‹ Pierre CorneilleChapitre 17 sur 55 · LE LIBRAIRE · texte numérisé non relu

LE LIBRAIRE

Vous avez bien raison ; mais, à ce que j'entends...

— • Monsieur, vous plaît-il voir quelque livre du temps !.

Et tandis que le libraire fait l'article à Dorimant,

108 l'iEHHE CORNEILLE

la belle Hippolyte s'est approchée, avec sa suivante Florice, de la boutique de la lingère :

HIPPOLYTE

Madame, montrez-moi quelques collets d'ouvrage.

LA LINGÈRE

Je vais vous en montrer de toutes les façons.

DORiMANT, au libraire, en regardant Hippolyte. Ce visage vaut mieux que toutes vos chansons.

LA LiMGÈRE, Ouvrant une boîte.

Voilà du point d'esprit, de Gênes et d'Espagne.

HIPPOLYTE

Ceci n'est guère bon qu'à des gens de campagne.

LA LINGÈRE

Voyez bien : s'il en est deux pareils dans Paris...

HIPPOLYTE

Ne les vantez point tant et dites-moi le prix.

LA LINGÈRE

Quand vous aurez choisi.

HIPPOLYTE, à sa suivante.

Que t'en semble, Florice ?

FLORICE

Ceux-là sont assez beaux, mais de mauvais service : En moins de trois savons on ne les connaît plus.

HIPPOLYTE

Celui-ci, qu'en dis-tu ?

FLORICE

L'ouvrage en est confus, Bien que l'inventioii, de près, soit assez belle. Voici bien votre fait, n'était que la dentelle Est fort mal assortie avec le passement. Cet autre n'a de beau que le couronnement.

LA LINGÈRE

Si vous pouvez avoir deux jours de patience,

Il m'en vient, mais qui sont dans la même excellence.

FLORICE

Il vaudrait mieux attendre.

PIERRE CURiNEiLLE lui»

HIPPOLYTE

Eh bien ! nous attendrons.

Dites-nous au plus tard quel jour nous reviendrons.

LA LINGÈRE

Mercredi j'en attends de certaines nouvelles, Cependant, vous faut-il quelques autres dentelles ?

HIPPOLYTE

J'en ai ce qu'il me faut pour ma provision.

LE LIBRAIRE, à Dovimant, en lui parlant à Voreille. J'en vais subtilement prendre l'occasion.

(A la lingère, lui montrant Hippolyte).

La connais-tu, voisine ?

LA LINGÈRE

Oui, quelque peu de vue :

Quant au reste, elle m'est tout à fait inconnue.

{Montrant Dorimant.) Ce cavalier sans doute y trouve plus d'appas Que dans tous vos auteurs ?...

Et vous voyez déjà s'ébaucher Tintrigue : et vous verriez plus tard le libraire empaqueter pour Cléante, valet de Dorimant, les livres retenus par son maître ; et Florice, revenant pour prendre les dentelles attendues, se faire adroitement offrir, gratis, un collet par la lingère ; et vous entendriez les gros mots échangés entre cette lingère forte en gueule et le quinteux mercier son voisin, s'entrepoussant une boîte qui est entre leurs deux étalages. Le Petit Epicier de Coppée, ou sa Marchande de Journaux ne tiennent pas un langage plus conforme à leur état et à leur humeur c[ue ces trois boutiquiers ; et les beaux cavaliers et les belles dames qui, dans la célèbre gravure d'Abraham Bosse, passent ou s'arrêtent, précisément, devqnt les trois boutiques montrées par Corneille, n'ont pas plus d'élégance dans leurs atours, leur démarche ou leur attitude que n'en ont, dans leurs devis, Lysandre, Dorimant et Hippolyte. Qu'importent maintenant les malentendus, les brouilles et les réconciliations de cpp trni?! personnes et dp la non nnoins plaisante

Célidée, et que tout cela finisse encore par des mariages ! Le nouveau de la pièce n'est point là : le nouveau, vous venez de le voir ; et si vous voulez savoir qui, notamment, en a fait son profit et ne s'en cache point, écoutez, au second acte de Marlon Delorme, Victor Hugo évoquer la conversation de quelques gentilshommes contemporains — à deux ans près — des personnages de la Galerie et, comme eux, disputant de théâtre et de modes :

— Le Coiçneille est mauvais ! — Traiter Corneille ainsi ! Corneille, enfin, l'auteur du Ciel et de Mélite !

— Mélite, soit ! j'en dois avouer le mérite ; Mais Corneille n'a fait que descendre depuis, Comme ils font tous ! Pour toi je fais ce que je puis ; Parle-moi de Mélite et de la Galerie

Du Palais, mais le Ciel, qu'est cela, je te prie ?

— Monsieur est modéré. — Le Cid est bon. — Méchanl. Ton Cid, mais Scudéry l'écrase en le touchant !

Quel style ! Ce ne sont que choses singulières, Que façons de parler basses et familières. Il nomme à tous propos les choses par leurs noms... Chapelain là-dessus le raille d'une grâce !

— Corneille est im croquant ! — Mais l'évêque de Grasse, Monsieur Godeau, m'a dit qu'il a beaucoup d'esprit.

— Beaucoup. — S'il écrivait autrement qu'il n'écrit. S'il suivait Aristote et la bonne méthode...

— Messieurs, faites la paix. Corneille est à la mode : Il succède à Garnier, comme font de nos jours

Les grands chapeaux de feutre aux mortiers de velours.

Spirituel remerciement et touchant hommage d'un grand poète à un autre.

Quatre pièces de la jeunesse de Corneille, avant le Cid, nous réservent encore bien des surprises.

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