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D. Antonio de Meadoza , comte de Tendilla et frère du marquis de Mondejar, fut nommé, en iSSs , vice-roi de la Nouvelle-Espagne , qu'il gouYema pendant dix-sept ans. Il fut envoyé, en i54g * au Pérou en la même qualité. Il arriva à Lima «n i55i et y mourut Tannée suivante.
Mexico , le lo décembre iSSj.
J'ai reçu deux lettres que V. M. m'a fait écrire en réponseàdeux autres que je lui avais adressées. La première est du 9 septembre dernier, et l'autre du 3 février. Je répondrai dans celle-ci à toutes les deux.
Les ordonnances par lesquelles V. M. prescrit que les afiFaires entre les conseils seront jugées dans les mêmes formes que celles entre les particuliers ont été reçues , et seront exé-
cutées. Cette mesure était très-nëoessaire pour éviter les procès et les frais.
V. M. prescrit de déposer dans la cûsâe du trésor ce qui est resté des fonds qui avaient été prélevés pour les travaux du pont et pour Tachât des outils nécessaires pour ouvrir la route conduisant aux mines d'argent. Cela est déjà fait; il en sera de même toutes les fins que Ton percevra des deniers pour un semblable objet.
V. M. a ordonné au juge de résidence de la Nouvelle-Galice d'envoyer la copie de la procédure que Nuno de Guzman a fait instruire contre les personnes qui ont fiiit marquer des esclaves. J'ai ordonné que l'on s'occupât de ce travail , et aussitôt qu'il me sera parvenu , je renverrai à V. M.
Quant au compte et aux honoraires des juges qui en sont chargés , on se conformera aux ordres de V. M.; mais cela ne peut se fiiire aussi promptement que V. M. parait le penser. Les personnes chargées de cette affaire ont été
fort occupées jusqu'à présent à vérifier les andens comptes et à recouvrer les déficits qui existaient , ce qui a produit au delà des honoraires qu'on leur paie. On commence à vérifier les comptes des. facteurs , et l'on met à ce travail toute lift promptitude possible.
J'ai déjà écrit à Y. M. à l'égard des comptes du trésorier, que l'on avait cru ici que le paragraphe de votre instruction sur cette matière ne le concernait pas ; c'est pourquoi l'on ne s'était pas occupé de les régler. A cette dépêche était jointe une ordonnance de V. M. adressée au licencié Loaysa , dans laquelle V. M. donne à entendre qu'elle a ordonné de vérifier ses comptes. Nous n'avons pas encore reçu la dépêche principale à laquelle se rappo^^tel'ordoîinance, etsi toutefois elle est arrivée , je n'en ai pas entendu parler. Pour l'ordonnance dont je viens de parler, V. M. dit que le licencié Loaysa sera assisté , dans la vérification des comptes , par le procureur fiscal de l'audience. Je ne puis cacher
à V. M. que c'est un homme tout à fait incapable , et qu'il vaudrait autant chai*ger une bâché de cette commission.
A l'égard de la suppression du subside que Ton accorde à la ville de Los Angeles , il m*a semblé que cette mesure était prématurée^ et qu'il fallait la retarder jusqu'à ce qu'elle eût pris plus de force. On exécutera les ordres de V. M., maisjecrains que là charge ne retombe sur les habitants de Tlaxcala. Us méritent cependant d'être mieux traités que les autres , à cause des services importants qu'ils ont rendus lors de la conquête de ce pays, et de l'assurance que Ton a de trouver en eux toute espèce de secours en cas de révolte.
La gratification que V. M. a ordonné de payer à l'évêque de Guaxaca est fort juste; ce prélat la mérite, et cette faveur est bien placée. V. M. saura qu'il n'y a pas de province dans ce pays où les employés aient de quoi pourvoir à leurs besoins ; la même grâce m'a été demaiidée par les évêques de Tlaxcala et de
Guatemala : ils y ont autant de droits' que l'évêque de Guaxaca.
J'ai reçu l'ordonnance de V. M., par laquelle elle prohibe dans ce pays l'usage des brocards, des draps d'or et d'autres objets semblables. V. M. petit être persuadée que par cette décision elle a rendu un grand service à Dieu , au pays et aux habitants. Lies choses en étaient venues à un tel excès , qu'il n'y avait plus d'autre remède à y apporter. Les sommes qui ont été dépensées pour les objets de luxe sont immenses, et les personnes qui les possèdent ne peuvent pas les faire exporter sans faire des pertes considérables. J'ai donc jugé à propos de retarder pendant quelque temps la promulgation de l'ordonnance, en disant chaque jourà tout le monde qu'on allait la publier, afin que chacun usât les habillements qu'il possédait, et n'en fît pas fairede nouveaux. Quand je croirai le moment opportun arrivé, et que Tannée que V. M. accorde après la publication de l'ordonnance suffise pour pou-
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voir user les habillements qui >i|pntiîuta ; Jt&'la promulguerai y ce que je n'^î pas fkit juaqil'à présent y parce que j'ai cru que l'intentidù de y. M. était d'éviter la perte qpe pourraient faire les particuliers.
A l'égard du changement des localitddi dé»
arsenaux y dont V. M^ ordonne la prompte exécution , attendu que cela intéresse aop service et la sécurité de cette ville et de ce pays , j'ai déjà écrit à V. M. qu'il n'y avait pas d'endroit favorable à ce chan* gement ; car il faudrait une situation commode au service des brigantin^, dont Tutilité est positive. J'ai été visiter l'endroit que l'on avait indiqué; il ne convient pas à cause des bas-fonds qui s'opposent mêmie à la navigation des canots. J'ai l'intention de faire bâtir une tour, dans le getire d'une forteresse y sur une des chaussées de œtte ville y dans l'endroit qui me paraîtra le plus favorable. L'alcalde y ferait sa résidence; mais dans cette supposition , les bri-
gantiiis ne seront pas plus utiles que dans d'autres ports.
