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Pierre d'Ailly et la découverte de l'Amérique

I. Pierre d'Ailly : le théologien, le réformateur et le savant. — II. Ses idées cosmographiques. Erreurs et lacunes de son système. — III. Colomb connutil les livres de d'Ailly? S'en inspira-t-il? — IV. Quand cette connaissance eut-elle lieu? Première hypothèse : est-ce avant sa première expédition?

' — V. Seconde hypothèse : est-ce pendant son deuxième voyage? — VI. Conclusions.

Pierre d'Ailly, né à Compiègne en 1350, fut élève, puis recteur du collège de Navarre et chancelier de l'Université de Paris. Nommé évêque de Cambrai, il reçut ses bulles en mai 1397, et il remplit les fonctions de sa charge dans cette ville jusqu'à son élévation au cardinalat, le 6 juin 1411. Incessamment mêlé à la vie" générale de l'Eglise, il eut spécialement à cœur de faire cesser le grand schisme, et, le premier en France, il proposa la voie du concile général qui devait finalement réussir. C'est lui qui, en "1403, négocia, puis lut à Notre-Dame de Paris le concordat fameux qui devait rendre l'obédience française au pape BenoîtXIII1. Il fut le Consalvi du xve siècle, et cet acte fut un des grands triomphes de sa politique ecclésiastique. A lui échut l'honneur de présider la troisième session du concile de Constance. Comme l'a dit très bien M. Max Lenz, recteur actuel de l'Université de Berlin : « Le développement du schisme et surtout les événements du concile de Constance ne se comprennent pas en dehors de l'action personnelle de d'Ailly. On pourrait faire l'his-

1. Le texte se trouve dans les Œuvres françaises de Pierre d'Ailly, publiées dans la Revue de Lille, en 1907, p. 49, en même temps que des poèmes inédits du même auteur.

loire de ces quarante ans sous le titre de Pierre oV Ailly et son époque 1. »

Esprit distingué et inventif, il fit de remarquables découvertes dans presque tous les genres de sciences auxquels il s'adonna. Il avait composé un projet de calendrier qu'il présenta aux conciles de Rome (1411) et de Constance (1417), et qui, longtemps après (1582), fut complété et adopté par Grégoire XIII. Il fit instituer par Benoît XIII la fête de la sainte Trinité et, avec son élève Gerson, il contribua grandement à l'extension du culte de saint Joseph. Dans ses ouvrages mystiques, il suit les grandes traditions de saint Bernard et de Richard de Saint- Victor. Il se montra moins sûr et plus aventureux dans ses théories nominalistes en philosophie et en théologie. Sans doute, il désira et indiqua bien des réformes plus ou moins heureuses dans la discipline ecclésiastique> mais il mérita l'honneur peu enviable d'être appelé l'un des pères du gallicanisme théologique. Il fit aussi certaines excursions téméraires dans le domaine des saintes Écritures.

Mû par une meilleure inspiration, il demanda, après Roger Bacon, que les corrections jugées nécessaires fussent apportées au livre des révélations divines, et, deux siècles plus tard, ses projets reçurent de la main des souverains pontifes une utile et heureuse réalisation.

Le zèle apostolique de l'évêque de Cambrai fut à la hauteur de son érudition. Il fut surnommé par ses contemporains le marteau des hérétiques, et les expéditions armées contre les infidèles n'eurent guère de plus éloquent promoteur 2. Pierre d' Ailly entendit les plus grands hommes de son temps répéter ses amères mais courageuses doléances. Son ami, Philippe de Maizières, unit sa voix à celle d'un des plus illustres élèves de l'évêque de Cambrai, Nicolas de Clémangis. Le poète Pétrarque avait déjà fait retentir la ville d'Avignon et l'Italie de ses plaintes et de ses exhortations, avant que notre historien Froissart cherchât à soulever pour cette cause héroïque la noblesse « courtoise et chevaleureuse » de la Flandre et du Hainaut. Jeanne d'Arc donnait dans un but identique d'excellents conseils à Philippe le Bon qui ne les écouta que d'une oreille distraite. Sous ce rapport, nous le

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