Espagne ont été si dures , que pas une n'a pu durar plus de quatre ans.

Di^o Ramirez , qui répartit la taxe actuellement , est obligé de la diminuer des sept huitièmes. Souvent, au lieu de quarante ehai^s de mais, on n'en demande plus qu'une, ce qui prouve clairement combien l'ancien cadastre était exorbitant.

Le meilleur moven de mettre un terme aux exactions des chefs et des caciques, c'est de faire payer à chaque Indien tant par tète^ sans qu'il ait absolument rien autre chose à fournir. Nous pourrions alors leur expliquer en chaire qu'une fois qu'ils ont payé la taxe , ils peuvent refuser de se soumettre à tout autre prétention. Huit réaux d'argent pour tout droit seraient assez. On partagerait le produit entre le chef, le commandeur, l'église et V. M. Les Indiens nuiraient pas alors s'établir d'uu

endroit dans un autre pour éviter les impôts ; ce qui en fait périr un grand nombre , à cause de la difiPérence de climat. Quant aux Chichimèques , il suffirait de leur demander quatre réaux; car ils n'ont pour tout bien qu'un arc et des flèches, et ne sont pas accoutumés à payer de tribut. Quant aux dîmes , il faut y renoncer si on ne veut achever de les ruiner complètement.

Rapport sur la province de Meztitlan , par Gabriel de Ghaves.

i*' octobre iSyg,

Le i^r octobre 1579, moi, Gabriel de Chaves , alcalde mayor de S. M. dans la province et les montagnes de Meztitlan, d'après les . ordres de son excellence le vice-roi de la Nouvelle-Espagne , j'ai fait le rapport suivant sur toute la province de Meztitlan , les montagnes^ et villages compris dans sa juridiction , d'après

l'enquête que j'ai faite moi-même avec soin, et les renseignements que j'ai pris des Indiens les plus âgés et les mieux informés de cette province.

Réponte à la XI* question ( les dix premières ayant rapport aux établissements des Espagnols).

La ville de Meztitlan était la capitale de toute cette chaîne de montagnes , et avait sous sa dépendance tous les villages que Ton trouve jusqu'aux limites de la province de Guasteca; elle garda toute l'étendue de ce pouvoir jusqu'à l'arrivée des Espagnols, et le marquis del Valle, D, Fernand Cortez, la divisa et la répartit de la manière qui subsiste encore au^^ Jourd'hui.

Les provinces et les villes qu'elle avait dans sa dépendance et sous sa nomination sont :

la province de Molango et celle de Malila, qui sont à la couronne; la province de Tlanchi*

SUR LE MlgXIQUE. 295

noitipac^ qui est donoée en commanderie a deu^ commandeurs : la moitié à Alonso Ortiz def Zuniga, et l'autre moitié à Juan Maldonado. La province d'Uamatlan et celle d'Atlihuetzian , qui sont données en commanderie à Léonel Cervantes; la province de Suchicoatian, qui est à la couronne; la province de Tianguiztenco , qui est donnée en commanderie à Francisco de Temino; la province de Guazalingo, qui est donnée en commanderie à Diego de Aguilera; la province de Yagualica^ qui est h la couronne. Toutes ces provinces étaient soumises à la ville de Meztitlan, et étaient obligées de lui fournir des guerriers, quand cela devenait nécessaire, pour repousser les invasions des Mexicains*

Molango etMalila sont les chefs-lieuxdes deux corregimientos dont dépendent toutes les provinces que j'ai énumérées. De Molango à Mez* titlan il y a sept petites lieues, par un chemin roide et tortueux, a travers des montagnes et des défilés. Tous les villages qui en dépendent

possèdent tous des églises ^ et les naturels ont construit des habitations qui forment des rues bien alignées et bien propres, cpioique ces villages soient dans des situations escar^ pées ; voici les principaux :

Meztitlan, capitale de cette province; il y a une église et un couvent très-riches «t trèsbien bâtis : il y réside quatre ou cinq religieux de l'ordre de Saint- Augustin, qui administrent les sacrements aux naturels et visitent successivement les villages d'alentour^ qui dépendent du chef-lieu, et qui sont les suivants :

Le village de Tzagualtipan possède un ma-* nastère où résident quatre religieux de Tordre de Saint- Augustin .

La ville de Molango est le corregimiento et la cour de justice de toutes les provinces qui sont comprises dans sa juridiction ; de sorte qu'elle estle siège d'une alcaldiamay or. Elleesf située sur le flanc d'une haute montagne , en-^ tourée d'autres chaînes qui s'étendent de tous

côtés. La température en est froide et continuellement surchargée de brouillards épais , ce qui en rend le climat très-humide. La plupart des hameaux qui en dépendent sont situés en terres chaudes , parce qu'ils sont construits dans des vallons et des ravins. Ils sont arrosés par des ruisseaux qui letir fournissent clu poisson en abondai On y cultive beaurcoup de maïs, de haricots et d'autres légumes, ainsi que beaucoup de fruits. Les naturels y récoltent beaucoup de coton et paient leur tribut en étoffes. Il y a dans cette ville un couvent très-riche et des plus anciens; quatre religieux de l'ordre de Saint-Augustin

V demeurent habituellement. -

Le village de Suchicoatlan , qui dépend de la couronne , à une lieue de la ville de Molango. Il y a un monastère où résident deux religieux de Saint-Augustin. Il y a aussi un corregidor; la température et la situation sont les mêmes que celles de Molango.

Le village deYagualica, à la couronne,

est à sept lieues de Molango; il edt situé sur le sommet d'une montagne ^ et est entouré de toutes parts de roches escarpées^ C'était autrefois une place forte /où les habitants de Meztitlan avaient des troupes en réserre centre les Guastecos^ dont ce village est frontière. 11 y a un prêtre bénéficier et un corridor.

