‹ Pierre CorneilleChapitre 30 sur 55 · HORACE · texte numérisé non relu

HORACE

Quoi ! vous me pleureriez, mourant pour mon pays !...

Ainsi coniniencent à nous apparaître, en leur opposition marquée, ces deux caractères, nobles tous deux, mais dont il faudra bien que nous sachions lequel des deux, à de certaines heures, doit prévaloir sur l'autre. Pour qu'ils achèvent de se manifester, voici le second coup de tonnerre, quand arrive le messager d'Albe, et que ces quelques vcirs frémissants S'échangent entre Curiace et lui :

Albe de trois guerriers a-t-elle fait le choix ?

— Je viens pour vous l'apprendre. — Eh bien, qui sont les trois ?

— Vos deux ft-ères et vous. — • Qui ? — ■ Vous et vos deux frères. Mais pourquoi ce front triste et ces regards sévères ?

Ce choix vous dé:)laît-il ? — Non, mais il me surprend : Je m'estimais trop peu pour un honneur si grand.

— Dirai-je au dictateur, dont l'ordre ici m'envoicj Que vous le recevez avec si peu de joie ?

Ce morne et froid accueil me surprend à mon tour.

— Dis-lui que l'amitié, l'alliance et l'amour Ne pourront empêcher que les trois Curiaces Ne servent leur pays contre les trois Horaces.

— Contre eux! Ah ! c'est beaucoup me dire en peu de mots.

— Porte-lui ma réponse et me laisse en repos.

Et alorsj la reprise de la scène entre les deux amis, dont le devoir sera désormais de chercher à se tiier l'un l'autre... Et Curiace, d'abord, maudit les hommes, les dieux, le sort ; mais Horace :

Le sort qui de l'honneur nous ouvre la barrière

Offre à notre constance une illustre matière ;

Il épuise sa force à former un malheur ' ^

Pour mieux se mesurer avec notre valeur,

Et comme il voit en nous des âmes peu communes, Hors de l'ordre commun il nous fait des fortunes...

Et vous savez tous par cœur la suite du dialogue immortel, dont des passages, au moins, vous reviennent à la mémoire.

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