V. M. ayant été informée que Ton trouve dans ce paysnci de bonne matière première pour fondre des canons, a donné Tordre que l^on s'ien occupât , et que Ton en envoyât une certaine quantité à Séville. J'ai déjà écrit à V.M. qu'il existe lin grand nombre de mines dont on peut extraire une quantité considérable de métal/ et fondre toutes les pièces iqu'elle demandera; mais que le manque d'ouvriers pour l'extraction et la fonte , et de chefs capables de les diriger, fait que l'oii néglige ces travaux ; c'est pourquoi l'on retire peu de cuivre de ce pays. Celui qui vient d'Espagne coûte dix ou douze piastres le quintal ; c'est à ce prix que j'en ai payé une petite quantité , qiie j'ai fait acheter pour réparer quelques pièces d'artillerie. Je prie V. M. d'envoyer les ouvriers et les chefs d'atelier que j'ai déjà demandés , et aussitôt leur arrivée, on s'occupera de cette affaire.
J'ai écrit à V. M. qu'il était convenable d'instituer des alcaldes majors dans les provinces de ce pays, qui sont éloignées de l'audience royale, afin qu'ils veillassent sur les Indiens, et s'occupassent de leur conservation et de leur bon traitement. L'absence de ces ofiBciers est cause que les naturels sont trés-roaltraitës et souffrent beaucoup. V. M. m'a fait répondre que, jusqu'à ce que l'on y ait pourvu radicalement, il suffit qu'un auditeur aille de temps en temps faire une tournée dans les provinces où l'on sait que les naturels ne sont pas bien traités. J'ai déjà écrit à V. M. qu'il n'y a dans cette audience que deux auditeurs , les licenciés Ceynos et Loaysa ; car le licencié Quiroga s'occupe plus des affaires de son église que de celles de l'audience , et sa présence est trèsutile : si j'en envoyais un en tournée, il n'en resterait plus qu'un ici , et cela n'est pas suffisant pour les affaires du pays.
Si l'on instituait les alcaldes que je propose, on empêcherait le mauvais traitement des In-
diens, et Ton pourvoirait à leur conservation et à leur conversion, chose qui ne se fait pas aujourd'hui, et à laquelle on ne pense pas dans bien des endroits. Si V. M.
pensait que l'institution des corregidors dans les villages fût suffisante, je lui ferais savoir qu'il n'y a rien de plus convenable pour dégrever sa conscience royale que d'abolir ces charges; car elles sont remplies par des personnes inhabiles qui négligent les intérêts des Indiens, ne s'occupent que de la perception des tributs, et volent les naturels le plus qu'elles peuvent; toutes choses qui retombent sur la conscience de V. M. Ces abus ne peuvent s'éviter ; il m'est impossible de faire ce que je dois pour le service de V. M., et de remplir les autres obligations de ma charge, si l'on n'institue pas des alcaldes majors.
V. M. fait expédier une ordonnance par laquelle elle dit que tout l'or du trésor royal ou appartenant à des particuliers doit être transporté à l'île Espagnole, attendu qu'elle a
donné des ordres pour qu'une flotte se rendit dans, cette île , et escortât les convois d*ôr. Je Tai faitpublier suivant rinstructiôn de ¥« M»; mais il parait que cette mesure a des incotivénients : d'abord ^ les navires qui foiit le voyage d'ici à l'ile Espagnole sont très -«peu nombreux ; ils n'y touchent que quand ils ont éprouvé des avaries ou pour d'autres motifs de ce genre. La traversée d'ici àl'ile Espagnole est très-difficile et très-dangei^euse. Il faut atttaffït de temps pour s'y rendre que pour faire tôOt le reste du voyage ; il faut ajouter à belà que tes négociants ont de là peine à exposer letii* argent à tant de dangers et de retai'ds. lli sont persuadés que si leur or est envoyé avec celui de V. M., on le leur prendra saAs leiir rien laisser , et les facteurs qui tont dans éè pays auront de botines raisons pour lïe pas l'envoyer ; ce qui occasionnera la faillite de leurs chefs , et la ruine d'une grande partie du coYnmerce de ce pays qui souffre d^ beaucoup. C'est pourquoi il fne semble (pie
puisque une flotte doit venir à Tite Espagnole, il serait aussi bien de la diriger sur la Havane , qui se trouve sur> la route dii Pérou , du Mexique et de Honduras , et du nouveau royaunie de Liéot^. On pourrait réunir tout l'or qui vient de ces contrées. Deux caravelles de la flotte de l'ile Espagnole ne pourraientelles pas être détachées et se rendre au port de San Juan d'Ulloa , pour transporter Tor jusqu'à la Havane; les négociants n'auraient alors aucune excuse pour éviter de l'expédier, comme ils en ont aujourd'hui? V. M, doit prendre fort à cœur la conservation de la Havane : il serait nécessaire qu'elle fît construire une forteresse dans cette île pour prot^er les navires, car elle se trouve sur le passage de tous ces pays-ci ; et si l'ennemi s'en emparait, on ne ne pourrait pas en trouver une autre sans bien des difficultés.
Par la lettre de V. M. , datée de Valladolid , du 3 février de cette année, je vois qu'elle est informée de la nécessité qu'il y a de
construire au port de San Juan d'Ulloa une forteresse et un abri pour les navires.
Une ordonnance m'ayant autorisé à prendre les mesures nécessaires^j'aipris^ aussitôt mon arrivée dans ce port, des barques et des pilotes, en me faisant accompagner par des capitaines des vaisseaux qui étaient à l'ancre; j'ai fait avec eux le tour des récifs , j'ai pris leur avis sur les constructions qu'on devait faire , et j'en ai envové le résultat à V. M,
Pour faire face aux dépenses que nécessitent ces travaux, j'ai établi un impôt sur les marchandises venant d'Espagne, en suivant les règles qu'on avait observées à l'île Espagnole lorsque l'on fit le pont ; et pour ne pas toucher au trésor de V. M. , je lui ai fait savoir que bien que cet impôt ait produit largement ce qu'il fallait pour les travaux, il était nécessaire cependant de prendre certaines sommes dans le trésor pour se procurer des esclaves et pour d'autres achats, ce qui eut lieu , car on prit deux mille pesos pour les besoins
présents , qui ont été repayés dans la caisse royale par le produit de l'impôt qu'on a rétabli. J'ai eu une réponse à cette alSaire dans laquelle on approuve ma conduite.
Plus tard, le 25 décembre passé, j'ai fait savoir à V. M., qu'au mois d'août il s'était élevé un ouragan qui avait jeté à la côte deux vaisseaux , dont l'un avait son chargement et était prêt à partir pour l'Espagne ; et l'autre , arrivé depuis peu, qui n'avait pas encore déchargé ses marchandises. Le premier s'est perdu entièrement, l'autre a échoué, mais oïl' a pu le sauver.