Le climat en est chaud, parce qu'il est éloigné de la chaîne ; c^est là que commencent les plaines de la Guasteca : il y a beaucoup de ruisseaux et des terres très-fertiles.

Le village de Xelitla est à vingt lieues de Molango et appartient à la couronne. Il est situé sur les dernières frontières de cette province^ et est voisin des Chichimèques sauvages. Il y a un couvent de moines augustins et un corregidor. Sa situation estdans un terrain inégal et creusé de précipices ; son climat est le même que celui de Molango.

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Réponse à la XII* et à la XI 11* queslion.

La distance de Mezti i à Molango, de Mahhi, est de cinq lieues; à SuichiocoaUan , de cinq; à Tlanguiztenco ^ de cinq; à Tlanchinolticpat^ de quatorze; à Guezalingo^ de qœnae ; à Yagualica, de dix-sept; et à Ylamatlan , de dix lieues. Toutes ces provinces sont à l'orient/ et le chemin qui conduit de l'une à l'autre passe à tra\ des montagnes es* earpëes.

Il y a sept lieues jusqu'au village d'Atonolico, au sud^ neuf jusqu'aux mines de Puchuca^ à l'occident^ et dix jusqu'aux mines de Yzmiguilpa. Toutes ces routes sont difficiles et tortueuses à cause de l'irrégularité du terrain. On compte quinze lieues pour aller à Chapulhuacan , qui est situé dans la direction du nord.

Quant à l'origine du nom de Meztitlan , les naturels disent que quand les premiers ha-

bitants de cette province faisaient la guerre aux nations voisines^ ils avaient coutume d'assaillir leurs ennemis les nuits où il y avait de la lune, et qu'il était bien rare qu'ils attaquassent le jour; c'est pourquoi on les appelait Meztitlanecas , ce qui veut dire gens de la lune.

D'autres disent que le nom de Meztitlan vient d'une figure de la lune qui. est peinteau sommet d'une montagne, sur une roche à pic qui fait face au nord , ainsi qu'un boâclier et cinq pointes en forme de dard ; il semble impossible qu'aucun être humain ait pu faire cette image y et ainsi les habitants de cette province appelèrent dès le principe cet endroit Meztitlan; ce qui \e\it dire près delà lune.

L'idiome général de cette province et de toutes celles de la chaîne des montagnes n'est autre chose que le mexicain corrompu èttrèaK dur.

Réponse à la question XIV.

Nous avons déjà dit qu'avant la conquête, toutes les provinces reconnaissaient pour leur Seigneur celui de la ville de Meztitlan. Le pouvoir que ceux-ci avaient sur les naturels et les tributs qu'ils étaient obligés de leur payer n'étaient bornés par aucune loi et dépendaient uniquement de sa volonté. Le tribut ordinaire était des manteaux de coton et d'autres espèces de vêtements , dont ils se servaient alors, des arcs et des flèches , du coton et du maïs , onze espèces de gibier ; enfin des services personnels dans la maison du seigneur.

Les rites et cérémoniesdelear religion étaient très-variés et remplis de mille genres de super^ stitions. Leurs principales idoles étaient six figures peintes ; deux femmes , dont l'une s'appelait Xotchitlachpa , et l'autre Tecpaxoch, et quatre hommes, nommés Izcuin, Huytecpatl , Tentetcmic, Nanacatlatzi. Les naturels

débitaient sur eux mille sottises. Ils avaient aussi pour dieux deux autres figures , dont Tune représentait Ometochtli , qui est le dieu du vin f et l'autre Tezoatilpuca , qui était leur principale idole. Us adoraient encore Hueytonantzin , ce qui veut dire notre grand'mère ; parce qu'ils la croyaient mère de tous ces dieux et démons. Lies quatre démoQS déjà nommés tuèrent leur grand'mère^ établissant par cet acte le mode de sacrifice qui consiste à arracher le cœur par la poitrine et à Tofifirir au soleil. Ils disent aussi que l'idole Tezoat*lipuca tua le dieu du vin de son propre con-^ sentement , pensant que de cette manière il le rendait immortel , et que s'il ne mourait pas , tous ceux qui boiraient du vin devraient mourir; ils ajoutent que la mort de cctOmeto^ chtli était semblable au sommeil d'un homme ivre qui , après s'être réveillé , est redeveùu sain et bien portant. L'immortalité qu'on lui donne consiste en ce que, de son nom^ on fit le point de départ du calcul des années ; et ainsi ,

comme nous le di^ns plus loin, ilsnommentla première aiinéeC!e-Tochtli,etdelà commencent leurs histoires et peintures ^ qui se comptent année par année; mais il n'y a pas de chronologie des actes et événements qui se sont passés avant cette époque. Tous ces mensonges et toutes ces erreurs les conduisaient à adorer le démon , a lui faire des sacrifices et à lui élever des temples ; à avoir des ministres pour son culte 9 appelés huehue teopixquiy qui assistaient toujours aux cérémonies et ne sortaient jamais du temple ^ qui était dans la capitale de cette province. L'un des prêtres se nommait Chiquey-Nochitonal , et l'autre Chiquey-Oce- |otl« Ils étaient les gardiens des idoles , et chantaient la nuit en se répondant l'un à l'autre; ils soufflaient dans des coquillages qui avaient le son des trompettes. C'est le roi qui était chargé d'élire les prêtres lorsqu'ils venaient à manquer y et ceux-ci devaient être très-habiles et plus vieux que ceux qui avaient été élevés dans le temple. Après les avoir élus, il les

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appelait en sa présence , et leur confiait la garde et Thonneur de ses idoles^ leur recommandant la conservation des bonnes mœurs et le bon exemple , leur faisant eûtrevoir lé châtiment qui les attendait^ s'ils n'obéissaient pas à ses ordres. La charge étant accieptée par les prêtres , le roi commandait de préparer les grandes cérémonies qui se faisaient les quatre jours suivants^ et alors, il allaitaceom-' pagné de ses vassaux et de ses gens de guerre; avant toutes choses, il faisait a ses idotes une offrande de papier découpé et d'encens , et se retournant du côté du peuple , il lui déclarait que sa volonté et celle de ses dieux étaient que ceux-là fussent prêtres , et qu'ils fussent honorés- et obéis comme tels par le peuple; le roi les couvrait lui - même d'un manteau très-riche, et le leur nouait à l'épaule y eii leur disant : « Prenez ce vêtement comme » signe que vous êtes les gardiend et les » ministres de mes dieux. » Chacun retour-nait alors à sa maison , où l'on célébrait

cette nouvelle élection par des danses et des banquets.

