LYSANDRE
Sans rien spécifier, peu méritent le voir ; (la vue) Souvent leur entreprise excède leur pouvoir, Et tel parle d'amour sans aucune pratique,
DORIMANT
On n'y sait guère alors que la vieille rubrique : Faute de le connaître, on l'habille en fureur, Et, loin d'en faire envie, on nous en fait horreur. Lui seul de ces effets a droit de nous instruire ; Notre plume à lui seul doit se laisser conduire ; Pour en bien discourir, il faut l'avoir bien fait : Un bon poète ne vient que d'un amant parfait.
Telle est la profession de foi de Corneille. La nouvelle comédie innove en ceci, qu'elle se passe non plus en des lieux indéterminés ou quelconques, mais, au moins pour les principales scènes, en un décor réel et précis, dans la fameuse grand'salle gothique du Palais de Justice, sur l'emplacement de laquelle a été bâtie l'actuelle salle des Pas Perdus. Elle était considérée, dit M. Gabriel Hanotaux dans son Histoire du Cardinal de Richelieu, « comme un des plus beaux monuments de Paris, et elle provoquait l'admiration des visiteurs par sa grandeur, par ses statues de tous les rois de France dressées le long de ses colonnes et par la fameuse Table de marbre, symbole de l'auto-
rite du suzerain sur ses vassaux ». Corneille retrouvait donc là presque l'image de sa grand'salle de Rouen et de la table même où il tenait ses audiences. « Elle avait été, de tout temps, un des centres historiques de la vie parisienne. C'était là que le dauphin Charles avait dû s'incliner devant la fureur populaire. C'était là que s'étaient passées les scènes les plus déplorables de la Ligue. Sous Louis XIII, elle était réservée aux discussions paisibles des avocats, des marchands et des nouvellistes. » Et c'est justement alors que Corneille nous y conduit, devant les boutiques du libraire, de la lingère et du mercier qui, pour le moment, se font de mutuelles politesses :
LA LINGÈRE, au libraire.
Vous avez fort la presse à ce livre nouveau : C'est pour vous faire riche.