Au mois d'octobre , il y a eu une si grande tempête , que six navires qui étaient dans le port furent sur le point de se perdre; comme sur toute la côte on ne connaissait pas encore d'autres ports, j'ai cru qu'il était nécessaire de faire marcher les travaux avec la plus grande promptitude , et pour cela il fallait plus d'argent que n'en produisait journellement l'impôt. Pour acheter cinq ou six em- 16. 16
barcationSy il faut 4^000 pesos de mines, et vingt esclaves qui en coûteraient 2,000, ainsi que les outils et autres objets qui reviendraienl au même prix. Gomme cette domme excède ce que l'on pourrait encaisser dans Un an , je n'ai pas osé la prélever sur les produits de Valmojarifazgo ( droits d'entrée et de sortie des marchandises ), sans que Y* M. en donnât l'autorisation. Je pourrais prélever sur le trésor royal la somme de 1 0,000 pesos , que je rembourserais à mesure que les droits rentreraient; je solliciterai aussi la permission de distribuer aux ouvriers employés à ce travail une certaine quantité de mais , de haricots , diaxi , et d'exempter d'une partie des tributs les habitants de la côte qui s'en occupent. CSette affaire est si importante que si ma présence n'était pas nécessaire dans la capitale , j'iraia résider trois ou quatre mois dans ce port pour presser les travaux, et; je me ferais un plaisir d'aventurer ma vie pour sauver celle de tous ceux qui périssent dans ces parages. ;
Qudquea ouvriers biscayens, que j'ayais enrôlés pour cela , sont morts. J'ayais donné À Sancho de Piniga, capitaine d'un vais^ 9eau qui partait pour l'Espagne > 2^000 pesos de mines pour qu'il rapportât des outils et df autres objets nécessaires^ ainsi que dix ancres et dix gros câbles pour rester dans le port y afin que les navires pussent s'y amarrer. Il se trompa de route et il remonta sur Tabaseo. Le désir de voler l'or et l'argent qu'il portait et de conserver son navire l'engagea de jeter l'ancre près de terre; mais le navire entrait si profondément dans l'eau que l'équipage eut la plus grande peine à en sortir. Ëp déchargeant l'or et l'argent dans la barque> ils jetèrent exprès dans la mer une caisàe qu'ils avaient préparée ; mais quand elle fut repêchée, il se trouva qu'elle ne contenait qu'une culasse de mortier , de sorte que l'on s'aperçut clairement du vol. Le licencié Tercero, qui était parti pour s'occuper de l'affaire deS esclaves^ comme je l'ai écrit à V. M., se
trouvait sur les lieux; il fit arrêter Sancho de Piniga et quelques marins par les alcaldes. On lui reprit les 2,000 castillans qu'il avait emportés ainsi que beaucoup d'or, et de Tai^nt appartenant à des marchands. Aussitôt que l'audience en fut instruite, elle autorisa le lî-^ cenciéTercero à se saisir de l'afiaire; car je crus qu'elle n'était pas de nature à être confiée aux alcaldes ordinaires. Le même jour où Tordre arriva, le coupable parvint à s'échapper, parce que la prison était en mauvais état. Jusqu'à présent l'on ne sait ce qu'il est devenu. Ces contre-temps sont la cause que Ton ne s'occupe jusqu'à présent qu'à exploiter d'énormes blocs de pierres pour les fondations , et Ton attend d'Espagne un bon ingénieur pour diriger les travaux ; il serait convenable que V. M. fit i^echercher en Biscaye un homme qui s'entendità la construction des môlespour bâter le travail , ce qui ne peut se faire à présent.
Le trésorier Juan Alonzo de Sora m'a fiiit
remettre une lettre de Y. M., par laquelle elle m'ordonne de diminuer les deux tiers de ses émoluments et de les remplacer par des Indiens dont le produit serait le même. En conséquence de cet ordre, je lui ai donné en conimanderie les villages de Tonala, Tenayucaz et Guastepec, qui, d'après les levées de la trésorerie et des taxes, ne produisent guère plus, en tributs qu'ils devaient payer à V. M,, de la valeur des deux tiers du salaire du dit employé, comme S. M. pourra s'en assurer par la copie du titre qui lui est remise ci-jointe.
Quant aux mesures que V. M. a ordonné que l'on prît pour qu'à l'avenir les femmes héritassent des Indiens à défaut d'enfants mâles, elles prêtent à beaucoup d'abus. Je le dis, parce que des exemples confirment mon opinion.
Un conquérant qui possédait un village tomba malade l'autre jour dans cette ville , et étant au moment de mourir, on le maria avec la fille d'un habitant, afin que les Indiens lui
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restassent en héritage. L'ayant appris , je m'opposai à ce que les Indiens lui revinssent , sanâ vouloir cependant m'en saisir au profit de
y. M. f attendant pour cela qu'elle veuille bien décider ce qu'il convient de faire en <»ttB occasion y mon opinion étant que Tordre a be** soin d'être diangé, ou que, s'il esteimserré, on fixe au moins combien de temps la femme devra être mariée avant qu'elle ait dMit à hériter des Indiens.
Par un article des ordonnances de rhAtel4es monnaies y Y. M. défend , souspdne dettiôrt^
d'introduire ni d'y travailler l'argent qui n'aurait pas payé le quint.
J'ai examiné et médité le pour et le contre de cet article , et je trouve plus convenable au bien de V. M. que tout l'argent y scrit Hv^é au travail avant qu'il ait payé le quint; car, s'il en est autrement , on peut mêler celui qui n'a pas payé avec celui qui a payé , et V. M. perdrait les droits sur celui-là. Mais si V. M. ordonne que tout Taisent qui y sera firappé
doit payer le quint , et si le trésorier rend compte tous les mois aux ofTiciers de Y. M. , et leur remet l'argent , il ne pourra y avoir ^aucune fraude, parce que, pour cela, tous les ouviners de l'hôtel devraient se réunir et s'en mêler. Y. M. gagnerait de cette manière l'alliage et le travail de la monnaie sans aucun préjudice pour le trésorier ou les ouvriers.