Ces prêtres avaient pour les servir des espèces d'enfants de chœur auxquels ils enseignaient tout ce qui avait rapport au culte des idoles et à la religion ; on en choisissait d'autres parmi eux lorsque les prêtres mouraient. Us balayaient le temple et allaient à la ville chercher des provisions.

Les prêtres portaient les cheveux très-longs et tressés avec des fils de toutes couleurs. Us entretenaient dans le temple un feu de charbon continuel ; tous les cinq jours chaque Indien offrait quatre morceaux de bois pour cela.Tous lescinqjours,ainsi qu'aux fêtesde chaque mois, on se perçait dans le temple les oreilles, ainsi que les mollets, avec des couteaux pointus; et on trempait dans ce sang des morceaux de papier que l'on offrait ensuite aux idoles; on en faisait autant pour le bois , qu'on offrait également couvert de sang. Ce genre de sacrifice n'était que pour les hommes adultes ic. 20

qui étaient en âge de pécher; les prêtres cevaient le bois et les papiers qu'ils enfilaient et gardaient.

Les jeunes filles ofiraient chacune lïn Tase de farine de riz , pétrie avec du sang c{u'elles tiraient de leurs oreilles; elles lui dffiwent aussi du papier trempé dans leur sang j en disant : « Je te présente cette ofihrande parce » que tu es mon Dieu. »

Des cérémonies pratiquées aux naissances , aux mariages

et aux décès.

Lorsqu'une femme arrivait près du terme de l'enfantement^ on la mettait pendant quelques jours dans un bain, avec une vieille accoucheuse qui la baignait et lai pressait légèrement les hanches et le ventre, disant que de cette manière elle redressait l'enfant et facilitait le travail de l'enfantement; elle recevait l'enfant^ et après lui avoir coupé

le cordon ombilical , elle le lavait datis l'eati froide : on ne le sortait de l'endroit où il était né qu^MT bout de quatre jours ; alors on le por-* tait au bain avec sa mère pour les puHfier : on sél'Yàit eiisuite à l'accouchée et à tous les pa-* délits de là zamorra faite de mais, de poule, de î^air de cerf et d'autres substances. Trois jours aprés^ raccoucheuse emportait Tetifent à Un faubourg distant d'une lieue, acconipagnée de six petits garçons , si le nouveau-né était du sexe masculin , et de six petites filles dânsi le cas contraire. Ces enfants portaient les outils et instruments dont se sert habituellement i^homme ou la femme , telsi que ceux à filer et à tisser pour celle-ci ; une hache, UU àrc, dfeji flèches et un mecapai , ou corde dont on attache les fardeaux, pour celui-là. On baignait le nouvéau-né dans un ruisseau et on le remportait à la maison de sa mère , laissant les instruments datis cet endroit, où les enfants Tenaient les reprendre.

Deux ans après> les parents préparaient un

grand festin ^ et le faisaient servir dans la maison du voisin qu'ils considéraient et aimaient le plus ; ils lui demandaient son nom pour l'enfentqu'ils lui avaient amenéy et quand il leur était accordé , on commençait le festin et les réjouissances. Dès lors l'enfant était considéré comme le filleul de cette maison , et les deux familles ^ unies par ce nouveau lien de parenté ^ s'aimaient et se visitaient davan^ tage.

Les parents du jeune homme qui voulait se marier préparaient un grand festin , et le portaient en présent avec des vêtements à ceux de la jeune fille; en les leur offi-ant, ils leur faisaient une longue harangue dans Jaquelle ils leur demandaient leur fille ; si elle leur était accordée, on la remettait entre leurs mains, ou on désignait un délai de quelques jours.

Les parents de la jeune fille préparaient un autre festin pour célébrer son entrée dans sa nouvelle famille, et lui offraient aussi des

vêtements; après le repas^ on laissait les époux dans un appartement qu'on avait préparé pour eux.

Ceci ne se faisait ainsi que pour les gens du peuple^ auxquels il n'était permis d'avoir qu'une seule femme , tandis que les chefs et les seigneurs en avaient autant qu'ils voulaient^ et que les uns et les autres pouvaient divorcer quand cela leur convenait.

Lorsqu'un chef ou seigneur mourait, on lui mettait une émeraude dans la bouche, on l'enveloppait du linceul et on le plaçait sur une natte. Le lendemain tous ses vassaux se réunissaient et pleuraient sur son corps ; on faisait deux grandes bannières de papier blanc, on l'emportait ainsi en procession jusqu'au temple des idoles , où les prêtres avaient préparé une espèce d'échafaud, d'une vare de haut sur autant de large, sous lequel étaient beaucoup de branches d'arbres. Une fois que le corps et les bannières étaient placés sur ce bûcher, les prêtres y mettaient le feu, et lors-

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que tout était réduit en cendres, on creusait un fossé dans le même endroit et on les y enterrait ; puis , pendant quatre jours consécutifs, ils apportaient sur la tombé des ofiînindes en mets et boissons de toutes sortes, que les ministres prenaient ensuite et dont' ils faisaient leurs festins.

Les gens du peuple brûlaient leurs corps sur leurs terres et dans les forêts.

Réponse à la question XV.

