HENRY BABOU, ÉDITEUR 1, RUE VERNIQUET, PARIS
Les lettrines ont été obligeamment communiquées par ‘‘/; Inlermédiaire du Bibliophile”. Elles sont extraites de Mademoiselle Dax et des Petiles Alliées
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EUGÉNIE GRANDET Kiefer, Éditeur
PRERIEE BRKISSAUD
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quer P:erre Brissaud, et Je ny suis jamais p À . ° \ .
parvenu. J'arrivais à dessiner à peu près sa
grosse tête, son masque de torero spirituel,
ses yeux ironiques SOUS les épais sourcils, la
pipe entre les lèvres rasées, sa casquette et son raglan… Mais ? . . . . . 7
cela n avait jamais son allure, son aisance, le sourire et la gaîté
de tous ses traits; la casquette qu il portait en réalité avec une . . . ] . . . À pe. ? I
certaine impertinence, lui donnait sur mon dessin Ï air d un ad ;
et il m accusait à juste titre de ne rien comprendre à la manche
de son manteau (car c était au temps où A | attribuait une grande
importance à la ligne vestimentaire). Je voyais bien par quoi mon Croquis le dénaturait, mais j'étais obligé de reconnaître que mon gros crayon était incapable dy mettre ce petit rien qui faisait que, malgré la casquette et la cravate de chasse, il paraissait être exactement le contraire d'un lad. Et je m avisais que cette nuance insaisissable était justement celle qui donnait tant de chic aux personnages les moins solennels, aux objets les plus familiers de ses gravures. Je n essayerai donc pas de vous le décrire davantage 1C1 : regardez le portrait qua fait de lui Jacques Brissaud, es feuilletez ses propres dessins : vous l'y trouverez peut-être, mais en cherchant bien : car, comme il ne craint pas de se blaguer lui-même et peut se permettre de porter l’habit d'un laquais, il me semble bien que c'est sous Les traits d'un valet de pied ou d'un maître d'hôtel qu'on aperçoit parfois son noir sourcil et son œil qui rigole des patrons. Vous pourrez alors imaginer sa silhouette dessinée à la manière de Pierre Brissaud, et La placer dans le cadre d’une de ses estampes — ou mieux, parmi le décor qui assiste à leur naissance, — ce qui n est pas si différent.
C'est place Dauphine, dans ce triangle isolé du monde par les vieilles maso dela cité, et d'où lon aperçoit le Béarnais entre Les deux nobles demeures Louis XIII qui bordent le chenal de ce port d'eau morte. Le visiteur qui tire le cordon de sonnette de Pierre Brissaud est accueilli par les Cris d'une meute furieuse ; la porte ouverte, il se trouve en présence de deux minuscules bassets, du plus pur style Caran d'Ache, dont chacun est dévolu à une des jambes de son pantalon. Un étonnant Napoléon, juché sur une toute petite colonne, et gardé par un fidèle grognard, contemple la scène avec l'impas-
sibilité du bronze. À yant ainsi éprouvé Er qualités morales du
survenant, le maître de céans calmie ses bêtes, dont le rôle sera désormais purement décoratif — à moins que quelque chapeau, imprudemment abandonné sur un siège bas, à l'échelle de leurs jambes torses, ne serve de pâture à ces féroces Jouets animés...
C'est au milieu de jolis meubles du Directoire ou de la Restauration que travaille Brissaud, sous le regard des innombrables images dont s ornent les murs de son logis : 1C1, une pièce toute entière est tapissée par les belles gravures d'histoire naturelle qui figurent les oiseaux des Iles et les fleurs des champs; B, ce sont Les burins précieux du Directoire, les lithographies ingénues du romantisme, les gravures anglaises, les belles comédiennes du temps passé, les généraux rouge et or de l'empire, les ancêtres philippards dans leur cravate solennelle, la cohue pittoresque des voyageurs du coche. Deux petits écrans à main, signés Brissaud, et dont la grâce s harmonise avec un tel voisinage, sont seuls dans ce décor pour dire que l'on est chez un peintre. Mais sur la table, une gravure encore inachevée, qui est bien de la même famille, tout au moins « du même monde » que tous ces témoins du bon goût d'antan, s anime de la vie malicieuse des bohèmes de Murger. S’étonnera-t-on, dans cette atmosphère, que Les personnages y portent le débraillé romantique avec une aisance naturelle, et non à la manière d'une défroque de théâtre sur un mannequin, que les meubles les plus modestes ou les plus familiers, soient dessinés avec une ligne que jamais ne donnera la copie d'un modèle, — s1 ce goût qui lui permet de saisit, Hans la réalité, l’impondérable nuance entre le meuble de qualité et l’autre, n'a aussi guidé la main de l'artiste quand il Les a reproduits ? S’étonnera-t-on que la composition participe du sens intime
d'équilibre et d'élégance qui a fait comprendre À l'amateur de
jolies choses et à l'artiste, unis en une seule personne, la ligne d'un fauteuil ou d'une redingote ?