Par un autre article de mes instrudions, Y*. M. m'ordonne de nommer moi-même les employés nécessaires à l'hôtel des monnaies qui devait s'établir dans ce pays, et de lui envoyer la liste des nominations, afin qu'elle donne son approbation.
En vertu de cet ordre, j'ai nommé les employés, je leur ai donné acte, et j'ai envoyé à Y. M. la liste de cette nomination; mais par les derniers vaisseaux, j'ai reçu d'elle les ordonnances par lesqudles elle accorde les emplois de vérificateur etde surveillant de Thotel a d'antres individus. En conséquence, ceux qiH avaient été nommés par moi en recurent
grand dommage^ vu le travail excessif qu'ils ont eu jusqu'à présent^ et le peu de profit qu'ils en ont retiré, les ouvriers étant nouveaux et la monnaie ayant eu besoin d'être re-^ faite, jusqu'à ce qu'elle fut très-bien ; et maintenant qu'ils sont plus habiles dans leur art , et qu'ils commencent à en tirer parti , faudra* t-il leur retirer leur emploi ?
Quant à moi , je ne demande pas mieux que V. M. les présente , parce que cela me débarrassera de la responsabilité; je n'aurai plus qu'à les faire punir quand ils manqueront à leur devoir. Francisco del Rincon , qui était dans ce pays lorsque je suis arrivé, m'a présenté une lettre de V. M,, dans laquelle elle me mandait de le regarder comme son recommandé, et de lui choisir un emploi dans l'hôtel des monnaies. Pour répondre au désir de V. M., et ayant vu que ledit Rincon est une personne habile, je l'ai nommé essayeur; et parmi les ouvriers qui étaient présentés pour rétablissement, j'ai donné l'emploi de grar
veur à un certain Anton de Vides. Tous deux remplissaient leurs charges d'une manière à me faire dire qu'il serait difficile de trouver de meilleurs ouvriers. J'ai cru bon d'en faire part à V. M. j car si on était à ceux-ci leurs emplois^ l'établissement en souffrirait.
D'après les lois du royaume et les règlements d'Espagne, il est ordonné à deux régidors et aux gens de justice de la ville où est situé l'hôtel des monnaies, d'en faire la visite et de voir les réformes qu'il y aurait à y faire. V. M. m'a commis les soins de celui-ci; il serait donc nécessaire qu'elle employât les même» mesures que pour ceux d'Espagne, et que, puisqu'il est établi ici un conseil, elle lui en donnât aussi la garde conjointement avec moi , se réservant d'accorder les privilèges, et de désigner les monnayeurs à l'établissement, qui ne peut en avoir autant que celui de Castille.
Par une ordonnance de V. M., elle me mandait de choisir un village qui servît l'hôtel des
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luoanaies et qui payât un tributquiappcNrtanait quelque soulagement à ses ouvriers; en conséquence , j'ai désigné le Yillage d'Axiqui* pilco y qui m'a paru le plus oon situé : les deux ans que V. M. limkait à cet impôt vont expirer dans quatre mois; malgré œla , on n'a envoyé encore aucnne prorogation; si œ recours était retiré à riiôlicl des monnaies, ce serait causer sa diute; j'ai donc fait dire aux (mvriers , par le tKSorîer, que si le tribut n'était pas contîmié, ils aéraient indemnisés. J'attends les mrdres de V. M.
J*ai déjà expriméà V. M. mes craintes de cr que la malice et Tindustrie des natords les conduiraient k fiûre de la fiiusse monnaie. En eflet ^ il y a quime ou vingt jours qu'oa m*iqp^ porta deux iesions iaux qu ils avaient finis; j^ordounai qu^on arrêtât tous les m feu e s de Mexico * et qu'on fit venir tous ceux des cn^ virons « mais tCMis les movcns furent inutiles pour savoir et iierouvrir b \eritr. Jaaaais il
n'a été possible de connaître les auteurs des délits de cette nature , et , à cet égard , toutes lea défenses sont vaines i ils ont même trouvé }é moyen de contrefaire le cacao qui ser- YB.\t de monnaie, comme Y. M. peut s'en convaincre par les échantillons que Je lui envoie.
J'ai reçu de V. M» l'ordre de maintenir les ordonnances qui défendaient de mettre dans le commerce l'argent qui n'avait pas payé le quint; mais cette mesure m'a paru vexatoire, et servirait de prétexte à une foule d'abus : aussi y pour les éviter, j'ai ordonné aux officiers de V. M, de se tenir chaque jour à la fonderie depuis huit heures du matin jusqu'à dix heures , afin que tous ceux qui voudraient y apporter de l'argent qui n'aurait pas payé le quint pussent s'y présenter ; on en prend note sur un livre, et le samedi de chaque semaine ils vont payer ce droit. Cet ordre me semble propre à éviter toute fraude et à protéger les intérêts de V. M.
252 riÈCES
Francisco de VazqucE de CotoiumIo (I) s'étant marié avec la fille du trésorier Alonzo de Estrada, d<âa Marina, sabelle-nièrecC veuve du trésorier, lui a transmis en dot le droit qu'elle a obtenu , par un ordre de V. M. , à la moitié de Tlapa, pour Tindemniser de Tepeaca, dont laudience l'avait privée. Elle fait suppliar maintenant Y. M. que cet ordre reçoive son aocomplissoncnt. J'ai donné à V. M. tous les renseignements poanMes aor Francisco Yasquei; je lui ai dit tous les services qull a rendus et les avantages qœ ses talents procureraient au pays si on remployait ; je viens donc vous su|qilicr de lui accorder votre protection dans Tétat malheureux où il se trouve ; car ses biens sont séquestres par les juges , ainsi que ceux du trésorier, son beau-pére.
Don Luis de Castilla m*a demandé de hii
échanger les Indiens qu'il a en conimanderie avec d'autres qui fussent plus près de cette ville; car les siens sont trop loin pour qu'il aille les visiter, et que le service de sa maison soit bien fait. Les Indiens qu'il possède sont
dans la province de Tutepec , sur la côte de la mer du Sud. J'ai déjà écrit à V. M. qu'il serait bon que ceux qui sont situés de ce côté ne fussent pas donnés en comraanderie , mais restassent sous votre royale tutelle , dans l'intérêt de la conservation et du bon traitement des naturels; car leur éloignement empêche les maîtres de les visiter aussi souvent qu'il le faudrait, de veiller à leurs besoins, et de les préserver des vexations et des tyrannies de tous ceux qui passent par là.