Deux vieillards nommés tequitlatos étftiçQt chargés de rendre la Justice et de percçvQ^r les tributs; ils étaient choisis dans les priur* cipales familles, parmi ceux qui avaient Ja plus haute réputation de sagesse j ils siér geaient constamment dans le palais du ix>i^ et après avoir examiné toutes les affaires qui leur étaient soumises, il lui eu faisaient leur

rapport : il était bien rare que le roireJdisàt 4e confirmer leurs décisions.

Quand le roî avait donné son approbation, les tequitlatos soi'taient sur la porte dû palais j et prononçaient la sentence avec l'ordre de la mettre en exécution. C'est de cette manière que toute affaire se terminait sans réplique de.la part des intéressés.

Four les affaires criminelles > ils avaieht une prison avec un geôlier j des menottes de bois j des piloris, et une espèce de caisse dans laquelle on mettait le prisonnier , et sur laquelle dormait le geôlier avec d'autres gardes, s'il y avait un plus grand nombre de criminels. Mais ce genre de prison n'était que pour les prisonniei^ de guerre ou les personnes que Ton voulait seulement punir par la honte j car pour les grands criminels, on n'en avait presque jamais besoin. Les causes s'examinaient et se terminaient très-rapidement et de la manière suivante :

Si c'était un cas d'adultère, l'offensé en

donnait connaissance aux deux tequitlatos,

qui f sans arrêter les criminels , faisaient une enquête avec le plus grand secret possible; quand elle était terminée, ils envoyaient des tsacanes , espèce d'alguazils et de bourreaux qui y en quelque endroit qu'ils trouvassent Taccusé y le tuaient en présence de l'ofifensé.

Si celui qui avait commis l'adultère était capitaine ou de noble famille , il ne mourait pas de cette manière ; mais , à la première guerre, on le plaçait dans un poste dangereux où il devait nécessairement être tué par l'en-»

nemi»

L'homicide était puni de mort» Le corps du criminel était partagé en quatre et distribué À ceux qui Tavaient fait prisonmo* ; ils k fiûsaicnl rôtir et le mangeaimt , ht tète a|qp«rtenant à celui qui avait découvert le crioie: il la gardait comme un tro[rfiée pour les jours de ilans<^ et de réjouissances. Le cœur, après j^\ oir clé t>flrrf aux divinités , était enterré.

S^il s'a^ssait de vol , Taccusé devenait

clave du roi; s'il avait des biens, il pouvait se racheter, ou sinon le roi pouvait disposer de

sa liberté.

. La même peine était infligée aux faux témoins , et à ceux qui portaient une fausse accusation. Les tequitlatos terminaient également les discussions d'intérêt qui s'élevaient entre des particuliers.

• La province de Meztitlan et toutes celles qui étaient sous sa domination étaient en guerre avec celles d'Atotonilco au sud, d'Izmiquilpa et d'Octocpa à l'ouest , au nord avec celle de Chapulchacan , de Guayacocotla et de Tzicoal à l'est. Dans tout le cours de ces guerres , les habitants du Meztitlan ne furent jamais vaincus; de sorte qu'ils s'étaient acquis une grande réputation de force et de courage. Ces provinces ne furent jamais soumises à Montézuma ni à aucun autre roi jusqu'à l'arrivée des Espagnols , auxquels elles se rendirent san$ faire aucune résistance : les naturels se vantent beaucoup de cette action.

Quand le moment de combaltre était venu, le roi , placé sur un tertre élevé au* milieu de son armée, haranguait ses soldats et les engageait à. soutenir leur ancienne réputation de bravoure ; des coquillages qui servaiélfit de trompettes donnaient le signal du combat; on s'attaquait corps à corpd; ^ le combat durait quelquefois pendant plusieurs jours.

Les prisonniers faits de part et d'autre étaient à l'instant même sacrifiés.

Leurs armes étaient des arcs^ des flèches très-fortes et lancées avec une justesse extra<H^ dinaire, des lances durcies au feu, d'unebrasse et demie de long, et armées de cailloux pointus, qu'on jetait au moyen de courroies qui leur donnaient plus de force qu'une flèche d'arbalète ; enfin des épées de bois^ tranchantes comme des couteaux.

Les armes défensives étaient des rondaches faites de roseaux très-forts, qu'ils appelaient oflatly fendus et minces, d'un demi-doigt de largeur, qui s'attachaient et se tressaient

ensemble très -^ solidement ; une seconde claie les recouvrait sur toute la longueur et une autre les traversait; de sorte que ces ro*seaux étaient si durs et offraient une si forte contexture,que cette rondache suffisait à parer les flèches d'une arbalète espagnole. Ces espèces de boucliers leur servaient aussi à se couvrir et à se défendre des pierres lancées par la fronde , de toutes les armes oflensives la plus dangereuse.

ils se servaient avec beaucoup d'adresse de toutes les espèces d'armes de trait ; ils se battaient en désespérés ; car un noble ne jouissait des privilèges de son rang et ne pouvait avoir de vassaux qu'après avoir fait un prisonnier. C'est par le nombre des ennemis qu'il avait pris qu'un guerrier était classé dans l'estime publique.

Leur vêtement consistait anciennement dans deux ou trois manteaux d'une vare et demie en carré , noués par en haut, le nœud se mettant pour les uns sur la poitrine, pour

les autres à l'épaule gauche, et souvent par derrière. Les manteaux des seigneurs , des nobles et des chefs de l'armée étaient de plumes et de poils de lièvre et de lapin ; le tout brillant et délicatement fait , avec des nuances de diverses couleurs. La basse classe s'habillait d'étoffe de coton. Les uns et les autres couvraient leurs nudités d'une longue bande d'étoffe , semblable à un almaizar, qui leur faisait plusieurs fois le tour du corps et passait ensuite entre les jambes , les extrémités retombant par-devant jusqu'aux genoux.

