AVANT-PROPOS
Mon cher Lecteur, vous fçaurez que deux raifons m'ont porté à faire ce petit Traité. La premiere eft, que y ay efté engagé par quantité d’hoñettes gens,' que ray eu l'honneur d'entretenir pendant que j'ay efté ? en France, & qui ont pris vn grand plaifir d'entendre parler de ce pays rh: ! Hommes de bien, qui ont du mérite et de la probité ; hommes exerçant de l'influence dans leurs cercles: gens de bonne société, de manières polies et d'esprit cultivé. Aujourd’hui, être honnête c'est être probe et vertueux.
? La plus ancienne coutume consistait à ajonter la iettre s après une lettre qui devait être accentuée, les caractères appelés accents n'existant pas alors. Ainsi : estait pour était, mesme pour même, fresne pour frêne. Du temps de M. Boucher il y avait progrès ; au lieu d'écrire : eftes pour été, on se servait d'un accent dans la dernière syllabe de ce mot, néanmoins la première syllabe suivait encore la vieille routine.
icy, & de fe voir defabufez de quantité de mauuaifes opinions qu'ils ‘en auoient conceu : !en fuite dequoy ils m'ont prié de leur enuoyer vne petite Relation du Pays de la Nouuelle France, c'eft à dire ce que c'eft du Pays, & ce qui s'y trouue, afin de le faire fçauoir à leurs amis.° Le nombre de ceux qui m'en ont prié eftant grand, ie n’aurois pû que malaifément y fatisfaire ; c'eft pourquoy ie me fuis refolu de faire imprimer la prefente Defcription. & les prier d'y auoir recours.
La feconde raifon, c'eft qu'ayant veu l'affection que fa Majefté témoignoit auoir pour fa Nouuelle France, & la refolution qu'il a prife de détruire les Iroquois nos ennemis, & de peupler ce pays icy; lay pefé* que j’obligerois beaucoup de monde, de ceux qui auroient quelques detfeins d'y venir, ou d'y faire venir quelques-vns de leurs alliez, de leur pouuoir faire connoiftre le pays auant que d'y venir.
il y à long-temps que j'auois cette penfée, & l'attendois toûjours que quelqu'vn mift la main à la plume pour cét effet : mais voyant que perfonne ne s’en eft mis en deuoir, ie me fuis refolu de faire la prefente defcription, en attendant que quelqu'autre la faffe dans vn plus beau ftile: car pour moy, ie me fuis contenté de vous d'écrire fimplement les chofes, fans y rechercher le beau langage; mais bien de vous dire la vérité auec le plus de naïueté qu'il m'eft poffible, & le plus briévement que faire fe peut ; obmettant tout ce que ie crois eftre fuperflu, & ce qui ne feruiroit qu'à embellir le difcours.
le ne vous diray quafi rien qui n’aye déja efté dit par cy-deuant, & que vous ne puiffiez trouuer dans les Relations des RR, PP. Iesuites, ou dans les Voyages du Sieur de Champlain : mais comme cela n'eft pas ramafté dans vn feul Liure, & qu'il faudroit lire toutes les Relations, pour trouuer ce que j'ay mis iey ;# ce vous fera une facilité, fur tout pour ceux qui n'ont autre deffein que de connoiftre ce que c'eft du pays de la Nouuelle France, & qui ne fe mettent pas en peine de ce qui s'y eft patfé, ny de ce qui sy patte. C'eft la raifon pour laquelle ie n'en parleray point, quoy qu'il y ayt eu quelque chofe cette année de bien extraordinaire, dont ie n'auois rien veu de femblable, depuis enuiron trente ans qu'il y a que ie fuis dans ce Pays icy ; qui eft vn tremble-terre qui a duré plus de fept mois, fur tout vers Tadouffac, où il s'eft fait fentir extraordinairement ; ilseft fait là des remuëmens admirables. Nous en auons eu dans les
iIln'en pouvait être autrement puisque, sauf Champlain, tous ceux qui écrivaient ou parlaient du Canada étaient intéressés à le noircir.