Nous sommes à une époque dont le cosmopolitisme, l'amour du luxe sur la place publique, du clinquant et du jouet nouveau, se sont épris volontiers, par snobisme souvent, par antithèse parfois, des élégances qui se réclament de notre passé. Si l’étalage d'une grâce bien française, et bien surannée, frise souvent la convention et le chiqué dans la pratique courante d'une vie consacrée au «€ business > et au culte des (C perlouses >) (vraies ou fausses), cette grâce ne trouve-t-elle pas sa place entre les feuillets d'un beau Livre, qui fait partie du luxe qu'on n'exhibe pas, et qu'on entr ouvre pour soi-même en laissant déerochéile récepteur du téléphone, et en masquant d'un rideau épais les réclames lumineuses de la Tour Eiffel ?
Aussi bien est-ce pour cette heure choisie que Brissaud a composé les illustrations dont la longue série le met au premier
rang de nos actuels artistes du Bye
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ALCINDOR Le Livre, Éd,
Kieffer, Éditeur
IERRE BRISSAUD est né à Paris, en 1885, dans la rue Mazarine, au cœur de ce quar- . î 2 . .
tier de l’Institut, parisien entre tous, au
sens intime et traditionnel du mot, quartier
auquel il est resté fidèle, puisque, après avoir longtemps habité rue Bonaparte, il n'eut qu'une moitié de pont à traverser pour se trouver place Dauphine. Ces rues et ces quais vénérables, où se passa la Jeunesse d'Anatole France, et
où | étranger fait figure d’étranger, imposent à qui les sait par-
courir avec un œil sensible et un esprit oublieux du tumulte, une impression d'équilibre purement français, un retour au culte de notre gémie passé. Il est inscrit dans ces façades et ces toits dont on peut, du pont des ÂÀrts, contempler paisiblement la ligne harmonieuse, ci dont les plus raffinés d'entre les artistes étrangers ne sentent certainement pas Le charme de la même manière que nous; il est inscrit aussi dans la devanture de ces marchands d'estampes, où s'étale toute l'imagerie des siècles révolus : c'est, en même temps que celui de l'esprit, le quartier des belles gravures, que tous ceux qui flânent en rêvant viennent regarder, après la visite aux jolis meubles et aux bouquins poussiéreux des quais. Pierre Brissaud, qui toujours avait adoré les images, voyait celles que montrent les marchands de la rue de Seine et de la rue des Beaux-Arts et, possédé par le démon des formes et des mouvements, rêvait
e représenter toute cette vie qui l’'amusait tant à observer, sous l’aimable forme dont nos bons imagiers lui enseignaient la recette.
Il avait d'ailleurs de qui tenir, ct, auprès de lui, des exemples bien faits pour l'encourager : sous ses yeux travaillait son frère J acques, un artiste d'une élégance racée et discrète qui dépasse un peu la moyenne du public, et il pouvait voir, à l'appel magique de son oncle, Maurice Boutet de
onvel, — un maître que le snobisme d'aujourd'hui affecte parfois d'oublier, — apparaître ces délicieux albums d'histoire, ces chansons d'enfants naïves et raffinées qui devaient tant contribuer à aiguiller Pierre Brissaud vers l'illustration. Aux côtés des ombres de Debucourt, Deveria ou Caldecott, Monvel fut donc son premier maître. Se doute-t-on que le second fut Fer-
nand Cormon, qui dirigeait alors, entre la rue Bonaparte et
Le quai Malaquais, une fabrique prospère de prix de Rome ? Par un singulier hasard, c'est dans l'atelier du peintre de la plus hirsute préhistoire, vue de l’œil le plus classiquement r pompier » (il s'en vantait), que s'étaient groupés les jeunes élèves épris de fantaisie moderne et d'élégance. En pénétrant dans la forêt des chevalets, Pierre Brissaud retrouva donc des camarades dont la vole, rapidement séparée de la route officielle, devait ensuite côtoyer la sienne : Jacques Mathey, Georges Lepape, André Marty. Leurs pantalons à pattes d’éléphants, leurs raglans aux plis flottants comme des ailes, leurs chapeaux d'une mode discrètement exagérée, montraient le souci qu'ils avaient de ressembler à leurs propres dessins, et —— sans d'ailleurs prendre cette fantaisie le moins du monde au sérieux — de réaliser jusque dans leur personne, la tendance qui orientait leurs eflorts. La mode commençait à être « à la mode >» et tout particulièrement auprès de certains artistes qui, à l'image des contemporains de Brummel, n hésitaient pas à employer gravement leur goût raffiné à la recherche d’une ligne vestimentaire. Un couturier affichait publiquement sa collaboration avec des dessinateurs de marque, et Lepape, après Paul Iribe, exécutait pour lui, de sa manière personnelle et hardie, un album de modèles de couture. Les dessins impeccables de Bernard Boutet de Monvel donnaient le ton de l'élégance masculine, et nos enfants prodigues du père Cormon sallaient délasser du chahut de l'atelier au Bodega de la rue de Castiglione. Les premières réalisations de Pierre Brissaud, — des eaux-fortes en couleurs au repérage, — représentant presque toujours des sujets d'élégance : Les bars, les thés, le bois, la place Vendôme, etc., et aussi des berlines, des mails,
des chasses, et de beaux jardins, sont en pleine harmonie avec
cette tendance à une stylisation qui marie le piquant de la vie contemporaine, malicieusement observée, aux grâces du passé.
