PROCLAMATION
Vu qu’il a été imprimé, publié et dispersé divers écrits méchants, séditieux et traîtres, dans cette Province, dont le soin et le gouvernement m’a été confié, et vu que ces écrits ont été expressément calculés pour séduire les bons sujets de Sa Majesté, pour remplir les esprits de défiance et de jalousie contre le Gouvernement de Sa Majesté, pour détourner leur affection de sa personne sacrée et pour faire mépriser et vilipender l’administration de la justice et du gouvernement de ce pays ; et vu que pour accomplir ces desseins méchants et traîtres, leurs auteurs et partisans ne se sont pas fait de scrupule d 'avancer avec audace les faussetés les plus grossières et les plus effrontées, tandis que l’industrie qui a été employée à les disperser et à les répandre à grands frais, dont la source n’est pas connue, fait voir fortement la persévérance et l’implacabilité avec laquelle ils se proposent de venir à bout de leurs desseins, et vu qu’en conséquence de mon devoir envers Sa Majesté, et de l’affection et des égards avec lesquels je considère le bien-être et la prospérité des habitants de cette colonie, il m’a été impossible de passer plus longtemps sous silence des pratiques qui tendent si directement à renverser le Gouvernement du premier et à détruire le bonheur du dernier, j’annonce en conséquence, avec
l’avis et concurrence du Conseil Exécutif de Sa Majesté, qu’avec les mêmes avis et concurrence il a été pris des mesures pour y mettre fin, et qu’ayant été donnée due information à trois des dits Conseillers Exécutifs de Sa Majesté, il a été émané des Warrants, tels qu’autorisés par la loi, en vertu desquels quelques-uns des Auteurs, imprimeurs et éditeurs des écrits susdits ont été pris et arrêtés.
Vivement animé du désir de promouvoir à tous égards le bien-être et le bonheur du bon peuple de cette Province, et agissant d’après les instructions du plus bienveillant et du meilleur des Souverains, dont j’ai été le fidèle serviteur presque autant de temps que le plus ancien habitant a été son sujet, et dont j’encourrais la disgrâce, si je prenais autre chose que ce bonheur et ce bien-être pour règle de ma conduite, ce serait avec le plus grand regret que je verrais lieu de croire que les artifices de ces hommes factieux et mal intentionnés eussent produit aucun effet, et qu’il fût parvenu des doutes et des jalousies dans l’esprit de personnes induites en erreur, et qu’ils y eussent pris racine.
A ces personnes, s’il y en a, et au Public en général, je rappellerai l’histoire de tout le temps depuis qu’ils ont été sous le gouvernement de Sa Majesté. Qu’ils se rappellent l’état où ils étaient lorsqu’ils devinrent sujets Anglais, et qu’ils se
ressouviennent des avancements progressifs qu’ils ont faits dans la richesse, le bonheur, la sécurité et une liberté sans bornes, dont ils jouissent maintenant. Durant cinquante années qu’ils ont été sous la domination Anglaise, ont-ils jamais vu uu Acte d’oppression, ont-ils jamais vu un exemple d’emprisonnement arbitraire, ou de violation de propriété ? Avez-vous, dans aucun temps ou dans aucune circonstance, été troublés dans l’exercice libre et non contrôlé de votre Religion? Et enfin, tandis que toute l’Europe a nagé dans le sang, et que plusieurs des autres colonies et possessions de Sa Majesté ont expérimenté les horreurs de la guerre, et quelquesunes même sous les vicissitudes de cet état ont été privées du bonheur inestimable de vivre sous les lois et sous le Gouvernement de l’Angleterre, en devenant la proie de conquêtes temporaires, n’avez-vous pas joui de la plus parfaite sûreté et tranquillité sous la protection puissante de ce même Gouvernement dont les soins paternels ont été également employés à promouvoir votre bienêtre au-dedans ?
Quels peuvent donc être les moyens employés par ces personnes méchantes et mal intentionnées par lesquelles elles puissent espérer de venir à bout de leurs desseins traîtres et ambitieux, par quels arguments peuvent-elles espérer qu’un peuple dans la jouissance de tous les biens qui peu-
vent contribuer au bonheur en ce monde, renoncera à ce bonheur pour entrer dans leurs vues ? Par quels arguments peuvent-elles espérer qu’un peuple brave et loyal jusqu’à présent, rempli du plus grand et du plus sincère attachement envers le meilleur des Rois, dont tout le règne a été une suite de bienfaits pour lui, abandonnera cette loyauté et deviendra un monstre d’ingratitude propre à être montré à l’Univers comme un objet de détestation, pour avancer leurs projets ? Il est vrai que les faussetés les plus basses et les plus noires, sont insidieusement publiées et répandues. Dans une partie, on dit que c’était mon intention de vous incorporer, et de faire des soldats de vous, et que m’étant adressé à la dernière Chambre des Représentants, pour mettre en état d’assembler douze mille hommes, et qu’ayant refusé de le faire, je l’avais en conséquence dissoute. Ceci est non seulement directement faux, une pareille idée n’étant jamais entrée dans mon esprit, et n’en ayant pas été fait la plus légère mention ; mais c’est doublement méchant et atroce, parce que cela a été avancé par des personnes qu’on doit avoir supposé parler avec certitude sur le sujet, et était par conséquent mieux calculé pour vous en imposer. Dans une autre partie on vous dit que je voulais taxer vos terres, et que la dernière Chambre d’ Assemblée ne voulait consentir qu’à taxer le vin, et que pour
cette raison j’avais dissous la Chambre. Ceci aussi est directement faux ; je n’ai jamais eu la plus petite idée de vous taxer ; ce n’a jamais été un seul moment le sujet de mes délibérations, et lorsque la dernière Chambre offrit de payer la Liste Civile, je n’aurais pu faire aucune démarche, sur une matière de si grande importance, sans les instructions du Roi, et par conséquent, il y avait encore bien du temps avant que nous ne vinssions à la considération de la manière dont elle devait être payée. Au vrai, il ne fut pas dit un seul mot, à ma connaissance, sur ce sujet.