2? En France, on pensait que le Canada était un pays d'animaux à fourrures pour le bénéfice des marchands, et qu'il s'y trouvait aussi des Sauvages à convertir à la foi chrétienne. On ne savait rien de plus.
3 Ceci n'est pas une faute du typographe mais simplement une abréviation très commune autrefois. Le mot ‘“ pefé” doit se lire * penté” ou plutôt ** pensé.”
4 Ceci est tellement vrai que si l’on détachait des Relations des jésuites ce qui concerne seulement l'histoire naturelle et les ressources du Canada, on en ferait à peine un chapitre.
[Sucre] PIERRE BOUCHER ET SON LIVRE 119
comencemens des atteintes aux Trois-Riuieres, & mefme iufques au Mont- Royal. Mais ce qui eft de plus aymable en tous ces boulcuerfemens. & ces fecouffes épouvantables ; ! c’eft que Dieu nous a tellement conferué, que pas uve feule perfonne n’en a receu la moindre incommodité. Ie n'en diray pas dauantage, les Peres Jefuites en font la Defcription, auec tous les effets qu'il a produit, dans leur Relation, que vous pourez voir auec bien plus de plaitir, le tout y eftant mieux d'écrit que ie ne le pourois pas faire. Vous verrez cy-apres les auantages que l'on peut tirer de ces pays pour le temporel, ie veux dire pour les biens de la terre.
Pour le Spirituel, l’on ne peut rien defirer de plus. Nous avons vn Euefque dont le zele & la vertu font au delà de ce que j'en puis dire : il eft tout à tous, il fe fait pauure pour enrichir les pauures, et refiemble aux Euefques de la primitiue Eglife. Il eft affisté de plufieurs Preftres feculiers, gens de grande vertu ; car il n'en peut fouffrir d'autres. Les Peres Iefuites fecondent fes deffeins, trauaillant dans leur zele ordinaire infatigablement pour le falut des François & des Sau ages.
En vn mot, les gens de bien peuuent viure icy bien contens ; mais non pas les mefchans, veu qu'ils y font éclairez de trop prés : c’eft pourquoy ie ne leur confeille pas d'y venir ; car ils pourroient bien en eftre chatfez, & du moins eftre obligez de s'en retirer, comme plufieurs ont déja fait: & ce font ceux-là proprement qui décrient fort le Pays, n'y ayans pas rencontré ce qu'ils penfoient. ?
Je ne doute pas que ces gens-là, qui ont efté le rebut de la Nouuelle France, quand ils entendront lire cette mienne Defcription, ne difent que J'aioufte à la verité : & peut-eftre encore quelques autres perfonnes diront le mefme, non pas par malice, mais par ignorance : Ie vous affeure, mon cher Lecteur, que i'ay veu la plus grande partie de tout ce que ie dis, & le refte ie le fçay par des perfonnes tres-dignes de foy.
le fçay bien que vous trouuerez d'autres fautes, & quantité mefme contre l'ordre de la narration ; mais ie crois que vous me les pardonnerez bien volontiers, quand vous confidererez que ce n'eft pas mon meftier de compofer; que ailleurs ie n'ay fait ce petit abregé de la Nouuelle France, que pour obliger dinertes perfonnes, en attendant que quelque meilleure plume le fafte plus exactement & dans vn plus beau ftile ; c'eft en partie pour cela que j'ay obmis quantité de belles chotfes dignes d'un Lecteur curieux, & n'ay cherché qu'à eftre le plus bref poffible, & cependant donner à connoiftre ce qui eft abfolument necetfaire.
! Le point-virgule et la simple virgule semblent avoir une valeur identique aux yeux de M. Boucher, et on peut dire la même chose de tous les hommes de son temps. ? Ceci montre combien, jusque-là, on avait surveillé la conduite des immigrants.
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TABLE DES CITAPITRES.
[. De la Nouuelle France en general.
IT. Briefue defcription de Quebec, & de quelques autres lieux.
LIT. Defcription des terres dont nous auons connoiffance.