Lettre Quarto abeunle sseculo, 16 juillet
2. L'abbé Lyons, Christophe Colomb, Paris, Poussielgue, 1891, in-8, p. 326-327. ' 3, Abbé Lyons, Christophe Colomb, p. 327.
monde ecclésiastique, les archevêques de Turin, de Milan et de Florence ont refusé de prendre part au mouvement qui se produisait en faveur de la béatification. Les efforts récents de certaines sociétés populaires américaines (Knights oj Columbus) nous semblent voués à l'insuccès le plus complet. Nous ne croyons donc pas que la Sacrée-Congrégation des Rites soit dans l'avenir saisie de cette question qui soulève des difficultés de plus d'un genre. Le programme, probablement élaboré à Espanola en 1494, projet qu'a exposé M. Vignaud, et que nous avons précédemment analysé, fournirait à l'avocat du diable des arguments qui seraient plus que spécieux. Nous ne pensons pas que Sa Sainteté Pie X ou quelqu'un de ses successeurs se détermine jamais à l'accueillir favorablement.
Ce n'est pas seulement notre pensée personnelle, c'est aussi la conviction des hommes les plus compétents qui soient au monde sous le rapport de la béatification et de la canonisation des saints nous voulons parler des RR. PP. Bollandistes. Grâce à une communication dont ils nous ont honoré, nous savons qu'ils admirent dans Colomb un héros, mais qu'ils n'ont jamais songé à le présenter et à le faire vénérer comme un bienheureux '.
Nous n'avons donc rien de mieux à faire que d'imiter la réserve des souverains pontifes et de suivre l'avis des hommes les plus qualifiés pour avoir une opinion sur cette épineuse question. Continuons à admirer et à louer en Colomb le héros catholique, Columbus noster est. l'homme qui a bien mérité de la science, comme de V Eglise et de V humanité.
« On compte assurément, écrivait le pape Léon XIII, beaucoup d'hommes courageux et experts qui, avant et après Christophe Colomb, se sont mis avec un zèle obstiné à la recherche de terres et de mers inconnues. La renommée humaine, qui se
1. Nous avons laissé intentionnellement de côté la question des rapports de Colomb avec Béatrix Enriquez, de Cordoue. Les nouvelles recherches du professeur Tarducci, de l'abbé Sanguineti et de M. Henry Vignaud lui-même ne donnent pas à ce problème historique une solution favorable à la sainteté de Christophe Colomb. Cf. Tarducci, Vita di Christoforo Colombo, vol. i, 1885, p. 142-143; Sanguineti, Vita di Christoforo Colombo, 1846; H. Vignaud, Histoire critique, t. i, p. 611 et suiv. Journal de la Société des Américanistes de Paris, nouvelle série, 1909, t. vi. — Il est impossible de ne pas être frappé par la valeur de leurs arguments.
souvient de leurs services, célèbre et célébrera toujours leur mémoire, parce qu'ils ont reculé les limites de la science et delà civilisation et contribué à accroître la prospérité générale. » Et il place le navigateur parmi ces héros, non parmi les saints.
En effet, comme l'a écrit excellemment M. Georges Goyau, « la géographie, la plus réaliste des sciences, fut aussi celle qui bénéficia le plus assidûment de l'ardeur de Colomb et de certaines âmes pour la besogne de Dieu. Les hommes qui se taxaient de civilisés auraient mis plus de temps à connaître la terre, si parmi eux les idéalistes ne s'étaient levés, impatients d'annoncer au loin tout ce qu'ils savaient du ciel. Les gigantesques progrès de la géographie furent d'abord dus à ces idéalistes qui n'orientaient aventureusement leurs voiles vers l'au-delà de l'immensité que parce que, dans un autre au-delà, celui de l'éternité, des appels retentissaient, éveillant en eux le goût impérieux de promener le nom de Dieu; et l'attrait même qui les poussait à faire progresser la connaisance du Rédempteur faisait progresser, pour la famille humaine, la connaissance d'elle-même K »
Reconnaissons volontiers chez le navigateur la grandeur de son amour pour l'Eglise et l'énergie de ses désirs apostoliques. Il voulait, comme le dit encore Léon XIII, « ouvrir un chemin à l'Évangile à travers de nouvelles terres et de nouvelles mers. » Au pape Alexandre VI, il demanda des missionnaires pour ces contrées jusqu'alors ignorées des hommes et ignorantes de Dieu. Dans sa lettre se trouve cette belle déclaration :« J'ai confiance que, Dieu aidant, je pourrai un jour répandre aussi loin que possible le saint nom de Jésus-Christ et l'Évangile. » En effet, les missionnaires arrivèrent en Amérique aussi vite que les plus hardis conquistadores. Grâce à leurs efforts, la vigne chrétienne allait recevoir des greffages inattendus d'une inépuisable vigueur; la foi, à la veille d'être misérablement trahie en Europe, allait faire d'immenses conquêtes en Amérique; le soleil n'allait plusse coucher sur les pays éclairés par l'Evangile, et des espérances sans bornes allaient consoler l'Église d'abandons sans excuses. Le souverain pontife l'a aussi constaté et s'en est applaudi.
Enfin l'humanité civilisée a le devoir de glorifier Colomb, par qui l'univers connu se trouva doublé; et le monde tout