‹ Pierre d'Ailly et la découverte de l'AmériqueChapitre 6 sur 21 · Cap. xli · texte numérisé non relu

Cap. xli

en faisant voile vers l'ouest, est beaucoup moins considérable. Le tour de la terre est, d'après d'Ailly, de 10 200 lieues.

Le cardinal admet l'existence des antipodes : « Cette partie de la terre, dit-il, est semblable à notre hémisphère quant à l'éloignement du soleil et des pôles, quant à l'habitation et à la quantité des eaux. Ces contrées ont l'hiver quand nous avons l'été, et elles ne sont pas couvertes d'eau, comme le croit le vulgaire *. »

Dans un autre paragraphe de Ylmago mundi, il ajoute : « Ainsi l'eau court d'un pôle à l'autre en formant une mer qui s'étend entre l'extrémité de l'Espagne et le commencement de l'Inde sur une petite largeur, de sorte que le commencement de l'Inde occupe par delà de la moitié de la ligne équinoxiale (c'està-dire sur l'autre hémisphère) une situation très rapprochée de celle qu'occupe la fin de notre hémisphère 2. »

Dans un chapitre du Compendium cosmographise, qui fut composé probablement deux ans après l' Imago, d'Ailly revient sur les mêmes idées : « D'après les philosophes, dit-il, l'Océan qui s'étend depuis l'extrémité de l'Espagne ultérieure, c'est-à-dire l'Afrique, du côté de l'occident, et entre la fin de l'Inde du côté de l'orient n'a pas une grande largeur, car il est prouvé par l'expérience qu'on peut le traverser en très peu de jours si le vent est favorable et, par conséquent, ce commencement de l'Inde en Orient ne peut pas être bien éloigné du bout de l'Afrique 3. »

L'évêque cosmographe est un esprit indépendant. Sur beaucoup de points, il refuse d'admettre les opinions qu'enseignaient toutes les écoles de son siècle. Il répugne à croire, sur la foi de bien (les auteurs, que la mer couvre les trois quarts du globe, et il a tort.

Il ne se trompe pas moins, avec Aristote et Pline, quand il affirme qu'il n'est point de communication possible entre les deux zones tempérées de l'hémisphère oriental, à cause de la zone torride qui est inhabitable et qu'on se saurait traverser. Il se fait encore de singulières illusions quand il écrit que l'At-

4. Epilogus mappse mundi, cap. De figura terras et De mari. — Cf. Vignaud, Histoire critique, i, p. 319.

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