‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 62 sur 86 · RONSARD SOUS CHARLKS IX · texte numérisé non relu

RONSARD SOUS CHARLKS IX

pour donner jour à co sono;o. on met en péril le re])OS (Tautrui et la grandeur de la patrie, le crime se joint à la l'oiie. 1/oroueil des protestants est pour lionsard un pliéno- Miène qui défie rintelligence, et c'est avec une véritable révolte de son bon sens et de sa conscience qu'il le dénonce et le flétrit.

Sa sensibilité d'ailleurs ne Técarte |)as moins d'eux que son intelligence. Il n'ignore })as le régime inquisitoi'ial qu'ils ont établi à Genève, ces inspecteurs, ces censeurs, ces tribunaux chargés d'épier les moindres gestes des citoyens et pour lesquels il n'y a point de vie privée. A supposer même que ce terrible organisme de compression ne fût pas à redouter en France, l'ascétisme, dont les protestants font profession et qu'il peut à peine croire sincère, répugne à son tempérament. Ils représentent le parti de l'austérité. De Bèze a dû brûler ses JuveniUa. Quel accueil ferait-on dans la société genevoise aux odelettes épicuriennes ou bien aux Afnours de Marie? Confusément Ronsard sent que le protestantisme menace ses plaisirs, même ses élégances d'artiste païen, que si la France devenait subitement protestante, c'en serait fait de son règne et même de sa liberté. C'en serait fait aussi de ces bénéfices ecclésiastiques qu'il convoite, qu'il touche du doigt maintenant que la faveur royale lui est acquise, de ce scandale séculaire qui fait des produits d'une abbaye la récom- ])ense d'un livret de jolis riens ou d'obscénités. Les protestants ne plaisantent pas sur la question des bénéfices. Et Ronsard sent que le catholicisme est pour lui bien autrement ^^able, le catholicisme de 1560 que la contre-réforme n'a. pas encore touché. Le défendre, ]30ur Ronsard c'est défendre la vie libre, élégante, facile dont il ne saurait ])lus se passer, je dirais presque c'est défendre son cher paganisnu\

Ainsi, sans qu'il s'en rendît un compte exact peut-être, l'affaire des catholiques et des protestants était son affaire à lui, elle lui tenait aux fibres les plus intimes. Des replis obscurs de sa conscience va monter ce levain de colèi'e (|ui enflera sa voix, mise au service d'une grande cause })atriotiqu"e et loyaliste.

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Divers moments sont à distinguer dans la bataille. Les circonstances variées dans lesquelles ils ont été composés donnent aux différents discours des accents différents.

V Elégie àDes Autels où ])our la première fois il entreprend de défendre par la plume l'Église catholique, date dans sa première forme de Tannée 1560. A cette époque, les protestants sont déjà des séditieux, mais ils n'ont pas encore déchaîné la guerre civile. Aussi Ronsard les réprimande sans colère. Il raisonne avec eux, il leur fait toucher du doigt leurs fautes : orgueil, crédulité à des docteurs étrangers, désobéissance envers le roi; on dirait qu'il s'efforce de les ramener dans le droit chemin. Et, pour leur bien montrer son impartialité, il avoue que les catholicpies eux aussi ont des torts, il déplore la corruption du clergé et l'indigne collation des bénéfices. VElégie à Des Autels est le jugement très pondéré d'un arbitre qui expose à cliaçune des deux parties sa part de responsabilité.

Mais, au milieu de l'année 1562, la situation est bi(Mi changée. Le sang a coulé à Vassy. De là les massacres se sont étendus de toutes parts. Des bandes armées parcourent les provinces, dévastent les églises, rançonnent les habitants. Les seigneurs ]n'otestants vont en venir aux mains avec les troupes royales. Alors une pitié poignante emplit le cœur de Ronsard pour toutes les misères dont il est le témoin, une grande pitié pour le royaume de France. A la modération succède l'indignation contre les auteurs de tant de méfaits. Et il écrit coup sur coup, sous la pression des événements, le Discours des misères de ce temps, la Continuation du discours des misères de ce temps et la Remontrance au peuple de France. De l'un à l'autre la violence de l'invective grandit à mesure que, les passions se déchaînant, les horreurs de la guerre se m'ultiplient.

RONSARD SOLiS CHARLES ÎX 2lS

Dans le Dif<cours de!> misères, qui ])robabk'iiient est antérieur aux premières batailles jégulières, c'est le ton élégiaque qui domine, la compassion pour la patrie que tant de malheurs menacent ; mais avec la Continuation des misères, qui est postérieur à ce traité de Hampton-Court |)ar le(iuel les protestants livraient à l'Angleterre plusieurs villes de la Xormandie, et surtout avec la Remo)drance qui date probablement de l'époque où ils tentèrent d'assiéger Paris, les apostro])lies, les sarcasmes, les objurgations, les menaces, les tirades pathétiques, les belles périodes débordantes d'indignation, toutes ces figm'es du langage qui jaillissent de la passion du poète, se font de plus en plus nombreuses, et un souffle oratoire de plus en plus puissant soidève son vers.

Les protestants répliquèrent par une nuée de libelles, de discours, d'odes, de sonnets, et notamment par ce Temple de Roïisard, où, d'après le titre, la légende de sa vie était brièvement décrite. De fait, bourrés d'injures, ces pam- ])hlets réduisaient le débat à la mesure d'une querelle de personnes. Ronsard était un païen, un débauché, un mauvais prêtre, un menteur, un vendu, qui n'écrivait contre eux que pour se faire payer sa peine en bons bénéfices, voire un mauvais poète dont les vers servaient de risée au public ! Ronsard releva quelques-unes de ces insidtes dans sa Réponse à je ne sais quels ministreaux et prédicantereaux de Genève, qui fut publiée au printemps de 1563. A ce dernier discom's, intéïessant surtout pour nous par- les renseignements autobiographiques qu'il contient et par la belle franchise avec laquelle Fauteur témoigne de lui-même, le tour tout personnel de la défense, commandé par l'attaque, donne encore un accent très particulier.

POESIES PATI'JOTIorES KT RELIGIEUSES

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