‹ Pierre Bédard et son temps [microforme]Chapitre 6 sur 6 · X. de Lanaudière, sous-adjudant général de milice · texte numérisé non relu

X. de Lanaudière, sous-adjudant général de milice

La

2 Sa nouvelle commission est datée du L octobre 1812, et sg la signature de ,

‘une charge judiciaire, dans les circonstances, c'était, pour M. Bédard, faire un solennel. acte de confiance dans le nouveau gouvérneur, et cet acte de sa part devait être tout puissant auprès du peuple et le porter à ‘se rallier en masse autour du drapeau britannique. C’est ce qui arriva, et le Canada fut conservé à l'Angleterre, et notre nationalité échappa cette fois encore à l'absorption. 0

“En montant sur lé“banc, M. Bédard rendit donc un nouveau -ser-

‘vice politique à son pays, et ne fit qu'ajouter un nouveau titre à sa popu: larité.” ! ; | # ,

“ Sewell, dit Garneau, était un homme poli, grave, souple, capable de jouer le rôle que voulaient lui confier les ministres. ‘Quoiqu'il fût l'ennemi le plus dangereux des Canadiens, il se montrait toujours très. gracieux envers.eux, II fallait à In politique de l'Angleterre, ou plutôt de. son: ministère, un homme qui, en conduisant le parti opposé aux représentants du peuple, sût la dissimuler. Il dirigea ce parti jusqu’à la fin de sa vie dans les deux conseils, surtout au conseil législatif, où vinrent échouer Presque toutes les mesures demandées par les Canadiens.”

C'est le même qui par‘ses inspirations secrètes, travailla toute sa vie à ruiner la race canadienne-française. C'est lui qui conseilla au ministre des colonies le projet d'unir toutes lés provinces “nglaises de l'Amérique britanriique du Nord sous un seul goüvernement, afin de mieux écraser notre race. Si nous n'avons pas péri, ce n’est pas dû au manqué d'efforts et de travail de son côté.

Sewell fut puissant en Canada et influent à Londres. : Mais il rencontra aussi«de redoutables adversaires. M. Stuart, qui fut juge un peu

. Plus tard, avait eu souvent maille à Partir avec lui. On les considérait

même un peu comme ennemis. , En 1814, le conseil, que dirigeait Sewell, rejeta plusieurs lois importantes, entre autres le bill excluant les juges du conseil législatif et ui autre autorisant la nomination d'un agent auprès du gouvernement impérial. La chambre d'assemblée ne crut pas mieux fairo que de voter une adresse au roi renfermant des accusations contre

la conduite de Sewell. Sur dix-sept chefs, deux portent sur -la conduite du juge en chef à l'égard de Bédard. Nous les reproduisons d'après: In

version officielle : .

“ Jonathan Sewell, étant juge.en chef, Orateur du Conseil législatif et Président du Conseil exécutif de la Province, pour avancer ses projets traîtres et méchants, dans l'intention d'opprimer des individus supposés être ennemis de sa politique et se défier de son caractère et de ses vues, etipour les perdre dans l'estime publique et empêcher leur réélection

mn, LE. Parent, Pierre Bédard et ses déèux Fils. Voir le Journäl de l'Instruction publique 1859, reproduit par le Foyer domestique, vol. I, faso, 1, pp. 32, 38, 84 et 85.

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comme membres de l’Assemblée du Bas-Canada, a conseillé, avisé et *Pprouvé l'arrestation de Pierre Pédard, François Blanchet et Jean: °’Thomas Taschereau, écuyers, sous le prétexte faux et mal fondé qu'ils étaient coupables do pratiques traîtresses, afin que par là ils fussent privés de l'avantage d'être admis à caution, et par les moyens de l'influence résultant de ses emplois"élevés sous le gouvernement, les a fait empri- -onner sur la dite accusation dans la prison commune du district de Québec, pour un long espace de temps, et enfin élargir sans qu’on leur ait fait leurs procès. .

‘“ Jonathan Sewell...…. a conseillé, avisé et induit sir James ie à publier une proclamation extraordinaire et sans exemple, tant pour le style que pour la matière, dans laquelle il était fait mention de l'em prisonnement arbitraire, injuste et tyrahnique des dits Pierre Bédard, François Blanchet et Jean-Thomas Taschereau, de,manière à faire croire

qu'ils étaient coupables, et à exciter contre eux la imalveillance publique, et dans laquelle par le langage que Lon y tenait l’on donnait à entendre .

que la Province était en un Etat voisin d’une insurrection et rébellion ouverte, “ Samedi, 26 février 1814.”

