‹ Pierre d'Ailly et la découverte de l'AmériqueChapitre 5 sur 21 · H. Vignaud, Histoire critique, t. I, p · texte numérisé non relu

H. Vignaud, Histoire critique, t. I, p

d'Espagre et l'Occident et les rivages de l'Inde à l'Orient. Il ne s'agit pas ici, continue d'Ailly, de l'Espagne actuelle, mais de l'Espagne ultérieure, qui est l'Afrique. Sénèque assure que l'on peut traverser cette mer en peu de jours, si le vent est favorable », De plus, Pline nous enseigne que les navires pourraient arriver en peu de temps du golfe d'Arabie à Gadès, au sud de l'Espagne. D'où l'on conclut que la mer n'est pas assez grande pour couvrir les trois quarts de la terre. Esdras affirme, en son livre quatrième, que six parties de la terre sont habitables et habitées et que la septième partie seule est couverte par les eaux. L'autorité de cet ouvrage a été reconnue par les saints qui s'en sont servis pour confirmer les vérités sacrées 2. « Au delà de Tyle (Thulé), dernière île de l'Océan, après une navigation d'une journée, la mer est congelée et engourdie, pigrum et concretum est mare. »

Le savant cardinal adopte l'opinion d'Aristote et de Sénèque mentionnée plus haut, mais il fait remarquer que plusieurs parties de la terre ne peuvent être habitées, soit à cause de la trop grande chaleur, soit en raison du froid trop intense. Il ajoute : « Aux pôles, habitent de grands fantômes et des bêtes féroces ennemies des hommes. L'eau y abonde, parce que ces lieux sont froids et que le froid multiplie les humeurs. » Physique étrange, dont l'originalité n'est égalée que par cette autre remarque qu'il emprunte encore à Aristote : « La côte occidentale d'Afrique ne saurait être fort éloignée de la côte orientale de l'Inde, puisque dans les deux pays on rencontre des éléphants 3. »

Dans un chapitre suivant, il écrit: «Certainement la distance de l'Espagne à l'Inde, par terre, en se dirigeant vers l'est, représente beaucoup plus de la moitié du périmètre de la terre 4. » Par conséquent, conclurons-nous, la distance à parcourir par mer,

1. Quœsl. naiur., v. — Cf. Colomb, Historié, Venise, 1571, xn, p. 14; Vignaud, op. cit., i, 315; De Lollis, Raccolta, Postille ai trattati di P. d'Ailly, note 23.

2. Imago mundi, vu. Cet ouvrage a été terminé le 12 août 1410, très probablement à Cambrai. — Ce quatrième livre d'Esdras n'est pas canonique, mais Colomb en fait grand cas et y revient à plusieurs reprises dans ses écrits. — Cf. De Lollis, Raccolta, Scritti, n, p. 39.

3. Imago mundi, c. xlix. Cf. Epilogus mappie mundi qui fait suite k l'Imago, cap. De mari. Albert le Grand et saint Thomas insistent aussi sur cet argument. Cf. Mandonnet, op. cit., p. 59 et 61.

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