‹ Pierre CorneilleChapitre 44 sur 55 · CORNÉLIE · texte numérisé non relu

CORNÉLIE

Non pas, César, non pas à Rome encor : Il faut que ta défaite et que tes funérailles A cette cendre aimée en ouvrent les murailles ; Et quoiqu'elle la tienne aussi chère que moi, Elle n'y doit rentrer qu'en triomphant de toi. Je la porte en Afrique ; et c'est là que j'espère Que les fds de Pompée, et Caton, et mon père, Secondés par l'effort d'un roi plus généreux, Ainsi que la justice auront le sort pour eux. C'est là que tu verras sur la terre et sur l'onde Les débris de Pharsale armer un autre monde ; Et c'est là que j'irai, pour hâter tes malheurs, Porter de rang en rang ces cendres et mes pleurs. Je veux que de ma haine ils reçoivent des règles, Qu'ils suivent au combat des urnes au lieu d'aigles ; Et que ce triste objet porte en leur souvenir Le soin de le venger, et ceux de te punir. Tu veux à ce héros rendre un devoir suprême : L'honneur que tu lui rends rejaillit sur toi-même ; Tu m'en veux pour témoin : j'obéis au vainqueur ; Mais ne présume pas ainsi toucher mon cœur.

252 PIERIDE CORNEILLE

La perte que j'ai faite est trop irréparable ; La source de ma haine est trop inépuisable : A l'égal de mes jours je la ferai durer ; Je veux vivre avec elle, avec elle expirer.

Et dans le même hiver qu'il avait fini d'écrire ce alexandrins puissants, retentissants et sublimes, Corneille a jeté sur le papier les plus charmants, les plus légers, les plus spirituels et les plus souples vers de comédie qu'on entendra jamais, sur un théâtre, sonner la fantaisie et l'allésresse : les vers du Menteur.

.Ouvrant un jour le tome vingt -deuxième des comédies de Lope de Vega, publié en 1630 à Saragosse, Corneille y lut avec ravissement une pièce que, sur la foi — la mauvaise foi — de l'éditeur, il crut être de cet illustre poète : La Verdad Sospechosa {la Vérité Suspecte). Plus tard, il écrira : « Il m'est tombé depuis peu entre les mains un volume de don Juan d'Alarcon, où il prétend que cette comédie est de lui, et se plaint des imprimeurs qui l'ont fait courir sous le nom d'un autre. Si c'est son bien, je n'empêche pas qu'il s'en ressaisisse. » Et comme c'est en effet son bien, rendons-le lui, à cet excellent don Juan Ruiz de | Alarcon y Mendoza, gentilhomme espagnol né au Mexique, venu à Madrid pour y exercer la charge de Rapporteur au Conseil des Indes ; bossu qui, s'il faut i en croire un de ses confrères en poésie, « prenait sa ' bosse pour le mont Hélicon » ; et bossu à ce point orgueilleux, ajoute un autre, que « si sa bosse était grosse comme son orgueil, Pélion et Ossa ne l'égaleraient pas ». Pourtant son orgueil aurait certainement continué de s'accroître s'il avait vécu trois ans de plus ; mais il était mort, en 1632, trois ans trop tôt pour apprendre que le plus grand des poètes français l

avait fait.de son chef-d'œuvre, en lui rendant pleine et gracieuse justice, un autre chef-d'œuvre. Corneille, en effet, ne dissimula point tout ce qu'il lui devait : « Cette pièce est en partie traduite, en partie imitée de l'espagnol. Le sujet m'en semble si spirituel et si bien tourné que j'ai dit souvent que je voudrais avoir donné les deux plus belles que j'aie faites, et qu'il fût de mon invention. » Voilà, si j'ose dire, une droiture nnodeste qui contraste fort avec la gibbosité orgueilleuse du pittoresque Alarcon ! Et Corneille, qui diminuerait plutôt son apport personnel qu'il ne l'augmenterait, dit aussi, s'excusant de ne pas citer dans l'imprimé de sa comédie les passages qu'il a imités de la Verdad Sospechosa : « Ce n'est pas que je n'aie emprunté beaucoup de choses à cet admirable original ; mais comme j'ai entièrement dépassé les sujets pour les habiller à la française, vous trouveriez si peu de rapport entre l'espagnol et le français qu'au lieu de satisfaction vous n'en recevriez que de l'importunité. Par exemple, tout ce que je fais conter ^ notre Menteur des guerres d'Allemagne, où il se vante d'avoir été, l'Espagnol le lui fait dire du Pérou et des Indes, dont il fait le nouveau revenu ; et ainsi de la plupart des incidents qui, bien qu'ils soient imités de l'original, n'ont presque point de ressemblance avec lui pour les pensées, ni pour les termes qui les expriment. »

