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[SuLrE] PIERRE BOUCHER ET SON LIVRE 151
mary veut repudier fa femme, il fe retire, apres luy auoir declaré qu'il la quitte : s'ils ont des enfans ils demeurent tous à la femme. Ces diuorces arrivent rarementm parce que chacun eft fur fes gardes, s'empefchant de de donner du mécontentement à fa partie, crainte de l'obliger à la feparation.
Is ne font pas beaucoup fujets à la inloufie, fur tout les Troquois.
Is ont des jeux parmy eux de diuerfes fortes, les plus communs font les jeux de paille, & le jeu du plat, & vn troifiéme qu'ils nomment paquetfen,
Ce jeu de paille fe fait en effet auec de petites pailles qui font faites exprés, & qui fe partagent en trois, comme au hazard, fort inégalement.
ge | Nos Francois ne l’ont pû encore bien apprendre, il eft plein d'efprit ;
; & ces pailles font parmy eux, ce que les cartes font parmy nous.
4 Le ieu du plat font neuf petits os plats & ronds comme des noyaux
Ï de pefche, que l’on auroit liffez & applatis, qui font noirs d’vn cofté, &
| blancs de l’autre, que l'on remuë & que l'on fait fauter dans vn grand +
plat de bois, qu'enfin on arrefte en frappant la terre, le tenant auec les denx mains: la perte où le gain dépend d’vn certain nombre qui fe trouue tout d’vne couleur,
Le jeu paqueffen eft presque la mefme chofe, finon qu'on iette ces petits os en l'air auec la main, retombans fur vne robe eftenduë en terre, qui fert comme de tapis ; le nombre tout d'Yne couleur fait la perte ou le gain.
Ils fe feftinent autfi les vns les autres, la facon eft telle. Celuy qui | veut faire feftin fait mettre vne grande chaudiere fur le feu, ou deux, ou
; trois, felon le monde qu'il veut traiter : dans lefquelles chaudieres on met 18 de la viande ou du poiffon, & en fuite de la farine à: bled d'Inde : quand
k cela eft cuit, celuy qui fait le feftin enuoye conuier ceux qu'il defire qui ; y foient : ils y viennent auec vn plat & vne cuillere, Ts entrent dans la ‘abane fans dire mot, & s'urrangent fur leurs derrieres comme des : k guenons: cependant le Maiftre du feftin chante toûjours ! iufques à ce s k que tous les conuiez foient entrez, car il ne leur fait aucune ceremonie : Ë alors il prend la parole, & dit, Le fais feftin: que sil defire gratifier & ? 0 ; faire honneur à fon fils ou à quelqu'autre, il le declarera, difant, c’eft vn j È tel qui fait feftin : alors tous les affiftans répondent vn certain hô. qui l eft comme vn efpece de remerciment : il continué & dit, il y a tant de 1 1 chaudieres, felon le nombre qu'il y aura: on lui répond encore hô : c'eft r ÙL © d'vne telle viande, & tuée par vn tel: à chaque article on fait toutiours $ la mefme réponfe hô: & ainsi confecutinement il deciare tout ce qu'il y a l p dans le feftin, & on répond toufiours la mefme chofe, hô, h6. t p En fuite il dit, Le fouhaitte qu'vn tel nombre de vous autres chante, e va tel, vn tel, & vn tel: & fouuent il commence 1e premier à chanter, & 2 les vns apres les autres chantent iufques au nombre qu'il a fouhaité. 1 Ces mots : ‘le Maiïftre du festin chante toû-"” ont déjà figuré dans un endroit
que nous Signalons plus haut.
La perfonne qui chante fe leue, faifant diuerfes poftures & geftes en chantant. Cette façon de chanter n'eft point harmonieufe, auec douceur, mais elle eft comme de gens qui s'excitent à la colere, & mefme ils font quelquesfois des fignes de fraper : ils raconteront dans ces chanfons martiales leurs proüeffes, & les hommes qu'ils ont tué en guerre, ou les deffeins qu'ils ont d'aller en guerre pour vanger la mort de quelqu’vn de leurs parens, où de quelque homme confiderable, Ce qui les Y engage par honneur; & fouuent ceux qui fuiuent à chanter, s'engagent en chantant de les fuiure à la guerre, & mourir auec eux.
