‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 52 sur 86 · L'ÉPANOUISSEMENT DU GÉNIE LYRIQUE · texte numérisé non relu

L'ÉPANOUISSEMENT DU GÉNIE LYRIQUE

Le retâte en ses doigts, et en fit une image

Qui te semblait (1) de port, de taille et de visage :

Puis tournoj'ant trois fois, et trois fois marmonnant.

De sa jartière alla tout mon col entournant,

Et me dit : « Je ne tiens si fort de ma jartière

Ton col, que ta vie est de malheur héritière,

Captive de Francine, et seulement la mort

Dénou'ra le lien qui te serre si fort :

Et n'espère jamais de vouloir entreprendre

D'échauffer un glaçon qui te doit mettre en cendi'e. »

Las ! je ne la crus pas, et pour vouloir adonc (2) En être plus certain, je fis couper le jonc La veille de Saint-Jean ; mais je vis sur la place Le mien, signe d'amour, croître plus d'une brasse. Le tien demeurer court, signe que tu n'avais Souci de ma langueur, et que tu ne m'aimais, Et que ton amitié qui n'est point assurée, Ainsi que le jonc court, est courte demeurée.

Je mis pour t'essayer encores devant-hier, Dans le creux de ma main des feuilles de coudrier (15) ; Mais en tapant dessus, nul son ne me rendirent. Et, flasques, sans sonner sur la main me fanirent (4), Vrai signe que je suis en ton amour moqué, Puisqu'en frappant dessus elles n'ont point craqué. Pour montrer par effet que ton cœur ne craqueté Ainsi que fait le mien d'une flamme secrète.

Page 1