Ces raisons prouveront à V. M. l'utilité qu'il y aurait à ce que ces Indiens de terre chaude, et qui sont en commanderie, fussent réunis à la couronne, afin de les préserver de la mort qui les décime chaque jour.
J'ai écrit dernièrement à V. M. qu'à la re-
quête de T Adelantade Montejo, et en concét^flt moi-même la nécessité , j'avais envoyé à Terbasco le frère gardien Antonio de Testera âvet quatre autres religieux, pour tâcher de ramener à notre sainte foi et au joug de V. M.
les naturels de ce pays, qu'ils en avaient Wçii un très-bon accueil , et avaient remarqué leut* disposition à accepter en échange de leurs guerres continuelles la paix que nous leur ap^ portions* Maintenant le gardien m'écrit qu'ils sont disposés à se soumettre > mais que les Espagnols qui se trouvent avec eux tes en empêchent.
J'écrivis aussi à V. M. comment j'avais ordonné qu'il ne se fit point d'esclaves dans la Nouvelle-Galice, jusqu'à ce que V. M. Teût permis; et quoique ceux qui l'ont coloniâée soient venus se plaindre à moi qu'ils ne poltvaient se soutenir s'ils n'en faisaient ; je leui^ ai répondu qu'ils ne le pouvaient pas, et je les entretiens par de bonnes paroles. Meldiior Diaz est venu ici de la part de la ville de San
Miguel de Culuacan , et m'a dit que si Ton privait les habitants du droit de faire des esclaves , ils n'avaient pas les moyens de se sou* tenir , parce qu'ils n'avaient pas d'autre profit , ni d'autre but qui les fit rester dans le pays; si on le leur ôtait, ils abandonneraient la ville. Sentant toute l'importance de la conservation de cette ville qui est déjà si florissante , et dans une si bonne position , il m'a semblé bon de leur donner quelques secours^ en attendant qu'on put consulter V. M., et je leur ai envoyé en ferrures, et autres choses nécessaires, jusqu'à concurrence de 1,000 pesos de tipuzque. J'ai écrit à V. M. tout ce qu'il y avait à faire sur ceci , comme sur ce qui regarde la province de Yucatan ; je pense qu'elle voudra bien donner ses ordres et destiner une certaine somme à l'entretien d'une colonie si utile au service de Dieu, et dont V. M. tire un si grand profit.
J'ai dit à V. M. qu'on avait commencé à élever des vers à soie, et je lui ai envoyé des
échantillons du produit. J'ai cru fiiire une chose utile en passant un contrat avec un nommé Martin Gortez , qui est celui qui a introduit et organisé cette industrie , étant de plus un homme très-habile qui comprend et est entendu dans tous les détails de Tenlreprise.
Je lui ai donc donnée au nom de V. M», le village de Tepen. Cette uégociation me parait Ircs-avantageuse au bien et à la prospérité du pays.
J'ai écrit à V. M. sur la nécessité qu'il y avait de modérer l'emploi des mules , dont tout le monde se sert^ oubliant combien les chevaux sont utiles. Je pense qu'il ne faudrait pas les défendre entièrement j ce qui serait un autre inconvénient , mais n'en permettre l'usage qu'à ceux qui ont au moins deux aievvi\x\. Je crois que cela suffirait.
Le 24 septembre dernier, on vint mè dire que les nègres avaient élu un roi et avaient résolu do tuer tous les Espagnols. Tout le pays
devait se soulever et les Indiens étaient aussi du complot : je n V ajoutai pas foi , parce que c'était un nègre qui vint me dénoncer cette conspiration ; cependant , pour m'assurer de la vérité , j'ordonnai à quelques-uns de mes domestiques d'aller le soir se mêler aux Indiens^ de manière à n'être pas reconnus d'eux, etd'observers'il ne se passait rien de suspect, cai^ je ne voulais pas être surpris si par hasard le fait était vrai. Je découvris en effet, par ce moyen, quelques fils de la conspiration ; je fis aussitôt arrêter celui que les nègi^es avaient choisi pour leur roi et les principaux conjurés. Je fis dire à l'instant aux Espagnols des mines et de la campagne de se tenir sur leurs gardes et de surveiller les nègres. Ceux qu'on avait arrêtés avouèrent la vérité. On en écartela deux douzaines dans la ville et dans lamined'Amatepec, où j'avais envoyé FraneiscoVazquez deCot^onado. Les Indiens m'apportèrent les corps salés de quatre nègres et
d'une négresse, parce que j'avais ordonne de 16. 17
258 piiDCES
s en saisir morts ou vifs. Cest aîn» que tout fut apaisé. On a tâché de savoir jusqu'à quel point les Indiens avaient trempé dans le corn-plot, mais on n'a pu rien découvrir jusqu'à présent, quoiqu'il soit très -probable qu'ils étaient instruits de tout et qu'ils se seraient joints aux nègres si ceux-ci avaient eu le dessus. On croit que les nègres étaient enoou-> rages par la connaissance qu'ils ont eue des guerres et des nécessités de V. M. (car on en écrit d'Espagne beaucoup plus qu'il ne faudrait) y et par le retard des vaisseaux qu'on attribuait à cela. Un moine avait mâne oaé dire que de dix ans il ne viendrait pas de vaiaseaux d'Espagne. Je ne m'étonne dcmc pas de l'audace des n^res, puisque les Espagnols eux-mêmes ne savent pas cacher la position difficile dans laquelle ils se trouvent. V. M. (ievrait ordonner qu'il vint régulièrement des navires , quand cela ne serait que pour la forme, et afin qu'on ait des nouvelles fré* queutes d'Espagne.
Puis^que les nègres , malgré leur petit nombre, ont osé tenter une pareille entreprise, il serait bon d'en suspendre l'importation; car si elle devenait plus considérable, le pays 9erait menacé d'une catastrophe.
Depuis ce soulèvement et pour éveiller les eraintes delà population , j'ai fait faire parade des armes et des chevaux que chacun possédait ; on a trouvé six cent vingt cavaliers , dont quatre cent cinquante en état de servir : il V a le même nombre de fantassins , trèsbien tenus, sans en compter beaucoup d'autres qui , par indisposition ou autre empêchement, n'ont pas pu se présenter.