Apres que tous ont chanté on dreffe la chaudiere, t'eft à dire qu'on
prend les plats d'vn chacun, & on met de la fagamité dedans; s'il y a de
la viande on en diftribuë à chacun de ceux qu'on defire honorer & gratifier vn morceau : les morceaux les plus delicats font pour les Capitaines ; celuy qui fait feftin ne mange point. mais il chante pendant que les autres mangent. Si ce font des Algonquins, ils peuuent emporter leurs plats de “gwamité chez eux; mais chez les Iroquois & Hurons, cela n’eft pas permis, il faut tout manger ce qui vous eft feruy ; c’eft d'où vient qu'ils portent des plats fort petits: car on n'ofe pas fortir de la abus auant d'auoir vuidé fon plat, à moins que de faire quelque petit prefent au Maiftre du feftin, vn coufteau, vne alefne, vn pain de petun. Les femmes y font moins appellées que les hommes, fur tout chez les Iroquois & Hurons,
Il fe fait quelquesfois parmy eux des teftins bien confiderables : il sen fit vn du temps que j'eftois aux Hurons, de la chair de cinquante cerfs, dans cinquante chaudieres.?
Ils ont aufti des dantes parmy eux, qui ne reffemblent en rien aux noftres, car elles ne confiftent qu'à vne certaine façon de fe fecouer le corps, frapans des pieds contre terre, & faifans beaucoup d'autres poftures auec reigle, & à la cadence d’vn petit tambour, ou autre inftrument, qui fait vn petit bruit fourd : ils vont fi bien à la cadence, qu'on ne voit point de confufion ny de defordre, quoy qu'ils foient quelquesfois plus de deux cens à danfer enfemble ; ils frappent tous du pied en mefme temps, & fi à propos, que l'on diroit qu'il n'y a qu’vne perfonne qui danfe.
Ces danfes fe font ordinairement pour quelques réjoüiffances publiques, comme feroit quelques victoires remportées fur l'ennemy, où vn
! Ainsi, un personnage habile donnait festin, attirant les chefs qu'il voulait engager à former une expédition, et l'affaire se décidait à table—car c'est par des diners qu’on gouverne les hommes, a dit l'oileau,
? Ces chaudières étaient de provenance française. Avant que d'en avoir l'usage, on faisait bouillir l'eau en plaçant dans |: cassot d’écorce qui la contenait force cailloux rougis au feu que l'on retirait dès qu'ils avaient communiqué leur calorique au liquide, De cette manière on faisait cuire du poisson, des légumes et même de la viande, déchiquetée préalablement, mais ce bouilli des Sauvages devait être pitoyable. L'apparition des chaudières de métal x dû produire une joie immense depuis Québec jusqu'au saut Sainte-Marie,
traité de paix nouuellement conclu ; il s'en fait bien auffi quelquesfois chez des particuliers entre amis ; mais cela n'est pas bien ordinaire,
Les peuples fedentaires l'ont des Officiers pour toute forte de chofes, qu'ils appellent Capitaines ou gens confiderables ; les principaux font pour la police, les autres pour la guerre; il y en a d'autres qui ne font que pour auertir, & qui feruent comme de tambours & de trompettes : les vas vont crier par les ruës du bourg le foir, ou le matin, le nom de ceux qui font morts, où le jour ou la nuit ;? d'autres ont foin de faire les preparatifs pour brufler les prifonniers ; d'autres ont ordre d’auertir de fe trouuer au Confeil quand il fe doit tenir: quelques autres ont charge d'auertir par le bourg quand on doit faire quelques réjoüiffances ou danfes publiques, ainfi de tout le refte, & tout cela fans confufion ny defordre,
[Is n’ont point de Religion, mais ils font fort fuperftitieux, & ajouftent foy à leurs fonges : c’eft ce qui donne plus de peine aux Peres Jefuites qui les inftruifent.