Dans d’autres parties, désespérant de produire des exemples de ce que j’ai fait, on a recours à ce que je me propose de faire, et on vous dit effrontément que je prétends vous opprimer. Vils et téméraires fabricateurs de faussetés, sur quelle partie, ou sur quelle action de ma vie, fondez-vous une telle assertion ? Que savez-vous de moi ou de mes intentions ? Canadiens, demandez à ceux que vous consultiez autrefois avec attention et respect ; demandez aux Chefs de votre Eglise qui ont occasion de me connaître. Voilà des hommes d’honneur et de connaissances. Voilà les hommes à qui vous devriez demander des informations et des avis ; les chefs de Factions, les Démagogues d’un parti ne me voient point, et ne peuvent me connaître.
Pourquoi vous opprimerais-je ? Serait-ce pour
servir le Roi ? Ce Monarque qui, durant cinquante années n’a jamais émané un ordre qui ne vous eût pour objet, qui ne fût à votre avantage et pour votre bonheur, ira-t-il maintenant, chéri, honoré, adoré par ses sujets, couvert de gloire, descendant vers le tombeau, accompagné des prières et des bénédictions d’un peuple reconnaissant, ira-t-il en contradiction avec la conduite d’une vie d’honneur et de vertus, donner maintenant des ordres à ses serviteurs d’opprimer ses sujets Canadiens? Il est impossible que vous puissiez pour un moment le croire. Vous chasserez avec une juste indignation de devant vous le mécréant qui vous suggérera une telle pensée.
Serait-ce donc pour moi que je vous opprimerais? Pourquoi vous opprimerais-je? Serait-ce par ambition? Que pouvez-vous me donner ? Serait-ce pour acquérir de la puissance ? Hélas ! mes bons amis, avec une vie qui décline rapidement vers sa fin, accablé de maladies acquises au service de mon pays, je ne désire que passer ce qu’il plaira à Dieu de m’en laisser, dans la douceur de la retraite avec mes amis. Je ne reste parmi vous qu’en obéissance aux ordres de mon Roi. Quelle puissance puis-je désirer? Serait-ce donc pour les richesses que je voudrais vous opprimer? Informez-vous de ceux qui méconnaissent, si je fais cas des richesses. Je n’en ai jamais fait aucun cas, lorsque je pouvais en jouir ; je préfè-
rerais à la valeur de votre Pays mis à mes pieds, la persuasion d’avoir une seule fois contribué à votre prospérité.
Ces allusions personnelles, ces détails, en tout autre cas pourraient être indécents et au-dessous de moi ; mais rien ne peut être indécent ou audessous de moi, lorsque cela tend à vous sauver de l’abîme du crime, et des calamités dans lesquelles des hommes coupables voudraient vous plonger.
Il est maintenant de mon devoir d’en venir plus particulièrement à l’intention et aux fins pour lesquelles cette Proclamation est émanée. En conséquence, par et de l’avis du Conseil Exécutif de Sa Majesté, j’avertis par le présent, et j’exhorte tous les sujets de Sa Majesté d’être sur leurs gardes contre, et de faire attention comment ils écouteront les suggestions artificieuses d’hommes méchants et mal intentionnés, qui en répandant de faux bruits, et par des écrits séditieux et traîtres, attribuent au Gouvernement de Sa Majesté de mauvais desseins, ne cherchant par là qu’ à aliéner leurs affections et les porter à des actes de trahison et de rébellion ; requérant toutes les personnes bien disposées, et particulièrement tous les Curés et les Ministres de la Sainte Religion de Dieu, qu’ils emploient leurs plus grands efforts pour empêcher les mauvais effets
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de ces actes incendiaires et traîtres, qu’ils détrompent, qu’ils mettent dans la bonne voie ceux qui auront été trompés par eux, et qu’ils inculquent dans tous les vrais principes de loyauté envers le Roi et d’obéissance aux lois.
Et de plus, j’enjoins strictement et je commande à tous Magistrats dans cette Province, à tous Capitaines de Milice, Officiers de Paix et autres bons sujets de Sa Majesté, de faire chacun d’eux une recherche diligente, et de chercher à découvrir tant les auteurs que les éditeurs et disséminateurs d’écrits méchants, séditieux et traîtres, comme susdit, et de fausses nouvelles, qui dérogent en aucune manière au Gouvernement de Sa Majesté, ou qui tendent en aucune manière à enflammer l’esprit public, et à troubler la paix et la tranquillité publique, afin que par une vigoureuse exécution des lois, tous délinquants dans les prémisses, puissent être amenés à une punition qui puisse détourner toutes personnes de la pratique d’aucun acte quelconque, qui puisse aucunement affecter la sûreté, la paix et le bonheur des loyaux et fidèles sujets de Sa Majesté en cette Province.
Donné sous mon seing et le sceau de mes armes, au Château St-Eouis, dans la Cité de Québec, dans la dite Province du Bas-Canada, le vingt-unième jour de Mars dans l’an de
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Notre-Seigneur mil-huit-cent-dix, et dans la cinquantième année du règuedeSa Majesté.
J. -H. Craig, Gouvr.
Par ordre de Son Excellence,
Jno. Taylor, Déput. -Secr.
Traduit par ordre de Son Excellence,