EXTRAIT DE LA CHANSON DE TOINET
C'était au mois d'avril, Francine, il m'en souvient, Quand tout arbre fleurit, quand la terre devient De vieillesse en jouvence et l'étrange (2) arondelle Fait contre un soliveau sa maison naturelle ; Quand la limace au dos qui porte sa maison, Laisse un trac (3) sur les fleurs ; quand la blonde toison Va couvrant la chenille, et quand parmi les prées Volent les papillons aux ailes diaprées, Lorsque fol je te vis, et depuis je n'ai pu Rien voir après tes yeux que tout ne m'ait déplu.
Six ans sont ja passés, toutefois dans l'oreille J'entends encor le son de ta voix non pareille. Qui me gagna le cœur, et me souvient encor De ta vermeille bouche et de tes cheveux d'or. De ta main, de tes yeux, et si le temps qui passe A depuis dérobé quelque peu de leur grâce. Hélas je ne suis moins de leurs grâces ravi Que je fus sur le ('lain, le jour que je te vis Surpasser en beauté toutes les pastourelles Que les jeunes pasteurs estimaient les plus belles ; Car je n'ai pas égard à cela que tu es, Mais à ce que tu fus, tant les amoureux traits Te gravèrent en moi, voire de telle sorte Que telle que tu fus, telle au sang je te porte.
Dès l'heure que le cœur de l'œil tu me perças, Pour en savoir la fin, je fis tourner le sas (4) Par une Jaiieton, qui au l)ourg de Crotelles, Soit du bien, soit du mal, disait toutes nouvelles.
Après qu'elle eut trois fois craché dedans son sein, Trois fois éternué, elle prit du levain.
(1) BL, t. I", p. 182.
(2) Étrangère.
(3) Une trace.
(4) Crible, le cril)le qui servait aux diseurs de bomie aventure.