J'ai déjà envoyé à V. M. une liste d'armes dont nous avons le. plus grand besoin : on m'a promis de m'en envoyer, mais je n'ai rien reçu. Nous n'en avons que quelques-unes qui étaient destinées pour le Pérou , et que j'ai fait acheter à la Vera-Cruz.
Si le soulèvement des nègres avait eu lieu , je n'aurais su , faute d'armes, comment faire
pour leur résister. Je supplie donc V. M. de m'en faire expédier le plus tôt possible, et d'ajouter à cet envoi trois cents quintaux de salpêtre pour fabriquer de la poudre : on ne s'en procure ici que très-peu et à un prix très -élevé.
V. M. m'a envoyé l'ordre de taxer les boutiques que le marquis del Valle possède autour de cette maison , et d'en faire verser le revenu au trésor royal. A l'époque de mon arrivée elles rapportaient 1^500 pesos de revenu, et maintenant elles sont louées 3^000 pesos de mines. La valeur des maisonset des propriétés a augmenté du double depuis cette époque.
Mais depuis la révolte des nègres , je pense qu'il vaut mieux faire construire sur la chaussée de Tacuba un fort qui contienne des logements pour le président , les membres de l'audience y et les employés , ainsi que Thôtel des monnaies , la fonderie ; au bout serait un édifice mieux fortifié , qui serait destiné à l'alcayde^ et qui contiendrait des munitions.
rartillerie et une certaine provision de blé et de maïs. On pourrait employer à la construction de cette forteresse les neuf mille piastres que l'on doit donner au marquis pour cette maison ; Y. M. peut fournir tout le mais nécessaire pour les ouvriers sur les tributs de Tezcuco, d'Otumba et des autres villages à dix lieues à la ronde de Mexico , qui appartient à V. M.
Cette forteresse , ainsi placée à la principale entrée delà ville, la protégerait suffisamment et ne coûterait pas plus à V. M« que la maison du marquis, qui l'estime 70,000 castellanos.
Autrefois les naturels du pays célébraient de grandes cérémonies qu'ils faisaient lorsque quelques-uns d'entre eux étaient reçus dans l'ordre des Tècles , qui est un titre analogue à celui de chevalier (i). Ceux qui ont embrassé le christianisme sont privés de cet honneur, et ceux qui ne sont pas bons chrétiens en
(i) Voyez curies Tècles le premier recueil de pièces sur le Mexique.
célèbrent quelques-unes, quoique par crailrte des Espagnols ils en suppriment plusieurs.
Ce sont donc ceux qui iftériteraictit le plus cet honneur rpii en sont privé*. J'ai t*ésolu , après avoir pris le eon^il déâ per»
sonnes les plus versées dans ces iïïàtièr<é6> dé les nommer Tècles au nota de V* M; , «ans que pour cela ils cessent d'être tributaires^ et sans leur accorder ni droit ni pouvoir èui^ les maceguàles , mais seulement tin titre d'hcmneur. Avant de leur accorder cette dignité > je me procure des renseignements *«r teup manière dé vivre , sur leur vertu et attachement à la religion chrétienne ; je les fais confesser et entendre la messe , et je lettr fais prêter serment. Je leur dis qu'au tiom de V. M. je les fais Tècles, et qu'ilè peuvent portéi* sur leurs mantes la dévise des colonnes de V. M. et la placer sur leur maison .
Jusqu'à présent j'en ai fait deux : je crois que ce sera très-profitable en ce que cela les
encom^e au devoir et à la vertu y et à avoir fidélité et amour à V. M.
Le gouverneur et le corps municipal de la ville de Tlascala m'ont écrit qu'ils avaient donné la liberté à tous les esclaves qui se trouvaient sur le territoire de leur juridiction , et «{u'ils avaient défendu qu'à l'avenir on ne pût en faire ni en acheter de nouveaux, vu )'o£Pense qui en résultait envers Dieu. Ils me priaient de leur confirmer cet ordre au nom de V. M. , qui pourra faire examiner la copie de cette pétition jointe ici. Je me suis réjoui de donner un ordre demandé dans d'aussi louables intentions , espérant qu'un si bon comloencement aura d'heureuses conséquences.
L'évêque de Tlascala réclame les dîmes du pa^l , du safran et de la soie. J'ai déjà écrit à V. M. que ce serait important, et qu'elle doit se réserver ces droits en vertu d'un chapitre de ses instructions , où il est dit :
« Nous avons ordonné que le président et les » membres de ladite audience s'enquièrentde
» la manière que Ton pourrait empl<yjrer pour » que les Indiens naturels de ladite province >' payentia dime ecclésiastique^ àlaquelleoblige > toute loi divine ou humaine y et qu'ils pren- ') nent les meilleures mesures à cet effets en » évitant de blesser et de scandaliser les natu- » rels. Vous nous informerez de ce que vous » aurez fait, et, de concert avec les évéques et » les prélats , vous déciderez des moyens pro- » près au service de Dieu et au nôtre; et si vous » voyez que la somme totale des dîmes dépasse » ce qui serait nécessaire pour doter les églises, » les prélats et les ministres , vous désignerez «pour nous et notre couronne de Gastille la » somme qu'il vous semblerait convenable ; car » les dîmes nous appartiennent par concession » apostolique. Vous aviserez de ce que vous » aurez cru devoir faire , vous conformant en » tout point, quant à la perception de la dime, » à ce que j'ai écrit et ordonné. » Je me suis déterminé à ne pas consentir à les lui laisser prendre, quoiqu'il ne parle que de ce qui oon-
cerne les Indiens , et je crois qu'il va nous excommunier tous ^ d'après les lettres qu'il m'a écrites^
Que V. M. daigne répondre aussitôt qu'elle pourra^ en envoyant la nouvelle loi sur la soie , que je pense , en attendant , grever du quint. Nous aurons besoin de fileurs : deux seront suffisants , vu que les Indiens apprendront à travailler la soie , et le feront dorénavant. J'ai voulu faire un essai sur la soie que nous avons obtenue; j'en ai fait teindre en cramoisi avec la teinture du pays, et cela a parfaitement réussi.