Us croyent l'immortalité de l'Ame, & difent qu'elle va apres la mort dans vn beau pays, que deuant que d'y arriuer, il faut paffer vne riuiere où il y a vn certain qui perce la tefte à tous les paffans, & leur arrache la ceruelle, ce qui fait qu'ils ne fe fouuiennent plus de rien.
Is ont quantité de fables qu'ils racontent, & en toutes on y remarque toufiours quelque chofe qui à du rapport à quelques-vnes des hiftoires de l'ancien Teftament,
Ils ont connoiffance des Efprits, ont vne grande auerfion des Sorciers ; & quand quelqu'vn en eft accufé, & qu'on croit qu'il le foit, il eft auffi-toft tué ou bruflé comme vn ennemy.
Is font fort aumofniers, & logent facilement les Eftrangers & Voyageurs, fans efperance d'aucun falaire, & il y en a plufieurs qui quittent leurs lits, où pour mieux dire, la place où ils couchent, leur donnant à manger ce qu'ils ont de meilleur, & cela affez fouuent à vn homme qu'ils n'ont iamais veu, & qu'ils ne verront peut-cftre iamais, & qui s'en ira fans leur dire grand-merey, cela eft particulierement dans les Nations fedentaires.
Quand il y a quelque famille qui eft tombée en neceffité de vivres, il y à des Cupitaines qui vont par le Bourg ramaffer du bled pour la fubfiftance de ces pauures gens, chacun donne, qui plus, qui moins, felon fon pouuoir.
ls ne font pas vilains les vns enuers les autres ; quand ils ont tué ou
! Andastes, Iroquois, Neutres, Pétuneux, Hurons, ayant des bourgades fortifiées et cultivant une banlieue située dans le voisinage immédiat. A peu près tous les trente ans, le sol ne produisant plus que de maigres récoltes, on recourait à des terres nouvelles et la bourgade se déplaçait en conséquence.
? La pratique du cri public existait aussi chez les Algonquins lorsqu'un certain nombre de cabanes se trouvaient réunies, Comme la chose se vit à Trois-Riviéres lorsque Piescaret annonça qu’il se ferait baptiser.
pefché, ils en font des largeffes, foit en faifant feftin, ou en enuoyant chez les particuliers,
Ils font pitoyables, & fe portent compaffion les vus aux autres.
Is ayment fort leurs parens & les pleurent long-temps apres qu'ils font morts: quand ils les enterrent, ils mettent auec eux ce qu'ils aymoient le plus pendant leur vie, & ce qu'ils eftiment de plus precieux parmy leurs meubles,
[Is ont prefque tous le fens commun affez bon, & raifonnent fort bien ; cela se void dans leurs confeils, & dans leurs harangues qu'ils font touvent en toutes fortes d'occafions,
Tous les Sauuages qui font proche des Europeans! deuiennent yurongnes, & cela fait bien tort aux noftres?: car de quantité qui eftoient fort bons Chreftiens, plufieurs fe font relatchez, Les Peres Jefuites ont fait ce qu'ils ont pû pour empefcher ce mal: car les Sauuages ne boiuent que pour s'enyurer; et quand ils ont commencé à boire, ils donneroient tout ce que l'on voudroit pour vne bouteille d'eau de vie, afin d’acheuer de s'envurer,
La guerre qu'ils fe font les vns aux autres, ne fe fait point pour conquerir des terres, ny pour deuenir plus grands Seigneurs, ny mefme pour l'intereft, mais par pure vangeance: auffi ne parlent-ils point autrement; car ils difent, ie m'en vay en guerre pour vanger la mort d'vn tel, & c’est d'où vient qu'ils traitent fi cruellement leurs prifonniers, & ne vifent jamais qu'à détruire & faire perir vne Nation toute entiere.
La maniere que les Sauuages font
la wuerre, Chapitre XF
Ceux qui vont en guerre ne font fouldovez de pertonne ; chacun y va à fes dépens, & te doit fournir d'armes, de viures, de munitions, & autres chofes necetfaires pour la guerre.