Le Menteur n'est pas seulement une imitation, c'est, après les transformations que Corneille a fait subir à la comédie espagnole, une œuvre originale aussi, c'est-à-dire une de ces œuvres où, sur un sujet vieux ou neuf, n'importe, — Shakespeare n'a inventé aucun sujet de pièce, ni La Fontaine aucun sujet de fable — un poète a su mettre, avec sa propre sensibilité, l'âme de son temps et le génie de sa race. Or Corneille a mis tout cela dans le Menteur, outre la nouveauté des pensées et des termes, dont seulement il se flatte. Pour ce qui est d'avoir habillé la pièce à la

française, tenons-nous-en à l'exemple précis qu'il nous signale : celui du premier mensonge de son Dorante, comparé au premier mensonge de Don Garcia, le Menteur d'Alarcon. Comme Dorante, dans le jardin des Tuileries, entretient Clarice et Lucrèce qu'il vient de rencontrer pour la première fois, Don Garcia courtise Jacinta et Lucrecia devant les magasins de la rue des Orfèvres, où il les a tout à l'heure abordées :

Jacinta. — Je puis vous jurer de ne vous avoir vu de ma vie !

Don Garcia. — Lorsque, après mon départ des Indes, et pour mon bonheur, j'arrivai en ces lieux, la première chose qui frappa ma \ue fut votre glorieuse et célestf beauté...

Jacinta. — Vous venez des Indes ?

Don Garcia. — Oui, et mes richesses sont telles, puisque je vous aime, qu'elles obHgent à la modestie les mines du Potose.

Jacinta. — Et êtes-vous aussi serré que les Indiens ont la réputation de l'être ?

Don Garcia. — Celui qui est né le plus avare des hommes devient libéral du jour qu'il aime.

Jacinta. — En ce cas, si vous dites vrai, je puis espérer un superbe cadeau ?

Don Garcia. — Choissisez dans cet étalage les bijoux qu'il vous plaira.

Et voici à présent notre Dorante, lorsque Clarice s'est étonnée de ne l'avoir jamais vu, lui qui prétend si bien la connaître :

DORANTE

C'est l'effet du malheur qui partout m'accompagne ! Depuis que j'ai quitté les guerres d'Allemagne, C'est-à-dire du moins depuis un an entier. Je suis et jour et nuit dedans votre quartier... Vous n'avez que de moi reçu des sérénades.

clarice Quoi, vous avez donc vu l'Allemagne et la guerre ?

DORANTE

Je m'y suis fait quatre ans craindre comme un tonnerre.

Pour monter l'imagination d'une jeune fille — car Jacinta, comme Clarice, est une jeune fille — Don Garcia fait sonner sa bourse : Dorante, lui, fait sonner son épée.

Je n'entreprendrai point la comparaison des deux pièces, dont les mérites, ce me semble, sont égaux, mais différents. L'espagnole est mieux intriguée que la française, où, pour avoir voulu réduire à deux les neuf décors dans lesquels Alarcon promène ses personnages avec tant de vraisemblance et de liberté, Corneille met souvent quelque gaucherie contrainte, quelque trop visible artifice dans la présentation, le tassement et le raccordement des scènes. Ses deux jeunes filles n'ont point la féminité, la grâce enjouée mais un peu tendre aussi, des deux jeunes filles d' Alarcon : elles sont plus cérébrales, plus raisonnables ; curieuses de l'amour, elles ont avant tout le souci du mariage ; leur esprit nous intéressera donc plus que leur cœur. Nous comprendrons mieux, il est vrai, qu'avec ce tempérament, Clarice, après s'en être laissé conter volontiers par Dorante pendant cinq actes, revienne à la fin, sans douleur, à son pâle fiancé Alcippe, et que Lucrèce, bien qu'elle puisse faire peu de fond sur le sentiment qu'elle commence à peine d'inspirer au si léger et si peu sûr Dorante, l'épouse néanmoins avec une facilité sans pareille.

En cherchant bien, peut-être trouverait-on encore quelques petits défauts à la pièce de Corneille, pourvu toutefois qu'on eût sous les yeux, pour les conférer l'une avec l'autre, celle du petit bossu mexicain; mais à quoi bon s'embarquer et embarrasser dans une telle conférence, d'où ressortirait d'ailleurs, sur presque tous les points, la supériorité de notre poète ? Qu'on aille, bien plutôt, quand on y rejouera le Menteur,

s'asseoir à la Comédie-Française ; que, naïvement, une fois de plus, on s'abandonne à ce flot scintillant et chantant de verve et de belle humeur, de plaisantes imaginations et de précieuses élégances ; et, comme la première fois, j'en suis sûr, l'enchantement total ne manquera pas de se produire !

