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CHAPITRE IX

Adresse de Bédard à ses électeurs. — Arrivée de Sir George Prévost. — Bédard nommé juge. — Sewell. — Accusations d’Ogden sur le compte de Bédard. — Action de la Chambre. — Maladie et mort de Bédard.

Au lendemain de son renvoi de prison \ Bédard adressait à ses électeurs du comté de Surrey, la circulaire suivante :

u Ee passé ne doit pas nous décourager, ni diminuer notre admiration pour notre constitution. Toute autre forme de gouvernement

i. Nous avons essayé, mais sans succès, de retracer la date précise de l’élargissement de Bédard. L,’ écrou de la prison de Québec ne remonte pas plus haut qu’à l’année

serait sujette aux mêmes inconvénients et à de bien plus grands encore ; ce que celui-ci a de particulier, c’est qu’elle fournit les moyens d’y remédier. Toutes les difficultés que nous avions déjà éprouvées, n’avaient servi qu’à nous faire apercevoir les avantages de notre constitution. Ce chef-d’œuvre ne peut être connu que par l’expérience. Il faut sentir une bonne fois les inconvénients qui peuvent résulter du défaut d’emploi de chacun de ses ressorts pour être bien en état d’en sentir l’utilité. Il faut d’ailleurs acheter de si grands avantages par quelques sacrifices. »

Pouvait-on parler avec plus de dignité et surtout de loyauté? Cet homme venait de subir une peine terrible pour une faute imaginaire ou, pour le moins, pardonnable. Au lieu de murmurer, de se plaindre, il bénit presque la main qui l’a frappé, parce que derrière cette main il voit la constitution de l’Empire qu’il respecte et le représentant d’une autorité qu’il aime. Ce document pondéré, plein de candeur

et de soumission, peint bien l’homme sage que fut Bédard. Combien d’autres à sa place, en vue de quelque avantage politique, ou par esprit de vengeance contre le gouverneur, eussent voué aux gémonies toute l’administration, depuis le gouverneur jusqu’au geôlier de la prison, en passant par le juge en chef Sewell et sa petite armée de séides ? Mais non, Bédard sut conserver son sang-froid, et il retourna à la Chambre, le 21 février 1812, le jour même de l’ouverture de la session \ Il prit une part très active aux délibérations, et pas une fois on ne le vit se détacher du groupe français.

Sir George Prévost venait de succéder à sir James Craig. Dès son arrivée au pays (septembre 1811), il s’était efforcé de calmer les esprits que l’administration de son prédécesseur avait quelque peu irrités. Il montra beaucoup de confiance aux Canadiens français, en leur ouvrant la porte aux charges publiques. M.

1. C’était la deuxième du septième parlement. Elle dura du 21 février au 19 mai 1812.

Bourdages fut nommé lieutenant-colonel de milice ; M. Bédard fut réintégré dans ses fonctions de capitaine h Non content de réparer l’injustice commise envers Bédard, le nouveau gouverneur le nomma bientôt juge aux Trois- Rivières. Cette nomination fut bien accueillie du public. Bédard était pauvre, à la tête d’une famille, et il souffrait d’une maladie contractée dans sa prison, qui pouvait l’empêcher, à bref délai, de prendre une part active aux affaires publiques. Citons à ce propos M. Etienne Parent :

« N’est-il pas regrettable, pour la gloire de Pierre Bédard et pour nos propres intérêts, qu’il ait alors abandonné la cause qu’il avait si bien servie jusque-là, cause qui en était encore à un premier succès, rien moins que décisif, comme l’événement le prouve ?

i. Sa nouvelle commission est datée du ier octobre 1812, et porte la signature de X. de L,anaudière, sous-adjudant général de milice.

(( A cela nous ne répondrons pas que notre héros était sans fortune et chargé d’une famille dont il avait jusque-là négligé les intérêts, pour se dévouer tout entier à la chose publique ; nous ne rappellerons pas même qu’il avait contracté en prison une maladie dont il ne guérit jamais ; ces raisons, toutes valables qu’elles soient, seraient une injure à sa mémoire, si nous les donnions pour motifs de sa retraite de la scène politique. Il avait pour cette détermination d’autres motifs plus dignes de lui. Son avènement à la haute magistrature était la consécration du triomphe de la cause pour laquelle lui et ses amis avaient combattu et souffert, l’aveu formel qu’on les avait calomniés et cruellement persécutés, et un puissant encouragement au peuple et à ses défenseurs de persévérer dans les nobles revendications du passé.