Il n'y avait de différence entre le costume des plus pauvres et des plus riches que dans les ornements et dans le travail des étoflfes employées.

Tous les Indiens portaient des cheveux longs comme ceux des femmes ; ils les tressaient et les arrangeaient de diverses manières pour la guerre. Ils n'avaient aucune chaussure ; cependant à Meztitlan ils ont des espèces de sandales.

Maintenant ils ont des chemises et des pourpoints comme nous ; ils portent aussi des culottes plissées ( zaragiielles ) , des chapeaux , des souliers et des bottes ; quelques - uns même ont de larges casaques ( sajros) ; presque tous montent à cheval sans selle ni mors*

Ils n'estimaient anciennement que les vêtements^ les armes et les objets qui servaient à leur nourriture; d'autres richesses leur étaient inconnues /à l'exception de quelques bijoux en or et en pierreries ; car leurs guerres continuelles avec les habitants du Mexique les empêchaient de participer aux richesses de cette contrée.

Ils se nourrissaient autrefois des oiseaux et des animaux qu'ils prenaient à la chasse : le pays en abonde, surtout dans la partie montagneuse ; du poisson , qu'ils pèchent en grande quantité ; du mais, dont ils font trois et quatre récoltes par an , et du chile.

Leur boisson consistait en liqueurs de plusieurs espèces; les unes provenaient de la

canne à sucre et de divers fruits ; une autre était extraite de la racine appelée ocpatU :

c'était celle qu'ils préféraient et dont ils buvaient jusqu'à s'enivrer.

Ils mangent maintenant des ^poUles qu'ils élèvent eux-mêmes, des haricots et une grande variété de légumes et de fruits^

Cette province et toute la partie des mon-^ tagnes ont toujours été et sont encore exemptes de maladies ; malgré les pestes qui ont régné ailleurs , ce pays , grâce à Dieu , n'en a été atteint que très-légèrement.

Réponse aux questions XV! , XVII, XVIII.

La ville de Meztitlan est située au midi et sur le penchant de collines àpi*es et pierreuses. L'église et le couvent sont au sommet ^ et le terrain, qui est sec et ne produit aucune espèce d'arbres , est peu propre à être ensemencé.

SUR LE MEXIQUE. 3i9

Pour venir à la ville de Meztitlan on traverse une vallée située entre deux ravins :

ceHe-ci a troi& lieues de long^ et^sa Idt'geùr est d'environ une lieue. Elle est traversée p^ une rivière dont les eaux sont très-^abôndantes^ et dont les fréquentes inondations empêchèrent les naturels de peupler cet endroit; car toute la vallée n'était ancienneineiit ffR'un lac, et Ton ne pouvait arriver à Me^t^tlaut qu'avec des canots. Le climat de cette ville , ainsi que de tous les villages qui avoisinent la vallée , est chaud et sec ; le ciel y est serein , et les naturels n'ont jamais eu à se plaindre de maladies. Les autres villages qui en dépendent sont situés sur les montagnes et vers la partie du nord : ceux-là ont une température très-froide ; mais elle est chaude pour ceux qui sont dans les vallons et les ravins ; et là , la fertilité de la terre est plus grande, et les récoltes de fruits et autres produits y sont plus abondantes.

Toutes les provinces dont j'ai parlé , qui

étaient soumises à celle de Meztitlan, sont situées vers la partie du nord-est. Le pays est raontueux^ âpre et humide; on y voit rarement un ciel serein , et le brouillard , qui y est très-épais, tombe sur la terre, et fait du bien au mais, aux axis (piments) et autres plantes ; de sorte que l'année où il y a tombé beaucoup débrouillard est une année heureuse. Presque partout on fait deux récoltes par an ; la première a besoin d'être arrosée, mais pour la seconde il suffit des brouillards qui régnent de décembre jusqu'en avril.

Réponse aux questions XIX , XX , XXI»

La rivière qui traverse la vallée de Mezti**

tlan , et qui est assez considérable, prend sa

source dans le village de Tulacingo , qui est

à quatorze lieues de la capitale.

. Les naturels profitent dans quelques en-

droits des eaux de cette rivière, et recueillent une grande quantité d'axis, de haricots et de chian. Depuis deux ou trois ans ils sèment du blé qui produit abondamment, puisque d'une fanègue ils en retirent cinquante et quelquefois davantage. On pourrait arroser toute la vallée par le moyen de canaux qui prendraient l'eau à la rivière, dont la position faciliterait l'entreprise. Le climat de cette vallée est excellent, on n'y a jamais vu de gelée , et il y pleut trèspeu , ce qui serait à désirer pour le blé qui exige d'être arrosé.

Cette rivière suit son cours à travers la vallée jusqu'à trois lieues de Meztitlan , et là, arrêtée par une haute montagne formée de rochers à pic , elle forme un lac qui grossit ou diminue suivant la quantité des eaux qu'elle reçoit. Dans la présente année (1579) , celles-ci ont été si abondantes que le lac a pris quatrelieuesdeplus d'extension, et sa profondeur est telle que de gros navires pourraient

y naviguer.

Du même côté de la montagne où vient se précipiter le fleuve , est une cavité entre les rochers à travers laquelle il se fraie un t^he* min et se perd pour paraître à une demi-lieue de là; mais l'endroit par lequel il passe n'a pas plus de largeur ni ne peut recevoir plus d'eau que n'en contient le lit du fleuve ; de sorte que les eaux , venant en trop grande abondance, sont obligées de s'y arrêter, et forment alors le lac dont j'ai parlé. On ne trouve dans cet endroit d'autres poissons que des moxarras.

Un moine, qui se nommait Fray Nicolas de San Pablo, essaya d'écouler les eaux de ce lac; à cet eflet, il commença par ouvrir un passage à travers la montagne en taillant dans le roc; mais des com mandeurs de cette province firent cesser les travaux d'après un ordre de l'audience royale. Il serait d'une grande impor^ tance d'écouler les eaux de ce lac, l'entreprise n'en étant pas trés-diflficile.