Certes, Lucrèce ni Clarice n'ont une vie profonde, mais que de gentillesse affinée en leurs entretiens et malices ! Ce sont tout de même de bien jolies Françaises de ce temps-là, que ces jeunes filles. Si elles se promènent à cette heure aux Tuileries, elles arrivent, n'en doutez pas, de la rue Saint-Thomas du Louvre, qui est toute proche: elles se trouvaient, il n'y a qu'un instant, à l'Hôtel de Rambouillet, auprès de Julie d'Angennes, comme elles gaie et raisonnable, entre M^^^ du Vigean et la belle Angélique Paulet, capables, comme elles, de machiner quelque amusante mystification pour éprouver ou berner quelque soupirant indiscret ou naïf. Vous ne leur reprocherez donc pas de leur ressembler. Et vous apercevrezvous seulement, à la scène, que Corneille a été un peu gêné par sa soumission presque entière à la fameuse unité de lieu ? Regretterez-vous les libres divagations dans l'espace que se permettait le poète espagnol ? Non certes, surtout si vous songez une seconde aux irritantes, aux insupportables suspensions ou diminutions de l'intérêt que, la veille, dans telle pièce qu'Alfred de Musset n'avait pas écrite pour être représentée, les changements de décors vous infligeaient toutes les dix minutes. Mais vous ne penserez ni à cela ni au reste, tant le divertissement — ■ Corneille n'ayant pas eu ici d'autre ambition que de vous divertir — sera ininterrompu, de la première à la dernière scène, dès qu'aura ouvert la bouche le seul héros de ces aventures, ou plutôt celui en fonction de qui seulement existent tous les autres personnages, Dorante, frais émoulu de son université de province, arrivé de Poitiers la veille :

A la fin j'ai quitté la robe pour l'épée : L'attente où j'ai vécu n'a point été trompée ; Mon père a consenti que je suive mon choix, Et j'ai fait banqueroute à ce fatras de lois. Mais puisque nous voici dedans les Tuileries, Le pays du beau monde et des galanteries, Dis-moi, me trouves-tu bien fait en cavalier ? Ne vois-tu rien en moi qui sente l'écolier ? Comme il est malaisé qu'au royaume du Code On apprenne à se faire un visage à la mode. J'ai lieu d'appréhender...

CLITOK

Ne craignez rien pour vous.

Vous ferez en une heure ici mille jaloux. Ce visage et ce port n'ont point l'air de l'école, Et jamais comme vous on ne peignit Bartole : Je prévois du malheur pour beaucoup de maris. Mais que vous semble encor maintenant de Paris ?

Dès cette réplique, voilà aussi campé devant nous ce Cliton, roi des valets de notre comédie, le premier en date, auquel succéderont un jour, mais sans le faire oublier jamais, Jodelet, Gros-René, Scapin et Masca- ]'ille. Il est aussi inséparable de son maître que Sganarelle l'est de Don Juan ou que Sancho l'est de Don Quichotte. De son maître ? ai-je dit. Mais n'est-il pas bien plutôt ici, par son autorité faite d'expérience et de philosopliie, le m.aître, en un certain sens, de ce jeune godelureau qui l'a pris hier à son service, moins pour être servi que pour être initié par lui à tous les mystères de la vie parisienne ? Car Dorante n'est certainement pas le premier étudiant dont Cliton ait été le guide, presque le mentor : vous voyez bien qu'il connaît de réputation Bartole. Et lorsque Dorante lui parlera des Authentiques, de VInfortiat et du Digeste, il ne bronchera pas : il en a déjà si souvent entendu parler ! Pour sa part, du reste, il cite plus volontiers Urgande et Mélusine, les héroïnes des romans qu'il a lus dans la soupente où il loge ou dans l'office où il opère ; mais il a des clarté? de tout, et.

sans être très moral peut-être, il saura enseigner la morale Lien mieux qu'un moraliste. Aussi fait-il mine de se scandaliser quand Dorante lui pose à son tour, sur Paris, cette question :

Toi qui sais les moyens de s'y bien divertir, Ayant eu le bonheur de n'en jamais sortir, Dis-moi comme en ce lieu l'on gouverne les dames.

Pour qui le prend-on ? Mais Dorante, aussitôt :

Ne t'effarouche point : je ne cherche, à vrai dire, Que quelque connaissance où l'on se plaise à rire, Qu'on puisse visiter par divertissement.

Où l'on puisse en douceur couler quelque moment. Pour me connaître mal, tu prends mon sens à gauche.

CLITON

J'entends, vous n'êtes pas un homme de débauche, Et tenez celles-là trop indignes de vous Que le son d'un écu rend traitables à tous. Aussi que vous cherchiez de ces sages coquettes Où peuvent tous venants débiter leurs fleurettes. Mais qui ne font l'amour que de babil et d'yeux, Vous êtes d'encolure à vouloir un peu mieux. Loin de passer son temps, chacun le perd chez elles. Et le jeu, comme on dit, n'en vaut pas les chandelles. Mais ce serait pour vous un bonheur sans égal Que ces femmes de bien qui se gouvernent mal. Et de qui la vertu, quand on leur fait service, N'est pas incompatible avec un peu de vice.