Sewell se rendit à Londres, où il se défendit si bien qu'il réussit à.

capter la confiance des autorités impériales. Du reste, il avait eu beau jeu, vu que M. Stuart, nommé par la chambre pour aller appuyer l'adresse, avait vu échouer sa mission en présence de l'opposition du conseil législatif, qui refusa de voter le crédit demandé pour en défrayer les dépenses.! : “

Ce fut pendant la seconde session de 1812: que Bédard reçut sa com-

mission de juge : elle est datée, du 11 décembre. . 11 remplagçait le juge

Louis-Charles Foucher, qui venait d'être révoqué par voie d’impeachment. Le nouveau juge commença à siéger en mars 1813, et il remplit sès fonetions jusqu'au mois de septembre 1828, avec de légères interruptions. Il y a peu à dire sur la manière dont le.savañt magistrat présida la cour, mais il paraît certain, d'après la tradition, qu’il fut toujours à la hauteur

* de sa position,

En 1819, Ogden, député de Trois-Rivières, porta contre le juge Bédard des accusations d'une haute gravité, entre autres, 1° d'avoir pros-

titué son autorité judiciaire pour. satisfaire sa malice personnelle ; :

2° d'avoir violé la liberté de plusieurs sujets de Sa Majesté; 3° d'avoir, par une conduite perverse, obstinée et tyrannique, déshonoré sa position.

= La chambre nomma un comité pour s'enquérir des faits, Ce comité était composé de MM. Panet, Neiïlson, Borgia, Blanchet, Tascherenu, ans ét Va Fason. Il tn: sans à rene -FOprié, — le Y février

1 Bédard avait d'abord été choisi par ln chambre pour cette mission, mais on

supposa qu'il refusa de s'en charger. Le crédit voté par la chambre était de:

2,000 livres. |

jusqu'au 19 avril 1819, et reçut les dépositions d'un grand nombre de -témoins assignés par l’accusateur.

A la session suivante (1820) M. Bédard s’adressa par pétition à a chambre pour obtenir plus ample justice, car bien qu'il eût été prouvé que les accusations portées contre lui n'étaient pas fondées, il était désireux d'avoir l'occasion de prouver à son tour que ces accusations étaient mali-

cieuses, préméditées et concertées. M. Bédard voulait une nouvelle enquête. La chambre nomma un nouveau comité de sept membres, pour °

examiner le contenu de la requête et faire le rapport. Le comité se déclara

prêt à siéger, mais M. Bédard déclina de procéder, vu qu'il lui était.

impossible de s’absenter de son district judiciaire, À moins d'obtenir une

permission spéciale du juge en chef, ce qu'il considérait impossible dans 4

les circonstances.

L'affaire n'eut pas de suite. Bédard, il est vrai, avait été exonÿré par | ;

la chambre d'assemblée. Mais cet inoident regrettable lui causa beaucoup .de chagrin. Tous les jours le digne juge venait en contact avec ses accusateurs, qui, à part Ogden, se recrutaient surtout dans le barreau de Trois- Rivières. | Pan

| Les années et le mal qui minait sa constitution physique ne semblèrent point diminuer son goût pour les sciences mathématiques. Il étudiait sans relâche. Isidore Lebrun, auteur du Tableau des deux C'anadas, lui attribue la paternité de deux ouvrages, l’un intitulé : Observations critiques sur les Ouvrages de Lamennais et de M. de Bonald ; l’autre, Traité du Droit naturel: démontré par des Formules algébriques. Nous n'avons pu découvrir ces deux. ouvrages, et nous croyons qu'ils n'ont jamais vu le jour, si tant est même qu'ils aient été composés par Bédard. Quant à la paternité des écris politiques parus dans le Canadien de 1806 à 1810, elle est certaine et incuntestée. Il ne signait pas, ou il mettait des noms de plume au pied de ses articles, maison les reconnaît aisément par le style

quelque peu diffus de leur auteur, et par la note constitutionnelle qui y

domine toujours.

L'une des plus constantes préoccupations du grand patriote et qu'il entretint durant tout son séjour à Trois Rivières, fut de venir résider à Québec, sa ville do prédilection! Æ n'aima jamais Trois-Rivières, où il n'avait aucune attache particulière. Du reste, sa famille pouvait avoir ses préférences, et il est naturel de penser que, ne voulant pas la contrarier, il lui donnât à entendre qu'il irait avec elle passer ses dernières années là où il avait vécu pendant sa jeunesse et sa maturité.