La façon qu'ils font les leuées, la voicv : Vn Capitaine fait feftin, (on appelle cela pendre la Chaudicre)'il inuite à fon feftin tous les jeunes gens de fon bourg. il leur declure qu'il a deffein d'aller en guerre pour vanger Ja mort d'vn tel où d’vne telle : il exhorte ceux qui font fes amis de l'accompagner: apres qu'il a dit le mieux qu'il a pâ là deffus, & que le feftin eft mangé, chacun s'en va; apres quoy ceux qui ont enuie de laccompagner viennent les vns apres les autres luy faire ottre de leurs fervices, en luy difant, vn tel mon orcle (car c'eft comme ils traitent
l En 1663, les Sauvages qui étaient près des Européens, c'est-à-dire des postes d'Albany et du New-Jersey, ne pouvaient être que les Iroquois. Il s'agit peut-être en même temps des Sauvages du Maine.
? Nos Sauvages : ceux qui fréquentent les Français,
d'ordinaire ceux qu'ils eftiment plus qu'eux) où bien mon frere (Sils font égaux) 1e viens te dire que ie veux rifquer auec toy en ton deffein de la guerre.
En mefme temps chacun fait difpofer fes viure , & on fe tient preft pour le jour affigné du depart.
Quand ils ont de grandes entreprifes à faire, cela fe delibere longtemps auparauant dans le Confeil des anciens & des principaux Capitaines : & l'affaire eftant vne fois coneluë, & qu'on a choiti celuy à qui on veut donner la conduite de l'expedition, vn Officier va crier par le Bourg, que l'on va à lu guerre, & que l'on exhorte toute la jeunesse à aller dans l'armée, Les Capitaines de tous les Villages qui ont atfifté au Confeil en font faire autant chez eux : à mefure que les ieunes gens fe deliberent, ils en auertiffent le Capitaine qui eft Chef de l'entreprite.
Apres cela on enuoye des Deputez auec des pretens chez tous les Alliez les plus proches, pour le prier de les affifter dans leurs deffeins. Ils tiennent Confeil là dessus, ils voyent ce qu'ils peuuent donner de monde, ou plutott ils exhortent leur ieuneffe à aller ioindre le gros.
Quand ils font tous affemblez, & qu'ils marchent, ils ont toûjours des decouureurs qui vont deuant ; chaque Village qui a fourny du monde, à des Cupitaines qui les commandent ; & tous ces Capitaines là s'affemblent fouuent pour tenir confeil fur toutes fortes de chfes : car ils ne negligent rien.
Ils exhortent fouuent leurs foldats à tenir bon à l'occasion, & ne point s'enfuyr, leur reprefentant que les gens de cœur et de courage ne s'enfuvent iamais.
I n'y a point de chaftiment chez eux pour ceux qui fe font enfuys, finon qu'on les qualifie de poltron, mais encore tout bas.
Quand ils rencontrent l'Ennemy & qu'on eft aux prifes, les Capitaines feruent de tambours & de trompettes, & crient fans ceffe, Courage jeunetfe, courage. ils font à nous, que perfonne ne fuye: cela les anime beaucoup ; car ils refpectent fort leurs Capitaines.
[ls font adroits à furprendre, & à dreffer vne embufcade ; ils ne fe prennent pas mal à faire vne retraite honorable, quand ils fe voyent preffez : ils nous l'ont fait voir par experience,
Is font vigoureux d’abord, mais ils ne font pas de longue refiftunce. Ce ne font pas auffi gens à fe battre en ruze campaane, Ils ne commencent jamais de combats qu'ils ne faffent auparauant vn try tous ensembie pour étonner leurs Ennemis d'abord.
Is font adroits à manier les armes à feu. tirent fort bien vn coup de fufil.
Ils ont des fimples parmi eux, qui font excellens pour guarir les
blessures ; fur tout d'armes à feu. Hs font de grande fatigue & bien difpos : ils font fort bien du pied, &
ont une adrefte toute particuliere à se reconnoiftre dans les bois, & ne s'y perdent quafi iamais.
De la facon qu'ils traitent les Prisonniers |
de Guerre,