Vous voyez bien que c'est un philosophe, ce Cliton, et plus particulièrement un psychologue pleirt de subtilité. C'est pourquoi Dorante le consulte avec une certaine déférence sur ce qu'il faut savoir de la capitale quand on arrive de Poitiers ; et, sur tout cela, Cliton saura parler comme les sept sages de la Grèce, mettre même la sagesse en aphoris,mes destinés à devenir d'inoubliables proverbes.

Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne : La façon de donner Vaut mieux que ce qni'on donne.

l'IERRlS CORNEILLE 259

Ah ! comme nous voilà loin, avec lui, de ce Tristan, \alet de Don Garcia, qui, dans la Vérité Suspecte, lorsque les deux jeunes filles paraissent, recommande à son maître : « Faites sonner vos pistoles ! » Pouah ! Cela dégoûterait, ici, le valet aussi bien que le maître. Et quand Dorante aperçoit Clarice avec Lucrèce au tournant d'une allée :

DORANTE

Laissons là ces lourdauds contre qui tu déclames Et me dis seulement si tu connais ces dames.

CÎLITON

Non, cette marchandise est de trop bon aloi ; Ce n'est pas là gibier à des gens comme moi.

Car Cliton ne s'en fait pas même accroire ! Mais il ira interroger le cocher de ces dames. Ici, la scène du faux pas de Clarice et de la main tendue par Dorante pour l'empêcher de choir : le dialogue engagé entre les deux jeunes gens, dialogue plein de préciosité, — mais c'ï.n était la couleur nécessaire, et l'arabesque en est un véritable délice ; — puis le mensonge initial que vous connaissez et auquel s'enchaîneront tous les autres ; puis la stupéfaction de Cliton revenu, en oyant la fabuleuse histoire des guerres d'Allemagne ; enfin la retraite des deux jeunes filles, dont Cliton a seulement appris que la plus belle a nom Lucrèce. Comme c'est Clarice que Dorante a trouvé la plus belle, voilà ainsi amorcée, par un simple quiproquo, qui ne s'éclaircira qu'au dernier acte, l'intrigue légère mais fort ingénieuse de la comédie. Un second inensonge va la nouer définitivement lorsque s'avanceront deux anciens amis de Dorante: Philiste et Alcippe, en train de deviser de certaine fête qu'un inconnu a offerte, la veille, à une certaine dame. Dorante se mêle à la conversation, demande de quoi il s'agit, et quand il a appris, par des réponses sommaires — mais après avoir posé assez de questions pour ne rien ignorer d^essentiel — qu'il s'agit d'une

fête sur l'eau, avec collation et musique, donnée la nuit précédente : « C'est moi qui l'ai donnée ! » déclare-t-il avec audace. Et là-dessus, voici, pour la seconde stupéfaction de son valet, Dorante d'entamer, de broder, d'enjoliver, entrant dans les détails les plus précis et les plus abondants, le célèbre récit de fête que tout le monde a lu dans les anthologies, avec la description des quatre bateaux portant les chœurs de nmsique, et le cinquième, couvert de verdure, où se trourvait la salle du festin :

Je ne vous dirai point les différents apprêts, Le nom de chaque plat, le rang de chaque mets : Vous saurez seulement qu'en ce lieu de délices On servit douze plats, et qu'on fit six services. Cependant que les eaux, les rochers et les airs Répondaient aux accents de nos quatre concerts. Après qu'on eût mangé, mille et mille fusées, S'élançant vers les cieux ou droites ou croisées, Firent un nouveau jeu, d'où tant de serpenteaux D'un déluge de flamme attaquèrent les eaux, Qu'on crut, que, pour leur faire une plus rude guerre. Tout l'élément du feu tombait du ciel en terre. Après ce passe-temps on dansa jusqu'au jour Dont le soleil jaloux avança le retour : S'il eût pris notre avis, sa lumière importune N'eût pas troublé si tôt ma petite fortune, Mais n'étant pas d'humeur à suivre nos désirs, Il sépara la troupe et finit nos plaisirs.

Il est merveilleux, ce récit : c'est une sonate, avec son moderato du commencement que je n'ai pas transcrit ; son crescendo, atteignant au fortissimo quand arrive le feu d'artifice que Dorante a pris sur soi d'ajouter à la fête ; son decrescendo quand, après le dernier chant des luths et des hautbois du bal, le jour se lève. Et savez-vous maintenant ce que c'est que Dorante ? — Un m.enteur ? Allons donc ! — Un hâbleur ? Fi donc ! que ce serait commun encore ! — Nrtn. un artïstf^. un grand arti?;t«=^ : un grand peintre

auquel il n'a manqué que d'avoir appris à manier les pinceaux ; un grand sculpteur, s'il s'était exercé à pétrir la glaise ; un grand musicien, s'il eût étudié le contrepoint, la fugue et la tablature ; un grand faiseur de romans ou de comédies, s'il se fût avisé d'écrire. Son imagination est débordante ; sa fertilité d'invention est extraordinaire. A la moindre lubie qui lui traverse la cervelle, il s'en empare, il l'embellit, il l'amplifie, il la caresse en mille façons jusqu'à ce qu'il lui ait donné la plus spécieuse et la plus heureuse apparence. Mais comme, faute d'un instrument à sa portée, ce n'est point en une œuvre d'art qu'il peut réaliser sa chimère, il la réalise comme il peut, en des improvisations verbales où il s'émeut et se grise de lui-même : tel un virtuose écoute avec complaisance et délice le violon qui chante sous ses doigts, entre son oreille et son cœur.

