‹ Pierre de Ronsard; textes choisis et commentésChapitre 78 sur 86 · BOCAGE KO Y AL · texte numérisé non relu

BOCAGE KO Y AL

De lu ffiiiiue perfide, et le sang qui saillit Tout chaud contre le front de son inaii jaillit. Ainsi de son forfait elle tomba victime, Sans tête, dans son sang lavant ?on propre crime.

Le nuiri, spcctalour d'un acte si piteux (1), Eut le sein et les yeux de larmes tout moiteux (2) ; Une horreur le saisit, il sanglote en son âme, Et, outré de douleur, contre terre se pâme. Puis, à soi revenu, renfrongnant le sourci, D'une voix effrayée au Gaulois dit ainsi : « Quoi ! est-ce là la foi que tu m'avais promise? Est-ce là ton serment, est-ce la dextre (3) mise En la mienne, ô parjure ! après avoir reçu La rançon pour ma fenmie ainsi m'as-tu déçu?

Du jour que le harnais sonna sur tes épaules ; Qu'épuisant la jeunesse et la force des Gaules, Et qu'à ton camp nombreux les ondes des ruisseaux Ne bastaient (4) à fournir breuvage à tes chevaux. Et que l'ambition que rien ne rassasie. Te faisait comme un feu saccager notre Asie, Je prévis mon malheur et prévis que nos champs Ne seraient qu'un tombeau par tes glaives tranchants, Mais je le prévis mieux oyant la renommée Que ton camp assiégeait notre ville enfermée. Près les murs de Milète un temple s'élevait. Où Gérés ses honneurs et ses autels avait, Et ce jour de fortune on célébrait ses fêtes. Nos femmes couronnant d'épis de blé leurs têtes, Et portant en leurs mains les prémices des fruits Que la terre nourrice en son sein a produits, SuppUaient la déesse et sa semestre fille (5) Leur donner bons maris, et plante (6) de famille, Santé, beauté, richesse et la grâce des dieux. Le parfum de l'encens fumait jusques aux cieux.

(1) Qui excite la pitié.

(2) Mouillé.

(3) J\Iam di'oite.

(4) Suffisaient.

(5) Proserpine qui demeure six mois sur la terre et six autres aux enfers.

(6) Abondance.

RÙ^^ARD. — CHAP Xî

AnîCHir du ïêr: uû la dajise IQeî^ti^ée.

^j^m. 53235 eran: r^. tes âmeis Qt

J:." h. T^:ïiie fiirenr ani ^ans raisoii érait.

Av

i image p-ànte

ee barbare.

Le ciârthé est ton tien raconte commeait,

en - le à itii âTant été ravie par un j^ r - • -,-.;-- ç,^ gj voue veis

... ...- . Cjïie ie ravipâeiir.

sâ mâi^H et n'avoir ae-

BOCAGE KOYAL = ^93

cepté que le quart do la ratiçou proposée, ait ainsi, au mépris de la foi juiée, immolé la malheureuse sous ses yeux. Le Galate répliciue en lui faisant connaître la trahison et les propos indignes do la victime C|ui était venue lo supplier de la soustraire à son mari et de la garder à son côté, et il achève ainsi :

« Elle me dit ainsi. Le sang froid s'assembla Tout autour de mon cœur, qui soudain me troubla. Douteux (1) si je devais l'envoyer tout à l'heure (2) En ces lieux ténébreux où le Trépas demeure, Ou bien si je devais mon courroux retarder, Et te conter le fait afin de te garder.

J'ai fait ce sacrifice, et feint de te conduire. Pour immoler ta femme, et aussi pour te dire Que vous êtes déçus (3) de blâmer les Gaulois. Vous autres Asiens, comme peuples sans lois, Barbares et cruels, transportés par le vice, Ennemis d'équités, de droit et de justice.

Dessous la loi écrite enseignés vous vivez. Et, doctes en papier, le papier vous suivez. Nous autres nous n'avons que la loi naturelle Ecrite dans nos cœurs par une encre éternelle. Que nous suivons toujours sans besoin d'autre écrit, Comme portant nos lois en notre propre esprit.

Entombe si tu veux, ou donne aux chiens ta femme, Ou la jette en la mer, ou la baille à la flamme ; Un corps tronqué de tête est un fardeau pesant : Ne remporte en ta ville un si vilain présent. Or quant à la rançon que j'ai reçu pour elle. Et au reste du bien que ta dextre (4) me celle, Prends tout, je n'en veux rien, afin qu'en ton pays Tu fasses au retour tes voisins ébahis, I^eur contant nos vertus. Va chercher ta demeure ; Adieu, donne la main, va-t'en, à la bomie heure. »

(1) Hésitant.

(2) Tout à l'heure : sur le moment même.

(3) Vous êtes déçus : vous vous trompez. (4j Main ch-oite.

994 == RONSAKD. — CHAP. \I

CONTRE LES BUCHERONS

Page 1