Réponse aax questions XXH , XX\\\ , XXlV , XXV.

lies arbres que l'on trouve communément sur les montagnes de cette province sont le pin , le chêne , le chêne vert , le cèdre et Farbousier : les naturels n'en font d'autre usage que pour brûler et construire leurs maisons.

En terres chaudes, au lieu de ces arbres qui n'y existent pas , on en trouve d'autres dont le bois est très-tendre et qui ne peuvent être d'aucun usage. Il y a aussi d'autres arbres dont le bois est très-estimé et qui s'appellent hacuitolquahuitl. C'est un bois de diverses couleurs , entre violet et fauve , avec des filaments et des dessins : quoique très-dur il est facile à travailler.

Les arbres fruitiers qu'on cultive dans cette province sont très-nombreux en espèces et en qualités : tous ceux auxquels convient une terre froide y viennent très-bien , tels que les duraznos (pèches ) , les cognassiers, les

abricotiers, les pommiers, les noyers, les cerisiers et les pruniers. En terres chaudes , on trouve en abondance des orangers, des limoniers, des cédraSydes toronjos (citronniers) et des figuiers. La canne à sucre y vient aussi en grande abondance ^ et les fruits du pays sont en très - grande quantité et d'espèces très-variées.

Les grains et légumes dont se nourrissent et se sont toujours nourris les naturels , sont : le mais , les haricots , le chian , et les grains de calebasses , dont il y a aussi grande abondance.

Sur les montagnes on ne peut avoir de blé,, à cause des brouillards continuels qui rendent la terre et l'atmosphère trop humides ; mais dans toute la vallée de Meztitlan, on en a considérablement. On a cultivé les vignes ^ et on a obtenu des raisins ; mais les Indiens ne les aiment pas et n'en plantent pas , quoiqu'il y ait des endroits très-favorables à cette culture.

Ce fut Alonso de Villaseca qui commença ^

il y a vingt ans environ y à introduire la eu)ture de la vigne ; mais un certain Fi\ Nicolas de San Pablo fit arracher celle qu'il avait plantée , disant que c'était préjudiciable aux naturels. Ce même religieux fit couper sous le même prétexte un grand nombre de mu^ riers dont on faisait de la soie très-belle; et encore aujourd'hui /on trouve dans la vallée les débris de ces mêmes mûriers coupés.

Ce pays-ci ne produit point de cochenille, mais il y a beaucoup de nopals sauvages ; quant à des oliviers y il n'y en a que dans le jardin du couvent de cette ville. Je les ai vus : ils sont très-grands , et ne donnent pas d'olives à cause de la trop grande aridité de la terre.

Réponse aux questions XXVl et XX Vil.

La salsepareille, si commune dans toutes les montagnes de cette province , est le remède

général dont se servent les Indiens; <!ar la plus grande partie de leurs maladies oonsîs^ tent en bubons qu'ils guérissent avec de l'eau de salsepareille et des sueurs abondantes.

Les animaux sauvages sont ici en grand nombre et d'espèces diverses : on tprouTe des cerfs du pays, des lapins, des tigres, deà lions, des loups, des renards et des sangliers.

Les animaux domestiques vivent très-*difficilement , parce que ce pays--ci est très<-m<Mi-< tagneux, qu'il n'y a pas de pâturage et que sans cela il n'y a pas possibilité d'avoir du bétail ; car dans les couvents dé religieux qui sont dans cette province , tous les moutonâ qu'on y apporte de loin sont mal nourris, et ils finissent par mourir pour avoir mangé des herbes vénéneuses.

Heponie aux questions XXYIU , XXX et XXXi.

Dans aucune des provinces de cette chaine de montagnes, on n'a pu, malgré tous les efforts, trouver de mines d'or ou d'argent ■$ les bonnes dispositions du terrain ayant trompé dans cette circonstance. Il n'y a que celles d'alun et de couperose, qui appartiennent aux héritiers du commandeur Juan Baeza, par une grâce particulière que S. M. l'empereur D. Charles lui a faite , afin qu'aucune autre personne que lui ne Jouit du bénéfice dudit alun pendant soixante ans.

On n'a trouvé aucune saline, car à l'époque où les Indiens étaient en guerre avec leura voisins , ils usaient de tout sable ou de toute teiTe qui avait un goût salé ; et maintenant^ par le trafic général qui existe , ils l'obtiennent de Panuco , port de Tampico , où il y a beaucoup de grandes salines. Le commerce du sel est le seul qui existe dans toutes ces

montagnes , et cette matière sert de petite monnaie pour toutes les choses que lès Indiens s'achètent entre eux.

Les maisons ont très-peu changé depuis les temps anciens , et il existe peu de différence entre les nouvelles et les anciennes, les demeures ayant été toujours de la même hauteur et élevées du sol de quelques degrés.* La* couver^ turedu toit est en paille, principalement' à cause du brouillard continuel qui rend la terre humide. Les huttes de la basse classe sont hideuses et très-petites. Les maisons dés sei^ gneurs ont une cour , et à l'entour quelques appartements pour recevoir , deux salles trèsgrandes , et tout le reste est i^servé pour le

service de la maison : les dortoirs , dépenses et cuisines sont retirés dans le fond avec des entrées et des sorties donnant sur des rueUès étroites et secrètes; tout cela ressemble, par cet arrangement de chambres séparées, à une espèce de labyrinthe.

Réponfe anx quesUons XXXIU , XXXIV et XXX,V.