Ce n'est pourtant rien encore, pour montrer la vérité de ce que j'avance, que l'éblouissante narration du festin sur l'eau : à s'exercer, l'artiste se perfectionne, et il atteint le comble de son art, au deuxième acte, lorsque Géronte, son père, arrivé de province, lui annonce qu'il a demandé pour lui la main de Clarice. Comme Dorante ignore que Clarice n'est autre que celle qu'il aime sous le nom de Lucrèce, il cherche un moyen de le faire renoncer à ce projet d'union; il le trouve et soudain déclare, sur le ton d'un homme décidé à un aveu qui lui pèse, que ce mariage est impossible.

Impossible ! et comment ? — Souffrez qu'aux yeux de tous

Pour obtenir pardon j'embrasse vos genoux.

Je suis... - — Quoi ? — Dans Poitiers... — Parle donc, et te lève.

— Je suis donc marié, puisqu'il faut que j'achève.

— Sans mon consentement ? — On m'a violenté : Vous ferez tout casser par votre autorité.

(Quelle habile précaution pour amadouer cet excellent père !)

Mais nous fûmes tous deux contraints à l'hyménée

Par la fatalité la plus inopinée...

Ah ! si vous le saviez ! — Dis, ne me cache rien.

Et là-dessus commence un récit qui n'est plus seument une merveille, 'mais la merveille des merv^eilles, et tel qu'il n'y en a nulle part un autre qu'on lui puisse même comparer. Ici, Corneille nous fait assister, dans toutes ses phases, au mystère de la création artistique depuis la seconde où l'artiste a entrevu et comme projeté hors de lui son idée à l'état d'ébauche, jusqu'au moment où il l'a conduite à sa perfection absolue. Et ce sont d'abord, racontées avec une tendresse délicate et discrète, les premières rencontres avec l'imaginaire Orphise, et les premiers aveux, et les premières faveurs, et les premiers soirs que — en tout bien tout honneur, s'entend — il passait auprès d'elle. Et, à mesure qu'il conte, il aperçoit, il donne, il précise des détails nouveaux, et il arrive ainsi jusqu'au soir fatal de la prétendue catastrophe :

Un soir que je venais de monter dans sa chambre (Ce fut, il m'en souvient, le second de septembre : Oui, ce fut ce jour-là que je fus attrapé). Ce soir même son père en ville avait soupe. Il monte à son retour, il frappe à sa porte : elle Transit, pâlit, rougit, me cache en sa ruelle. Ouvre enfin, et d'abord (qu'elle a d'esprit et d'art !) Elle se jette au cou de ce pauvre vieillard, Dérobe en l'embrassant son désordre à sa vue : Il se sied ; il lui dit qu'il veut la voir pourvue ; Lui propose un parti qu'on lui venait d'oilrir. (Jugez combien inon cœur avait lors à souffrir !) Par sa réponse adroite elle sut si bien faire Que sans m'inquiéter elle plut à son père. Ce discours ennuyeux enfin se termina ; Le bonhomme partait... quand ma montre sonna. . Et lui, se retouritant vers sa fille étonnée : « Depuis quand cette montre ? et qui vous l'a donnée ?»

Et le petit mensonge d'Orphise ; et le père qui

demande la montre pour la donner à l'horloger ; et Dorante qui la lui passe derrière le dos...

... Mais, voyez ma disgrâce ; Avec mon pistolet le cordon s'embarrasse, Fait marcher le déclin : le feu prend, le coup part...

et Orphise tombe comme morte, et le père appelle : « Au secours ! A l'assassin ! » et les valets accourent avec le fils, et Dorante tire l'épée et combat...

Au milieu de tous trois je me faisais passage, Quand un nouveau malheur de nouveau me perdit : Mon épée en ma main en trois morceaux rompit. Désarmé, je recule, et rentre : alors, Orphise, De sa frayeur première aucunement remise. Sait prendre un temps si juste en un reste d'effroi, Qu'elle pousse la porte et s'enferme aA'ec moi. Soudain nous entassons, pour défenses nouvelles, Bancs, tables, coffres, lits, et jusqu'aux escabelles : Nous nous barricadons, et dans ce premier feu, Nous croyons gagner tout à différer un peu. Mais comme à ce rempart l'un et l'autre travaille. D'une chambre voisine on perce la muraille : Alors, me voyant pris, il fallut composer.

