‹ Pierre de Portugal, tragédie en cinq actesChapitre 36 sur 42 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

INES seule.

Époux, enfant , mère chérie , Recevez tous les vœux de mon ame attendrie. Puisse après moi cette ame habiter parmi vous ! Séjour de mes beaux ans, lieux paisibles et doux, Rives duTage, adieu. Sur la terre où nous sommes, Jouet infortuné de la rigueur des hommes, .l'apparus un moment pour aimer et souffrir. Un matin m'a vu naître, un soir me voit mourir, O tems de mon amour , ô fortune passée ! Même au sein du trépas tu vis dans ma pensée î Que dis-je ? bannissons des regrets superflus... Il le faut... Ah! du sein d'un bonheur qui n'est plus, Dans le sein du malheur quand le hasard nous jette Est-il un mal plus grand que le bien qu'on regrette? Amis chers , doux objets de mon amour constant Que vous êtes à plaindre! on ne meurt qu'un instant; Mais vous que le destin condamne à me survivre, A de longues douleurs mon supplice vous livre. Puisse , puisse le ciel vous prodiguant ses biens , Ajouter à vos jours ce qu'il retranche aux miens. Puisse-t-il, respectant le nœud qui vous rassemble,

Vous permettre long-tems de me pleurer ensemble?

( Elle s'approche de la table. ) Point de faiblesse.. Allons. J'entends la voix deDieu. ( Elle prend la coupe et V approche de ses lèvres. ) O ma mère ! ômon fils ! 6 mon ëpoux!.,. ( Elle s'empoisonne. )

Adieu !

Quelques instans encore , et j'aurai cessé d'être... Un calme inattendu vient en moi de renaître; Paisible, d'ici-bas je suis prête à partir... J'ai vécu sans reproche et mœurs sans repentir.

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