« Il y a plus ; à cette époque, nous étions à la veille d’une guerre avec les Etats-Unis. Or, M. Bédard, avec le jugement sûr qu’on lui reconnaissait, avait compris que l’intérêt,

autant que le devoir, nous commandait de rester unis à l’empire britannique. Il était, pour l’avoir étudié à fond, admirateur du régime constitutionnel anglais qui lui paraissait assurer, à la fois, et le libre exercice de toutes les énergies sociales légitimes, et la compression des instincts pervers, en d’autres mots : l’ordre et le progrès. Il était un loyal sujet anglais en même temps qu’un chaud patriote canadien, et il sentit qu’en ces deux qualités il devait prêter la main à l’œuvre de conciliation de sir George Prévost. Accepter une charge judiciaire, dans les circonstances, c’était, pour M. Bédard, faire un solennel acte de confiance dans le nouveau gouverneur, et cet acte de sa part devait être tout puissant auprès du peuple et le porter à se rallier en masse autour du drapeau britannique. C’est ce qui arriva, et le Canada fut conservé à l’Angleterre, et notre nationalité échappa cette fois encore à l’absorption.

« En montant sur le banc, M. Bédard rendit donc un nouveau service politique à son

pays, et ne fit qu’ajouter un nouveau titre à sa popularité 1. »

On serait peut-être porté à croire qu’en revêtant l’hermine, Bédard entrerait dans la voie de la tranquillité parfaite, et que ses adversaires ne chercheraient plus â lui rendre la vie amère. Hélas ! il n’en fut rien. Sewell était toujours là, guettant sa proie pour la dévorer. Mais qu’était donc cet homme si vindicatif en appa. rence, avec ses allures de lion déchaîné ? Garneau va nous le faire connaître en deux mots :

« Sewell, dit-il, était un homme poli, grave, souple, capable de jouer le rôle que voulaient lui confier les ministres. Quoiqu’il fût l’ennemi le plus dangereux des Canadiens, il se montrait toujours très gracieux envers eux. Il fallait à la politique de l’Angleterre, ou plutôt de son

i. E. Parent, Pierre Bédard ei ses deux Fils. Voir le Journal de V Instruction publique , reproduit par le Foyer domestique, vol. I., fasc. i, pp. 32, 33, 34 et 35.

ministère, un homme qui, en conduisant le parti opposé aux représentants du peuple, sut la dissimuler. Il dirigea ce parti jusqu’à la fin de sa vie dans les deux conseils, surtout au Conseil législatif, où vinrent échouer presque toutes les mesures demandées par les Canadiens. »

C’est le même qui, par ses inspirations secrètes, travailla toute sa vie à ruiner la race canadienne-française. C’est lui qui conseilla au ministre des colonies le projet d’unir toutes les provinces anglaises de l’Amérique britannique du Nord sous un seul gouvernement, afin de mieux écraser notre race. Si nous n’avons pas péri, ce n’est pas dû au manque d’efforts et de travail de son côté.

Sewell fut puissant en Canada et influent à Londres. Mais il rencontra aussi de redoutables adversaires. M. Stuart, qui fut juge un peu plus tard, avait eu souvent maille à partir avec lui. On les considérait même 'un peu comme ennemis. En 1814, le Conseil, que

dirigeait Sewell, rejeta plusieurs lois importantes, entre autres le bill excluant les juges du Conseil législatif, et un autre autorisant la nomination d’un agent auprès du gouvernement impérial. L,a Chambre d’assemblée ne crut pas mieux faire que de voter une adresse au roi renfermant des accusations contre la conduite de Sewell. Sur dix-sept chefs, deux portent sur la conduite du juge en chef à l’égard de Bédard. Nous les reproduisons d’après la version officielle:

