II RONSARD
naissant toutes ou à peu près toutes les corrections des éditions successives (1567, 1571, 1572, 1578, 1584, 1587), sous prétexte qu'à son avis Ronsard gâtait son texte (]uand il le modifiait, a fait un choix tout à fait arbitraire et qui contrevenait beaucoup plus gravement encore aux intentions du poète.
On peut objecter sans doute que les éditeurs du seizième siècle avaient moins de scrupules que les érudits du vingtième, que rien ne nous garantit absolument que Binet se soit très bien acquitté de sa tâche. Personne toutefois n'a sérieusement contesté que dans l'ensemble les corrections qu'il a données soient effectivement de Ronsard. Tout le monde avouera que son zèle envers son maître et son admiration pour lui constituent une forte présomption en sa faveur, que le contrôle de Galland, l'ami le plus intime de Ronsard, nous est une nouvelle garantie de fidélité, et il y a tout à parier que si les éditeurs ont failli, c'est plutôt en omettant qu'en supposant des corrections.
Une édition destinée à des érudits remédierait au doute léger qui peut subsister dans quelques esprits par les variantes copieuses dont elle accompagnerait le texte. Dans un livre de lecture courante comme celui-ci, où les variantes ne sont pas de mise, où force nous est de choish*, le texte de 1587, qui n'a pas encore été réimprimé, s'impose comme étant celui qui présente le moins imparfaitement l'état dernier dans lequel Ronsard a laissé son œuvre (1).
Puisque nous essayons de retracer les transformations de la manière de Ronsard et que nous examinons à cet effet ses ouvrages selon la série chronologique, il eût été de bonne méthode de citer chacun d'eux sous la forme où il a paru d'abord, d'après les éditions princeps. Il ne
(1) M. Michel, élève de l'École normale supérieure, a bien voulu se charger de collationner ce texte. Je le prie de trouver ici l'expression de ma smcère gratitude.
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE m
saurait y avoir do démonstration qu'à ce prix. Mais nous avons pensé qu'il ne fallait pas priver le lecteur du bénéfice des retouches que Ronsard a jugé devoir- faii-e subir à son texte, du moins lorsqu'elles n'en altèrent pas profondément les caractères essentiels. Ceux qui voudront contrôler de plus près nos indications feront donc bien, surtout pour les œuM'es du début de la carrière de Ronsard, de recourir aux textes anciens. Ce n'est que par accident que nous avons cru devoir' citer une édition antérieure à 1587 (1), et, dans ce cas, une note en avertit le lecteur.
Ronsard a été, ces dernières années, Tobjet d'études nombreuses.
Il faut mettre à part les trois ouvrages de M. Paul Laumonier, non seulement pour la dette que j'ai contractée envers eux, mais encore pour la dette que contractera envers eux désormais tout critique qui parlera de Ronsard. Nous ne lui devons pas seulement une étude très personnelle de notre grand lyrique : son édition, très savamment annotée de la Vie de Ronsard, par Claude Binet, son Ronsard poète lyrique et son Talleau chronologique des œuvres de Ronsard, constituent une précieuse mine de renseigTiements très abondants et commodément classés.
Le Ronsard que M. Jusserand a publié récemment dans la collection des grands écrivains français est à la fois
(1) .Je ne parle pas, bien entendu, des Pièces retranchées. Sauf indication contraire, elles sont citées d'après l'édition Marty- Laveaux.