En 1823, lorsqu'il fut question d'envoyer à Londres un agent canadien-français, afin de contrecarrer le projet d'union des provinces anglaises, projet inventé se Sewell et fu, ré pe par le parti anticana-

1 Bédard “aval tome à Québec au coin. des rues Haidimand et Mont-Carmel, où se trouvent maintenant les bureaux du consul de Suède et de Norvège. Jette propriété fut mise en vente par sn toner 7 février 1811,

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dien, les yeux d’un grand nombre se portèrent sur le juge Bédard. Afin de donner une idée exacte des sentiments alors existants au sujet des affaires du pays, laissons la parole à un journal anglais publié à Montréal, lé Canadian Spectator. Voiciïce qu'il disait dans son numéro du 22 janvier 1823 :

“ Il y a eu grande prudence de la part de certains enragés, de promoteurs outrés d’un ,projet d'union discordant, et de quelques individus qui ont eu la main dans les affaires de notre province, à agir de telle façon que le juge Bédard ne pât aller en Angleterre avec les autres agents du Bas-Canada. Ils ont, par ce moyen, détourné habilement un coup vigoureux. En effet, on ne pouvait supposer qu’ils exposeraient eux-mêmes leur carrière politique à la ruine qu’auraient infuilliblement provoquée la présence en Angleterre et le témoignage de cet homme. L'esprit de conservation, tout le monde le sait, les a forcés à restreindre autant que possible la liberté du juge. Mais cet homme honorable i ira bon gré mal

. gré, et quoi qu'il en coûte à ces personnages. ER

“ La chambre des communes d'Angleterre peut signifier aux ministres—et nous croyons qu’elle le signifiera—son désir de faire comparaître J'honorable juge à sa barre, et 18 ministère. anglais, en conformité de ce

désir, ordonnera d'accorder au juge un congé d'absence. Que, pendant cette absence nécessitée par des affaires publiques touchant aux intérêts vitaux du pays et nullement due à des considérations privées ou personnelles, le juge reçoive son traitement, il peut y avoir des doutes sur ce point ; la question pourrait être portée quelque part où le juge est très bien vu, y être examinée et jugée d'après los vrais principes provinciaux.

“ Quoi qu'il en soit, le juge partira, et ce qu'il en .exposera de calomnies, de fausses représentations, d'intrigues, d'actes despotiques et de conseils égoistes |

‘ ‘On a stupidement assimilé le cas du juge Bédard allant en Angleterre au cas d'un juge candidat sollicitant ses dar de le porter par leurs suffrages à l'assémblée législative.

| ‘“ Un juge qui, grâce aux suffrages de ceux qui ressortissent à son tribunal, occupe un siège dans une législature, y est exposé aux passions, | amitié, gratitude ou ressentiments, qui naissent d'une lutte électorale et de la vie politique ; et tous les jours il exerce ses fonctions de magistrat parmi ceux-là même qui ont excité chez lui ces passions.

“ La situation n'est pas la même, La mission du juge Bédard serait un événement spécial. Pendant sa durée, il ne serait virtuellement pas juge. Quand elle serait accomplie et qu'il reprendrait sa place au tribunal, ôn peut dire que jamais l'occasion ne s'en présentorait de nouvéau..."”

Le juge Bédard n'alla pas en Angleterre, malgré la prédiction du Spectator. La chambre, voyant que M. James Stuart ne serait pas agréé comme agent de la province, choisit M, Marryat député aux communes d'Angleterre, qui refusa, parce que sa nomination n'avait pas reçu la

- sanction du conseil législatif, MM. Papineau et Neilson “regurent la némination, et ils partirent tous deux pour Londres, porteurs des pétitions de soixante mille AU français contre l’union du Haut avec le Bas-Cnada.

Le juge Bédard ; fut, pour des raisons de santé, forcé à se soustraire

* à ses fonctions de juge à partir du mois de mars 1827 jusqu'au mois de janvier 1828. Les juges Uniacke et Fletcher le remplacèrent. Il courut à Saratoga, où: n’éprouvant, pas de mieux, il ne fit pas un long séjour. fl: passa l'été de’ 1827. à Kamouraska, restant ainsi pendant dix mois absent, bien que son congé ne fût que de trois semaines, Son, traitement lui fut

payé régulièrement. #.

CE ee En janvier 1829, le juge Bédard, voyant que sa maladie s'aggravait, Don LA résolut de demander une pension de retraite, et la chambre la lui ageorda, | “après-avoir fait une enquête sur létat de santé«du pétitionnaire, Ses L Si L deux. fils; Elzéar, alors avucat à Québec, et Isidore, étudiant en droit,

à Pen pipe à rendre témoignage.