J'ai reçu une lettre de V. M. datée deValladolidy 3 septembre 1536, dans laquelle elle me disait que l'évêque de Mexico lui avait écrit qu'ayant voulu savoir si les enfants des naturels avaient de l'intelligence, il avait examiné ceux qui se trouvent dans les couvents pour y faire quelques études , et qu'il en avait trouvé beaucoup d'une très-grande habileté dans la langue latine et autres sciences, et qu'en ayant donné connaissance à
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l'audience de cette ville , celle-ci avait résolu d'établir dans la paroisse de Santiago un collège pour les Indiens. Le jour des Rois de
cette année, soixante enfants sont entrés en ma présence dans ce collège, apportant avec eux tout ce qui leur était nécessaire.
€ette institution a obtenu rapprobâfion de V. M. , qui m'a écrit de veiller aux moyens de la conserver, et de pourvoir à ses besoins sans toutefois nuire au domaine royal , ni oppression pour les naturels. Tout ce qu*en a écrit notre évêque est très-vrai : l'intelligence et la capacité des Indiens sont 1res - grandes , et leur font surmonter les difficultés de l'étude. Leur professeur me l'a assuré , et.moi-métnc je lésai interrogés sur le latin et la grammaire, et j'ai vu qu'ils étaient fort avancés pour le peu de temps qu'ils y sont. Il est donc trèsjuste que V. M. leur accordé faveur et protection, et ceci ne peut se faire sans qu'il en coûte au trésor; toutes ces dotations de collèges et d autres établissements utiles au bien
public ne peuvent se faire que par les soins et aux dépens de V. M. Dans le royaume de Grenade, les rois catholiques, de glorieuse mëiiioire, aïeuls de V. M. , dotèrent des monastères , des hôpitaux et des universités , et donnèrent des biens aux villes. Si V. M. n'agit pas de même, il est impossible qu'il y ait en rien du succès et de l'ordre. V. M. ne doit donc pas défendre de toucher au domaine, car toute l'habileté du monde ne suffit pas dans ces circonstances ; puisque tout ici est à V. M., oii ne peut rien faire sans que l'on ne touche à ses biens; car si ce que V. M. possède était aussi bien réglé qu'en Espagne, et qu'on pût en savoir le total , on pourrait craindre avec raison qu'il s'en perdît une petite partie. Mais je puis dire à V. M. que tous les efiforts possibles et le meilleur système de recouvreinent ne pourraient nous fournir dans dix ans le montant exact des biens de V. M.; elle ne peut donc espérer de le savoir, vu que tous les jours ses richesses s'augmentent et que de
nouvelles ressources ne cessent d'en accroître la masse.
L'évêque m'a dit qu'il voulait donner à cet établissement quatre maisons , tant celle qu'il habite que d'autres qu'il a fait construire, mais que pour cela il a besoin d'une permission de V. M., les ayant déjà données à Tëglise ; son successeur aura de bonnes rentes qui vont tous les jours croissant^ ainsi que celles de l'église. Il serait donc mieux que les maisons revinssent à ces étudiants.
Je suis du même avis, considérant que c*est le meilleur moyen de convertir lés In-
iliens au christianisme, et que ce collège produira plus de profit que tous les prédicateurs du monde.
Il ajoute encore qu'il désirerait que V. M.
lui accordât un autre petit village qu'il joindrait à celui qu'il a déjà pour les donner à ce collège ou à un couvent de religieux ou à un couvent où on élève les filles des Indiens. Ce sont bonnes œuvres auxquelles V. .M. cm-
ploiera bien ses richesses ; mais je ne puis y quand je vois la différence qui existe entre l'état des Indiens qui sont à V. M. et ceux qui sont en commanderie, m'empêcher d'éprouver des scrupules quand on les sépare du domaine. Ceux de Guastepec m'ont beaucoup affligé l'autre jour, quand je fus leur dire que, par ordre de V. M. , ils devaient servir le trésorier.
Leurs larmes furent aussi abondantes que si on les avait conduits au supplice; plus tard, ils cherchèrent à réparer leur conduite, car, après m'avoir quitté, ils dirent au trésorier que ces larmes venaient de la joie qu'ils éprouvaient d'être à lui.
Cabeza de Vaca (i) et Dorantes, les seuls de l'expédition de Narvaez qui soient arrivés dans ce pays , veulent s'en retourner en Espagne; mais voyant qu'il serait important au service de V. M. d'envoyer des gens pour explorer le pays , et qu'il n'y avait personne
(i) Voyez la relation de (Cabeza de Vaca dans la première série de cette publication.
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pour les accompagner et leiir servir de guide, j'ai acheté à Dorantes , ii cet effet , un nègre trés-entendu y nommé Ësteban , qui est venu avec eux et était dans l'expédition.
Ayant appris que le navire qui portait Dorantes avait été foreé de rentrer à la Velra- Cruz, je lui écrivis pour le prier de venir k Mexico. Quand il fut arrivé , je l'engageai à retourner dans ce pays, pour l'explorer, avec quelques religieux et gentilshommes que je lui donnerais : il céda volontiers à me$ instances. Je suis donc décidé à l'envoyer avec des cavaliers et des religieux, certain qu'il en résultera honneur pour Dieu et V. M.
Il en coûtera trois mille cinq cents ou quatre raille pesos pour les préparatifs nécessaires au dépaii; de Dorantes et des gens qui vont avec lui. Cette somme sera prise sur rarg^:)t de V. M. Mais je pense donner ordre de la retirer des ressources ignorées , parce qu'il y a ici beaucoup de villages qui sont en commanderie, et qui produisent de For; on a négligé
SUK LE MEXIQUE. 271
de faire payer le quint aux commandeurs portant à la fonderie y comme ils y étaient obligés; mais ceux*ci ne l'ayant pas fait> personne ne s'en est occupé. C'est ainsi que V. M. a perdu une somme assez forte qui lui revenait. JTai donc ordonné au fiscal d'opérer ce recouvrement ^ et afin de connaître la vérité , j'ai fait rassembler tous les livres des taxes et de la fonderie; on y verra quels sont les villages qui payent leurs tributs en or , et quels sont ceux qui ont négligé de l'apporter à la fonderie. Les villages que l'on trouvera dans cette catégorie seront obligés de payer ce qu'ils doivent d'après ces taxes ; de sorte que nous retirerons assez d'argent pour pourvoir aux dépenses de cette expédition sans qu'il en coûte un maravédis.