« Jonathan Sewell, étant juge en chef, Orateur du Conseil législatif et Président du Conseil exécutif de la Province, pour avancer ses projets traîtres et méchants, dans l’intention d’opprimer des individus supposés être ennemis de sa politique et se défier de son caractère et de ses vues, et pour les perdre dans l’estime publique et empêcher leur réélection comme membres de l’Assemblée du Bas- Canada, a conseillé, avisé et approuvé l’arrestation de Pierre Bédard, François Blanchet et

Jean-Thomas Taschereau, écuyers, sous le prétexte faux et mal fondé qu’ils étaient coupables de pratiques traîtresses, afin que par là ils fussent privés de l’avantage d’être admis à caution, et par les moyens de l’influence résultant de ses emplois élevés sous le gouvernement, les a fait emprisonner sur la dite accusation dans la prison commune du district de Québec, pour un long espace de temps, et enfin élargir sans qu’on leur ait fait leurs procès.

« Jonathan Sewell .. . a conseillé, avisé et induit sir James Craig à publier une proclamation extraordinaire et sans exemple, tant pour le style que pour la matière, dans laquelle il était fait mention de l’emprisonnement arbitraire, injuste et tyrannique des dits Pierre Bédard, François Blanchet, et Jean-Thomas Taschereau, de manière à faire croire qu’ils étaient coupables, et à exciter contre eux la malveillance publique, et dans laquelle, par le langage que l’on y tenait, l’on donnait à enten-

dre que la Province était en un état voisin d’une insurrection et rébellion ouverte.

« Samedi, 26 février 1814. »

Sewell se rendit à Londres, où il se défendit si bien qu’il réussit à capter la confiance des autorités impériales. Du reste, il avait eu beau jeu, vu que M. Stuart, nommé par la Chambre pour aller appuyer l’adresse, avait vu échouer sa mission en présence de l’opposition du Conseil législatif, qui refusa de voter le crédit demandé pour en défrayer les dépenses 1.

Ce fut pendant la seconde session de 1812 que Bédard reçut sa commission de juge ; elle est datée du n décembre. Il remplaçait le juge Louis-Charles Foucher, qui venait d’être révoqué par voie d Hmpeachment. Le nouveau juge commença à siéger en mars 1813, et il remplit ses fonctions jusqu’au mois de septem-

1 . Bédard avait d’abord été choisi par la Chambre pour cette mission, mais on suppose qu’il refusa de s’en charger. Le crédit voté par la Chambre était de 2,000 livres.

bre 1828, avec de légères interruptions. Il y a peu à dire sur la manière dont le savant magistrat présida la cour, mais il paraît certain, d’après la tradition, qu’il fut toujours à la hauteur de sa position.

En 1819, Ogden, député des Trois-Rivières, porta contre le juge Bédard des accusations d’une haute gravité, entre autres: i° d’avoir prostitué son autorité judiciaire pour satisfaire sa malice personnelle; 2° d’avoir violé la liberté de plusieurs sujets de Sa Majesté ; 30 d’avoir, par une conduite perverse, obstinée et tyrannique, déshonoré sa position.

Ra Chambre nomma un comité pour s’enquérir des faits. Ce comité était composé de MM. Panet, Neilson, Borgia, Blanchet, Taschereau, Stuart et Vanfelsou. Il tint séance à diverses reprises, depuis le 9 février jusqu’au 19 avril 1819, et reçut les dépositions d’un grand nombre de témoins assignés par l’accusateur.

A la session suivante (1820), M. Bédard s’adressa, par pétition, à la Chambre pour obte-

nir plus ample justice, car bien qu’il eût été prouvé que les accusations portées contre lui n’étaient pas fondées, il était désireux d’avoir l’occasion de prouver à son tour que ces accusations étaient malicieuses, préméditées et concertées. M. Bédard voulait une nouvelle enquête. La Chambre nomma un nouveau comité de sept membres, pour examiner le contenu de la requête et faire un rapport. Le comité se déclara prêt à siéger, mais M. Bédard déclina de procéder, vu qu’il lui était impossible de s’absenter de son district judiciaire, à moins d’obtenir une permission spéciale du juge en chef, ce qu’il considérait impossible dans les circonstances.

