‹ Pierre Bedard et ses filsChapitre 22 sur 41 · L,e Canadien du 13 février · texte numérisé non relu

L,e Canadien du 13 février

voilà ce que dit Garneau dans son Histoire. La,conduite de Bédard, les articles vigoureux du Canadien faisant des appels à la bravoure et à la loyauté des nôtres pour défendre le lien colonial, tout aurait dû tranquilliser le gouverneur sur l’état des esprits. S’inspirant toujours des conseils de son entourage, sir James Craig semblait voir des ennemis partout, et parmi eux les plus fortes têtes de la Chambre, entre autres Bédard et Taschereau. Pourtant le Canadien conservait toujours la note juste à travers toutes ces accusations mensongères dirigées contre lui.

« Qui peut nous reprocher une tache ? disaitil, qui peut nous montrer en aucun temps, un Canadien abandonnant le chemin de l’honneur, trahissant ses devoirs, sourd à la voix de sa patrie, je ne dirai pas se ranger du côté de ceux qu’il devrait combattre, marcher sous leurs étendards, mais demeurer dans l’inaction à la vue des ennemis ? Non, non, de pareils faits ne souillèrent jamais notre histoire. Que l’on

consulte ses fastes, l’on y verra que nos ancêtres défendirent généreusement leur pays, signalèrent leur courage, et ceux qui l’ont conquis l’éprouvèrent plus d’une fois : les monuments de leur gloire subsistent encore. Ils nous ont transmis, avec leur courage, avec le sang qui les animait et qui coule maintenant dans nos veines, le noble désir de les imiter et de suivre leurs traces dans le sentier de l’honneur. Depuis, les Canadiens combattirent avec autant de valeur pour défendre et conserver la conquête des Anglais devenus leurs maîtres, et versèrent généreusement leur sang pour eux. Ils combattirent seuls, et seuls ils repoussèrent leurs ennemis. Des soi-disants Anglais (du moins ceux que la frayeur n’avait pas aveuglés) furent témoins de leurs efforts et ne les partagèrent pas ; ils en furent spectateurs, ainsi que de leur gloire, et en retirèrent tranquillement les fruits. »

Nous croyons en avoir assez dit pour prouver que les Canadiens français étaient, à cette

époque de 1806 à 1810, aussi loyaux que les plus loyaux des Anglais du Canada, et que ce loyalisme puisait son fond du caractère propre de la nation, qui est le respect de l’autorité constituée, quelle qu’elle soit.

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