Le commerce entre les Espagnols et les In*diens consiste en ventes et échanges de divers produits, dont le principal est le seL Les Indiens se contentaient généralement du trafic de quelques objets popr d'autres , et la monnaie d'alors consistait en petites mantilles de cinq ou six palmes de long et de trois lés. Ces échanges se faisaient dans les marchés^ où L'on se procurait le nécessaire pour tous les jours ; hors de là il n'était permis de faire aucun échange. Le cacao, qui sert de monnaie et de boisson à la Nouvelle-Espagne , leur était inconnu , et même aujourd'hui ils ne s'en servent pas.

Le tribut des habitants de Meztitlan et des montagnes consiste en manteaux qui ont cinq vares de long , trés-difFérents de ceux qu'on fabrique à Campêche dont le fil est tordu et tissé comme le cordollate d'Espagne.

330 PitcES

La province de Meztitlan , avec celles qui bordent les montagnes et que j'ai déjà nommées , sont du diocèse de l'archevêché de Mexico. Depuis Meztitlan jusqu'à cette dernière 9 il y a vingt-cinq petites lieues; )e che* min est droit et traverse la plupart du temps une vaste plaine.

Les couvents qui sont compris dans les provinces de la juridiction de l'Alcaldia mayor de Meztitlan sont les suivants :' Un dans la ville de Meztitlan , avee quatre religieux de saint Augustin qui y demeurent; Un dans le village de Tzaqualticpau , avec

quatre religieux ; Un à Molango , avec quatre religieux ; Un à Suchicoatlan , avec deux religieux; Un à Tlanchinolticpac , avec quatre rcli-^

gieux ; Un à Guaxutla , avec quatre religieux ; Un à Xelitla , avec deux i^eligieux ; Un à Chapuihuacan , avec deux religieux; Un à Tzicicaztla, avec deux religieux.

SUR LE MEXIQUE. 33f

De sorte que tous les couvents étaient de l'ordre de saint Augustin.

La présente relation a été faite par moi , Gabriel de Chaves y sur les renseignements que j'ai pris des Indiens les plus âgés de la province , ainsi que d'autres personnes ^ qui m'ont informé de tout ce que je rapporte ici, m^appuyant de plus sur d'anciennespeintures (fcie j'ai vues de mes propres yeux , et sur l'expÀ^ienceet les connaissances que j'ai acquises pefndant mon administration de la justice dans cette province et juridiction de Meztitlan.

Eil foi de quoi je le signe de ma main.

Gabriel de Chaves.

Lettre de Fr. Domingo d^la Aammciacion , prormcHil

des dominicains.

Chalco, ]e so septembre i554.

D'après les ordres qui ont été envoyés d'Espagne au vice-roi et à l'audience de la Nouvelle - Espagne , Fr. Bernard d'Alburquerque, provincial de ce pays, à moi Domingo de la Annunciacion , prieur du couvent de S.-Vincent de Chimalhuacan , dans la province de Chalco , de réunir les vieillards et

les principaux Indiens , et de leur demander ce que S. M. désire savoir; j'ai donc réuni ceux de Chalco , Tenango^ leur descendance, et après les avoir invités à me dire la vérité en conscience, voici ce qu'ils m'ont répondu :

D. Pedro , vieillard et chef de Mamalhuazaca, dépendance de Chimalhuacan ; Diego Sanchez , vieillard et chef de Tepetixpanj Bernardino de Santo Domingo et DomingoVazquez, vieillards et chefs de Chimalhuacan; D. Juan,

vieillard et chef de Teteoe; Martin de Pablo^ un des principaux de Tepetixpan , déclarent qu'ils ont souvenir d'avoir été gouvernés successivement par cinq rois de Mexico qui régnèrent ensemble trente-huit ou quarante ans. Le premier, HuehueMontezuma, fit la conquête de la province de Chalco , et n'en exigea aucun tribut pendant son règne , parce qu'il regardait plutôt les habitants comme ses alliés que comme ses vassaux • Axayacatzin lui succéda : celui-ci leur envoya un intendant qui leur fit cultiver, pour son maître , deux champs qui avaient quatre cents mesures de long et huit de profondeur ; ils ne lui payèrent pas d'autre tribut, mais ils lui fournirent des soldats pour conquérir diverses provinces ; il en fut de même pendant le règne de Tizoctzin et d'Ahuitzotl , qui , loin d'augmenter leurs prétentions, donnaient aux chefs de Chalco des bijoux d'or , des colliers, de riches étoffes et des armures brillantes.

Montezuma, qui régnait encore quand les

Espagnols arrivèrent dans ce pays^ exigea d'eux qu'ils vinssent à Mexico pour assister aux danses et aux fêtes solennelles qui se célébraient deux fois par an , et que deux fois aussi ils donnassent certaine quantité de guer* riers pour l'assister dans ses conquêtes : ils devaient aussi apporter deux ou trois fois du bois , des pierres et du sable pour les édifices qu'il faisait construire à Mexico ; mais ils ne les transportaient que jusqu'à Puerto de Ganoas , qui n'est qu'à cinq lieues de leur ville. Ils lui livraient aussi la même quantité de mais qu'à ses prédécesseurs ; mais quand les seigneurs et les chefs venaient assister à ces fétcs^ Montezuma leur distribuait des bijoux , des vête* ments , du cacao , des poules et d'autres pro^ visions.

Quand le marquis del Valle arriva dans ic pays , les Indiens de Chalco et des environs se soumirent volontairement, et lui fourni-^ rent des vivres. Le marquis les traita trèsbien , et après s'être informé de c6 qu'ils

fmyaient à Montezuma , il leur ordonna de l'aider dans son expédition , et de )ui payer quatre cents charges de mais. Cela dura jusqu'au temps de Nuno de Guzman y qui exigea de Chimaihuacan et de Chalco les huit mille charges de maïs qu'elles paient encore aujourd'hui. Depuis le temps du marquis on les oblige aussi de venir à Mexico pour aider aux travaux publics et particuliers, et pour servir les Espagnols j ce qui leur fait beaucoup de tort ; car comme il leur faut deux jours pour aller et autant pour revenir, on ne leur paie que deux jours de travail par semaine, sur le pied de huit maravedis par jour.

