ÉPANOUISSEMENT OU GENIE LYRIQUE
Et lo rustique son de mon tu5'au daveine (1).
Jls diront que mou teint, vermeil auparavant, St' perd comme une Heui' (|ui se fanit au vent : (^ue uinn pdil devient hiaiu-, et (pie la jeune i^râce De mon nouveau printemps de jour en jour s'efface : Et (pie depuis le mois cpie ramoiir me fit tien. De jour eu jour pins triste et })lus vieil je deviens.
Puis ils diront comment les garçons du village Disent que ta beauté tire déjà sur Tâge, Et qu'au matin le coq dès la pointe du jour ]\"oira plus à ton huis ceux qui te font Tamour. Bien fol est qui se fie en sa belle jeunesse, Qui sitôt se dérobe, et sitôt nous délaisse. La rose à la partin devient un gratecu (2), Et tout avec le temps par le temps est vaincu.
Quel passe-temps prends-tu d"habiter la vallée De Bourgueil, où jamais la Muse n"est allée? Quitte-moi ton Anjou et viens en Vendômois : Là s'élèvent au ciel les sommets de nos bois, Là sont mille taillis et mille belles plaines, Là gargouillent les eaux de cent miUe fontaines^ Là sont mille rochers, où Échon (3) à l'entour, En résonnant mes vers, ne parle que d"amour.
Ou bien si tu ne veux, il me plaît de me rendre Angevin pour te voir et ton langage apprendre ; Et pour mieux te fléchir, les hauts vers que j'avois En ma langue traduit du Pindare Grégeois, Humble, je veux redire eu un chant plus facile Sur le doux chalumeau du pasteur de Sicile.
Là parmi tes sablons, Angevin devenu, Je veux vivre sans nom comme un pau\Te inconnu. Et dès Faube du jour avec toi mener paître Auprès du port Guyet notre troupeau champêtre ; Puis sur le chaud du jour, je veux en ton giron Me coucher sous un chêne, où l'herbe à Tenviron Un beau lit nous fera de mainte fleur diverse, Pour nous coucher tous deux sous l'ombre à la renverse ; Puis au soleil penchant nous conduirons nos bœufs
(1) Avoine.
(2) Fruit du rosier.
(3) Echo.
Boire le liant sommet des ruisselets herbeux, Et les reconduirons au son de la nmsette, Puis nous endormirons dessus l'herbe molette.
Là sans ambition de plus grands biens avoir, Contenté seulement de t'aimer et te voir, Je passerais mon âge, et sur ma sépulture Les Angevins mettraient cette brève écriture :
Celui qui gît ici, touché de Taiguillon Qu"Amour nous laisse au cœur, garda comme Apollon Les troupeaux de sa dame, et en cette prairie Mourut en bien-aimant une belle Marie, Et elle après sa mort mourut aussi d'ennui. Et sous ce vert tombeau repose avecques lui.
Mais Ronsard avait dûment averti Marie de ne pas trop compter sur sa constance. Dès l'édition de 1560, sur vingtdeux pièces nouvelles qu'il inséra dans le Second livre des Amours, la moitié seulement était pour elle, l'autre moitié était pour Sinope. Puis vinrent d'autres maîtresses. Un matin pourtant, alors que depuis bien des années il n'avait plus pensé à elle, soudain il apprit qu'elle venait de mourir. Sa tendresse d'autrefois se réveilla, et il écrivit les vers les plus délicatement mélancoliques qui soient sortis de son cœur.