De plus , il arrive souvent qu'à la demande des Indiens et des commandeurs eux-mêmes^ on change Je tribut en or pour l'équivalent en étoffes et grains, ou bien en travail dans les mines, et à la construction des maisons : dans
ce cas V. M. perd le quint qui lui revient.
J'ai ordonné, en conséquence, qu'on prît note de tous les villages qui donnent de Tor pour tribut , ainsi que de la quantité qu'ils en fournissent, afin qu'on put en prélever le quint des commandeurs, tant pour les villages qui ont demandé cette mutation , que pour ceux qui la demanderaient à l'avenir , quelle que soit la naturede leur tribut; Fintérét des commandeurs ne devant pas faire perdre à V. M. les droits qui lui reviennent.
Pour donner de quoi vivre à quelques conquérants , et à d'autres personnes qui n'ont pas d'Iinliens et sont sans ressources , car on ne peut donner ces corregimientos à tout . le monde , on m'a proposé que V. M., qui prélève le quint sur Tor, veuille ordonner qu'il en soit de même pour les étoffes, le mais, le cacao, et les autres objets* que les Indiens donnent en tribut à leurs commandeurs. Il me semble qu'il serait bon qu'ils donnassent le dixième; si V. M. , en donnant cet ordi*e.
permettait que les Indiens qui appartiennent aiux commandeurs passassent à leurs enfiints^ ils s'y soumettraient bien plus volontiers.
Un certain Yalderrama^ habitant de cette ville, et marié avec une fille de Motezuma, est mort il y a vingt jours, laissant quelques Indiens qu'il possédait; et comme sa veuve en avaitd -autres encommanderie, et qu'elle avait été déjà mariée , et avait des enfants de son premier mari , j'ai cru ne pas devoir lui accorder ceux qui venaient d'être laissés par la mort de Valderrama , et je n'ai voulu rien décider sans avoir pris les ordres de V. M.
Il y a près de cette ville un petit bois appelé Chapultepec , dont j'ai fait arranger les portes qui étaient en mauvais état; si quelque personne en demandait la concession à V. M. , je l'engagerais à ne pas l'accorder, car c'est le seur endroit de tous les environs qui puisse servir de promenade, et c'est là que se trouve la source qui fournit de l'eau à la ville.
V. M. a ordonné que les Indiens devaient porter les dîmes des églises aux mines ou autres endroits où on payait les tributs dus à leurs maîtres ^ pourvu que cela ne dépassât pas vingt lieues : l'évéque de Guatemala m'a demandé une lettre qui lui permit de faire observer cette ordonnance dans son évêché.
Je l'ai accordée. Les dîmes de cette manière rapportent davantage ; mais les habitants de Guatemala interjetèrent appel : cependant Je ne sais pas quel tort cela peut leur faire ; ce qu'il y a de certain ^ c'est qu'ici c'est une habitude de dire que ni Dieu ni V. M. ne doivent tirer parti du pays ni de ses habitants*
Si V. M. voulait faire examiner la longitude qu'il y a d'ici en Espagne, qu'elle sache que l'éclipsé qui a eu lieu le 1 6 novembre dernier a commencé dans cette ville un demi •« quart d'^heure après le coucher du soleil.
Les lettres que j'ai reçues de la Nouvelle- Galice me disent que les mines d'or vont assez bien. Je crois que ce sera aux dépens
des naturds. Le licencié de la Torre réusait mieux que nous ne croyions tous. Je lui donne tous les encouragements et tous les conseils |x>ssîbles afin qu'il serve un peu mieux les intér^ de V. M.
D'après ce que dit tout le monde ^ cette pro* vince est un aussi bon pays que le Mexique , et cependant sera ruinée si V. M. n'y porte un prompt remède , car elle pourra voir par les comptes combien peu elle a produit. Si V. M. veut permettre que les revenus qu'on obtient servent à son amélioration, dans peu d'années elle produira davantage , car maintenant je m'aperçois que les Espagnols y sont pauvres, que le pays est perdu, et que V* M.
n'en a rien retiré.
J'ai reçu il y a quelque temps des lettres de Honduras , de l'Adelantade Montejo; il me dit combien les mines d'or existantes et celles que l'on découvre tous les jours renferment de richesses. Le pays est très-tranquille, et je crois qu'il n'y aura pas besoin de lui
envoyer les Indiens qu'il demandait pour l'aider.
J'ai reçu aussi des nouvelles du licencié
MaldonadOy qui m'écrit que cette province est aussi très-bonne ^ et plus tranquille que jamais. Je suis informé de sa bonne administration ^ et combien il rend justice à chacun. Il me demande de lui fournir des Indiens pris dans les commanderies vacantes. Gomme cela peut se faire sans préjudice pour V. M. , je pense qu'il est d'autant plus juste de le lui accorder que sa maison est le refuge. d'une foule de gens qui n'ont pas d'autre ressource.
Je finissais d'écrire cette lettre lorsqu'on est venu me dire que deux conquérants qui avaient des Indiens^ et qui n'étaient pas mariés , étaient mourants; on avait amené cinq femmes à l'un d'eux, et trois à l'autre, pour qu'ils les épousassent, et que par ce moyen elles héritassent de leurs Indiens.
Pour empêcher cette fraude , j'ai pris sur
moi de mettre ces Indiens sous le séquestre jusqu'à ce que V. M. m'ait fait connaître sa décision.
J'ai déjà demandé à Y. M. la permission d'entreprendre une découverte, et de m'accorder en cela la même faveur que d'autres ont obtenue ; jusqu'à présent je n'ai eu aucune réjponse; mais comme mon désir est de servir Dieu et V. M., je viens me rappeler à son souvenir , et la supplier avec plus d'instance , par l'entremise de Juan de Aguilar , qui vous parlera de moi plus particulièrement et que je vous prie d'écouter.
Que notre Seigneur élève et garde la S. C. C. personne de V. M., et conserve, en les accroissant, ses plus grands royaumes et ses seigneuries, comme nous tous ses serviteurs nous le désirons.
De V. M. le très-humble serviteur , qui baise ses pieds et ses mains royales ,
D. Antonio de Mendoza..