L’affaire n’eut pas de suite. Bédard, il est vrai, avait été exonéré par la Chambre d’assemblée. Mais cet incident regrettable lui causa beaucoup de chagrin. Tous les jours, le digne juge venait en contact avec ses accusateurs, qui, à part Ogden, se recrutaient surtout dans le barreau des Trois-Rivières.

[ Ho ]

Les années et le mal qui minaient la constitution physique de Bédard, ne semblèrent point diminuer son goût pour les sciences mathématiques. Il étudiait sans relâche. Isidore Lebrun, auteur du Tableau des deux Canadas , lui attribue la paternité de deux ouvrages, l’un intitulé : Observations critiques sur les Ouvrages de Lamennais et de M. de Bonald ; l’autre, Traité du Droit naturel démo7itré par des Formules algébriques. Nous n’avons pu découvrir ces deux ouvrages, et nous croyons qu’ils n’ont jamais vu le jour, si tant est même qu’ils aient été composés par Bédard. Quant à la paternité des écrits politiques parus dans le Canadien de 1806 à 1810, elle est certaine et incontestée. Il ne signait pas, ou il mettait des noms de plume au pied de ses articles, mais on les reconnaît aisément par le style quelque peu diffus de leur auteur, et par la note constitutionnelle qui y domine toujours.

L’une des plus constantes préoccupations du grand patriote et qu’il entretint durant tout son séjour aux Trois-Rivières, fut de venir résider

à Québec, sa ville de prédilection 1. Il n’aima jamais Trois-Rivières, où il n’avait aucune attache particulière. Du reste, sa famille pouvait avoir ses préférences, et il est naturel de penser que, ne voulant pas la contrarier, il lui donnât à entendre qu’il irait avec elle passer ses dernières années là où il avait vécu pendant sa jeunesse et sa maturité.

En 1823, lorsqu’il fut question d’envoyer à Londres un agent canadien français, afin de contrecarrer le projet d’union des provinces anglaises, projet inventé par Sewell et largement patronné par le parti anticanadien, les yeux d’un grand nombre se portèrent sur le juge Bédard. Afin de donner une idée exacte des sentiments alors existants au sujet des affaires du pays, laissons la parole à un journal anglais publié à Montréal, le Canadian Spec-

1. Bédard avait demeuré à Québec au coin des rues Haldimand et Mont-Carmel, dans la maison occupée aujourd’hui par l’honorable juge Gagné. Cette propriété fut mise en vente par sa femme, le 6 février 1811.

tator. Voici ce qu’il disait dans son numéro du 22 janvier 1823 :

« Il y a eu grande prudence de la part de certains enragés , de promoteurs outrés d’un projet d’union discordant, et de quelques individus qui ont eu la main dans les affaires de notre province, à agir de telle façon que le juge Bédard ne pût aller en Angleterre avec les autres agents du Bas-Canada. Ils ont, par ce moyen, détourné habilement un coup vigoureux. En effet, on ne pouvait supposer qu’ils exposeraient eux-mêmes leur carrière politique à la ruine qu’auraient infailliblement provoquée la présence en Angleterre et le témoignage de cet homme. L’esprit de conservation, tout le monde le sait, les a forcés à restreindre autant que possible la liberté du juge. Mais cet homme honorable ira bon gré mal gré, et quoi qu’il en coûte, à ces personnages.

« La Chambre des communes d’Angleterre peut signifier aux ministres — et nous croyons •qu’elle le signifiera — son désir de faire compa-

raître l’honorable juge à sa barre, et le ministère anglais, en conformité de ce désir, ordonnera d’accorder au juge un congé d’absence. Que, pendant cette absence nécessitée par des affaires publiques touchant aux intérêts vitaux du pays, et nullement due à des considérations privées ou personnelles, le juge reçoive son traitement, il peut y avoir des doutes sur ce point ; la question pourrait être portée quelque part où le juge est très bien vu, y être examinée et jugée d’après~les vrais principes provinciaux.

« Quoi qu’il en soit, le juge partira, et ce qu’il en exposera de calomnies, de fausses représentations, d’intrigues, d’actes despotiques et de conseils égoïstes !

« On a stupidement assimilé le cas du juge Bédard allant en Angleterre au cas d’un juge candidat sollicitant ses justiciables de le porter, par leurs suffrages,^. l’Assemblée législative.