Ah ! cette muraille percée ! Il va loin, mais, dans la folie imaginative, il n'en est plus à une invraisemblance près : il a déjà fait sonner la montre « deux fois en un quart d'heure » et l'épée se briser en trois morceaux ! Il n'y a donc plus aucune raison pour qu'il s'arrête, et on aurait aussi bien pu, pendant qu'il y était, démolir la maison tout entière ! Et cette tendance quasi-l;jTique à l'hj'perbole est encore un des traits de cette pyschologie de l'artiste en état d'inspiration que Comeille^ïialyse ici, sans le vouloir, jusqu'en ses plus secrètes profondeurs.

j^. Quant à la forme, elle est prodigieuse : jamais le vers français n'a été ni ne sera plus plastique ; il l'est ici au point de se mouler, par la variété de ses coupes, par la répartition de ses accents, par la place donnée

aux mots essentiels, sur les moindres sinuosités du récit. II est tellement adéquat aux plus subtils mouvements qu'il semble autant les déterminer que les traduire :

Il monte à son retour, il frappe à la porte : elle Transit, pâlit, rougit, me cache en sa ruelle, Ouvre enfin...

Lorsque avec Dorante, après que vous avez prêté l'oreille aux bruits du dehors, ce « elle » placé tout seul, en vedette, au bout du vers, vous fait vous retourner brusquement vers la pauvre Orphise. Puis, par la coupe haletante, hachée de virgules, de l'hémistiche suivant, vous participez comme si vous étiez eux, et avec la même rapidité, au désarroi des deux amants. Puis, Dorante caché, vous respirez une seconde, comme Orphise, en laissant expirer Ve muet final du vers, que la virgule vous empêchera d'ailleurs de pouvoir lier avec la voyelle qui commence le vers suivant. Et c'est alors l'admirable rejet imitatif : « Ouvre enfin. » Dans cet ordre d'idées, je n'ai pas même besoin de vous souligner le « Désarmé, je recule, et rentre, » qu'on est obligé de scander bien nettement : 1, 2, 3, — 1, 2, 3, — 1, 2 : trois pas en arrière, puis trois autres, et, sur une seule syllabe forte (et rentre), le seuil franchi. J'ai parlé de la répartition des accents toniques : on sait que deux syllabes accentuées ne doivent jamais se suivre, sous peine de dureté ; d'instinct, même dans la conversation la plus familière, on évite qu'elles se suivent, ou bien, d'instinct aussi, on les sépare en les prononçant, si on les avait rapprochées par mégarde ; mais ce n'est pas par mégarde que dans une seule fin de vers (le feu prend, le coup part). Corneille les a rapprochées deux fois : c'est parce qu'il sait que l'acteur ou le lecteur prononcera : « le feu... prend » et surtout : « le coup... part », et qu'ainsi, à la fin du vers, c'est la détonation même que nous croirons entendre. Tout cela, non par

effort et calcul, mais parce qu'ici l'inspiré, c'est Corneille, en qui se confondent, à miracle, la forme et la pensée, le personnage et le poète, la fiction et la vie.

Il y a cent ans, le grand oracle de la littérature dramatique en Allemagne, Auguste-Guillaume Schlegel, ayant lu le Menteur, n'hésita pas à écrire : « Cette pièce, à mon avis, ne prouve aucun talent comique. » Après quoi, ayant doctoralement examiné le récit du mariage, il laissa tomber ces mots : « Un poète habitué à monter sur des échasses (c'est Corneille) n'a que des mouvements maladroits dans un genre où il ne s'agit que de marcher à fleur de terre, mais avec grâce et légèreté. » Je vous jure que ma citation est exacte, et vous n'aurez pas de peine à le croire, si vous vous souvenez qu'au pays d'Auguste-Guillaume Schlegel on se connaît si bien en grâce et en légèreté de marche à fleur de terre que le pas idéalement national est le pas de l'Oie. INIais quand je pense que, depuis quinze ou vingt années, il s'est rencontré des poètes (?) français pour prétendre que notre vers, notre alexandrin notamment, dans sa raideur ankylosée, n'était point suffisant à exprimer toutes les aspirations de leur génie ! Vite, un bon sac ! Et, s'ils existent encore, ces poètes, qu'on les y fourre, avec les cendres de Schlegel !

Quant à la démarche noble — et sans échasses — des alexandrins, il y en a un exemple célèbre dans le Menteur même. Vous vous rappelez comment cela est amené : l'excellent Géronte, qui ne songe qu'au bonheur de son fils, a fait plus que d'approuver le mariage avec la jeune fille de Poitiers : il souhaite de voir sa bru, qu'il veut faire venir bien vite. Dorante ne sera pas embarrassé pour si peu ; il déclare à son père, lequel ne s'en montrera que plus satisfait :

Elle est grosse. — Elle est grosse ! — Et de plus de six mois.

