‹ Pierre Bedard et ses filsChapitre 37 sur 41 · PIECE A · texte numérisé non relu

PIECE A

Lettre-circulaire de Mgr Plessis À son Clergé

Messieurs,

Cette lettre accompagne une Proclamation de Son Excellence le Gouverneur en Chef, tendante à détruire les impressions dangereuses qu’aurait pu faire sur les esprits des sujets de cette Province, la circulation de certains écrits propres à créer de la défiance, de l’éloignement et du mépris du pouvoir Exécutif de Sa Majesté.

Son Excellence le Gouverneur en Chef nous a chargé de vous notifier son intention positive que vous eussiez tous à publier vous-mêmes cette Proclamation au peuple de vos paroisses respectives, comme il a droit de l’exiger en vertu du Statut Provincial du n août 1808, que vous pourrez consulter.

La condescendance avec laquelle le Gouverneur en Chef veut bien, dans cette Proclamation, rendre compte de sa conduite aux sujets de cette Province, le langage paternel qu’il y tient, la confiance qu’il vous y manifeste, la persuasion où il est de votre influence sur les peuples et du bon usage que vous en saurez faire ; voilà autant de motifs qui doivent exciter votre empressement à seconder ses vues uniquement dirigées vers le vrai bonheur de votre patrie.

Vous ne rempliriez donc qu’ imparfaitement ses intentions, si vous vous borniez à la publication qu’il vous ordonne et à laquelle nul d’entre vous ne peut se soustraire. Son Excellence attend de plus, que dans vos instructions publiques ainsi que dans vos conversations particulières, vous ne laissiez échapper aucune occasion de faire prudemment entendre au peuple que son bonheur à venir repose sur l’affection, le respect et la confiance qu’il montrera au gouvernement ; qu’il ne peut, sans courir les plus grands risques, se livrer aux idées trompeuses d’une liberté con-

stitutionnelle que chercheraient à lui insinuer certains caractères ambitieux, et ce au mépris d’un Gouvernement sous lequel la Divine Providence n’a fait passer cette Colonie que par l’effet d’une prédilection dont nous ne saurions assez bénir le Ciel.

Nous n’ajoutons pas ici que vous êtes vousmêmes intéressés de très près à maintenir les fidèles dans le respect et la soumission qu’ils doivent à leur Souverain et à ceux qui le représentent, parce que nous savons qu’ indépendamment de tout intérêt, le Clergé de ce Diocèse a toujours fait hautement profession de ces principes qui portent sur la plus solide de toutes les bases, savoir sur les maximes de la Religion Sainte que nous prêchons aux peuples, qui est essentiellement ennemie de l’indépendance et de toute réflexion téméraire sur la conduite des personnes que Dieu a établies pour nous gouverner.

Puissent tous vos paroissiens graver profondément dans leurs esprits et dans leurs cœurs ces belles paroles du Chef des Apôtres, que vous ne manquerez pas de leur inculquer au besoin. « Soyez donc soumis, pour l’amour de Dieu, à tout homme qui a du pouvoir sur vous, soit au Roi comme au Souverain, soit aux Gouverneurs comme à des personnes envoyées de sa part pour punir ceux qui font mal, et pour traiter favorablement ceux qui font bien. Car c’est là la

volonté de Dieu, que par votre bonne vie vous fermiez la bouche aux hommes ignorants et insensés : étant libres, non pour faire de cette liberté un voile qui couvre de mauvaises actions, (i, Petr., 2, 13 et seq.)

Je suis bien parfaitement,

Messieurs,

Votre très obéissant serviteur, (Signé) f J. -O., Ev. de Québec.

Québec, 21 mars 1810.

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