INTRODUCTION
« C’est la marque de la grandeur, que l’éloignement la fait mieux paraître : ainsi le temps en s’avançant, donne aux hommes leur véritable mesure.
« Nul n’a besoin, plus que les combattants de la vie publique, de ce long regard de l’histoire, parce qu’ils sont, plus que d’autres, exposés aux ferveurs passionnées de leurs amis et de leurs adversaires. Quand les enthousiasmes sont éteints et les colères tombées, quand les disputes sont taries et les discordes oubliées, alors, seulement, se lève sur certains noms, pour les consacrer à jamais, l’aurore d’une calme et immuable justice.
« Devant ce tribunal du temps, ni les applaudissements, ni les succès, ni même l’illustration
du passé, ne sont, pour la gloire, des témoins suffisants. Elle n’attache de durable couronne qu’au front de ceux dont une grande idée a possédé les âmes. Ceux-là peuvent avoir été des vaincus : ils sont les vainqueurs de la postérité. »
Belles paroles, dues à la plume de l’infatigable apôtre des œuvres catholiques de France, M. le comte de Mun. Je n’en ai pas trouvé de plus vraies ni de mieux appropriées à celui dont je me propose d’esquisser la vie. Pierre Bédard est une de nos belles figures du commencement du XIXe siècle. Il ne s’eu trouve guère, à cette époque, de plus rayonnante. Papineau, Bourdages, Taschereau, Pauet ont eu la gloire, les honneurs, et parfois de grandes déceptions, mais ils n’ont pas subi la persécution à un degré aussi marqué. Bédard obtint aussi des succès et, sans les rechercher, les applaudissements de ses compatriotes. Vaine gloriole, bien au-dessous de son mérite ! Bédard s’immola sur l’autel du patriotisme, sans regarder ni aux siens, ni à son intérêt personnel.
Enfermé entre les quatre murs de sa prison, il y resta malgré tout le monde, fort de son droit d’être jugé par ses pairs. Il souffrit de cette réclusion injuste ; il faillit même en mourir.
Si la justice des hommes ne lui fut pas clémente, l’opinion publique, l’opinion honnête ne lui ménagea pas son approbation, et le plus admiré, en cette occasion, ne fut pas celui qui lui avait ménagé cette épreuve amère.