L'élégance ny est pas une forme artificiellement voulue : c'est le caractère même que la main de l'artiste donne naturellement à tout ce quil trace; ses personnages, grouillant de vie et criant de vérité, la portent sans paraître sen douter, et si ses paysages nous paraissent les plus aimables du monde, ce n'est pas tant d’avoir été truqués selon une formule convenue, que d'être simplement passés par l'œil de l'artiste. Un sûr instinct des valeurs, la science toute particulière des éclairages, des ombres et des coups de soleil, étaient servis par un amusant métier de graveur qui, sur un trait très grassement mordu, combinait les différentes plaques de couleurs, de manière à obtenir le plus riche et le plus complet des coloriages.
Il n'en fallut pas plus pour classer Pierre Brissaud, peintre de l'élégance. Dès lors il collabora aux revues qui s'en réclamaient : la Vie Heureuse, Fémina, le Jardin des Modes Nouvelles, ECS ReEr lorsque Lucien Vogel, qui toujours sut comprendre et réaliser ce quil y a de meilleur dans une tendance nouvelle, voulut matérialiser l'union spirituelle de l’art et de la mode en créant la Gazette du Bon Ton, c'est à Bernard Boutet de Monvel, à Jacques et Pierre Brissaud, à Georges Lepape, à Marty, à Charles Martin et quelques autres artistes du bon goût, qu'il demanda de faire sa maquette. Tant que cette publication fut, sous l'impulsion de Lucien Vogel, l'image séduisante d’un temps heureux où l'on ne songeait qu à courir après sa fantaisie, Pierre Brissaud Y collabora régulièrement, soit pour inventer des modèles personnels, soit pour figurer avec une libre précision les créations des grands
couturiers.
La pratique des frivolités n'empéchait pas Brissaud de penser aux choses sérieuses, ni de travailler fort consciencieusement d'après nature, dans son atelier de la rue Bonaparte. Entre Lepape, sa tête grassouillette sans menton prolongeant son long cou, et Marty, strict et un peu pointu, la mêche noire sur le front mat, il dessinait des nus avec application, son gros sourcil froncé, les cheveux serrés dans un madras. Cependant, un phonographe rythmait le travail au son du quadrille de La Vie Parisienne, évocateur de toutes Les folies du Bal Mabille… Il fit même alors un peu de peinture, dont il dit quelle était très embêtante : j avoue quelle ne ma pas laissé beaucoup de souvenirs. Quoi qu'il en soit, ce nest pas sous cette forme que devait s orienter sa recherche.
Alors qu'il travaillait encore chez Cormon et gravait ses premières eaux-fortes en couleurs, les études quil venait de faire d'après les paysages, à Jui particulièrement familiers, du Béarn, lui avaient donné l’idée d'illustrer Clara d'Ellebeuse et Almaïde d'Etremont de Francis Jammes, œuvres délicieuses qui pouvaient d'ailleurs le tenter autant par leur grâce mélancolique que par l’époque à laquelle elles sont situées. Les aquarelles quelles lui inspirèrent furent exposées au Salon des Indépendants de 1907, et attirèrent vivement l'attention. Elles sont exécutées avec des couleurs ‘gouachées sur un trait à la plume, et on peut dire quelles contiennent en germe l’œuvre d'illustrateur et de coloriste de Pierre Brissaud. Les toutes fraîches impressions de nature, dont étaient imprégnés le cœur = 4 l'œil de l'artiste, avaient vraiment illuminé du plus tendre soleil béarnais, les coteaux descendant vers les gaves, la ferme au bout de la prairie, la terrasse d'où l’on voit la ligne des Pyré-
nées, Le petit cimetière. Les personnages de la fiction, sous
leur costume du temps, étaient venus y soupirer, sans anachro-
nisme, plus emouvants d être entourés de cet air tout parfumé de
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