Les témoins déclarent que les gens du peuple s'acquittaient envers leur chef en construisant sa maison et en cultivant son champ, et que la quantité de vassaux qu'ils avaient dépendaient des services qu'ils avaient rendus à la guerre. Les guerriers qui n'étaient pas chefs étaient récompensés de leurs services par des marques d'honneur qu'ils portaient

dans les danses; ils ajoutent que tout cela se trouve dans leurs anciennes peintures ^ et qu'ils sont prêts à les présenter quand on l'exigera. Ils m'en ont montré quelques-uneSi et je les trouve conformes à ce qu'ils disent; ils ajoutent que tout le monde , chefs, macehuales ou marchands, fournissaient leur quote-part du tribut qu'on devait payer et que personne n'en était exempt.

Les gens du peuple payaient le tribut aux chefs en raison des terres qu'ils possédaient ; de sorte que celui qui en avait beaucoup payait plus que celui qui en avait moins.

Les marchands payaient avec les objets dont ils faisaient le commerce.

Les terres appartenaient à la nation , à la ville , ou au quartier. Quelques chefs les ont vendues ^ et ceux qui les ont achetées les ont transmises à leurs descendants; mais tout était dans le principe des altepetUdis ou terres appartenant aux villes , des çalpuUaUs ou terres appartenant au quartier. Il y avait

SUK LE MEXIQUE. 337

cependant quelques tecutlallis ou terres qui appartenaient en propre aux chefs. Ceux-ci y recevaient les fugitifs des autres pays et les traitaient bien pour les engager à rester avec eux et à les servir.

Les tributs que l'on exige d'eux ne sont pas aussi excessifs qu'ils l'étaient autrefois. Partout où vont les juges envoyés par le viceroi et l'audience, les tributaires obtiennent justice quand ils réclament.

Les témoins rapportent que depuis un temps immémorial, dans toute la Nouvelle-Espagne, les chefs se succédaient en ligne directe. Quand un chef mourait sans enfant , sa succession passait à son frère ou à son plus proche parent. Un chef avait quatre conseillers, dont il était obligé de suivre l'avis dans les circonstances importantes. Us rendaient la justice et châtiaient le coupable conformément aux lois qui existaient dans le pays.

Quand le marquis eut résolu de leur faire

payer le même tribut qu'ils payaient à Monte- 16. a2

zuma, il convoqua tous les chefs de la proyince de Chalco , qui convinrent de livrer deux mille quatre cents fanègues de mais. Maïs quand Nuno de Guzman profita de Fabsence du marquis^ qui était aliéàHibueras, pour en exiger huit mille , il ne les convoqua pas et ne demanda le consentement de personne. Il fit seulement signifier aux habitants de Tlamanalcoy qui en prévinrent le reste de la province , et ceux-ci se soumirent de crainte de mauvais traitements. Ce fut par le même motif qu'ils lui fournirent de l'or et des esclaves, et qu'ils vinrent travailler aux édifices qu'il faisait construire.

Tout le monde paye sa part du tribut qui est du à y. M. ou aux commandeurs , à l'exception des seigneurs , au moins dacns cette province, car dans beaucoup d'autres ils sont tenus d'en fournir leur part.Rîen n'^tfle du reste la misère des Indiens. Us vivent de peu et n'ont presque pas de vêtements ; ils dorment à terre , une pierre ou un ns6roeait.

de bois leur sert d'oreiller. A Texception de ceux qui habitent dans les environs des couvents , que les religieux ont commencé à civiliser , tous les autres vivent comme des sauvages , et il serait bien nécessaire de les réunir dans des villages : cela sera le salut de leur corps et de leur âme. On pourra alors parfaitement régler leurs tributs, car maintenant les chefs leur font payer ce qu'ils veulent; les alcaldes sauront le compte des morts et des naissances ; l'on pourra voir aussi s'ils vivent dans la foi chrétienne et s'ils reçoivent les sacrements.

Dans ce pays comme ailleurs, il y a des terres qui sont plus petites les unes que les autres; il faudrait en faire la différence dans la perception de l'impôt; peut-être vaudraitil mieux le faire payer par tête , afin que la part de ceux qui meurent ne retombât plus sur les survivants , ce qui a été une grande cause de calamité pour le pays. Tel village de cent feux payait 600 fanègues de maïs ou 60O

pesos 9 et si la peste faisait périr la moitié ou même le tiers des habitants dans l'espace de quelques années , on n'en forçait pas moins les survivants à payer la totalité du tribut. Cependant il y a dans cette province un endroit nommé Teteoe, qui était autrefois trèsconsidérable et la capitale d'une province, et qui maintenant ne contient que trente-cinq maisons. Il ne faut pas non plus permettre que ceux qui sont chargés de percevoir le tribut aillent de maison en maison pour se faire payer comme ils le font à présent, parce que les tequitlatos ou percepteurs profitent de cette occasion pour dépouiller les Indiens qui ne savent à qui se plaindre. L'impôt devrait être payé à la maison commune, en pré-, sence du gouverneur et des alcaldes.

Quant aux dîmes, il serait bien dur de les exiger des Indiens^ qui sont déjà si pauvres. Il y a dans presque tous les villages des religieux qui les instruisent. Les Indiens leur construisent des églises, fournissent des or-

SUK LE MEXIQUE. 341

nements et leur donnent de quoi vivre. Cette charge est bien suffisante pour le moment.

Tout ce que je viens de dire ne se rapporte qu'à la province de Chalco, et les chefs m'en ont prouvé la vérité par leurs anciennes peintures. Il y avait sans doute d'autres usages dans d'autres endroits, comme on le verra par les rapports ; mais je puis attester la vérité de ce que j'avance relativement à cette province.

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