— Que de ravissements^ je sens à cette fois !

— Vous ne voudrez pas hasarder sa grossesse ?

— Non, j'aurai patience autant que d'allégresse ;

Pour hasarder ce gage il m'est trop précieux.

A ce coup ma prière a pénétré les cieux :

Je pense en la voyant que je mourrai de joie.

Cette fois, devant une telle et si naïve bonté, nous voilà presque indignés contre ce fou de Dorante ; et c'est pourquoi Corneille va pouvoir dans un instant, lorsque Géronte aura appris qu'Orphise n'existe pas, amener la scène classique, si connue qu'il suffit que je la rappelle, où ce père de comédie deviendra presque un don Diègue en interrogeant son fils comme vous savez : « Etes-vous gentilhomme ?... » Mais entre cette éloquence presque tragique et le ton des autres scènes, s'il y a opposition, il n'y aura pas disparate, car on y sentira la bonté du père prête à céder une fois de plus. Elle cède en effet : Dorante ayant juré que, s'il a inventé toute cette histoire, c'est qu'il aime Lucrèce et ne veut point d'autre femme qu'elle. Et Géronte va demander pour lui Lucrèce en mariage. Pour une fois que Dorante a dit vrai et que, par là, il nous a désarmés, nous aussi, après le court instant où nous avons failli le prendre en grippe, va-t-il être puni, étant maintenant obligé d'épouser la vraie Lucrèce, au lieu de la fausse, de Clarice ? Non : l'auteur espagnol avait fait de ce mariage, imposé par un père orgueilleux et rude, un châtiment ; mais Corneille, pour ne point affliger son Dorante, artiste désintéressé en mensonges, et non menteur vicieux ni vilain, lui a donné, vers la fin de la comédie, un commencement d'inclination pour la Lucrèce véritable, et le mariage fera le reste. Dorante n'aura donc pas été puni du tout ; ainsi resterons-nous mieux dans le royaume de la fantaisie où Corneille avait voulu nous conduire, et où, si nous y avons trouvé quand même beaucoup de sagesse et de vérité, c'est qu'il n'y en a nulle part davantage que dans les rêves, fussent les plus chimériques et les plus légers, des grands poètes.

PIERRE CORNEILLE 2<i

Le succès du Menteur fut immense, et tel que, pour le prolonger, et sur le conseil, évidemment, des acteurs qui s'y étaient fait tant applaudir au Marais, Corneille eut la faiblesse d'écrire aussitôt une Suite du Menteur, où le public retrouverait, dans les deux rôles de Dorante et de Cliton, les deux mêmes comédiens, Floridor et Jodelet : Floridor, de son vrai nom Josias de Soûlas, écuyer, sieur de Floridor, orateur de la troupe, dont nous reparlerons, car il va devenir un bon ami du poète ; Jodelet, c'est-à-dire Julien Bedeau, l'un des plus fameux comiques, l'un des plus populaires « enfarinés » du siècle, le rival de Turlupin, de Gros Guillaume et de Gautier Garguille. La pièce est médiocre et je n'en dirai que peu de mots tout à l'heure ; mais du moins y retrouve-t-on le propre témoignage de l'auteur sur le triomphe obtenu par son chef-d'œuvre de la veille, qu'elle prétendait continuer. Voyons ce bout de dialogue entre Cliton et Dorante :

... Dans Paris, en langage commun, Dorante et le Menteur à présent ce n'est qu'un. Et vous y possédez ce haut degré de gloire Qu'en une comédie on a mis votre histoire.

— En une comédie ? — Et si naïvement

Que j'ai cru, la voyant, voir un enchantement.

On y voit un Dorante avec votre visage ;

On le prendrait pour vous : il a votre air, votre âge,

Vos yeux, votre action, votre maigre embonpoint.

Il paraît, comme vous, adroit au dernier point.

Comme à l'événement, j'ai part à la peinture.

Après votre portrait, on produit ma figure ;

Le héros de la farce, un certain Jodelet

Fait marcher après vous votre digne valet...

— Cette pièce doit être et plaisante et fantasque.

268 ' PIERRE eORNEILLE

Mais son nom ? — Votre nom de guerre, le Menteur,

— Les vers en sont-ils bons ? Fait-on cas de l'auteur ?

— La pièce a réussi, quoique faible de style, Et d'un nouveau proverbe elle enrichit la ville,

De sorte qu'aujourd'hui presque en tous les quartiers

On dit, quand quelqu'un ment, qu'il revient de Poitiers.

Et pour moi, c'est bien pis, je n'ose plus paraître :

Ce maraud de farceur m'a si bien fait connaître

Que les petits enfants, sitôt qu'on m'aperçoit.