+, WLatsanté de mon père, dit.le premier, a été généralement mauvaise, |prident. Jesdeux dernières années ; elle est devenue pire par l’assiduité et 48 travhil, inhéreïits à sa charge ; il paraissait très affigé, des difficultés qui ont'eu:lieut -lorsqu’ il lui fallut obtenir un congé d’absénce, et lors de la

“sur, et du renouvellement. de sa: commission.” : 44 Lin surité de mon père, dit Isidare,-a ‘été généralement | mauvaise, k Dex médécine ont dit qu'il souffrait de dyspepsie. Il a eu une enflure aux jurnbes, depuis plus de dix ans. Cette enflure se fenouvelait le printemps et l'été, depuis qu'il avait été emprisonné à Québéc, en 1810 ét 1811.”

En 1829, le juge Bédard avait atteint ses soixante-sept ans, C'était un vièillard, usé par le travail et les chagrins de toute nature. La fin

?: ne‘pouvait être éloignée. Nous allons Inter à la Minerve le bin de nous ‘raconter 808 derniers moments :

“ Le dernier jour du petit terme d'avril dernier (18293, il endura du froid en se rendant à la cour : il ne crut pas ce froid dangereux ; cependant le mal fit de grands progrès en peu de jours, et sembla enéuite

* s'apaiser. Il sortit tous les jours de la serhaine qüi .précéda le dimanche du 26 avril dernier. Le samedi, 25, il sortit en voiture dans l’après-dîner. ..# Le dimanche matin, 26 avril il se séntit très mal, mais il ne voulut pas se mettre au lit, 1l- passa la journée assis sur son sofa, se promenant de temps en temps dans sa chambre, chose qu'il faisait lorsqu'il était en santé. Il prit son diner à l'heure ordinaire. : .“ A cinq heures et trois quarts il fit un tour dans la chambre sans : vouloir permettre à personne de le süpporter ; il regarda à la fenêtre et vint s'asseoir sur le sofn. é

(roxe] PIERRE BÉDARD ET SON TEMPS 113

& A'six heures il voulut se lever pour marcher encore; on le pria de rester assis, il y consentit ; il reposa sa tête sur le bras du sofa, ferma. les yeux, et ne les ouvrit plus.” !

Pierre Bédard fut inhumé dans l’église paroissiale de Trois-Rivières

où il repose encore aujourd’hui.

Le regretté défunt laissait une veuve et quatre enfants: Pierre-

Hospice, âgé de 32 ans, Elséar, e de 30 ans, Isidore, âgé de 23 ans, et Zoël, de 17 ans. re

| Pierre- -Hospice est bién & connu par sa lettré à M. Ghaboillez relative-

. ment au gouvernement ecclésiastiqué de Montréal, laquelle parut. à Trois-Rivières, en 1823, sous forme de brochure de 40 pages. Il mourut aux Etats-Unis. Lorsque M. George-Manley Muir, ancien greffier de l'assemblée. législative à. Québec, se convertit au catholicisme, en 1819, à Windsor, Ontario, ce fut Hospice Bédard qui lui servit de parrain à son baptême. EE

» À la mort de son père, Elzéar brillait déjà au bien de Québec. 11 fut nommé juge en février 1836, et mourut à Montréal le 12 août 1849. ‘Îsidore Bédard mourut à Paris le 14 avril 1833, alors qu'il était.

” député du Saguenay. C'était un. jeune homme plein d'avenis, mais dont la carrière fut brisée par une maladie qui ne pardonne guère, ‘la consomp-

. tion pulmonäire. C’est l’auteur de la chanéon bien connue :

D. “ Sol canadien, terre chérie.” ,

Zoël, le plus jeune de la famille, occupa pendant vingt-déux ans la * garde du phare de la Pointe-des-Monts. Il mourut en avril 1867.

Quant à madame Bédard, elle mourut à Québec le 20 février 1831, à l’âge de 52 ans. Elle avait véou dans une certaine aisance, grâce aux sages économies de son mari qui lui avait laissé à sa mort une maison à Trois-Rivières, une terre à Nicolet, et le revénu qu'elle retirait de la vente de son ancienne résidence à Québec.

Quant aux enfants du juge Bédard, ils purent se tirer eux-mêmes d'embarras par leurs talents distingués. Lo} juge Elzéar a illustré le banc * judiciaire par son intégrité et son caractère fortement trempé, Sa mort prématurée, ainsi que celle de son frère Isidore, a mis fin à des carrières qui, suivant toutes.les prévisions humaines, auraient fait honneur à leur ‘famille. Aucun d'eux n'a laissé d'enfants pour perpétuer son nom. Quoi qu'il en soit, leur souvenir restera vivace parmi nous, car chacun, suivant l'expression de M. Etienne Parent, “a laissé un modèle pour un des âges dont se compose la vie: publique-jounoss, âge mûr et vieillesse”,

r 1 La Minervef mai 182%,

{oonke] PIERRE BÉDARD ET SON TEMPS

LA

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