<c Un juge qui, grâce aux suffrages de ceux qui ressortissent à son tribunal, occupe un siège dans une législature, y est exposé aux

passions, amitié, gratitude ou ressentiments, qui naissent d’une lutte électorale et de la vie politique ; et, tous les jours, il exerce ses fonctions de magistrat parmi ceux-là même qui ont excité chez lui ces passions.

« La situation n’est pas la même. La mission du juge Bédard serait un événement spécial. Pendant sa durée, il ne serait virtuellement pas juge. Quand elle serait accomplie et qu’il reprendrait sa place au tribunal, on peut dire que jamais l’occasion ne s’en présenterait de nouveau ...»

Le juge Bédard n’alla pas en Angleterre, malgré la prédiction du Spectcitor. L,a Chambre, voyant que M. James Stuart ne serait pas agréé comme agent de la province, choisit M. Marryat, député aux Communes d’Angleterre, qui refusa, parce que sa nomination n’avait pas reçu la sanction du Conseil législatif. MM. Papineau et Neilson reçurent la nomination, et ils partirent tous deux pour Bondres, porteurs des pétitions de soixante mille Canadiens

français contre l’union du Haut avec le Bas- Canada.

Le juge Bédard fut, pour des raisons de santé, forcé de se soustraire à ses fonctions de juge, à partir du mois de mars 1827 jusqu’au mois de janvier 1828. Les juges Uniacke et Fletcher le remplacèrent. Il courut à Saratoga où, n’éprouvant pas de mieux, il ne fit pas un long séjour. Il passa l’été de 1827 à Kamouraska, restant ainsi absent pendant dix mois, bien que son congé ne fût que de trois semaines. Son traitement lui fut payé régulièrement.

En janvier 1829, îuge Bédard voyant que sa maladie s’aggravait, résolut de demander une pension de retraite, et la Chambre la lui accorda, après avoir fait une enquête sur l’état de santé du pétitionnaire. Ses deux fils, Elzéar, alors avocat à Québec, et Isidore, étudiant en droit, furent appelés à rendre témoignage.

« La santé de mon père, dit le premier, a été généralement mauvaise, pendant les deux dernières années ; elle est devenue pire par

l’assiduité et le travail inhérents à sa charge ; il paraissait très affligé des difficultés qui ont eu lieu lorsqu’il lui fallut obtenir un congé d’absence, et lors de la révocation et du renouvellement de sa commission. »

« La santé de mon père, dit Isidore, a été généralement mauvaise. Les médecins ont dit qu’il souffrait de dyspepsie. Il a une enflure aux jambes depuis dix ans. Cette enflure se renouvelle le printemps et l’été, depuis qu’il avait été emprisonné à Québec, en 1810 et 1811. »

En 1820, le juge Bédard avait atteint ses soixante-sept ans. C’était un vieillard, usé par le travail et les chagrins de toute nature. Ea fin ne pouvait être éloignée. Nous allons laisser à la Minerve le soin de nous raconter ses derniers moments :

« Le dernier jour du petit terme d’avril dernier (1829), il endura du froid en se rendant à

la cour : il ne crut pas ce froid dangereux ; cependant le ruai fit de grands progrès en peu de jours, et sembla ensuite s’apaiser. Il sortit tous les jours de la semaine qui précéda le dimanche du 26 avril dernier. L,e samedi, 25, il sortit en voiture dans l’après-midi.

« L,e dimanche matin, 26 avril, il se sentit très mal, mais il ne voulut pas se mettre au lit. Il passa la journée assis sur son sofa, se promenant de temps en temps dans sa chambre, chose qu’il faisait lorsqu’il était en santé. Il prit son dîner à l’heure ordinaire.

« A cinq heures et trois quarts, il fit un tour dans la chambre sans vouloir permettre à personne de le supporter ; il regarda à la fenêtre et vint s’asseoir sur le sofa.

« A six heures, il voulut se lever pour marcher encore ; il reposa sa tête sur le bras du sofa, ferma les yeux et ne les rouvrit plus 1. »

Pierre Bédard fut inhumé dans l’église pa-

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