‹ Pierre de Portugal, tragédie en cinq actesChapitre 22 sur 42 · DON PÈDRE, INÈS · texte numérisé non relu

DON PÈDRE, INÈS

DON PÈDRE

Chère Inès, doux objet que j'adore , Enfin ils m'ont permis de te revoir encore!

Hélas ï

DON PÈDRE

Loin d'un époux, si tes yeux ont pleuré, Les siens pleuraient aussi... pour ce cœurdéchiré Ton absence est la mort, ta présence est la vie. Va, denous séparer s'ils conservent l'envie , (moi Qu'ils versent tout mon sang. Ils est moins dur pour D'être immolé par eux que d'exister sans toi.

INÈS

Don Pedre,ah!dansmoncœursiletien pouvait lire.

DON PÈDRE

Parle : ce qu'il éprouve as tu peur de le dire? Parle; ne clémens pas en des instans si doux L'heureuse confiance'établie entre nous.

inès. (flamme,

Cher don Pèdre, l'amour qui tous deux nous en- Aux plus saintes vertus doit élever notre came ; Quanta moi, si jamais la patrie ou l'honneur, Pour le bonheur public m'impose un grand mal- J'imiterai soudain ton fier patriotisme ; (heur, Oui, l'amour d'un héros fait naitre l'héroïsme.

DON PÈDRE

Quel langage !

INÈS

Avec moi s'il fallait partager, Ou la même infortune ou le même danger , Réponds, que ferais- tu ?

Quel doute ! ah ! pour te plaire, De la terre et des cieux défiant la colère , Souffrant, mourant pour toi, jebénirais mon sort. Heureux que l'on pût dire : « Immortel par sa mort, Don Pèdre avec orgueil mérite qu'on le nomme ; L'exemple de sa femme en a fait un grand homme. «

INÈS

De nos destins toi-même as proclamé la loi.

DON PÈDRE

Qu'entends-je?

INÈS

Sache aimer ton pays plus que moi.

DON PÈDRE

Ciel ! ,

INÈS

Docile aux devoirs qu'un grand peuple t'impose, Kâte-toi d'accomplir l'hymen qu'on te propose.

DON PÈDRE

Grand Dieu! de nos liens ne te souvient-il plus? L'hymen les a formés.

INÈS

L'honneur les a rompus.

L'honneur, qui pour jamais nous sépare et me criet L'épouse d'un héros se doit à la patrie! Près du bonheur public mon bonheur n'est plus Don Pèdre, je sais tout : par un nouveau lien, (rien . Quand tu peux réunir deux nations rivales,

Brisons de notre hymen les chaînes inégales ; A l'intérêt public immolons-nous tous deux; En bravant le malheur méritons d'être heureux. Adieu donc. Loin de toi c'estunDieu qui m'appelle; C'esl un Dieu qui t'impose une chaine nouvelle. Reçois-la;soisheureux;maisdu sein des grandeurs, A nos premiers amours donne parfois des pleurs. Souviens-toi que jadis, et dans la solitude, Det'aimer, de te plaire, Inès fit son étude; Que dévouant sa vie à ta prospérité, Pauvre, elle t'épousa, riche, elle t'a quitté ; Que, pleurant à l'aspect d'une gloire importune, Elle aima ton malheur et non pas ta fortune; Que le sort l'accabla sans la faire plier ; Et qu'elle a su te fuir sans pouvoir t'oubiier.

DON PEDEE.

Ah! pour subir l'arrêt que prononce ta bouche , Prête-moi donc, cruelle, un cœur lâche et farouche; Un cœur où la nature ait perdu tous ses droits. Où l'honneur soit sans force et la pitié sans voix. Sous un prétexte vain, tu prétends que j'oublie L'amour qui nous engage et le nœud qui nous lie! De ce cœur effrayé d'un si lâche forfait, Cruelle, efface donc le bien que tu m'as fait; Ou du passé plutôt que ton cœur se souvienne : Tes jours étaient les miens, ma vie était la tienne; Et je romprais le cours d'un si touchant destin! Non, non, homme avant tout,matâcheest d'être hu- Jc ne céderai pas à des calculs barbares. (main. Mais toi-même à me fuir en vain tu te prépares; Ton père nous retient du fond de son tombeau, Ton enfant nous réclame autour de son berceau.

Page 1