Me courent dans la rue en me montrant au doigt ;

Et chacun rit de voir les courtauds de boutique

Grossissant à l'envi leur chienne de musique,

Se rompre le gosier dans cette belle humeur

A crier après moi : « Le valet du Menteur ! »

Cela, débité par Jodelet lui-même, parut piquant et amusant ; mais le reste ennuya, et la pièce n'eut que trois représentations. Corneille, cette fois, s'était complètement trompé. Dans sa hâte de trouver un sujet, il avait rouvert ses livres espagnols et lu, avec un ravissement très légitime, l'une des plus vivantes et des plus brillantes comédies de cape" et d'épée de Lope de Vega : Amar sùi saber a quien {Aimer sans savoir gui? Quel rapport avec le AI enteur). Aucun. Si, en cherchant bien, avec une énorme bonne volonté, s'il le faut absolument : un. Mais lequel ? Aous allons voir.

Sur les hauteurs de San-Cervantès, dans le voisinage de Tolède, deux cavaliers, don Fernando et don Pedro, qui ont à régler ensemble une affaire d'honneur, mettent l'épée à la main et ferraillent. Passe à ce moment, par hasard, sur sa mule et arrivant de Séville, un jeune homme, don Juan, qui cherche à séparer les duellistes. En vain : don Pedro, percé de part en part, est tombé mort. Don Fernando saute alors sur la mule d'où don Juan vient de descendre, et le voilà vite hors de vue, tandis que les alguazils, survenant, arrêtent don Juan, que toutes les apparences désignent comme le meurtrier. Bientôt, dans a prison où il a été conduit, on lui amène, pour une

confrontation, le meurtrier véritable, don Fernando, qui tremble en reconnaissant l'étranger témoin du duel ; mais don Juan, par esprit de chevalerie, déclare que ce gentilhomme ne ressemble en rien à celui qui a tué don Pedro. Et voilà, avec ce mensonge, le seul et faible trait commun dont Corneille se contentera, faute de mieux, pour le rattachement de ses deux pièces. Mais comme, de ce mensonge héroïque, il résultera que don Juan épousera, à la fin de la « troisième journée », la belle Leonarda, qu'il a aimée sur le vu de son portrait apporté dans la prison, sans savoir qu'elle était la sœur de celui qu'il avait sauvé en mentant, il faudra bien, pour transformer, aux mêmes fins de inariage, don Fernando en Dorante, que Dorante n'ait pas épousé Lucrèce au dénouement du Menteur. Qu'à cela ne tienne : il ne l'aura pas épousée, voilà tout; mais, à la veille du mariage, ne se sentant décidément pas la vocation du conjungo, il se sera dérobé pour courir l'Italie, cependant que son père, Géronte, aura épousé à sa placç, par réparation, la pauvre Lucrèce compromise ! Vous voyez comme c'est simple, mais puéril et gauche, et que ce Dorante, si inopinément chevaleresque, après une si mauvaise action, n'a guère d'autre rapport, avec celui que nous connaissions, que le nom qu'il porte et que le physique de l'acteur qui le représente. D'ailleurs, cette fois, la pièce espagnole était irréductible à une pièce française composée dans un autre système dramatique. Presque tout ce que Lope y avait mis en scène, à commencer par le duel et l'arrestation, si pittoresquement déroulés à l'éclatant soleil de Tolède, devient récit chez Corneille, qui nous retient, pendant la moitié de la comédie, dans une prison de Lyon, dont nous ne sortirons que pour pousser jusqu'à la place Bellecour ; et c'est morne. Après le premier acte, où le langage de Cliton garde encore sa saveur ancienne, le style même s'affaiblit : c'est là, et non darts U Mcntmir, quoique Cnrnpillp pn ait dit ppr

modestie, — ou par antiphrase, — que le style est faible et sent son improvisation. Bien entendu, il y a d'heureux passages, et il y en a même un ravissant, que je vous donnerai pour que vous ne restiez point sur une impression mauvaise ; ce sont ces vers que dit à sa camériste l'amoureuse de Dorante, Mélisse :

Quand les ordres du Ciel nous ont faits l'un pour l'autre,

Lyse, c'est un accord bientôt fait que le nôtre.

Sa main entre les cœurs, par un secret pouvoir,

Sème l'intelligence avant que de se voir :

Il prépare si bien l'amant et la maîtresse

Que leur âme, au seul nom, s'émeut et s'intéresse.

On s'estime, on se cherche, on s'aime en un moment ;

Tout ce qu'on s'entredit persuade aisément

Et, sans s'inquiéter d'aucunes peurs frivoles,

La foi semble courir au devant des paroles.

Est-ce Mélisse qui parle, ou Mélite ? On pourrait douter, tant c'est jeune et frais.

Et, de là, le plus divers, le plus souple et le plus surprenant des poètes va passer, comme sans effort, à la sombre et puissante horreur de Rodogune.

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