‹ Pierre Bedard et ses filsChapitre 14 sur 41 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Naissance de Bédard. — Ses premières années. — Il embrasse la carrière d’avocat. — Son mariage. — Son entrée dans la vie politique en 1792. — Elu député du comté de Northumberland.

IERRE-Stanislas Bédard naquit le 13 novem¬

bre 1762, et non 1763, comme on l’a écrit si souvent, du mariage de Pierre-Stanislas Bédard et de Marie-Josephte Thibault, de Charlesbourg. Il fut baptisé, le 14, par l’abbé Morisseaux, curé de cette paroisse. Cette belle famille a eu pour chef, en Canada, Isaac Bédard, de Paris, marié en 1645, à Marie

Girard. Elle a fourni à l’Eglise une petite phalange de prêtres et plusieurs religieuses dont les annales des ursulines et de l’hôpital général pourraient donner les noms et citer les œuvres avec un légitime orgueil. Parmi les plus remarquables entre ces hommes de Dieu, citons, pour mémoire, Pierre-Laurent Bédard, qui, pendant cinquante-huit ans, dirigea la paroisse de Saint-François (rivière du Sud); Thomas-Laurent Bédard, supérieur du séminaire de Québec ; le sulpicien Jean-Charles Bédard ; Laurent-Thomas, chapelain de l’hôpital général, de 1829 à 1851. Il n’y a guère de figures oubliées parmi ces apôtres de Dieu, et toute famille canadienne, n’eût-elle que des noms semblables à mettre en évidence, pourrait à bon droit se réclamer de la reconnaissance publique \

1. Pierre était l’aîné de huit, dont sept garçons : Joseph, avocat ; Jean-Baptiste, curé de Saint-Denis de Richelieu ; Louis, curé de la Baie-du-Febvre ; Charles, sulpicien ; Thomas, notaire à l’Assomption, et Flavien, mort à Saint-Denis. Joseph mourut à un âge avancé, le 28

Pierre Bédard fit ses études au petit séminaire de Québec. Entre tous il se distingua par son amour du travail, sa boune conduite et aussi par ses succès. Ses dernières années furent surtout brillantes. Bien qu’il se fût adonné avec fruit aux études littéraires, il se livra plus spécialement aux sciences mathématiques, et l’élève devint bientôt maître de son sujet, tant il déploya de zèle et d’ardeur. On le verra plus tard, dans sa prison, consacrer presque tout son temps à débrouiller les problèmes les plus ardus de cette science aride.

Bibaud a écrit que Bédard avait une sorte de passion pour les mathématiques. Ee fait est qu’il était très versé dans les chiffres, sans leur trouver toutefois d’autre application pratique que dans ses affaires personnelles, car il ne les enseigna à personne, ni se livra-t-il au commerce, qui aurait été sans doute un champ

novembre 1882 ; il était le doyen du barreau de Montréal. Sa veuve, fille de M. Hubert Lacroix, lui survécut. Il laissa deux filles, dont l’une avait épousé M. J.-W. Marett, et l’autre M. Philippe Bruneau, marchand de Québec.

d’action tout à fait conforme à ses dispositions naturelles.

Bédard préféra embrasser la profession d’avocat, et non seulement il réussit, après le stage requis, à faire inscrire son nom sur la liste des membres du barreau, mais il y acquit vite un rang honorable \ Quelques années de pratique lui suffirent pour obtenir la réputation incontestée de premier avocat de son temps. Or, à cette époque tourmentée, il était difficile, pour un Canadien-français, d’arriver à un rang élevé et lucratif, alors que tout le patronage reposait sur le bon vouloir d’une bureaucratie égoïste et rageuse. Pour dominer les autres, il fallait, outre un talent incontestable, une persévérance presque héroïque.

Le 26 juillet 1796, Pierre Bédard conduisait à l’autel Jeanne-Louise-Luce-Françoise Frémiot de Chantal Lajus, fille de François Lajus, médecin, et d’Angélique-Jeanne Hubert, sœur

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